V. -- Vicariat des Missions du Mackenzie, Can
à la Congrégation; et chaque maison et résidence entre dans une louable émulation pour aider financièrement, et dans toute la mesure du possibie, l'Administration provinciale. Les joies et les peines de la Congrégation, ils les ressentent, et cela bien vivement. Séparés les uns des autres, ils sont affamés des nouvelles des autres Missions et de la Congrégation en général. Une charité profonde, charité qui n’est point atteinte par les petites frictions de surface, nous unit tous; et dans notre Province règne un esprit de corps remarquable.
Je puis dire avec joie que les nôtres sont tous de bons prêtres, de bons religieux et de dignes enfants de la Congrégation notre Mère.
Jean-Baptiste Beys, O0. M. I, Provincial du Manitoba.
A. — Visite canonique (1916).
Depuis le dernier Chapitre, le Vicariat du Mackenzie a eu l'honneur et le bienfait d’une visite par un des membres de l’Administration générale. Nous l’avons appréciée, d’autant plus que nous en étions privés depuis vingt ans, — nous nous sentions si peu de chose dans la Congrégation que l’objection se dressait d’elle-même, et nous la redoutions : le Vicariat valait-il la peine qu’on affrontât les dépenses et les fatigues d’une nouvelle visite ?
Au nom de tous mes missionnaires, merci à l’Administration générale, qui voulut bien se rendre à nos instances! Merci au R. P. BELLE, dont le zèle; croissant avec les obstacles, l’a conduit dans la plus humble de nos missions — pour nous voir, nous entendre et nous réconforter dans notre solitude !
Et nous soupirons après le jour où un Chapitre général
trouvera un moyen pratique d’assurer, suivant les prescriptions de nos saintes Règles, la visite à intervalles déterminés, non seulement des Provinces,/mais encore des Vicariats — même lés plus éloignés.
B. — Personnel et Régularité.
D’après le Personnel de 1911, le Vicariat comptait alors 22 Pères ; aujourd’hui, il nous en reste 19. Nous avions 21 Frères convers ; ils sont réduits à 20 — dont un mourant en France, et plusieurs complètement épuisés par le surcroît de travail que leur impose le souci d'assurer la vie de nos œuvres dans un pays où la main-d'œuvre est à peu près introuvable.
A l’époque du dernier Chapitre, un seul de nos missionnaires restait sans compagnon. Actuellement, nous en avons quatre qui ont à faire 300 à 400 kilomètres pour se procurer le bienfait d’une rare confession. Ils n’ont même plus ou pas encore de Frère pour les aider aux travaux matériels et leur assurer, pendant nos longs mois d'hiver, le minimum de vie de famille que nous devons leur procurer.
Tous les Pères du Vicariat — à part notre Procureur, venu d'Ottawa, il y a trente ans — nous ont été fournis par les Provinces de France. Des Frères convers, 6 (dont À novices) viennent du Canada, 2 d'Allemagne, 1 d’Irlande et 1 de Belgique; les autres nous ont été envoyés par la France.
Depuis 1908, la mort nous a enlevé quatre Pères — dont deux furent massacrés par les Esquimaux, en 1913 — et un Frère convers. Un Père, pour raison de santé, est rentré dans la Province du Canada. Enfin, quelques Frères convers nous ont quittés pour diverses raisons.
Pères et f‘rères font leur devoir généreusement. Ils sont la consolation et la joie du Vicaire apôstolique, qui se plaît à rendre témoignage à leur charité à son égard, à leur ésprit d’obéissance et d’abnégation. Leur désir est évidemment de se montrer, suivant leurs forces et les circonstances, dignes de leurs devanciers.
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Le R. P. Visiteur nous a assuré que la vie régulière était aussi bien observée chez nous que dans les meilleures Provinces. J'aurais mauvaise grâce à le contredire. En tout cas, nous avons confiance que les circonstances — particulièrement difficiles — où nous vivons, plaideront en notre faveur auprès du Juge suprême.
© — Résidences et Œuvres.
