‹ ŒuvresChapitre 9 sur 30 · A UNE BRANCHE D'AMANDIER · texte numérisé non relu

A UNE BRANCHE D'AMANDIER

Déjà mille boutons rougissants et gonflés,

Et mille fleurs d'ivoire , Forment de longs rubans et des nœuds étoiles

Sur votre écorce noire ,

Jeane branche , et pourtant plié dans son linceol

Sur la brume incolore , Entre l'azur du ciel et nos plaines en deuil ,

Février flotte encore.

Une heure de soleil , le bleu de Tborizon ,

La tiède matinée, Vous ont fait croire, hélas! que la belle saison

Nous était ramenée.

Parfois l'hiver stérile a des soleils trompeurs ,

Et sa £ice est dorée ; Mais il ne peut mûrir une seule des fleurs

Dont vous êtes parée.

Après ce doux rayon qui brille avec amour

La nuit sera mortelle ; Pour fixer le printemps il faut plus d'un beau jour

Et plus d'une hirondelle.

Ne laissez pas jaillir tous vos boutons vermeils

Que le froid ne s'achève; Pour la saison féconde et pour les vrais soleils

Gardez bien votre sève.

L'hiver va de vos fleurs ternir la pureté ,

Et leur règne s'abrège ; Leurs calices fondront, comme ferait , Tété ,

Une coupe de neige.

Puis, quand le jour luira, qui doit tout ranimer.

Les plantes et les âmes , Il usera sur vous , sans rien faire germer,

Sa rosée et ses flammes.

Alors tout sous le ciel , tout sera réveillé ;

Toutes les autres branches Lèveront au grand air leur ébène émaillé

Et leurs couronnes blanches;

£t le soleil viendra peindre leur front charmant ,

Leurs lèvres nuancées, £t le vent les fera pencher languissamment

Gomme des fiancées.

Les coteaux rougiront , les sillons bigarrés

De fleurs et de verdure , Tous les arbres des bois, tous les gazons des prés

Seront dans leur parure ;

Partout des bruits joyeux , du miel dans chaque fleur ,

De For sur chaque nue ; Mais vous, dans ce concert, sans voix et sans couleur ,

Serez honteuse et nue.

Jamais d'oiseau chanteur sur vous n'aura guetlé

L'insecte qui bourdonne , Vous ne donnerez pas de verdure à Tété

Ni de fruits à l'automne.

Un jour TOUS a tout pris : ses rayons déjà morts Brillaient pour vous séduire;

Et vous avez perdu tons vos jeunes trésors Joné^ sur un sourire.

Il est des sources d*eau si bleue et si limpide , Que rien n*en peut ternir la transparence humide , Que sur un noir limon leurs ondes de cristal Roulent sans altérer Tazur du flot natal ,

Qu*à travers les débris qui sur leurs bords s'amassent , Elles savent choisir les fleurs lorsqu'elles passent , Et que, vierges encor de toute impureté , L'Océan les reçoit dans son immensité.

Près d'elles l'ombre est douce aux affligés; près d'elles Les oiseaux chantent mieux , les plantés sont plus belles; Près d'elles, au matin , les femmes vont s'asseoir Pour nouer leurs cheveux devant un clair miroir.

Il est des âmes qui , dans nos sentiers de fange , Glissent sans y tacher leur blanche robe d'ange , Sans laisser, comme nous , se prendre à chaque pas Une sainte croyance aux ronces d'ici-bas;

Des cœurs qui restent purs quand Tennui les traverse , Qui gardent leur amour dans la fortune adverse. L'air vicié du monde en passant autour d'eux Se charge de parfums; et comme des flots bleus, Sans entraîner un grain de nos terres infâmes , Us coulent en chantant vers l'océan des âmes.

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