‹ Vaccine et varioleChapitre 5 sur 6 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nouvelles expériences sur les rapports de la Variole et de la Vaccine

Il est dès maintenant évident que l’organisme du cheval pas plus que celui du bœuf n’est apte à transformer en vaccine la variole qui lui a été confiée par inoculation.

Sur ce point, les expériences répétées de la Commission lyonnaise ne laissent subsister aucun doute. Quant aux faits contraires de Ceely, de Thiélé, de Voigt, ils ont été ou mal observés ou mal interprétés — parce qu’enfin, si l’on a pu dire des théories et des doctrines métaphysiques : Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà, pour les faits expérimentaux de tels accommodements ne doivent pas être admissibles : ils sont où ils 11e sont pas.

Mais il reste à savoir de quelle façon se comporteraient les organismes du cheval ou du bœuf par rapport au virus variolique reçu par voie d’absorption générale.

En face des merveilleuses découvertes dont la science a

enrichi, ces dernières années, l’histoire des maladies virulentes, ce problème s’impose et demande une solution expérimentale. Nous savons aujourd’hui, par des exemples nombreux, que les virus agissent d’une façon bien différentes selon une foule de conditions tenant aux milieux de culture, au choix de la matière virulente et au point d’insertion dns produits inoculés. Relativement à cette dernière cause, le mode particulier d’introduction des agents virulents, nous devons signaler l’inffucnce de la voie sanguine sur plusieurs virus. Et pour ne pas sortir de notre sujet, M. Chauveau n’a-t-il pas démontré que si la transmission de la vaccine d’un sujet à un autre, par inoculation sous-épidermique, était aussi bien assurée chez le bœuf que chez le cheval, il n’en était plus ainsi quand l’injection du virus était opérée directement dans les vaisseaux lymphatiques ou veineux. L’inoculation, dans ce cas, non seulement confère l’immunité au cheval, mais encore provoque assez souvent l’éruption d’exanthèmes vaccinaux, fac nimilc exacts de ceux de la maladie naturelle, tandis qu’elle n’amène aucune éruption et ne paraît pas même capable de produire l’immunité vaccinale chez des animaux de l’espcce bovine.

MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont démontré que le microbe du charbon symptomatique se comporte tout différemment suivant qu’il est inoculé dans le tissu cellulaire ou introduit dans le sang par une injection.

Dans le premier cas, les accidents sont mortels ; dans le deuxième cas, au contraire, les phénomènes généraux sont à peine marqués et l’organisme bénéficie désormais de l’immunité contre toute tentative de contagion char donneuse.

Nous pourrions multiplier les exemples de cet ordre et citer les expériences de Chauveau, Bouley et Burdon-Sanderson, en Angleterre, qui confèrent aux vaches l’immunité contre la pleuro -pneumonie épizootique par l’injection intra-veineuse du liquide virulent; celles de Galber sur la rage, enfin celles de Chauveau et Arloing sur la septicémie gangréneuse.

La conclusion de tous ces faits, c’est que le milieusanguiu atténue très notablement certains virus, parmi lesquels la vaccine.

Mais l’atténuation des virus, on l’obtient encore, comme cela a été démontré pour le choléra des poules, le charbon et le rouget du porc, par des procédés artificiels de culture, et, sous cette dernière forme, les virus préservent, les animaux inoculés, de la maladie à laquelle on les a empruntés.

« Un grand secret se dévoilait ainsi. Le moyen était découvert d’accommoder l'activité des virus à la résistance vitale, de transformer la maladie mortelle qu’il cause, quand il est dans sa pleine puissance, en une maladie compatible avec la conservation de la vie, et de faire bénéficier l’organisme des effets de cette maladie, en l’investissant de l’immunité qui lui fait suite.

« Ce n’est pas tout. Les recherches de Pasteur sur le microbe du choléra des poules l’ont conduit à la constatation de ce fait bien inattendu que le microbe qu’on a destitué de l’excès de son énergie par l’exposition au contact de l’air pur du liquide où il a été ensemencé, pouvait faire souche de microbes dans lesquels l’énergie de la virulence se trouve contenue dans les limites mêmes où elle a été réduite, et qu’il est ainsi possible de cons-

tituer des races spéciales de microbes, pour aiusi dire assujettis, domestiqués, appropriés aux usages de l’homme, devenu maître de profiter de ce qu’ils ont conservé de puissance pour en faire un moyen de préservation contre les atteintes de la contagion naturelle dont les microbes sont les instruments. » — Bouley.