Nous avons onZe maisons où résidences à poste fixe. La mission Sainte-Marie, jusqu'ici desservie par le Vicariat au nom de l’Athabaska, a été, par suite du manque de personnel, rendue à Mgr GRouaArD — qui n’est guère plus riche que nous, mais à qui en revient la responsabilité. Faute de missionnaires, nous avons dû aussi nous contenter d’une visite ou deux par an à la mission Saint- Raphaël, du Fort-Nelson, qui, elle aussi, de droit appartient au Viçaire apostolique d’'Athabaska.
Le Vicariat possède deux écoles-pensionnats, avec 180 orphelins. Les bâtisses ont été complétées ; et celle de Saint-Joseph de Résolution, en particulier, avec ses 144 pieds de façadé sur le lac des Esclaves, peut rivaliser avec plus d’une institution du même genre en pays civilisés. De fait, tous les visiteurs en sont dans l’admiration ; et les rapports du Gouvernement l’ont plusieurs fois citée à l’ordre du jour.
Deux hôpitaux ont été construits sur des points stratégiques : l’un à :Saint-Isidore du Fort Smith, mission située au pied de pouvoirs d’eau au moins aussi considérables que ceux du Niagara, et l’autre à la mission du Sacré-Cœur du Fort Simpson, au confluent de la Liard et du Mackenzie, en plein centre du district. Ce dernier poste était autrefois, en même temps que le quartier
” général des gros bourgeois de la C!° de la Baie d'Hudson,
le siège de l’évêque protestant. Les épreuves ont abondé dans les commencements. Mais ce n’est pas en vain que la mission est sous le vocable du Sacré-Cœur... Devant nos progrès, le bishop a plié bagage et transporté ses pé-
nates au Fort Chipeweyan, sur le lac Athabaska. Ces deux
‘hôpitaux sont pourvus de salles et d’instrûments d’opération et de chambres bien meublées, — le tout aux frais ” du Gouvernement. Nous y avons habituellement, sous les soins de nos bonnes Sœurs Grises, de 15 à 20 patients. — À chaque hôpital a été adjointe une petite école pour externes.
Enfin, depuis le Chapitre de 1908, nous avons entrepris
l'évangélisation des quelques Esquimaux — environ 2.000 — qui errent aux bords et à l’est du grand lac d’Ours. ’
Le R. P. Jean RouviÈRE fut le premier à entrer en con- : tact avec eux. C'était en 1911, le 15 août, — donc sous les auspices de notre bonne Mère du ciel. Le R. P. Guillaume Leroux se Joignit au P. RoOUvIÈRE, l’année sui-
‘ vante. L'un et l’autre se mirent activement, sans maître ni grammaire, à l'étude de la langue. Ils commenvaient à la parler assez couramment et s'étaient concilié la confiance de la majorité de la tribu, — au point de concevoir légitimement les plus belles espérances — quand, en novembre 1913,.ils furent massacrés par un faiseur de médecines, qui voulait s’approprier leurs'carabines. Leurs corps furent mutilés ; le meurtrier et son complice mangèrent le foie de leurs victimes pour se donner du courage, — à J’exemple des blancs, avouèrent-ils plus tard. Il fallut trois ans pour s'assurer de la réalité des faits. A ma demande et à ses frais, le Gouvernement voulut bien envoyer un détachement de police pour.faire les recherches. Les meurtriers furent arrêtés, jugés et condamnés, puis, à ma suggestion, graciés après deux ans de réclusion modérée auprès d’une de nos missions (1).
Sur les instances de tous les Pères du Vicariat, — et pour ne point perdre, au profit des ministres protestants, qui nous harcèlent jusque. dans ces déserts glacés, le terrain gagné au prix du sang de nos martyrs — nous rouvrîimes la mission, il y a deux ans. Les RR. PP. Joseph Frarsauce et Pierre FALAIZE, aidés du bon Frère Nicolas Mrven, s’y dévouent avec joie. Que n’ont-ils autant de
1) Voir Missions, n° 209, p. 94.
santé que de zèle ? Mais Notre-Dame du Rosaire, Patronne de la mission, veille sur eux, — en attendant que quelque Province s’impose les sacrifices nécessaires pour leur donner de l’aide ou même les remplacer.
