TA.XII.E
Seigneur, si Darius avait su se connaître , Il régnerait encore où règne un autre maître. Cependant cet orgueil, qui causa son trépas.
Avait un fondement que vos mépris n'ont pas.
La valeur d'Alexandre à peine était connue; Ce foudre était encore enfermé dans la nue.
pans un caUfte profond Dariu» endormi
I04 ALEXANDRE
Ignorait jusqu^au nom d'un si faible ennemi;
Il le connut bientôt; et son âme étonnée
De tout ce grand pouvoir se vit abandonnée :
Il se vit terrassé d*un bras victorieux,
Et la fondre en tombant lui fit ouvrir les yeux.
PORUS
Mais encore à quel prix croyez-vous qu'Alexandre Mette l'indigne paix dont il veut vous surprendre ? Demandez-le , Seigneur, à cent peuples divers Que cette paix trompeuse a jetés dans les fers, rf on, ne nous flattons point, sa douceur nous outrage: Toujours son amitié traîne un long esclavage. En vain on prétendrait n'obéir qu'à demi ; Si l'on n'est son esclave , on est son ennemi.
TAXILB.
Seigneur, sans se montrer lâche ni téméraire. Par quelque vain hommage on peut le satisfaire. Flattons par des respects ce prince ambitieux , Que son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C'est un torrent qui passe , et dont la violence Sur tout ce qui l'arrête exerce sa puissance; Qui , grossi du débris de cent peuples divers. Veut du bruit de son cours remplir tout l'univers. Que sert de l'irriter par un orgueil sauvage ? D'un favorable accueil honorons son passage ; Et lui cédant des droits que nous reprendrons bien. Rendons-lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.
FORU8,
Qui ne nous coûtent rien. Seigneur ! l'ose z-vous croire? Compterai-je pour rien la pertç de ma gloire? Votre empire et le mien seraient trop achetés.
TRAGEDIE. lo5
S'ils coûtaient à Porus les moindres lâchetés. Mais croyez-Tonsqn'nn prince enflé de tant d'andace De son passage ici ne laissât point de trace ? Combien de rois , brisés à ce funeste écneil , Ne régnent plus qu'autant qu'il plaît à son orgueil? Nos couronnes, d'abord devenant ses conquêtes. Tant que nous régnerions flotteraient sur nos têtes; Et nos sceptres, en proie à ses moindres dédains. Dès qu'il aurait parlé , tomberaient de nos mains. Ne dites point qu'il court de province en province : Jamais de ses liens il ne dégage un prince ; Et pour mieux asservir les peuples sous ses lois. Souvent dans la'poussière il leur cherche des rois. Mais ces indignes soins touchent peu mon courage ; Votre seul intérêt m'inspire ce langage; Porus n'a point de part dans tout cet entretien ; Et , quand la gloire parle, il n'écoute plus rien.
TJLXILBw
J'écoute, comme vous , ce que l'honneur m'inspire, Seigneur; mais il m'engage à sauver n)on empire.
PORUS
Si vous voulez sauver l'un ou l'autre aujourd'hui. Prévenons Alexandre , et marchons contre lui.
TAXIIiE.
L'audace et le mépris sont d'infidèles guides.