IV. — Conclusions
1°Les débris humains retirés du puits de la maison Dalmais, à la Demi-Lune, ont appartenu à un individu âgé de douze à quatorze ans, mesurant de 1 m. 38 à I m. 42 de taille et dont le sexe ne pouvait être déterminé.
2" Il s'est écoulé depuis la mort au moins trois ou quatre mois.
3° En l'absence des parties molles de la tête, du cou et du tronc, il n'a pas été possible de retrouver des traces de blessures. Le squelette n'en présentait pas.
4° Sur les vêtements soumis à mon examen existaient des taches de sang assez nombreuses et assez caractérisées pour indiquer que le porteur de ces vêtements a été atteint de blessures multiples.
5° Il n'était pas possible de dire s'il y a eu lutte et de déterminer le s circonstances dans lesquelles les blessures ont été produites.
G" Les vêtements en question ont pu appartenir ;i l'individu dont le squelette a été retiré du puits.
Lyon, le 8 décembre 1897.
10" AFFAIRE DE COURZIEU (Rhône)
Je soussigné!, Boyer etc., etc., sur la réquisition de M. Benoist,juge d'instruction, en date du 19 juin 1897, me suis transporté le 20 juin au hameau de Vachère, commune de Gourzieu, pour procéder à la levée de corps et à l'autopsie du cadavre du nommé Pierre Laurent, paraissant avoir été assassiné dans la nuit du 18 au 19 juin ; décrire toutes blessures ou lésions, toutes traces de violences ou attentats quelconques ; dire à quelle heure et dans quelles conditions la mort paraît s'être produite et quelles en paraissent être les causes, si les violences et blessures paraissent être l'œuvre d'une seule ou de plusieurs personnes, avec quelles armes ou objets elles paraissent avoir été produites.
L — Le cadavre a été transporté derrière une haie, dans un champ élevé, au-dessus d'un petit chemiu. Dans ce chemin qui aboutit à la route, nous trouvons des flaques de sang en partie desséché. Vers l'une de ces flaques nous remarquons un corps mou, gris blanchâtre, couvert de terre, qui, nous le constaterons tout à l'heure, n'est autre chose qu'un testicule avec une petite partie de son cordon. En passant du chemin dans le champ où est étendue la victime nous voyons des traces de pas qui ont glissé et piétiné.
Le cadavre est couché sur le ventre, derrière la haie, la tête enfoncée du côté des buissons. C'est celui d'un petit garçon de douze ans. Son pantalon est abaissé jusqu'aux plis fessiers. Des matières fécales s'échappent de l'anus. Les vêtements sont souillés de boue et de sang. En retournant le sujet, on découvre, h la face antérieure du cou, une large plaie transversale qui a sectionné tous les tissus de la région, et pénètre profondément,
II. — Pour procéder a un examen plus complet et à l'autopsie, nous faisons transporter le cadavre dans une maison isolée située à environ 300 mètres.
Nous complétons d'abord les constatations extérieures.
La rigidité cadavérique persiste aux quatre membres. Les vêtements, blouse, gilet, chemise, pantalon, sont maculés de sang et de boue.
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1° Au moment de déshabiller le corps, nous remarquons, au niveau des bourses, une grande plaie de forme ovalaire, mesurant dans son grand axe vertical 9 centimètres, et dans le sens transversal 7 centimètres. Le scrotum est ouvert. Le testicule droit est enlevé ; c'est celui qui a été ramassé dans le chemin. Le cordon et tout le paquet vasculo-nerveux ont été coupés un peu au-dessous de Tanneau inguinal.
Toute cette région est infiltrée d'une ecchymose contenant des caillots adhérents, indiquant que la blessure a été faite pendant la vie.
La tunique qui enveloppe le testicule gauche a été découverte par la plaie du scrotum, mais de ce côté aucune mutilation n'a été faite.
2" En raison de ces premières constatations, de l'âge du sujet, de l'attitude dans laquelle il a été trouvé, et des premières présomptions de l'enquête, nous procédons a l'examen de la région anale. L'orifice étant au préalable débarrassé des matières fécales qui s'en échappent en assez grande quantité, nous constatons, en arrière, près de la ligne médiane, trois petites déchirures de la muqueuse, très nettes, de formes triangulaires, mesurant environ 6 millimètres de hauteur. L'orifice est fortement dilaté ; les plis sont effacés ; il y a un commencement de déformation en infundibulum . Tout en tenant compte des relâchements cadavériques, il est évident que ces relâchements indiquent un acte pédérastique récent et surtout des actes pédérastiques anciens et répétés.
3° Le cou est sectionné en avant par une plaie transversale, mesurant 8 cent. 1/2 de longueur et 4 centimètres de largeur, pénétrant jusqu'à la colonne vertébrale, ou du moins jusqu'aux muscles prévertébraux.
Les bords de cette plaie sont irréguliers, hachés par plusieurs encoches, dont deux très marquées a droite et en haut. Une plaie seconafaire de 2 cent. 1/2 s'étend transversalement à gauche et audessus de la plaie principale. Cette petite plaie et les encoches de la grande blessure indiquent qne la section n'a pas été faite d'un seul coup et que le meurtrier a dû procéder en deux ou trois temps pour accomplir cet égorgement.