Notre premier baptême a été fait, au mois de mai dernier, à la mission Saint-Joseph. Le brave enfant — une quinzaine d’années — est bien résolu à travailler à la conversion de ses parents et de ses amis. Il sera certainement d’un précieux secours pour les missionnaires.
Dois-je mentionner que deux livres de prières assez volumineux — Fun en esclave et l’autre en peau-delièvre — ont été imprimés en 1911 ? Actuellement, nous avons sous presse les Evangiles de chaque dimanche de l'année, en peau-de-lièvre. ‘
Enfin, le R. P. Pierre DucHAUssors-— qui, avec l’approbation de l'Administration générale, nous a été généreusement prêté par le R. P. Henri GRANDIN, Vicaire des Missions de l’Alta-Sask., — travaille activement à l’histoire de nos Missions de l’Extrême-Nord. Le premier volume, Les Sœurs Grises, a paru déjà. J'espère recevoir quelques exemplaires de la seconde édition avant la fin du Chapitre. Une édition anglaise, traduction du R. Père Thomas Dawson, a été publiée à Toronto. De l'ouvrage, journaux et revues on fait le plus bel éloge, allant jusqu’à le juger digne de prendre place à côté des Actes des Apôtres
. Le second volume — Aux glaces Polaires : les Vicariats de l’Athabaska et du Mackenzie — est achevé et sera présenté sous peu aux éditeurs. C’est un tableau complet et très riche de la vie de nos missionnaires.
Le troisième volume aura pour titre : Apâtres inconnus. Son but est de faire connaître la vie admirable de nos chers Frères convers et le concours dévoué qu’ils ont fourni au développement de nos missions.
Enfin, un quatrième volume, sous le titré de Récifs el Souvenirs de Voyages, recueillera faits et récits qui n’auront pu trouver place dans les précédents. Le tout sera acheyé dans le courant de l’année. Ainsi seront préservés pour la postérité des souvenirs précieux et tout à l’hon-
neur de la Congrégation et de l'Eglise ; et ces publications aideront, nous en avons la confiance, au recrutement des vocations — dont nous avons tant besoin !
D. — Importants Progrès matériels.
La plupart de nos maisons ont été reconstruites, dans un style plus moderne et plus confortable. Il nous reste encore cinq ou six églises à refaire.
Sur plusieurs points du Vicariat, avec les encouragements du Gouvernement, des expériences très intéressantes d'agriculture ont été faites et ont donné d’excellents résultats. Les petits jardins d’autrefois se sont agrandis et se transforment graduellement en véritables fermes — avec bêtes à cornes, poules, etc.
A 20 milles de la mission Saint-Isidore du l‘ort Smith,
! — près d’une saline, propriété de la mission, qui fournit
le sel à tout le Vicariat — une ferme a été fondée sur une plus grande échelle. Nous y avions, au mois de juillet
x dernier, 120 bêtes à cornes, 12 chevaux, etc. Ce n’est qu'un commencement ; et, tous les ans, nous en retirons déjà, en viande et en beurre, un secours très précieux pour les missions. -
Une belle maison très confortable y a été construite,
ï dès que les résultats des expériences nous permirent d’espérer un succès durable. Cette maison est destinée à être le noviciat pour nos Frères convers — quand nous ên aurons. Un induit nous a été concédé à cet effet.
En somme, au point de vue matériel, notre situation | s’est considérablement améliorée et va S’améliorer encore rapidement. Un chemin de fer a été construit d'Edmonton jusqu’au fort MacMurray, qui se trouve seulement À environ 600 kilomètres du premier poste du Vicariat. Les grands rapides de l'Athabaska sont ainsi évités et, en -devenant plus rapides et plus sûrs, nos transports sont plus économiques.
Pour encourager la compétition et nous délivrer de -gros soucis, nous avons vendu notre grand bateau à vapeur à une Compagnie qui nous assure notre ravitaille-