CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les crimes avoués par Vacher ne sont vraisemblablement pas les seuls •qu'ait accomplis cet inculpé ; si l'on songe, en effet, qu'il reconnaît avoir commis cinq assassinats dans la seule période comprise entre le 12 mai et le 29 septembre 1895, tout porte à croire que, depuis cette date du dernier crime avoué pour l'année 1890, jusqu'au 10 septembre de l'année sui. vante, date du premier crime avoué pour 1896, c'est-à-dire dans un intervalle de près d'un an, l'assassin a dû, plus d'une fois, se livrer à son monstrueux penchant.
De même, il n'est guère possible d'admettre que du l*"" octobre I89G, date avouée du dernier crime pour l'année 1890, jusqu'au mois de juin suivant, époque où se place le premier crime qu'il avoue avoir commis en 1897, c'est-à-dire pendant un espace de huit mois. Vacher soit resté inoccupé. Notons enfin ce propos de l'inculpé au magistrat instructeur : « Mon affaire n'est pas encore finie », propos qui peut parfaitement être interprété en ce sens qu'à l'heure par lui jugée opportune, l'inculpé Vacher fera de nouvelles révélations.
11 convient donc de rechercher, en consultant l'itinéraire suivi par l'assassin pendant les intervalles dont nous venons de parler, quels sont les crimes qui pourraient lui être imputés, eu égard aux similitudes existant entre le mode d'opérer adopté par lui et ^les circonstances dans lesquelles ont été accomplis certains assassinats perpétrés dans certaines régions au moment même où Vacher traversait précisément ces régions.
Cette méthode est rationnelle et nous l'avons suivie avec succès antérieurement.
Une question préjudicielle, cependant, se pose dès maintenant : celle de savoir si Vacher a commis des crimes antérieureurement à sa sortie de l'asile Saint-Robert.
L'importance de cette question est manifeste ; s'il était possible, en effet, d'établir d'une manière certaine qu'avant de tenter de tuer Louise Baraut et de se suicider, Vacher avait déjà quelque crime sur la conscience, le point de savoir si la balle qu'il s'est logée dans la tôte a pu provoquer un dérangement cérébral, cause déterminante possible des crimes ultérieurs^ ne ferait plus question et les experts éUmineraient ainsi une cause de perplexité.
Pour nous, nous avons la conviction profonde que Vacher, à son arrivée au régiment, était dojù un assassin et nous indiquons comme suit les
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considérations qui nous ont amené à le penser et qui sont la déduction logique du système de défense de l'assassin.
Il est certain, d'abord, qu'à aucun moment de l'information l'inculpé p'â songé un seul instant à attribuer à la présence d'une balle dans sa tête les idées homicides qui, dit-il, le hantaient: Il n'a cessé au contraire d'attribuer à ses idées une origine plus ancienne puisqu'il les fait remonter d'abord à l'année 1889 et leur assigne comme cause la morsure qu'un chien enragé lui aurait faite dans son jeune âge ou le traitement empirique qu'il aurait suivi à cette occasion. Si l'inculpé s'est placé sur ce terrain, alors qu'il était plus rationnel et élémentaire pour lui d'invoquer l'excuse tirée de la tentative de suicide, c'est de deux choses l'une, ou bien qu'il a été sincère, ou bien que, redoutant dètre ultérieurement convaincu de crimes commis avant cet accident il n'a pas voulu sexposer à être convaincu, du môme coup, d'un mensonge préjudiciable à sa cause ; nous avons suffisamment observé Vacher pour être persuadé qu'un tel raisonnement n'est pas hors de la portée de son intelligence.
Si l'on se reporte, maintenant, à cette partie de l'information qui a trait au tempérament, au caractère et aux habitudes de Vacher, on est frappé de l'unanimité des témoignages qui le représentent, dès l'enfance, comme un être profondément dissimulé et méchant. « Il n'eût pas été prudent, dit Mme Declérieux, de Saint-Genis-Laval, qui la eu à son service, de le laisser seul avec des enfants.» Et quand on demande au témoin de préciser ce qu'il entend par là, il répond ;t II leur aurait fait du mal.» On en arrive dès lors à se demander si le vagabond âgé d'environ 16 ans, aperçu à Éclose (Vienne) le 18 juillet 1884, le jour où le jeune Amieux Joseph, de cette localité, âgé de 10 ans, est trouvé étranglé dans une grange, le corps dissimulé sous de la paille, ne serait point déjà Vacher, mais ce n'est là qu'une hypothèse.
