I. — Racine
ij épItre.
ce don de plaire qui accompagne toutes vos actions. J*eBpère qu'étant dépouillée des ornemens du théâtre, vous ne laisserez pas de la regarder encore favorablement.
Si cela est, quelques ennemis qu'elle puisse ayoir, je n'appréhende rien pour elle, puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le jiombre des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler.
On sait , Monseigneur, que si vous ayez une parfaite connaissance des belles choses, vous n'entreprenez pas les grandes avec un courage moins élevé , et que vous avez réuni en vous ces deux excellentes qualités, qui ont fait séparément tant degrands hommes.
Mais je dois craindre que mes louanges ne vous soient aussi importunes que les vôtres m'ont été avantageuses. Aussi bien je ne vous dirais^que des choses qui sont connues de tout le monde, et que vous seul voulez ignorer. Il suffit que vous me permettiez de vous dire, avec un profond respect, que je suis,
Monseigneur,
Votre très-humble et trèsobéissant serviteur,
Racine.
PRÉFACE
JUE lecteur me permettra de lui demander un peu plus d*mdulgence pour cette pièc« que pour les autres ^i la suivent. Pétais fort jeune q[uand je la fis. Quelles yers que j'avais faits alors tombèrent par hasard entre les mains de quelques personnes d'esprit. Us m'excitèrent à faire une tragédie, et me proposèrent le sujet de la Théhaïde, Ce sujet avait été autrefois traité par Rotron, sous lenomd'^/ir^'o/te; mais il faisait mourir les deux frères dès le commencement de son troisième acte. Le reste était en quelque sorte le commencement d'une autre tragédie, où l'on entrait dans des intérêts tout nouveaux; et il avait réuni en une seule pièce deux actions différentes « dont l'une sert de matière aux Phéniciennes d'Etffipide , et l'autre à TAntigone de Sophocle. Je compris que cette duplicité d'actions avait pu nuire à sa pièce , qui d'ail-
ÎT PREFACE.
leurs était remplie de quantité de beaux endroits. Je dressai à peu près mon plan sur les Phéniciennes d'Euripide ; car, pour la Thébaïde qui est dans Sénèque, je suis un peu dans l'opinion d'Heinsius, et je tiens, comme lui , que non-seulement ce n'est point une tragédie de Sénèque ; mais que c'est plutôt Tourrage dtun déclamateur qui ne savait ce que c'était que tragédie.
La catastrophe de ma pièce est peut-être im peu trop sanglante. En effet, il n'y paraît presque pas un acteur qui ne meure à la fin; mais aussi c'est Id Thébaïde, c'est-àdire le sujet le plus tragique de l'antiquité.
L'amour, qui a d'ordinaire tant de part dans les tragédies , n'en a presque point ici; et je doute que je lui en donnasse davantage si c'était à recommencer, car il faudrait ou que l'un des deux frères fût amoureux, ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d'autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupait tout entiers ! Ou bien il faut jeter r^unour sur un des seconds personnages ,
pfiépAGE. y
comme j'ai fait ; et alors cette passion , qui devient comme étrangère au sujet , ne peut produire que de médiocres effets. En un mot y je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amans ne sauraient trouver que fort peu de place parmi les incestes, les parricides, et toutes les autres horreurs qui composent l'histoire d'Œdipe et de sa malheureuse famille.
PERSONNAGES
ÉTÉOCLE, roi de Thèbes.
POLINICE, frère d'Étéocîe.
JOGASTE, mère de ces deux princes et
d'Antigone.
ANTIGONE, sœurd'ÉléocleetdePolinice.
CRÉON, onde des princes et de la princesse.
HÉMONy fils de Créon , amant d*Antigone.
OLYMPE, confidente de Jocaste.
ATTALE, confident de Créon.
Uir SOI.DAT de l'armée de Polinice.
Uh PA.GE.
Gardes.
La scène est à Thèbes, dans une salie du palais royal.