La recherche et l'examen des principaux organes du cou dans la profondeur et au pourtour de la grande plaie dénotent les lésions suivantes.
L'instrument tranchant a coupé le larynx au niveau de la glotte, l'œsophage, une partie des muscles des régions latérales du cou, et les jugulaires externes. La carotide gauche est intacte. La carotide
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droite est ouverte mais non sectionnée. Les neris pneumogastriques sont indemnes.
L'action de l'instrumenta donc porté surtout sur la région médiane et un peu plus à droite. Cette intégrité relative des régions latérales du cou permet de croire que le couteau a été plongé d'abord par un coup direct d'avant en arrière un peu abaissé transversalement ; ces deux temps joints aux mouvements de la victime peuvent expliquer les encoches. Mais la petite plaie secondaire a dû être faite par un premier coup mal appliqué.
Les autres régions du corps ne présentent pas de lésion. Je note seulement dans un espace interdigital une petite érosion ayant l'aspect d'une crevasse ; au coude droit une éraflure de 3 centimètres, et sur le nez, qui a été aplati par le décubitus, une petite plaque parcheminée.
III. — L'ouverture du thorax et de l'abdomen ne révèle rien de particulier.
Les organes, poumons, cœur, foie, reins présentent les altérations habituelles aux grandes hémorragies.
Dens l'estomac, je trouve une assez grande quantité d'aliments, légumes, cerises, salade; leur demi-digestion peut indiquer qu'ils ont été ingérés environ deux heures avant la mort. Or les témoins nous ai)prennent que la victime avait fait un repas vers neuf heures du soir, ce qui placerait l'heure du meurtre vers onze heures, ou mêtne, pour éviter toute précision en pareille matière, entre onze heures et miniiit.
IV. — Vêtetnenis. — Les vêtements de la victime, pantalon, gilet, tablier, blouse, chemise, chaussures, chapeau ont été soumis à un examen spécial.
Pan^a/on.- taches de sang en arrière de la jambe droite avec des taches de boue, sur la doublure du fond taches de sang et de matière fécale ; en un point de cette doublure je remarque une large tache d'aspect blancliAtre n'empesant pas l'étoffe, n'ayant pas de contours accusés, cette tache a été découpée et après une macération prolongée soumise a une série d'examens microscopiques en vue de la recherche des éléments du sperme. Je n'y ai pas trouvé, par la réaction tri-iodurée, trace de cristaux de virispermine ; par l'enilochage et la coloration a la crocéine il m'a été impossible de découvrir aucun spermatozoïde.
Les constatations microscopiques confirment les résultats de l'examen à l'œil nu. Cette tache n'a pas les caractères d'une tache de sperme.
Dans la poche droite du pantalon se trouve un couteau ordinaire à manche noir, à deux lames couvertes de taches rouge clair.
Ces taches ont été traitées par la méthode des empreintes de Taylor et ensuite par le réactif de Van Déen. Le résultat a été négatif. Traitées ensuite par l'acide chlorhydrique et le ferrocyanure elles ont donné inmiédiatenient la réaction de la rouille.
La doublure de la poche est occupée par une tache d'aspect rouillé. Découpée, macérée et soumise aux mêmes manipulations que les taches du couteau, elle a donné, elle aussi, la réaction de la rouille et non celle du sang.
Même résultat pour une tache trouvée sur le mouchoir de la victime, tiré de la poche droite. Je note que ce mouchoir est assez fin.
Sur le revers de la poche gauche, taches de sang.
Gilet : taches de sang : a gauche en dedans et en dehors ; à droite en dehors, et en avant, enfin sur le col en dehors.
Blouse : au cou larges taches de sang surtout à gauche au niveau de l'épaule, taches de sang et de boue au-dessous de l'épaule ; taches de sang et de boue au-dessous de l'épaule gauche, et sur la partie droite des vêtements ; la manche gauche est couverte de sang jusqu'au poignet ; la manche droite présente des taches de boue et de terre.
Chemise : Sur le plastron a gauche large traînée de sang, au poignet droit taches hémorragiques assez nombreuses, au poignet gauche peu de sang, quelques taches vertes.
Tablier couvert de boue et de sang ; une ceiyiture inulticolore, en trois points maculée de sang.
V. — Conclusions. — 1° Le cadavre du nommé Pierre Laurent portait au cou une grande blessure fatalement mortelle — a l'anus trois déchirures récentes et des déformations révélant des actes sodomiques anciens — aux bourses une nmtilation ayant enlevé le testicule droit.
2° La mort a été produite par égorgement, elle a été la conséquence nécessaire de la section d'organes essentiels et d'abondantes hémorragies.
3° Ces blessures ont été faites à l'aide d'un couteau assez solide, et d'un certain calibre, plongé à deux ou trois reprises dans le cou.
4° Une seule personne a pu les produire.
Lyon, le 10 juillet 1897.
VACHER l'éVENTREL'R llo
VI. — QUELS SOXT. PARMI LES CRLMES COMMIS DEPUIS DIX ANS ET RESTES IMPLMS, CEUX QUI PEUVENT ÊTRE, AVEC QUELQUE VRAISEMBLANCE, ATTRIBUÉS A JOSEPH VACHER ?