1888 — Juin-Août
C'est en novembre 1887 que Vacher quitte l'établissement des frères de Saint-Genis-Laval. De là, il se rend à Beaufort, son village natal, où il se trouve encore au mois de juin 1888, pendant la saison des foins : C'est à ce moment qu'a lieu l'acte de pédérastie tenté par lui sur le jeune Bourde MarceUin.
L'iniormation n'a pu établir le moment précis où quittant alors Beaufort, il s'est rendu à Grenoble ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se trouvait en cette ville au moment où le président Carnot la visita et il est probable que c'est en août qu'il y arriva ; d'où la possibilité de supposer qu'il a pu commettre deux crimes accomplis dans la période comprise entre le mois de juin et le mois d'août de cette même année, voici ce dont il s'agit :
1" Dans les derniers jours de juin, une femme inconnue, paraissant âgée
VACHER l'éVENTRKUR H 7
de 35 ans est assassine'e à Joux (Rhône) : la tête a été séparée du tronc ; un couteau de boucher qui a servi au crime est à côté ; le cadavre est dissimulé sous des fougères dans un bois, à trois mètres d'un chemin, or, la section du cou et la dissimulation du cadavre à trois mètres d'un chemin dans un bois sont bien des procédés familiers à Vacher.
2» Le l*"" juillet, à Chambérac (Haute-Loire), la jeune Clémence Grangeon, âgée de 14 ans, est assassinée, une large et profonde blessure intéresse la partie gauche du cou ; Vartère carotide est tranchée, pas de viol. Ici, la manière d'opérer est bien celle qu'emploie Vacher ; l'emplacement de la blessure est bien celui que l'on observe sur la plupart de ses victimes et dès l'instant où ni le vol, ni le viol n'ont été le mobile du crime, une présomption s'établit en faveur de la culpabilité de Vacher. L'inculpé est en effet un pédéraste avéré; or, l'examen des médecins au rapport, lorsqu'il s'agit de meurtre d'une femme, porte sur les parties sexuelles mais a rarement pour objet l'état de l'anus. On a pu voir que les expertises médicolégales n'ont conclu au viol que pour une seule des sept femmes tuées par Vacher (crimes avouésj, mais comme celui-ci n'a été guidé ni par la vengeance, ni par l'appât du gain, la conclusion qui s'impose c'est qu'en raison de ses instincts pervers, il a tué pour se livrer à des actes de pédérastie et faire disparaître les seuls témoins de ces actes. Au surplus l'imputation à l'inculpé des deux assassinats ci-dessus n'est qu'une hypothèse mais il faut convenir que cette hypothèse n'est pas dépourvue de vraisemblance.
1889 — 25 avril-novembre
Du 24 septembre 1888 au 23 avril 1889, Vacher est successivement à Grenoble, à Marcollen (Saint-Marcellin),à Lyon, mais àpartirdc cettedernière date on perd sa trace jusqu'en novembre 1889 : C'est pendant cette période (avril-novembre) qu'au cours d'un voyage à Genève, il déclare à son frère Auguste, qu'il lui prend par instants des envies de tuer ». De fait, son frère lui trouve un air étrange, égaré. Il est malheureusement probable que ces funestes envies dont il parle avaient déjà été satisfaites au moment où i! en fait part à son frère. Ce propos ne semble-t-il pas révéler le besoin d'un aveu de quelque chose qui obsède sa conscience ?
Pendant cette période si Ion ajoute foi à ses déclarations Vacher aurait séjourné deux mois à Aix-les-Bains et fait un voyage à Paris, puis serait revenu à Lyon où, en novembre, il serait entré au service de MM. Piquet frères, papetiers.
