TENTATIVE DE VIOL
Sur Alphonsine-Marie-Joséphine Derouot, Agée de onze ans, domestique à Noyen (Sarthe),
Le 1" mars 1896, Alphonsine-Marie-Joséphine Derouet, âgée de onze ans, domestique à Noyen (Sarthe), chez les époux Robert, se rendait à la messe vers huit heures et demie du matin.
L'enfant était partie depuis quelques minutes a peine, quand ses maîtres l'entendirent crier. M. Robert, qui est garde particulier, sortit aussitôt et aperçut sur le chemin vicinal de Noyen à Avoise, à 150 mètres de chez lui, un individu désigné par lui sous le nom de rôdeur. L'inconnu avait de vingt à vingt-cinq ans, était de taille moyenne, de corpulence assez forte. Il était porteur de moustaches etvétu d'une blouse bleue, d'un pantalon de velours marron, son chapeau était en feutre noir mou, il avait aux pieds des sabots. L'homme tenait la petite servante couchée à côté de lui contre le talus du fossé de la route. Le sieur Robert se précipita sur lui, mais reçut un violent coup de pied sur la joue droite. Cet acte de violence permit au vagabond de prendre la fuite et d'échapper au garde. 11 abandonnait sur le lieu de la lutte un bâton et un sac rempli d'effets.
Ces objets représentés le lendemain par la gendarmerie aux consorts Commère Alexandre, cultivateurs à Avoise, furent reconnus comme appartenant à un individu qui la veille avait couché chez eux. Leur hôte leur avait raconté qu'il s'appelait Vacher Joseph, né on 1869 ou 1870, dans l'Isère, ex sous-officier au 60° ou 6()° régiment d'infanterie. Il ajoutait avoir été réformé à la suite d'un coup de pied reçu ii la figure. M. Commère avait remarqué la déformation de la bouche chez
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cet homme ; il avait vu sa tunique de sergent. Le signalement et des mandats d'arrêt furent bien lancés par le Parquet de la Flèche, mais sans résultat. Ils Déportaient pas le nom de Vacher. La petite Derouet n'avait eu aucun mal.
Un non-lieu intervint le 9 mai 1896 motivé sur Timpossibilité d'établir l'identité de l'inculpé :
Vacher a reconnu dans les termes suivants (interrogatoire du 18 octobre 1897) que ces faits criminels lui étaient imputables.
« En effet, quelque temps avant ma condamnation de Baugé, je me rappelle maintenant, parce que vous m'en faites souvenir, avoir rencontré sur une route une jeune fille paraissant avoir treize ou quatorze ans; je me suis précipité comme d'habitude sur elle, dans un accès de rage ; mais un homme et une femme sont arrivés et m'ont forcé à lâcher l'enfant.
« Je me suis alors sauvé sur la route, j'ai rencontré une heure ou deux après un gendarme en vélocipède qui me cherchait; il m'a demandé mes papiers et m'a laissé continuer ma route parce qu'il n'a pas cru que c'était moi. »
Fait au Parquet de Belley,
Le Procureur de la République,
7" AFFAIRE DE SAINT-ETIENNE-DE-BOULOGNE (Ardèche)
Nous soussigné Auguste Martin, docteur en médecine, demeurant à Aubenas, sur la réquisition qui nous a été faite par M. le juge de paix d'Aubenas a{)rès avoir préalablement prêté serment, nous nous sommes transporté en compagnie de cet officier de police judiciaire, le lundi 30 septembre 1895, à Saint-Etienne -de- Boulogne, canton d'Aubenas. à l'effet de procéder à la visite, examen et autopsie du cadavre du nommé Massot-Pelet, Pierre, âgé de quatorze ans, berger chez le sieur Pontal, propriétaire au dit lieu, dont la mort paraît tenir à un crime, lesquels visite, examen et autopsie auront pour objet de constater :
{" L'étal général et extérieur du cadavre, et à quelle époque approximative remonte le décès;
2° Quels sont les organes essentiels qui ont été lésés, la mort a-t-elle été instantanée ;
3° Est-elle le résultat des lésions faites ou des coups portés ;
4° Dans ce cas déterminer le nombre, l'étendue, le siège, la gravité et la nature des lésions constatées;
5" Indiquer celles qui ont dû occasionner la mort et qui montrent qu'en frappant la victime, le meurtrier avait intention de tuer.
