CONTRE LE REPOS
Va ! marche au but suprême où marche toute chose
Vois, d'un souffle divin resfMce est tourmenté ;
Quel globe est endormi ? quel astre se repose ?
Toi seul tu prétendrais à l'immobilité!
-sgf 170 f|8^
Attends-tu là, couché, que le désert t'apporte Ses fontaines d'eau vive où tu veux t'étancher ? £t , venu pour toi seul, que Dieu frappe à ta porte, Sans que tu daignes faire un pas pour le chercher?
Ses bras te sont tendus ; va toi-même , et réclame La part qui te revient d'air pur et de soleil ; Et s'il pleut quelque part de la manne pour l'âme. Sache , pour la cueillir, t'arracher au sommeil
Suis l'instinct qui t'invite à sortir de toi-môme. Si tu veux croître en force , y^ sagesse , en beauté ; Vois le saint univers qui^'appelle et qui t'aime ; Cherche en lui ce qui manque à ta divinité.
Monte sur les sommets, fouille dans les cavernes ; Aux astres, aux volcans, allume tes flambeaux; Agrandis chaque jour Tempire où tu gouvernes; De ton sceptre brisé réunis les lambeaux.
Dompte les éléments et rends-les tributaires; Mets aux chaînes Protée ; emploie à tes desseins La nymphe des glaciers et Tesprit des cratères; Multiplie, ô Titan! tes sublimes larcins.
Du vol de la pensée aide tes bras trop frêles, La volonté des monts sait courber les sommets; Fatigue tour à tour ou tes pieds ou tes ailes, Et rampe , s*il le faut, mais ne t'assieds jamais.
Lève-toi! Dieu maudit les races accroupies Des stagnantes cités respirant l'air mauvais ; Le doute et le repos aujourd'hui sont impies : Homme, sache trouver ce qu'enfant tu rêvais.
Marx^he seul , si ton frère en chemin t'abandonne £t des désirs sacrés ne sent plus l'aiguillon. Vois là-bas, au désert, ce champ que Dieu te donne ; Au sol de l'inconnu va creuser ton sillon.
Souffre et combats ; la lutte a des palmes certaines ! C'est trop peu d'en gémir, il faut dompter le mal; Il faut chercher et vaincre , au bout des mers lointaines , Le monstre vigilant qui gj|rde l'idéal.
Passe, et D*écoute pas qui taxe de mensonge Cet invincible espoir, ton guide et ton soutien : Tout abîme a sa perle ; et quand le cœur y plonge , Sous rhorrible douleur il trouve encor le bien.
Ya , sans le renier, jusqu'au bout de ton rêve. /
Qu*aperçois-tu , mon âme ? Au fond , n'est-ce pas Dieu ? Tu vas à lui. Crains-tu d'échouer sur la grève ? Est-ce pour te tromper qu'y luit son oçil de feu ?
Pars, recueillant les bruits sous les chênes prophètes.
Les parfums , les rayons que darde l'avenir;
Demande au vin sacré que versent les poètes
L'ardeur de proclamer celui qui doit venir !
Remplis donc à deux mains la coupe où tu t*eniyres^ Puise dans le désert, puise dans la cité.
Ya ! lis dans la nature, et même dans les livres. Où l'amour n'est-il pas ? où n'est pas la beauté ?
Prends à la terre , aux flots, tout ce qufs'en exhale j Emporte dans ton vol les rumeurs des chemins : f Prends aux fleurs des sommets Thaleine matinale ; Respire-la mêlée à celle des humains !
Vole au terme entrevu de tes courtes fécondes , Sans t'arrêter ici , car le but est ailleurs; Car, ô souffle immortel, tu dois à d'autres mondes Porter ce que le nôtre a d'atomes meilleurs.
Va donc, homme, va donc; ta moisson n*est pas mûre; Tu n'as pas tout aimé , tu n*as pas tout compris; Tu n*as pas accompli, sons Fœil de la nature , Les rites de Thymen avec tous ses esprits!
Marche sans t*endormir, même parmi les roses , Pour aller, quand la terre aura repris tes os, Vers l'être que tu sens à travers toutes choses ^ Te reposer en lui... s'il connaît le repos!