Le 2'j avril. Vacher qui a quitté le service de MM. Piquet pour se placer chez un sieur Guinet, à Saint-Genis-Laval, abandonne cette petite ville après avoir manifesté l'intention d'aller à Lyon fêter le 1" mai avec les socialistes. Que devient-il du l^"" mai au 20 octobre 1890 ? on l'ignore.
1890 — ler mai-2 octobre
Pendant cette période (l" mai-2 octobre' se place l'assassinat, à la date du 30 juin, à Moirans (Isère), de Perrin (Augustine-Mélanie},àgée de 23 ans, fille de mœurs légères qui fréquentait les roulants et dont on trouve le cadavre dans une cabane. Celte fille portait une blessure à la tète et avait été étranglée. Serait-ce là encore une victime de Vacher, on peut le supposer mais rien ne l'établit.
Nous en arrivons maintenant à l'examen d'un crime dont, parmi tous les assassinats sur lesquels ont porté nos recherches, le mode de perpétration ressemble le plus à la manière d'opérer de Vacher. On y retrouve d'une manière frappante le tour de main de l'accusé.
Olympe Buisson, Varacieux (Isère) — 29 septembre 1890
Dans la soirée du 29 septembre 1890, jour de la fête de Varacieux (Isère) la jeune Olympe Buisson, âgée de 9 ans, sortit vers 9 heures du soir pour aller visiter les baraques foraines ; vers dix heures, ses parents, ne la voyant point revenir, s'émurent et on finit par trouver le cadavre de l'enfant horriblement mutilé, dans un ruisseau au pied d'un talus escarpé contre lequel le crime avait eu lieu. L'enfant avait reçu au cou plusieurs coups de couteau qui avaient fait des plaies affreuses et terribles ; son visage était couvert d'égratignures et de sang, le ventre était largement ouvert et par Thorrible blessure s'échappaient les entrailles. L'assassin avait pratiqué une entaille au couteau dans le corps de la victime et y avait introduit son membre viril pour assouvir sa passion. A côté du cadavre se trouvait un verre ayant contenu des pralines ainsi qu'en vendent les marchands qui fréquentent les foires. Olympe Buisson avait été vue a côté d'une baraque foraine un peu après9 heures. Les soupçons se portaient sur un jeune homme qui avait été aperçu causant avec la victime entre 9 heures et 10 heures. Des charges graves pesaient sur lui : son pantalon était maculé de boue aux deux genoux : on trouva caché dans le grenier où il couchait un tablier qui avail été l'objet d'un lavage récent et portait quelques taches de sang ; enfin, il ne put indiquer la raison pour laquelle il avait gardé un couteau qui lui avait été prêté la veille. Cet individu ne cessa de protester de son innocence : La chambre des mises en accusation de la cour de Grenoble ordonna successivement deux compléments d'information et l'inculpé finalement fut remis en liberté. La lecture du dossier nous ayant révélé que cet individu était un roulant arrivé à Varacieux quelques semaines avant le crime, nous avons appelé l'attention de notre collègue de Saint-Marcellin sur le point de savoir si cet individu n'était point Vacher lui-môme mais il paraît que l'identité du roulant dont il s'agit a pu être établie et qu'il n'y a pas lieu de le confondre avec Vacher.
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Ce crime e'tait commis le 29 septembre; or, le 2 octobre, trois jours après, on constate, pour la première fois depuis le mois de mai, la pre'sence de Vacher à Lyon, chez un logeur du nom Piaso, demeurant rue Grolée 26. Vacher a nié ôtre l'auteur de ce crime, mais nous avons de sérieuses raisons dépenser qu'il ne dit pas la vérité sur ce point. L'âge de la victime l'éventration, la section du cou constituent, nous semble-t-il, de graves présomptions à l'enconire de Vacher. Il convient aussi de rapprocher de la circonstance que l'enfant avait été attirée par l'appât d'un verre rempli de bonbons cette particularité qu'à la fin du mois de juin dernier, Vacher à Valence, chez un sieur Gérente, tenancier d'un bar, a été occupé une après-midi à remplir de pralines un certain nombre de verres sur lesquels il collait ensuite des ronds de papier.
