CONCLUSIONS
Des nombreuses recherches que nous avons analysées dans Fhistorique de notre travail, des expériences nouvelles dont nous venons de décrire les résultats, il se dégage, pour nous, une conclusion fort nette : aucune expérience positive n'a été apportée jusqu ici qui per mette d’affirmer V identité des deux virus, variolique et vaccinal. Au contraire, l’inoculation de la variole par la voie sous- épidermique, à n’importe quel animal de la série vaccinogène, donne toujours la variole, rien que la variole, et l’injection variolique dans les veines du cheval, de tous les organismes de la série celui que l’immense majorité des expérimentateurs considère,
depuis Jenner, comme le plus éminemment favorable au développement de la vaccine, l’injection intra-veineuse de variole dans ces conditions, à coup sûr, ne donne pas la vaccine et paraît plutôt produire encore la variole.
Est-ce à dire que cette grande question de l’autonomie de la vaccine soit définitivement tranchée ? Non, si nous nous en tenons aux préceptes rigoureux de la méthode expérimentale, car il reste encore, avant d’avoir épuisé tous les termes du problème, bien des expériences à tenter, expériences où l’on ferait varier le choix de l’animal, son âge, son sexe, la dose du virus et sa voie d’introduction, etc., etc.
Oui, si nous basant sur les faits déjà nombreux qui démontrent la non-identité, nous comparons au point de vue de leur suite, les effets de la variole et de la vaccine, avec ceux d’une maladie virulente grave, le charbon par exemple, et de son virus atténué.
Il n’y a pas à en douter, c’est la découverte de l’atténuation des virus, le plus admirable bienfait de la science moderne, qui amène presque fatalement à regarder la vaccine comme un diminutif de la variole, par suite de cette tendance si naturelle à l'esprit humain de généraliser les faits pour en tirer une loi commune. A vrai dire, les analogies permettent la confusion au premier examen, mais quand l’on considère plus attentivement ■les faits, les différences éclatent si manifestes qu’elles entraînent une conviction opposée.
En effet, la vaccine qui a été inoculée des millions et des millions de fois, reste toujours une maladie bénigne, identique à elle-même, avec ses caractères typiques in variables chez l’homme, le cheval et le bœuf; jamais de termes différents dans les caractères essentiels de l’évolution vaccinale.
Que si nous comparons la vaccine à un virus atténué, combien de degrés dans les formes de l’atténuation ? Ici les phénomènes généraux se montrent insignifiants, là ils sont déjà plus graves, quelquefois le retour à la virulence est complet et la mort survient. C’est que l 'atténuation du virus n’est pas sa transformation , c’est que les procédés de déchéance employés contre une race spéciale de microbes ne changent pas les caractères de cette race. L’atténuation abrutit , si j’ose ainsi m’exprimer, toute une espèce de ces infiniments petits, elle leur enlève leurs armes, les réduit en esclavage et les fils dégénérés do ces hordes funestes sont devenus, de par le génie de l’homme, des esclaves soumis et inoffensifs. Mais ces microbes, s’ils sont assujettis on ne les a pas transformés, l’atavisme persiste, et, dans la foule, quelques-uns plus forts, plus résistants se souviennent des ancêtres, héritent de leur énergie et recommencent la lutte.
Ainsi, nous croyons à une différenciation très nette entre les virus atténués et la vaccine. Mais cette conclusion ne doit pas rester stérile. En effet, 11e semble-t-il pas improbable que cet exemple d’une maladie infectieuse grave, la variole, prévenue et combattue avec succès ^ar une autre maladie bénigne, la vaccine, reste à l’état
d’exemple unique dans la nature? « Et dès lors se trouvent justifiés les efforts de ceux qui ont cherché ou qui cherchent encore à chaque virus pernicieux un agent de môme famille, mais à action bénigne, et jouissant de la propriété de détruire la faculté germinative du premier. Dès lors aussi il devient du devoir de chacun de diriger dans ce sens ses investigations. » Chauveau.