‹ Œuvres, Volume 1Chapitre 18 sur 115 · I. — Racine · texte numérisé non relu

I. — Racine

38 hnS FRÈRES EM'NEMIS ,

De Tamoiir du pays nobiememt transporté.

JOCASTE

Ali ! si le seutamoar qu^il eut pour sa patrie

Le rendit insensible anx douceurs de la vie ,

Mon fils, ce même amour ne peut- il seulement

De Totre ambitioli vaincre Temportement?

tJn exemple si beau tous invite à le suivre ,

Il ne faudra cesser de régner ni de vivre.

Vous pouvez , en cédant un peu de votre rang ,

Faire plus qu'il n*a fait en versant tout son sang.

11 ne faut que cesser de haïr votre frère;

Vous ferez beaucoup iilus que sa mort n*a su faire.

O dieux ! aimer un frère est-ce un plus grand effort

Que de haïr la vie et courir à la mort?

Et doit-!l être enfin plus facile en un autre

De répandre son sang qu'en vous d'aimer le vôtre ?

ÊTBOCLB.

Son illustre vertu me charme comme vous ;

£t d'un si beau trépast je suis même jaloux.

Et toutefois. Madame, il faut que je vous die

Qu'un trône est plus pénible à quitter que la vie :

La gloire bien souvent nous porte à la lialr ;

Mais peu de souverains font gloire d'obéir.

l<es dieux voulaient sou saug,et ce prince, sans crime.

Ne pouvait à l'état refuser sa victime ;

Mais' ce même pays , qui demandait son sang ,

Demande que je règne, et m'attache à mon rang.

Jusqu'à ce qu'il m'en ôte il faut que j'y demeure.

Il n'a qu'à prononcer, j'obéirai sur l'heure ;

Et Thèbes me verra , pour apaiser sou sort ,

Et descendre du troue, et courir à la mort.

CRÉOIf.

Ah! Méoécée est mort; le Gel n*en vent point diantre ;^ Laissez couler son sang sans y mêler le vôtre ; Et puisqu'il Ta versé pour nous donner la paix , Accordez-la, Seigneur, à nos justes souhaits.

ÉT£OOLE.

Hé quoi, même Créon pour la paix se déclare?

caÉON.

Pour avoir trop aimé cette guerre barbare.

Vous voyez les malheurs où le Ciel m*a plongé. Mon fils est mort. Seigneur.

ETÉOCLE

Il faut qu'il soit vengé.

CRÉON

Sur qui me vengerais- je en ce malheur extrême?

iTÉOCLE.

Vos ennemis» Créon, sont ceux de Thèbes même; Yengez-la , vengez-vous.

CREOir.

Ah ! dans ses ennemis.

Je trouve votre frère, et je trouve mon fils î Dois-je verser mon sang, ou répandre le vôtre? Et dois-je perdre un fils pour en venger un autre ? Seigneur, mon sang m'est cher, le vôtre m'est sacré; Serai je sacrilège ou bien dénaturé?

Souillerai-je ma main d'un sang que je révère ? Serai-je parricide , afin d'être bon père?

Un si cruel secours ne me peut soulager, Kt ce serait me perdre au lieu de me venger.

Tout le soulagement où ma douleur aspire , C'est qu'an moins mes malheurs servcn t à votre empire .

4o I.B8 FRÉRKS SHMEMIS,

Je me consolerai si ce fils que je pUins , Assure, par sa mort» le repos des Thébaius.

Le Ciel promet la paix an sang de Ménécée ; Acherei-la , Seigneur ; mon fils Ta commencée ; Accordes-loi ce prix qn*il en a prétendu; Et que son sang en Tain ne soit pas répandu.

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