‹ ŒuvresChapitre 11 sur 30 · A LA TERRE · texte numérisé non relu

A LA TERRE

— O mère des vivants, ô terre , ô déitê , Nul homme plus que moi n'adore ta beauté I Il n*est pas de rayon au ciel , et pas de globe, Qui me soient plus sacrés qu'une fleur de ta robe.

— Je me souviens de toi ; sur mes plus hauts sonunets Un pied plus amoureux ne se posa jamais.

Je t*ai TU , gravissant mes Alpes solitaires , T'abreuver à longs traits dans leurs coupes austères.

— Ah ! j'étais libre et fort , j'étais seul avec Dieu , Pas un vestige humain ne souillait ce saint lieu ; Jamais je n'ai senti depuis cette heure étrange D'amour et de terreur cet enivrant mélange.

Quand il fallut revoir la plaine où rhomnie est roi , Mère, je m*indignai$ et je pleurais sur toi.

Car , ô terre, à plaisir rhomme te défigure; Rien ne te restera de ta noble parure; Chacun de nos travaux t'enlève une beauté ; Tu vas^ baissant ion Ifront couune un taureau dompté. Dans ton royaume antique, une aveugle industrie Fera céder bientôt Tordre à la symétrie ; Par des murs anguleux les champs sont divisés; Les fleuves gracieux , dans leurs lits maîtrisés , Ont aligné les plis de leurs courbes divines ; Un lourd niveau s'étend sur le sein des collines , Et le jour n'est pas loin où nous ne verrons plus Un seul arbre debout sur ces monts chevelus ; Jusqu'au dernier sommet ^ les nations accrues Décharnent le granit sous le fer des charrues.

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O chênes, ô forêts , ô lieux doux et sacrés , Temple où les premiers dieux à nous se sont montrés , Où de nos jours encor l'esprit d'en-haut se cache. Mon cœur saigne pour tous à chaque coup de hache ! Je sens une même âme entre nous s'échanger.

Ailleurs que parmi vous je me crois étranger ; Il pleut de vos rameaux des visions sans nombre , Et l'intime soleil me luit mieux sous votre ombre!

Quand rhomme, ainsi vainqueur des fleuves et des bois. Au plus lointain désert aura donné des lois Et mis à nu des monts les squelettes énormes , Et serré tes beaux flancs de réseaux uniformes ,

O globe, déponillé de ta yieille splendeur, Pourras-tu d'idéal parler dans ta laideur ?

— Ami de mes secrets et de mes solitudes,

Ah! laisse-moi sourire à tes inquiétudes !

L'homme te fait trembler pour nos abris charmants ,

£t tu le vois déjà vainqueur des éléments :

C'est ainsi, je le sais, que parlent vos prophètes;

Vos Titans sont tout prêts à trôner sur les faîtes;

Ils partagent déjà mes dépouilles entre eux,

Et sillonnent mes flancs de leurs fers orgueilleux.

Mais ils n'ont pas encore avec leur main rebelle

Ébranlé les créneaux de l'antique Cybèle,

Moo Tieox front de ses tours n'est pas découronné. Et du Sphinx des déserts i'CËdipe n'est pas né ! De plans audacieux soyez toujours prodigues , Multipliez tos chars , tos vaisseaux et tos digues ; Gomme fait un coursier la poudre de ses crins, Je puis tout disperser en secouant mes reins.

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