‹ Œuvres, Volume 1Chapitre 109 sur 115 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

ORESTE, PYLADE, soldats d'Oreste.

PYI.ÀDB.

Il faut partir. Seigneur. Sortons de ce palais , Ou bien résolyons-nons de n'en sortir jamais. Nos Grecs , pour un moment, en défendent la porte. Tout le peuple assemblé nous poursuit à main forte. Aux ordres d* Andromaque ici tout est soumis , Ils la traitent en reine , et nous comme ennemis. Andromaque elle-même , à Pyrrhus si rebelle, Lui rend tous les devoirs d*nne veuve fidèle. Commande qu'on le venge; et peut-être qu'encor Elle poursuit sur nous la vengeance d'Hector. Allons. N'attendons pas que l'on nous environne. Nos Grecs nous rejoindront. Et , tandis qn'fiermione Tient encore le peuple autour d'elle arrêté , Voilà notre chemin , marchons de ce cÀté.

ORESTE

Non , non , c'est Hermione , ami , que je veux suivre, A son dernier arrêt je ne puis plus survivre ; Partez , j'ai fait le crime , et je vais l'expier.

PTLAJ)E.

Hermione , Seiguenr, il l'a faut oublier.

Quoi , toujours l'instrument et l'objet de sa rage , Cherchez-vous chez les morts ^elque nouvel outrage ? Et , parce qu'elle meurt , faut-il que vous mouriez ?

ORESTE

Elle meurt ! Dieux î Qu'entends-je ?

TRAGÉDIE. a53

pyla.de.

Hé quoi , vous rignoriez?

En rentrant dans ces lienz nous TaTons rencontrée , Qui courait vers le temple, inquiète, égarée. Elle a trouvé Pyrrhus , porté par des soldats , Que son sang excitait à venger son trépas.

Sans doute, à cet objet sa rage s'est émue; Mais du haut de la porte enfin nous l'avons vue. Un poignard à la main , sur Pyrrhus se courber, Lever les yeux au ciel , se frapper, et tomber.

ORESTE

Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance ! Oui , je te loue , 6 Ciel, de ta persévérance. Appliqué sans relâche au soin de me punir.

Au comble des douleurs tu m'as fait parvenir. Ta haine a pris plaisir à former ma misère; J'étais né pour servir d'exemple à ta colère. Pour être du malheur un modèle accompli :

Hé bien, je meurs content, et mon sort est rempli. Oà sont ces deux amans? Pour couronner ma joie. Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie ; L'un et l'autre, en mourant, je les veux regarder. Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder. Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne ! De quel cAté sortir? D'où vient que je frissonne? Quelle horreur me saisit? Grâce au Ciel, j'entrevois.... Dieux,quels ruisseaux de sang coulent autour de moi !

PTI.ADE.

Ali , Seigneur !

ORESTE

Quoi, Pyrrhus, je te rencontre encore? I.— Racine. * 2a'

354 ANDROMA.QUE., TRAGEDIE.

Trouverai- je partout un rirai que j*abhorre? Percé de tant de coups , comment t*es*tu sauvé? Tiens , tiens , voilà le coup que je t*ai réservé. Mais que vois-je? A mes yeux Bermione Tembrasse! Elle vient Farracher au coup qui le menace !

Dieux, quels affreux regards elle jette sur moi. Quels démons, quels serpens tratne-t-elle après soi? Hé bien , filles d*enfer, vos mains sont-elles prêtes? Pour qui sont ces serpens qui sifflent sur vos têtes? A qui destinez-vous Tappareil qui vous suit ? Venez-vous m'enlever dans Véternelle nuit ?

Venez, à vos foreurs Oreste s'abandonne.

Mais non , retirez-vous , laissez faire Hermione^ L*ingrate, mieux que vous, saura me déchirer; Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.

PTLÂOE.

Il perd le sentiment. Amis , le temps nous prefese ; Ménageons les momens que ce transport nous laisse. Sauvons-le. Nos efforts deviendraient impuissans , S'il reprenait ici sa rage avec ses sens.

Vllf D*AltDROMAQUE.

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