LA CIGALE
L'air pèse et brûle; il n'est dans l'herbe et les épis
Bruit d'ailes ni murmures; Même les froids lézards se cachent assoupis
Au fond des gerbes mûres.
La feuille au loin se uit dans rimmobilité ,
Pas un oiseau ne vole ; La terre a vu tarir dans les bras de Télé
Sa sève et sa parole.
De la plaine embrasée où sont les habitants?
La vie est-eHe encore?...
Oui , la nature veille, et , joyeux, je t'entends,
O cigale sonore !
Ton cri sort des sillons brûlants et crevassés, De Tonne aux branches sèches ,
Parmi les chauds rayons qu'un ciel rouge a lancés Aigus conime des flèches.
C'est toi qu'un doux vieillard, des voluptés épris.
Disait aux dieux pareille ; JBt rhomme de nos jours te ferme avec mépris
Son cœur et son oreille !
£n cercle ks héros t'écoutaient autrefois
Comme une hymne dorique.
.Qui donc s'est transformé de l'homme ou de ta voix ,
O chanteuse homérique?
Non , tu n'as rien changé , nature , à tes accents ,
Ta musique est la même ;
Mais pour trouver la clef de tes accords puissants ,
Il faut d'abord qu'on t'aime.
Sagesse des vieux jours , vierge mélodieuse , Muse vêtue encor de la pourpre du ciel , Manne que distillait une bouche pieuse, Science des enfants faite d'ambre et de miel !
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La lumière et Tamour ruisselaient , ô déesse , Sur ta chaste poitrine en un même ruisseau , Et rhomme , entre tes bras, buvait avec ivresse Le breuvage du vrai dans la coupe du beau.
Nul livre n'abaissait ta main droite étendue; Le passé, dans tes chants, racontait Tavenir, Et, de Téternité naguère descendue, Tu n'avais pour parler qu'à te ressouvenir.
O vérité I ton âme habitait dans la lyre.
L'esprit avec le son y chantait à la fois; Mais de ses flancs brisés où l'homme voulait lire, Il a fait envoler la pensée et la voix.
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Sainte inspiration , la terre t*a bannie !
La science à pas lourds y creuse ses sillons ; Le sage n'entend plus murmurer un génie; Dieu voile sa splendeur aux yeux des nations.
Mais , ô divin Platon , fils des vieux sanctuaires , Lorsqu'au fond de Téther vous sommeilliez encor, La muse vous berça dans d'éclatants suaires, Et toucha votre bouche avec ses lèvres d'or.
Elle vous fit ainsi poëte entre les sages; Tous les autres parlaient , et vous avez chanté : La myrrhe au sein de l'or se garde après des âges : Tous vos enseignements vivront dans la beauté.
Je vous vois, ô vieillard, assis sous les portiques , Et marchant lentement sous les platanes verts , Et sur un Ut d'ivoire en ces festins anticfues Où coulaient à la fois le nectar et les vers.
Là , couronné de fleurs , ô hiérophante , ô prêtre ! Vous découvriez le seuil d*un monde radieux; Vos amis se pressaient, beaux comme leur beau liiaitre. Et leurs regards suivaient le chemin de vos yeux.
Ainsi qu'un vin bénit que Ton boit à la ronde, Vous répandiez sur eux un discours embaumé. En flattant sous vos doigts la chevelure blonde D'un jeune Athénien immobile et charmé.
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Après venait un chœur de femmes d*Ionie ; La flûte cadeuçait leurs pas mélodieux :
Puis, ô Grecs! enivrés d*amour et d'iiarmonie , Vous chantiez sur ia lyre un hymne pour les dieux.
Sunium! Sunium ! ô sacré promontoire Que la mer de Myrto baigne amoureusement , Ta cime a vu trôner le sage dans sa gloire !
Il a mêlé sai voix à ton gémissement !
Il venait là s'asseoir sur la roche dorée , Le poète! il pariait avec un front riant :
Parfois, comme pour lire une page inspirée , Il s'arrêtait, les yeux plongés dans TOricnt.
Ses disciples, drapés de leurs manteaux de laine , Dans les myrtes en fleurs se groupant au hasard. Recevaient en leurs cœurs muets , et sans baleine , Le baume qui coulait des lèvres du vieillard.
Suniuml Sunium! as- tu fait à sa place Fleurir un laurier-rose ou quelque arbre inconnu? As-tu plus de parfums pour la brise qui passe? Tes échos chantent-ils depuis qu'il est venu ?