Ces données récentes, l’analogie étroite qui résulte de la comparaison entre un virus actif, ce même virus atténué, et la variole et la vaccine, soulèvent de nouveau, avec un pressant intérêt d’actualité, la question qu’on croyait définitivement résolue, de l’identité de la variole et de la vaccine.

Aux dualistes, les unicistes ne manquent pas de répéter : « Vos conclusions ne sauraient être définitives : tant que vous n’aurez pas expérimenté sur de nouvelles bases, nous vous soutiendrons que la variole s’atténue en vaccine, comme il arrive pour le choléra des poules, le charbon et le rouget du porc.

« Et lorsque nous voyons les différences qui existent aussi bien chez l’homme que chez la vache ou le cheval entre les affections variolo-vaccinales, suivant qu’elles se développent par absorption générale ou par insertion locale, il nous est bien permis de dire qu’avant de conclure, vous avez nombre de lacunes à combler.

« En faveur de notre hypothèse qui concorde avec tout ce que nous savons des autres affections de même ordre, il y a déjà ce fait expérimental. La température normale de l’homme est de 37°, celle du cheval de 38° et celle de la vache de 39°. Or, la variole, très virulente chez l’homme, s’atténue sensiblement déjà, en devenant horse-pox, mais plus encore quand elle se transforme en cowpox.

Eli bien ! si nous raisonnons par analogie, la raison de cette déchéance de la virulence ne nous est- elle pas fournie par l’écart thermal?

« Quant à cette objection, que la variole devenue vaccine sur sa terre d’exil, en revenant dans sa patrie, y reprendrait ses caractères et ses propriété, n’ est-il pas démontré par les expériences de Pasteur, que le microbe, privé de son excès d’énergie, peut faire souche de microbes domestiqués dans lesquels l'énergie de la virulence demeure dans les limites mêmes où elle a été réduite, de sorte qu’on peut constituer des races spéciales n’ayant conservé que le degré de virulence nécessaire pour pouvoir être utilisées comme vaccins. »

C’est pour apporter notre tribut à l’éclaircissement du problème qu’à l’instigation et sous la surveillance continuelle de notre éminent maître, M. le professeurChauveau, nous avons tenté sur le cheval l’inoculation de la variole par la voie intra -veineuse.

Le choix du cheval était tout indiqué : c’est l’animal vaccinogène par excellence, et si la variole doit quelque part se transformer en vaccine, c’est assurément dans cet organisme qui présente un milieu si complètement favorable au développement et à l’évolution de cette dernière.

La méthode des injections intra-veineuses ne s’imposait pas moins clairement, parce que de tous les modes de contagion autres que la peau, c’est le plus sûr et le plus précis, beaucoup plus sûr et plus précis que l’infection par les voies respiratoires ou les voies digestives, et parce que le milieu sanguin exerce sur certains virus, nous en avons donné des exemples, une influence lénitive des plus manifestes. Dans la veine jugulaire du boeuf, la

vaccine injectée reste sans effets ; or, si la vaccine est vraiment le diminutif delà variole et en procède comme d’un ancêtre, c’est dans le milieu sanguin du cheval que cette dernière marquera lapremière étape de sa déchéance.

Nous avions commencé nos recherches quand un savant belge, M. Warlomont, l’auteur d’un excellent Traité de la vaccine , présenta à l’Académie de médecine de Paris une communication sur le même sujet. Voici d’abord le résumé de ses expériences, l’exposé des nôtres viendra ensuite.

M. Warlomont, qui est un fervent uniciste, a poursuivi deux séries d’expériences. Dans la première série qui compte 16 cas, par des injections intra-veineuses et intra-cellulaires de variole sur le cheval, puis par la con tamination variolique, par voie atmosphérique du même animal, à l'aide de matières virulentes inspirées sous la forme de poudres fines, il a cherché la transformation de la variole en vaccine. Déçu dans ses espérances, il a tenté dans la deuxième série de faits de démontrer que l’organisme du cheval est pour la culture du vaccin, un détestable terrain.

Entre tous ces faits, nous ne rapporterons que ceux qui ont trait à l’injection intra-veineuse de variole:

Expérience VI. — 10 juillet. — Cheval hongre, cinq ans. Une injection, composée du contenu d’un tube de matière variolique étendu de cinq gouttes d’eau, est faite dans la veine souscutanée médiane de l’avant-bras, soigneusement et complètement mise à nu.

