A UNE BRANCHE D'AMANDIER
Déjà mille boutons rougissants et gonflés,
Et mille fleurs d'ivoire , Forment de longs rubans et des nœuds étoiles
Sur votre écorce noire ,
Jeane branche , et pourtant plié dans son linceol
Sur la brume incolore , Entre l'azur du ciel et nos plaines en deuil ,
Février flotte encore.
Une heure de soleil , le bleu de Tborizon ,
La tiède matinée, Vous ont fait croire, hélas! que la belle saison
Nous était ramenée.
Parfois l'hiver stérile a des soleils trompeurs ,
Et sa £ice est dorée ; Mais il ne peut mûrir une seule des fleurs
Dont vous êtes parée.
Après ce doux rayon qui brille avec amour
La nuit sera mortelle ; Pour fixer le printemps il faut plus d'un beau jour
Et plus d'une hirondelle.
Ne laissez pas jaillir tous vos boutons vermeils
Que le froid ne s'achève; Pour la saison féconde et pour les vrais soleils
Gardez bien votre sève.
L'hiver va de vos fleurs ternir la pureté ,
Et leur règne s'abrège ; Leurs calices fondront, comme ferait , Tété ,
Une coupe de neige.
Puis, quand le jour luira, qui doit tout ranimer.
Les plantes et les âmes , Il usera sur vous , sans rien faire germer,
Sa rosée et ses flammes.
Alors tout sous le ciel , tout sera réveillé ;
Toutes les autres branches Lèveront au grand air leur ébène émaillé
Et leurs couronnes blanches;
£t le soleil viendra peindre leur front charmant ,
Leurs lèvres nuancées, £t le vent les fera pencher languissamment
Gomme des fiancées.
Les coteaux rougiront , les sillons bigarrés
De fleurs et de verdure , Tous les arbres des bois, tous les gazons des prés
Seront dans leur parure ;
Partout des bruits joyeux , du miel dans chaque fleur ,
De For sur chaque nue ; Mais vous, dans ce concert, sans voix et sans couleur ,
Serez honteuse et nue.
Jamais d'oiseau chanteur sur vous n'aura guetlé
L'insecte qui bourdonne , Vous ne donnerez pas de verdure à Tété
Ni de fruits à l'automne.
Un jour TOUS a tout pris : ses rayons déjà morts Brillaient pour vous séduire;
Et vous avez perdu tons vos jeunes trésors Joné^ sur un sourire.
Il est des sources d*eau si bleue et si limpide , Que rien n*en peut ternir la transparence humide , Que sur un noir limon leurs ondes de cristal Roulent sans altérer Tazur du flot natal ,
Qu*à travers les débris qui sur leurs bords s'amassent , Elles savent choisir les fleurs lorsqu'elles passent , Et que, vierges encor de toute impureté , L'Océan les reçoit dans son immensité.
Près d'elles l'ombre est douce aux affligés; près d'elles Les oiseaux chantent mieux , les plantés sont plus belles; Près d'elles, au matin , les femmes vont s'asseoir Pour nouer leurs cheveux devant un clair miroir.
Il est des âmes qui , dans nos sentiers de fange , Glissent sans y tacher leur blanche robe d'ange , Sans laisser, comme nous , se prendre à chaque pas Une sainte croyance aux ronces d'ici-bas;
Des cœurs qui restent purs quand Tennui les traverse , Qui gardent leur amour dans la fortune adverse. L'air vicié du monde en passant autour d'eux Se charge de parfums; et comme des flots bleus, Sans entraîner un grain de nos terres infâmes , Us coulent en chantant vers l'océan des âmes.