6* A l'aide de quels instruments les coups ont-ils été portés, les blessures faites et la mort donnée ?
7" Est-il possible d'après la direction et la forme des blessures, la position du cadavre après le crime, de reproduire la lutte et de dire comment la victime a été frappée, par surprise, inopinément, par derrière, assise ou debout; a-t-elle dû se redresser ou se retourner avant de tomber?
8o Les parties génitales de la victimes ont-elles été lésées?
Procéder en outre à l'examen des linges, hardes, elFets et chaussures saisies sur la victime, décrire leur état, les froissements et les déchirures qu'elles peuvent porter et déterminer la nature, le caractère et l'origine des taches de sang qu'on y remarque.
Arrivé dans la commune de Saint-Étienne-de-Boulogne nous avons été conduit immédiatement au lieu où le cadavre avait été trouvé la veille vers 1 1 heures du matin, près d'une grange isolée appartenant au sieur Pontal gardien de l'enfant Massot, grange située a l'extrémité nord de la commune non loin du village de Gourdon et des confins de la commune du même nom. Le cadavre de la victime avait été gardé sans être dérangé, par les soins de M. le maire de Saint-Élienne-de-Boulogne, depuis le moment de sa découverte jusqu'à celui de notre arrivée.
Il gisait sur le sol étendu sur le côté droit, la partie antérieure du corps tournée vers le mur de la grange, un peu obliquement à la face de ce mur et à 25 centimètres environ, près de son extrémité nord.» La tète au sud, les pieds au nord; du côte de la tète le sol caillouteux était abondamment imprégné de sang. La tète, la veste et la chemise étaient fortement imbibées de sang aussi; les pantalons étaient déboutonnés et tombaient sur les genoux, les pieds étaient chaussés de forts souliers; un morceau de pain intact et taché de sang gisait à côté du cadavre. Ce cadavre avait les cuisses à demi (lèchies sur le ventre, les jambes complète n)ent fléchies sur les cuisses. A un examen plus attentif et en se penchant fortement sur le cadavre on constatait:
1° Une large plaie, occupant toute la région antérieure du cou et intéressant les tissus jusqu'à la colonne vertébrale;
2° Une autre plaie intéressant toute l'épaisseur des parois du ventre du pubis au sternum, laissant passer toute la masse intestinale;
3° Une petite plaie intéressant la peau du scrotum non ouvert. Ni le pantalon, ni la chemise, ni la veste n'étaient déchirés ou coupés, mais seulement souillés de sang. A l'anus on voyait un morceau de
matière fécale de la grosseur d'une cerise, cet organe dilaté par l'écartement des fesses était rempli de matières fécales. Pas de ces matières sur le sol autour de l'endroit occupé par le cadavre. Un vieux chapeau de paille appartenant à la victime se trouvait à deux pas du cadavre.
Cet examen étant fait, le cadavre a été enveloppé dans une couverture, qui le couvrait à notre arrivée, et transporté par quatre hommes sur un brancard improvisé, jusqu'à la salle de la mairie de Saint- Étienne-de-Boulogne où nous avons procédé à l'ouverture du corps sur une table improvisée.
Nous avons commencé par dépouiller le cadavre de ses vêtements : Une veste, un pantalon, une chemise et des souliers, dans la poche du pantalon, poche déchirée, se trouvait un petit couteau fermé et un mauvais mouchoir. Le tout a été remis, ainsi que le chapeau, le morceau de pain et une des pierres teintes de sang prise parmi celles qui entouraient le cadavre, à M. le greffier de la justice de paix.