16 au 21 juil. — Rien. La plaie cutanée se cicatrise.

1er août. — De nombreuses petites papules se montrent sur tout le corps, principalement sur les côtés de la poitrine et aux

lianes ; on les voit manifestement à distance, parce que le poil est hérissé en petites houppes aux points correspondants. Quelques jours plus tard, les mèches de poils se sont détachées et sont tombées, emportant une petite plaque épidermique, ainsi qu’on l’observe souvent sur les chevaux atteints de gourme.

Exp. VII. — 16 juillet. — Cheval hongre, cinq ans. Nous mêlons cinq gouttes d’eau à la lymphe variolique retirée de deux tubes cylindriques, et nous injectons ce mélange dans la veine angulaire gauche de l’œil, préalablement mise à nu avec soin. Hémorrhagie assez forte par la piqûre.

19 juil. — Tuméfactionà l'endroit du traumatisme, qui diminue bientôt.

23 juil. — Plaie cicatrisée.

23 au 10 août. — Aucuns phénomènes locaux ni généraux. Résultats entièrement négatifs.

Exp. VIII. — 16 juillet. — Jument, quatre ans ; pouls, 44 ; température, 38 degrés. Nous faisons dans la veine sous-cutanée médiane de l’avant-bras droit, après avoir mis préalablement la veine à nu, une injection de matière variolique étendue d’environ moitié d’eau ; le liquide n’a pas eu le moindre contact avec la peau.

La plaie cutanée est entrée rapidement en voie de cicatrisation à la façon d’une plaie simple.

Quant aux phénomènes généraux, il ne s’en est produit aucun, si ce n’est que :

Ier août. — Les poils sont soulevés en nombreuses petites mèches, ainsi qu’on l’observe fréquemment pendant la gourme du cheval. Les jours suivants, ces mèches se redressent de plus en plus, puis finissent par se détacher en emportant une petite plaque d’épiderme, laissant à leur place une très légère élevure que perçoit le doigt passé par dessus, et dont il n'est pas possible de définir le caractère.

Exp. IX. — 6 août. — Cheval de sept ans. Injection d’un tube de matière variolique pure dans la veineangulairede l'œil ducôtédroit.

Résultat absolument négatif.

Voici les conclusions que M. Warlomont tire de ses expériences :

« Ges expériences, on le voit, ne nous ont pas donné la solution que nous leur avions demandée. Ni l’injection intra-veineuse, ni les injections intra-cellulaires, ni l’introduction par les voies digestives ou respiratoires, de la matière variolique, ne nous ont procuré d’éruption ayant le caractère de la pustule variolique ou de la pustule vaccinale. Dans trois cas seulement — une fois à la suite de l’injection intra-veineuse et deux fois après l’injection intra-vasculaire — l’effort vers la peau a paru se manifester par de nombreuses papules disséminées sur tout le corps ; mais ces papules sont demeurées sans caractère déterminé, et n’ont fourni qu’une courte carrière dépourvue de toute signification.

« Les animaux ainsi traités s’en trouvaient- ils au moins investis d’immunité, variolique ou vaccinale ? Encore que l’analogie permette de le supposer, par ce qui s’observe sur les bovidés, le contrôle direct nous a été refusé, les inoculations même, de matière tant vaccinale que variolique, ayant rencontré, sur nos équidés, d’imperturbables résistances. Ainsi, sur cinq cas d’inoculation épidermique de matière variolique, il ne nous a pas été donné d’observer une seule pustule spécifique : à peine quelques nodules ou quelques croûtes, disparaissant prématurément. Dans ces conditions, la constatation de l’immunité était matériellement impossible et l’on est encore, à cet égard, réduit à l’hypothèse. Une seule conclusion peut être légitimement tirée de ces faits : l’organisme du cheval se prête mal à l’admission du principe variolique, sous quelque forme et à quelque porte qu’on le présente. »

Dans l’unique but de confirmer expérimentalement cette assertion il inocule la variole à vingt -quatre chevaux et conclut encore que « V organisme du cheval est , pour la culture du vaccin , un détestable terrain. »

M. Warlomont termine son mémoire sur ces lignes dont les dernières sont un hommage rendu au génie scientifique de la France. Nous les consignons avec d’autant plus de plaisir et de reconnaissance que les savants étrangers deviennent aujourd’hui moins coutumiers de semblables témoignages en faveur de notre pays.