Enfin, et ce détail a son importance, un sieur Ilarter, entendu sur commission rogatoire par le juge d'instruction de Marmande, a déclaré que se Irouvant en compagnie de Vacher dans une auberge de l'Isère où il était question de ce crime, l'inculpé lui avait confié que le jour de l'assassinat d'Olympe Buisson il se trouvait précisément à la vogue de Varacieux en compagnie d'un vagabond du nom de Jean Fourè.
Le 16 novembre, Vacher part pour le régiment. On sait que dans les moments de fureur où il s'emportait contre ses camarades, son premier mouvement consistait toujours à saisir un rasoir qu'il portait dans sa poche en même temps que sa menace favorite consistait à dire à son adversaire qu'il lui couperait le cou. Or, si l'on se rappelle le propos de M» Declérieux relaté plus haut, puis la confidence faite par Vf^cher à son frère Auguste" et que, d'autre part, on rapproche des circonstances qui précèdent les paroles proférées par l'inculpé au régiment, une nuit qu'enfiévré par la colère, il ne pouvait s'endormir : 'c Du sang... .Je le tuerai... Ils ne savent pas ce dontje suis capable.... « on est bien, il faut en convenir, tenté d'admettre que Vacher avait déjà fait des victimes. Nous estimons qu'ainsi doit ôtre interprétée cette dernière phrase de Vacher et nous avons la conviction que cet inculpé était déjà un assassin lorsqu'il est arrivé au corps le 16 novembre 1890.
Aucun des crimes qui nous ont été signalés et ont eu lieu pendant les années 1891, 1892, 1893, période pendant laquelle Vacher accomplissait son service militaire, ne nous paraît lui être imputable.
Du le-- avril 1894, sortie de Saint-Robert, au 4 août 1897, arrestation à Champîs
Deux tentatives de viol ou meurtre de Beaurcpaire 17, 18 mai 1894
Le 1'=' avril 1894. Vacher quitte l'asile de Saint-Robert et le premier crime qu'il commet ensuite ^19 mai) est celui à neaurepairo mais le 17 et le 18, il avait tenté d'assaillir aux environs de cette petite ville, deux femmes
qui se trouvaient dans le? champs. Notre collègue de Vienne avec lequel nous avons correspondu relativement à ces deux tentatives nettement caractérisées et que nous n'avons pas hésité à attribuer à l'inculpé^ possède les procès-verbaux qui en relatent les circonstances et d'où il résulte que les victimes auxquelles la photographie de Vacher a été représentée l'ont reconnu sans hésitation pour être leur agresseur des 17 et 18 mai 1893.
Aucun fait imputable à Vacher ne nous a été signalé pendant la période qui s'étend du 19 mai au 20 novembre, date du crime de Vidauban (Var) avoué par Vacher.
Le 6 décembre 1894, c'est-à-dire seize jours après le crime de Vidauban, deux vieillards, les époux Honorât, habitant Ghateaudouble, même arrondissement, le mari ûgé de soixante-quinze ans et la femme de soixante et onze ans, étaient trouvés assassinés dans leur habitation. Le cadavre de la femme était étendu au milieu de la cuisine ; les assassins l'avaient recouvert d'un vieux manteau. Quant au corps du mari, il avait été placé entre son lit et la muraille : le mari avait été vraisemblablement surpris au moment où il se mettait au lit, car il était à moitié déshabillé et l'un de ses pieds était déjà déchaussé : les deux victimes avaient été assommées à coup de barre de fer. On a vu, dans la journée du crime, rôder aux environs deux individus; l'un, brun, répondait à peu près au signalement de Vacher; l'autre était blond et plus grand. 11 est probable que ces deux individus sont les auteurs du crime de Ghateaudouble si l'on songe que, leur forfait une fois accompli, les assassins ont bu et mangé dans la maison de leurs victimes et que dans l'une des deux assiettes restées sur la table se trouvaient des poils blonds.
Mais Vacher était-il l'un des deux individus ?
