HISTORIQUE
La vaccination antidiphtérique, chacun le sait, se pratique aujourd’hui suivant les règles édictées par G. RAMoON : utilisation d’une anatoxine à haut pouvoir antigène (30 Lf) en deux injections faites à trois semaines d'intervalle.
De multiples publications, que nous croyons inutile de citer ici, ont montré que cette méthode conférait l’immunité à 94-96 pour 100 des sujets vaccinés. Entre toutes les appréciations portées sur elle, nous retiendrons seulement la conclusion formulée par ZINGHER au terme des essais de prophylaxie antidiphtérique entrepris par W. Park et lui-même en 1925 : « L’anatoxine est une préparation idéale contre la diphtérie..… an ideal preparation for active immunisation against diphteria (1) ».
Mais les nécessités même de la prophylaxie devaient orienter naturellement les recherches vers une simplification de la technique initiale. Et la simplification désirable — en supposant qu'on püût la réaliser — était Ia réduction du nombre des injections, «la vaccination en un temps ».
(1) ABRAHAM ZINGHER. Proceedimg Soc. for Expérimental biology and medicine, 20 mai 1995, p. 462.
Quelques progrès qu'ait accomplis, depuis ses débuts, la technique de RAMON, une difficulté — non pas insurmontable, assurément, mais réelle — contrarie encore, dans certains cas, son application correcte : cet obstacle, c’est l’insuffisante discipline des sujets à immuniser. La nécessité d’une seconde injection aboutit à une proportion regrettable de vaccinations incorrectes. L'entreprise commencée n’est pas toujours menée jusqu'à son terme. Il suffit, pour en être convaincu, d’avoir organisé soi-même des séries de vaccinations. Tout est simple et facile quarfd les sujets sont pris dans le filet d’une discipline serrée. Tels sont les enfants des orphelinats, des centres d'élevage, des dispensaires, des préventoria, des formations scolaires. Dans ces milieux, la vaccination par l’anatoxine de RAMON se poursuit logiquement et complètement. É
Il en va tout autrement dès qu’'intervient la liberté individuelle. On doit compter avec la négligence, l'incompréhension, la crainte instinctive des réactions. Pour peu que la première injection soit suivie d'un malaise, on a .tôt fait de renoncer aux suivantes. SCHMIDT et JENSEN estiment à 20 pour 100 le taux des vaccinations incorrectes. SORDELLI rapporte qu’en Argentine, sur 103.000 enfants soumis à la vaccination en plusieurs temps, 86.000 seulement ont reçu toutes les injections, Ramon relevait, il y a quelques années, 10 à 15 pour 100 d'enfants ne revenant pas pour la deuxième injection, 20 à 35 pour 100 qui se dérobent à la troisième. Ce sont ces pseudo-vaccinés qui diminuent sensiblement, du point de vue prophylactique, l'efficacité de la vaccination antidiphtérique et qui, trop souvent, valent à la méthode des critiques imméritées. : !
Il était donc normal qu’on recherchât un procédé qui, tout en maintenant, chez les vaccinés, un degré d’immunité élevé, présentât des facilités d'application pratique et permit d'atteindre un plus grand nombre de sujets.
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Les découvertes de RAMoN, relatives à l'obtention régulière de toxines puissantes et à l'accroissement de leurs propriétés immunisantes, ont, seules, permis de s’acheminer vers un mode de vaccination simplifié. Après la réduction du nombre des injections, plusieurs immunologistes ont entrevu la possibilité de la vaccination en un temps, en ont recherché la réalisation et la pratique couranlie.
Ce sont leurs travaux que nous nous proposons de rappeler, en considérant tour à tour les diverses préparations et leur mode d'action sur l’organisme, les réactions qu’elles déterminent, leur efficacité immédiate et lointaine. Nous espérons, en résumant et en groupant ainsi des données éparses, présenter un tableau d'ensemble de la vaccination en un temps, telle qu’elle est appliquée actuellement dans divers pays.
Concentration des toxines. — Accroissement du pouvoir réactogène. — L’immunité conférée par l’anatoxine est, comme l’a montré RAMow, fonction de la valeur antigénique de la préparation injectée.
Pour doter la vaccination humaine de son maximum d'efficacité, il fallut nécessairement disposer de toxines extrêmement actives. À cet effet, divers expérimentateurs — Ramon et ses collaborateurs, LOISEAU, LAFAILLE, etc... — ont entrepris de nombreuses recherches que nous n’avons pas à rapporter ici. D’immenses progrès ont été faits dans cette voie depuis le jour où Roux et YERSIN découvraient et préparaient les premières toxines, alors seulement actives à 1/50° et 1/100° de cm’. Aujourd’hui, il est facile d’obtenir des bouillons diphtériques qui tuent le cobaye en moins de quatre jours aux doses de 0 cm° 001-0 cm° 0005. Parallèlement à l'accroissement de leur valeur antitoxique, ces toxines accusent une augmentation considérable de leur valeur antigène, mesurée par la réaction de floculation de