« Quoi qu'il en soit, avons- nous dit précédemment et devons- nous répéter aujourd’hui, force nous est, pour le présent, de considérer l’idée de l’unicité comme une hypothèse simple. Hypothèse respectable, toutefois, car il n’en est aucune autre qui donne, aussi bien qu’elle, la clef du problème complexe dont nous recherchons la solution.

« Cette solution, nous en avons la confiance, l’avenir nous la réserve. Je voudrais bien mettre sur le compte de notre impéritie l’impuissance de nos efforts, mais la collaboration élevée sur laquelle ils s’appuient m’interdit cet acte de modestie. Peut-être M. Chauveau, s’il voulait bien tenter au moyen de la variole ce qu’il a fait avec succès au moyen de la vaccine, serait- il plus heureux que nous n’avons ôté. Personne plus que nous ne s’en applaudirait Nous lui passons la main.

« Nous ne pouvons oublier d’ailleurs que c’est de la France que nous sont venues les vives lumières qui éclairent aujourd’hui la question des virus. On a pu lui enlever des provinces ; quelques velléités qu’on en témoigne, on ne lui volera pas cette gloire. »

Nous verrons plus loin l’interprétation qui nous semble devoir être donnée de ces faits : qu’on nous permette seulement, avant de les discuter, d’exposer nos propres résultats, mais auparavant il est bon de donner quelques détails sur les précautions, employées pour la récolte du liquide variolique et le manuel opératoire de l’injection.

Le liquide variolique a toujours été pris sur des enfants du service de M. Colrat, à l'hospice do la Charité ou bien sur des adultes du service spécial de M. Yinay, à l’hospice de la Croix-Rousse. Autant que possible nous avons choisi des pustules jeunes dont le contenu était limpide : plusieurs fois cependant nous avons dû employer du liquide déjà purulent.

La matière virulente étai l recueillie dans des pipettes flambées avec toutes les précautions antiseptiques d'usage, et les tubes aussitôt fermés à la lampe.

L’inoculation a été faite le plus souvent, le jour même de la récolte, quelquefois le lendemain ou le surlendemain, rarement après plusieurs jours.

Pour pratiquer l’injection intra-veineuse, nous nous sommes servis d’une seringue de Pravaz ordinaire, munie d’une canule très fine et très longue : seringue, canule et trocart ont toujours été soigneusement lavés et flambés avant chaque opération. Do plus les mêmes instruments n'ont jamais servi à d’autre usage qu’à nos expériences.

Les injections ont toujours été faites à la veine jugulaire du cheval, après incision préalable de la peau, sur une petite étendue ; le trocart, profondément enfoncé dans la veine ne recevait la canule qu’après l’issue de quelques gouttes de sang.

Expérience I. — 29 octobre 1883. — Vieux cheval. Injection d’une demi-seringue de pus variolique. Aussitôt après l’opération

on prend laT° qui est de de

40 pulsations. Les mouvements

respiratoires font penser qu’il est emphysémateux.

30 octobre 1883 — T

0 rectale matin

soir 39°4

1er novembre 1883

L’examen minutieux du

cheval

aux lieux d’élection : naseaux,

lèvre, périnée, bourses, jambes, ne

permet pas de

reconnaître la

moindre trace d’éruption ;

ce même

jour on refait au même cheval

une seconde inoculation intra-veineuse d'une demi-seringue de

liquide variolique.

4 novembre

matin

soir

Toujours aucune trace d’éruption aux lieux d’élection.

La T° n’a pas été prise le 11 et le 12 novembre, le cheval ayant été amené de l’Ecole vétérinaire au laboratoire de la Faculté de médecine. A partir du 13 elle ne fut prise qu’une fois par jour le matin ; la T° du 13 est celle du soir.

13 novembre

soir

matin

Pas de traces d’éruption, celle-ci uniquement cherchée aux lieux d’élection. Le cheval est vacciné (6 piqûres au cou, 6 piqûres au nez) avec du vaccin animal recueilli depuis 14 jours.

21 novembre . — Vaccination au nez (3 piqûres) avec du vaccin humain.

24 nov. — Très belle éruption vaccinale au nez, moins belle au cou où deux piqûres n’ont rien donné.

25 nov. — Après avoir lavé avec soin les pustules avec de l’eau phéniquée, on recueille le liquide vaccinal dans des pipettes flambées et fermées à la lampe.

