‹ Œuvres, Volume 1Chapitre 12 sur 115 · JOCASTE, POLINICE, ANTIGONE, HÉMON · texte numérisé non relu

JOCASTE, POLINICE, ANTIGONE, HÉMON

pouiriCE.

Madame , au nom des dieux , cessez dem'arréter;

THAGÉDIK. 'ij

Je vois Inen que la paix ne peut s'exécuter.

Pespénh que du ciel la justiee infime Tondrait se déclarer contre la tyrannie ; Et que , lassé de voir répandre tant de sang , n rendrait à chacun son légitime rang ; Mais, paifqu*onyertement il tient pour Vinjustice » Et que des criminels il se rend le complice , Dois-je encore espérer qu*un peuple révolté, Quand le ciel est injuste , écoute Téquité ?

Dois-je prendre pour juge une troupe insolente „ D'un fier usurpateur ministre violente , Qui sert mon ennemi par un lÂche intérêt.

Et qu*il anime encor, tout éloigné qu'il est? La raison n*agit point sur une populace.

De ce peuple déjà j'ai ressenti l'audace ; Et loin de me reprendre après m^avoir chassé , n croit voir un tyran dans un prince o£fensév Comme sur faii Thonnenr n^ent jamais de puissance» n croit que tout le monde aspire à la Tengeance ; De ses inimitiés rien n'arrête le cours ; Quand il hait une fois , il yent haïr toujours.

JOCA8TB.

Mais s'il est vrai , mon fils, que ce peuple vous craigne , Et que tous k's Thébains redoutent votre règne. Pourquoi , par tant de sang, cherchez-vous à régner Sur ce peuple endurci que rien ne peut gagner?

POLTNICB.

Est-ce au peuple, Biadame , à se choisir un maître ? Sitôt qu'il hait un roi , doit-on cesser de l'être ? Sa haine , ou son amour, sont-ce les premiers droit» Qui font monter au tr6ne ou descendre les rois ?

a8 I.ES FRÈRES EinrEMis ,

Que le peuple, à son gré, nons craigne on nons chérisse.

Le sang nous met au trône , et non pas son caprice :

Ce que le sang lui donne , il le doit accepter ;

Et, s'il n*aime son prince, il le doit respecter.

JOCASTE

Tons serez un tyran haï de vos proyinces.

poLiirics.

Ce nom ne convient pas aux légitimes princes ; De ce titre odieux mes droits me sont garans; La haine des sujets ne ùàt pas les tyrans.

Appelez de ce nom Étéocle lui-même.

JOGA.8TE. i

II est aimé de tous.

poLiiriCE.

C'est un tyran qu'on aime.

Qui, par cent l&chetés, t&che à se maintenir Au rang où, par la force , il a su parvenir; Et son orgueil le rend, par un effet contraire. Esclave de son peuple et tyran de son frère.

Pour commander tout seul il veut bien obéir. Et se fait mépriser pour me faire haïr.

Ce n'.est pas sans sujet que Ton préfère un traftre : Le peuple aime un esclave et craint d'avoir un maître. Mais je croirais trahir la majesté des rois , Si je faisais le peuple arbitre de mes droits.

JOCASTE

Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes ! Vous lassez-vous déjà d'avoir posé les armes? Ne cesserons-nous point , après tant de malheurs , Vous de verser du sang , moi de Verser des pleurs ? N'accorderez-vous rien aux larmes d'une mère?

TRAGEDIE. agi

Ma fille, s'il se pent, retenez votre frère; Le cmel pour tous seule avait de Tamitié.

AHTIGOirB.

Ah 1 si pour vous son Ame est sourde à la pitié » Que pourrais- je espérer d'une amitié passée , Qu'un long éloignement n'a que trop effacée ? A peine en sa mémoire ai-je encor quelque rang ; Il n'aime , il ne se plait qu'à répandre du sang, lie cherchez plus en lui ce prince magnanime. Ce prince qui montrait tant d'horreur pour le crime, Bont l'Âme généreuse avait tant de douceur.

Qui respectait sa mère et chérissait sa sœur : La nature pour lui n'est plus qu'une chimère; n méconnaît sa sœur, il méprise sa mère; Et l'ingrat, en l'état où son orgueil l'a mis , Nous croit des étrangers ou bien des ennemis.

POLIiriCK.

li'imputez point ce crime à mon âme affligée; Dites plutôt, ma sœur, que vous êtes changée : Dites que de^mon rang l'injuste usurpateur M'a su ravir encor l'amitié de ma sœur.

Je vous connais toujours , et suis toujours le même.

ANTIGONE

Est-ce m'aimer, cruel, autant que je vous aime , Que d'être inexorable à des tristes soupirs , Et m'exposer encore à tant de déplaisirs?

rouiriCE.

Mais vous-même , ma sœur, est-ce aimer votre frère» Que de lui faire ainsi cette injuste prière , Et me vouloir ravir le sceptre de la main?

Dieux, qu'est-ce qu'Étéocle a de plus inhumain?

Zo MS FBBRES rSTHEMIS , .

Cest trop favoriaer un tyrin qui m'outrage.

AHTIGOVK.

Non , non, tos intérêts me touchent davantage ;.

JXe croye* pat met pleurs perfides à ce point.

Avec vos ennemis ils ne conspirent point.

Cette paix que je veux me serait un supplice»

S*il en devait coûter le sceptre à PoUnice.

Et Tunique faveur, mon frère , où je prétends ,

C'est qu'il me soit permis de vous voir plus long-temps^

Seulement quelquesiours souffrez que l'onvous voie.

Et donnea-nous le temps de chereher quelque voie

Qui puisse vous remettre au rang de vos aïeux.

Sans que vous répandiez un sang si précieux.

Pouvez-vous refuser cette grâce légère

Aux larmes d'une sœur, aux soupirs d'une mère ?

JOCA8TE.

Hais quelle crainte encor vous peut inquiéter ? Pourquoi si promptement voulez vous nous quitter? Quoi, ce jour tout entier n'est-it pas de la trêve? Dès qu'elle a commencé , faut-il qu'elle s'achève ? Vous voyez cpi'Étéocle a mis les armes bas ; Il veut que je vous voie , et vous ne voulez pas.

▲irTIOOlTE.

Oui , mon frère , il n'est pas comme vous inflexible : Aux larmes de sa mère il a paru sensible ; Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourd'hui ; Tous l'appelez cruel, vous Têtes plus que lui.

HÉXOlf.

Seigneur, rienne vous presse, et vous pouvez sans peine Laisser agir encor la princesse et la reine : Accordez tout ce jour à leur pressant désir;

TBA6ÉUIE. 3l

Toyons si leur dessein ne pourra réussir; Ne donnez pas la joie an prince votre frère , De dire que , sans vous , la paix se pouTait faire. Tous aurez satisfait une mère, une sœur; Et TOUS aurez surtout satisfait votre Iionneur. Mais que veut ce soldat? son Ame est tout émue.

Page 1