26 nov. — Inoculation avec le liquide recueilli le 25, de cinq vaches à la ferme expérimentale de l’École vétérinaire.

Ier décembre. — La vaccination a parfaitement réussi sur toutes les vaches. Elle est particulièrement remarquable sur un jeune taurillon.

Exp. IL — 3 novembre 1883. — Vieux cheval, injection

intra veineuse d’une demi-seringue de pus 1

variolique.

3 novembre T°

rectale

soir 38°9

— matin 36°5

CO

CO

GO

L’examen minutieux

des lieux d’élection

n’a pas permis jus-

qu’à ce jour de reconnaître la moindre trace d’éruption.

8 novembre,

matin 38°1

soir 38°4

CO

CO

La T° n’a pas été prise le 11 et le 12. Le cheval est amené de l’Ecole vétérinaire au laboratoire de médecine expérimentale de

la Faculté de médecine.

, à partir du 13, la T° n’est prise qu’une

fois par jour.

13 novembre,

soir

Toujours aucune trace d’éruption, réinoculation intra-veineuse d’une demi-seringue de liquide variolique.

Pas de traces d’éruption, toujours recherchée avec grand soin, et tous les jours aux lieux d’élection ; inoculation (3 piqûres au cou, 5 au nez) avec du vaccin animal recueilli depuis 14 jours.

21 nov. — Vaccination au nez avec du vaccin humain.

24 nov. — Belle éruption vaccinale au nez seulement, rien au cou.

25 nov. — On recueilli le vaccin dans des pipettes flambées.

26 nov. — Vaccination avec le liquide recueilli la veille de cinq vaches de la ferme expérimentale de l’École vétérinaire.

1er décembre. — L’inoculation a réussi; mais, en général, l’éruption est moins belle que pour les vaches vaccinées avec le vaccin du cheval de l’exp. I.

Exp. III. — 17 novembre 1883. — Cheval bai, jeune. Injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

14 novembre

matin

Aujourd’hui le cheval est mal en train, peu d’appétit.

16 novembre

17 novembre, T° rectale

soir 37°3

matin 37 °5

Aucune trace d’éruption aux lieux d’élection.

22 novembre, T° rectale

matin 27°6 — 37°5

24 novembre, T° rectale

matin 37°5

Jusqu’à ce jour aucune trace d’éruption n’a pu être observée aux lieux d’élection ; à partir du 26, on no prend plus la température. D’ailleurs, comme dans les trois expériences précédentes, elle n'a pu fournir aucun renseignement utile pour les expériences suivantes ; elle n’a plus été notée régulièrement.

11 décembre. — Vaccination au nez, 7 piqûres, avec du vaccin humain de très bonne qualité.

19 déc. — La vaccination n’a donné aucun résultat, pas même de fausse vaccine.

Exr. IV. — 4 décembre 1883. — Cheval bai, jeune, portant un éléphantiasis à la jambe.

Injection intra-veineuse d’une demi-seringue de pus variolique.

12 déc. — Pas la moindre trace d’éruption aux lieux d’élection. Nouvelle injection intra-veineuse d'une demi seringue de pus variolique.

G janvier. — On n’a encore pu constater, malgré un examen minutieux fait tous les jours, aucune trace d’éruption aux lieux d’élection. Vaccination au nez et au cou, avec trois sortes de vaccin : d’enfant, de cheval et du cowpox, provenant du laboratoire municipal de Lyon.

Avec les mêmes vaccins on inocule un cheval blanc (Exr. V) et un cheval morveux.

12 janv. — 2 boutons seulement de vaccins, dont l’un très éphémère. Ces boutons correspondent aux piqûres faites avec le cowpox.

Le même cowpox a très bien pris sur le cheval morveux et a paru échouer sur le cheval blanc (Exp. V).

14 janvier. — Avec le liquide de la seule pustule restante ou inocule un âne et le cheval blanc (Exp. V); ce même

cheval blanc et l’âne sont aussi inoculés le même jour avec le vaccin du cheval morveux.

23 janv. — Sur le cheval blanc, résultat négatif pour les deux vaccins.

Sur l'âne, le vaccin du cheval bai a nettement pris, le vaccin du cheval morveux donne des résultats douteux : papules avec croûtes ; rien qui ressemble aux vraies pustules vaccinales.

Exr. V. — 1 décembre 1833. — Cheval blanc, vieux, injection intra veineuse d’une demi seringue de pus variolique.

12 déc. — Petite nodosité au niveau du point où l’injection a été faite, nulle trace d’éruption aux lieux d’élection. Réinoculation d’une demi-seringue de pus variolique.

6 janvier. — Toujours aucune trace d’éruption. La petite nodosité située au niveau de la veine jugulaire tend à se résorber. Vaccination au nez et au cou avec trois sortes de vaccin : d’enfant, de cheval et du cowpox, provenant du laboratoire municipal de Lyon.

Le même jour avec le même vaccin on inocule un cheval morveux et le cheval bai (Exp. IV).

Voir exp. IV pour les résultats sur ces deux derniers.

12 janv. — 2 boutons seulement, très petits, très éphémères.

14 janv. — Les 2 boutons ont disparu sans former de pustules. Revaccination avec le liquide des pustules du cheval morveux et du cheval bai .

Exp. IV. — 23 janvier. — Résultat négatif pour les deux vaccins.

Exp. VI. — 16 janvier 1881. — Cheval blanc, vieux. Injection intra-veineuse d’une demi-seringue de liquide variolique.

10 janv. — Le cheval meurt des suites d’un accident.

Exp. VII. — 16 janvier 1884. — Cheval bai, jeune. Injection intra-veineuse de trois quarts de seringue de liquide variolique.

23 janv. — Aucune trace d’éruption aux lieux d’élection. Bon état général.

1er février. — Toujours pas de traces d’éruption, réinoculation intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

6 fév. — Aucune trace d’éruption aux lieux d’élection, mais on découvre par hasard sur tout le corps, mais principalement sur la fesse droite un grand nombre de petites papules; en d’autres points il y a déjà quelques croûtes jaunes surmontées de faisceaux de poils agglutinés, on enlève facilement le tout et on laisse à nu une petite plaie épidermique.

11 fév. — L’éruption s’est maintenue jusqu’à ce jour, la plupart de ces papules, devenaient vésiculeuses, puis formaient une croûte s’enlevant facilement avec la houppe de poils agglutinés qui la surmontaient. Un certain nombre de ces papules ont aussi paru se résorber sans devenir vésiculeuses. Vaccination avec du vaccin d’enfant au cou et au nez, avec le même vaccin on inocule une vache et une jument (Exp. IX).

16 fév. — La vaccination n’a fourni aucun résultat. La vache, au contraire, inoculée le même jour avec le même vaccin présente une belle éruption vaccinale.

19 fév. — Revaccination avec du cowpox de bonne qualité provenant du laboratoire municipal de Lyon.

20 fév. — Petites papules au niveau des piqûres.

21 fév. — Les papules ont un peu grossi.

23 fév. — Les papules se résorbent sans donner lieu à des pustules vaccinales.

26 fév. — Les papules sont complètement résorbées. En somme le résultat n’a été que celui de la fausse vaccine.

Exp. VIII. — 28 janvier. — Cheval bai. Injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

ier février. — Léger gonflement au niveau de la piqûre veineuse.

5 fév. — Pas de traces d’éruption aux lieux d’élection.

7 fév. — Le cheval succomb ux suites d’une pleurésie aigue.

Exp. IX. — 28 janvier 1884. — Jument baie. Injection intraveineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

4 février. — La piqûre veineuse ne présente pas de nodosités. Aucune trace d’éruption aux lieux d’élection. Réinoculation intraveineuse d’une pleine seringue de pus variolique.

6 fév. — Eruption absolument semblable à celle du cheval ,(Exp. VII) : papules, vésicules, croûtes jaunes, les croûtes sont ici plus larges, comme si elles étaient formées par la réunion de plusieurs vésicules contluentcs, elles s’arrachent facilement avec les poils agglutinés et laissent au-dessous la peau dénudée de ses couches épidermiques ; pas d'ulcérations ni de nodosités. L’éruption est éparse sur les divers points du corps ; mais rien aux lieux d’élection, rien par conséquent qui rappelle le horse-pox spontané.

1 L fèv. — Vaccination au nez et au cou avec du vaccin d’enfant qui sert à inoculer en même temps un autre cheval (Exp. VII) et une vache. En tondant les poils au cou de la jument pour la vacciner on trouve une grosse vésicule, en recherchant dans la région on en trouve plusieurs autres semblables et on en recueille aussitôt le liquide pour l'inoculer à une vache en même temps que du vaccin d’enfant.

Sur cette vache, les piqûres de vaccin d’enfant sont faites dans la région anale, au-dessus des ischions, des deux côtés, et les piqûres avec le liquide des vésicules sont pratiquées au-dessous de l’ischion gauche.

10 fèv . — La vaccination de la jument n’a rien donné; au contraire, la vache présente au-dessus des ischions (vaccin d’enfant) une belle éruption vaccinale, mais au-dessous, avec le liquide de la vésicule, il n’y a rien eu qui ait pu ressembler à de la vaccine, une seule piqûre a fourni une papule éphémère rapidement résorbée.

10 fèv. — Revaccination avec du cowpox provenant du laboratoire municipal de Lyon.

26 fèv. — Les résultats de la revaccination ont été ceux do la fausse vaccine comme pour le cheval (Exp. VII).

Exr. X. — 16 février. — Cheval blanc. Injection intra veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

23 fèvr. — Pas de traces d’éruption.

26 fèvr. — Éruption très discrète : papules, croûtes jaunes, houppes de poils agglutinés. Rien aux lieux d’élection. L’éruption siège principalement sur les épaules.

lev mars. — Réinoculation intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique

8 mars. — L’éruption est toujours très discrète. Les papules apparaissent, deviennent rapidement vésiculeuses, celles-ci se transforment vite en croûtes qui tombent avec les poils.

17 mars. — Vaccination avec du vaccin animal de qualité éprouvée.

24 mars. — L'inoculation n’a donné que les résullats de la fausse vaccine, c'est-à dire des papules qui apparaissent dès le lendemain de la vaccination, grossissent un jour ou deux, puis se résolvent rapidement sans fournir des pustules.

Exp. XL — 16 février 1884. — Cheval gris-pommelé. Injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

23 fèvr. — Aucune trace d’éruption.

26 fèvr. — Éruption discrète principalement sur le cou et la fesse droite, présentant les mêmes caractères que les précédentes. Rien au lieu d’élection.

1er mars. — Réinoculation intra veineused’une pleine seringue de liquide variolique.

8 mars. — L’éruption s’est généralisée. Il y a des papules au nez et à la région anale. Elles deviennent très rapidement croûteuses.

17 mars. — Vaccination avec du vaccin animal de qualité éprouvée.

24 mars. — La vaccination a totalement échoué.

Exp. XII. — 16 février. — Cheval bai. Injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

23 fèvr. — Éruption discrète, semblable aux précédentes, éparse sur les divers points du corps.

26 fèvr. — L’éruption devient de plus en plus abondante.

3 mars. — Vaccination avec du vaccin animal qui sert à inoculer en même temps deux jeunes filles et une vache.

8 mars. — Belle éruption vaccinale sur les deux jeunes filles et sur la vache. Sur le cheval la vaccination a complètement échoué Mais l’éruption a continué. De chaque côté de l’anus un grand nombre de vésicules agminées ont soulevé en masse l’épiderme, formant une grosse croûte jaunâtre.

Exp. XIII. — lar mars. — Cheval brun, injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

4 mars. — Pas traces d’éruption.

10 mars. — Eruption très discrète, semblable aux précédentes.

17 mars. — Vaccination avec du vaccin animal de qualité éprouvée.

24 mars. — La vaccination a complètement échoué.

Exp. XIV. — 11 mars. — Cheval alezan, très jeune. Injection intra-veineuse d’une pleine seringue de liquide variolique.

21 mars. — Très belle éruption généralisée, semblable aux précédentes.

23 mars. — Cette éruption est très fugace. Aujourd’hui beaucoup de pustules ont déjà disparu.

27 mars. — Vaccination avec vaccin animal, le même sert à inoculer un vieux cheval.

2 avril. — La vaccination a échoué, mais le vieux cheval présente une assez belle éruption vaccinale.

Si nous résumons maintenant, dans un tableau d’ensemble, les résultats généraux de nos expériences, nous voyons d’abord qu’il en faut écarter deux, la 6e et la 8e,

parce que les chevaux ont succombé clés le début à des maladies accidentelles et que sur les douze restantes, il est nécessaire d’établir trois catégories.

Dans la première catégorie nous comprenons les Exp. 1, II et IV où la variolisation n’a pas paru déterminer l’éruption, mais a permis la vaccination. Dans la deuxième nous rangeons les Exp. 111 et V où la variolisation n’a pas paru davantage provoquer d’éruption mais a fait échouer la vaccination.

La troisième et dernière catégorie comprend enfin les sept autres expériences où la variolisation a été suivie d’éruption, sans qu’il ait été possible de vacciner les animaux.

Relativement aux faits de la première catégorie la variolisation n’a évidemment pas donné de résultats. Pourquoi ? peut-êfre parce que les chevaux jouissaient d’une certaine immunité variolique. Le fait de la réussite du vaccin n’est pas absolument probant de l’hypothèse inverse. En effet, dans le premier mémoire de M. Chau veau, nous lisons que, sur dix animaux qui ont été vacci nés, au moyen du cowpox vrai, après avoir été antérieurement variolisôs, six n’ont présenté aucune éruption vaccinale, trois ont eu des pustules rudimentaires et éphémères, un seul a été atteint d’un cowpox régulier et bien caractérisé. Il est donc possible que nos trois chevaux, réfractaires à la variole, ne l’aient pas été à la vaccine en vertu d’une immunité dont nous sommes impuissants à déterminer les conditions.

Hâtons-nous toutefois d’ajouter que nous préférons cette autre interprétation des faits: ces animaux n’auraient pas été variolisés du tout parce que l’injection était trop

faible et le liquide variolique de mauvaise qualité. Eu effet, c’était au début de notre expérimentation, et nous n’injections à cette époque qu’une toute petite demi-seringue de liquide variolique. Celui-ci était purulent, condition défavorable à l’activité virulente, déplus, il n’a été employé que quelques jours après sa récolte.

Pour les faits de la deuxième catégorie, l’interprétation est toute simple. Le cheval (Exp. III) a été variolisé avec une pleine seringue de bon liquide virulent et si l’éruption n’a pas été reconnue, c’est probablement parce que nous l’avons recherchée aux lieux d’élection. Le cheval (Exp. V) a probablement été inoculé dans le tissu cellulaire de la jugulaire. Le liquide était là peu abondant, mais il en faut très peu pour varioliser par celte voie — en résumé, chez ces deux chevaux, l’injection de variole a donné la variole et rien de plus.

Mais les faits de la troisième catégorie sont bien plus nombreux et bien plus intéressants. L’injection a été faite avec un liquide abondant et do bonne qualité — elle a toujours déterminé une éruption que nous avons décrite, et la vaccination n’a fourni aucun résultat.

De quelle nature était donc cette éruption ? vaccinale? Elle n’y ressemblait guère et M. Chauveau, qui, le premier, a produit l’exanthème vaccinal généralisé sur le cheval ne s’y méprit pas : d’ailleurs, sur la jument de l’Exp. IX P inoculation du liquide de ces vésicules sur une vache , en même temps inoculée avec du coicpox, n'a pas produit d'éruption vaccinale alors que le vrai vaccin réussissait très bien sur elle. Il nous semble donc que puisque cette éruption n’est pas vaccinale, on doit la considérer purement et simplement comme variolique. Les

chevaux se sont comportés ensuite vis-à-vis de la vaccine comme s’ils avaient été variolisés; le vaccin n’a jamais réussi sur eux, alors que sur d’autres animaux témoins il provoquait toujours de belles éruptions vaccinales.

En résumé, l’injection intra-veineuse sur les chevaux n’a rien donné qui ressembla à du horse-pox — par conséquent, pas plus la voie intra-veineuse que la voie sousépidermique ne transforme la variole en vaccine. Au contraire, la variole injectée dans les veines comme la variole inoculée dans le derme donne toujours la variole. Il parait donc légitime de conclure à la non-identité des deux virus.

Les expériences de M. Warlomont n’infirment pas cette conclusion. L’éruption qu’il a décrite nous paraît être de même nature que celle de nos chevaux. Il l’a constatée sans en chercher expérimentalement la signification. Nous ne voulons donc pas tirer une autre interprétation des faits du savant belge : qu’ils ne prouvent rien contre nous.

Quanta cette assertion du même auteur que « l’organisme du cheval est, pour la culture de la vaccine, un détestable terrain, » le contraire a trop bien été démontré par les expériences multiples de M. Chauveau pour que nous y insistions. Nous espérons que M. Warlomont, en cherchant de nouveau, reviendra de lui-même de cette opinion qui ne peut s’expliquer que par une sorte de malechance expérimentale.

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