Il est difliicile de se prononcer sur ce point, ce que l'on peut affirmer seulement, c'est que Ghateaudouble se trouve sur le chemin que Vacher devait suivre pour revenir, par les Basses-Alpes et les Hautes-Alpes, à Saint- Ismier, près Grenoble, où nous le voyons arriver chez le sieur Rey- Perolle, le 30 décembre. Notons enfin cette particularité que de 1894 à 1897, nous retrouvons Vacher, à différentes reprises, en compagnie d'un jeune blond vendant des chaussons : on le voit avec cet inconnu notamment à Lhuis, trois jours avant l'affaire de Dénonces (28 août 189a\ à Brives, le jour de l'assassinat de Louradour (11 novembre 1890), à Valence, chez Gérente, tenancier d'un bar où tous deux remplissent de pralines des verres sur lesquels ils collent ensuite des ronds de papier (fin juin 1897).
Ici se place la question intéressante de savoir: 1° si, indépendamment des crimes qu'il a commis pour satisfaire ses goûts de perversion sexuelle. Vacher n'a pas tué pour voler; 2" s'il a été quelquefois assisté par quelque complice dans l'accomplissement de ses crimes. L'intérêt de la question est manifeste, car tout à l'heure nous attribuerons à Vacher certains crimes suivis de vol et d'autres dans lesquels il a eu des complices. Selon nous, il est arrivé à Vacher de dépouiller ses victimes et il n'est pas impossible qu'il ait agi avec l'assistance de quelque complice.
Seulement le souci de ne pas compromettre son système d'une impulsion subite et irrésistible le poussant au crime a été un obstacle à l'aveu par lui des assassinats suivis de vol.
L'information établit d'ailleurs qu'il a volé les objets contenus dans son sac et qu'il a volé 200 francs à un M. Gautrain assassiné par lui dans le Tarn.
C'est le 12 mars i89a que Vacher quitte le service du sieur Rey-Perolle pour prendre la direction de Lyon ainsi qu'il l'a déclaré lui-même daus l'un de ses interrogatoires et c'est de Lyon précisément qu'il s'achemine ensuite vers Dijon.
Tentative de viol et de meurtre sur une marchande d'oranges
14 avril 1895
Le 14 avril, une marchande forraine vendant des oranges, était assaillie dans le quartier de Survillo, par un individu dont le signalement est bien celui de Vacher. L'agresseur tente de violer cette femme et la menace de son couteau. Celle-ci a toutes les peines du monde à lui échapper. Il est fort possible que cet agresseur soit Vacher. Une confrontation serait de nature à faire la lumière sur ce point.' Le 12 mai, Vacher est à Dijon (voir le crime d'Étaules) et le 13, à Semur. Il prétend ensuite être revenu sur Lyon ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'en juillet il essaie d'attirer dans un bois à Corbonod (Belley) un jeune garçon qui le reconnut formellement au cours d'une confrontation récente. Le 24 août a lieu le crime avoué de Saint-Ours et le 31, celui de Benonces, On sait que de Dénonces Vacher passe dans l'Isère.
Autun : 6, 7 septembre 1895. Francine Rouvray, assassinat,
viol ou tentative.
Cependant, vers cette époque, se place dans l'arrondissement d'Autun, un assassinat commis dans des circonstances telles que l'on serait tenté de l'attribuer à Vacher. Dans la nuit du 6 au 7 septembre, une fille d'une trentaine d'années, Francine Rouvray, est trouvée morte la gorge coupée, la tête presque détachée du tronc. Le meurtrier avait tenté de violer la victime, sur les cuisses de laquelle on observait des traces de doigts humectés d'huile. L'une des victimes de Vacher, la veuve Morand, portait aussi des empreintes de doigts sur les cuisses, et il est à noter que Vacher était toujours porteur d'un petit flacon d'huile, il en reste encore un actuellement dans son bagage.
S'il est l'auteur de ce crime, ce qui n'est pas absolument impossible, il serait revenu de là dans l'Isère et la Drôme.
Hauterive (Drônie) : septembre 1895. Assassinat d'une vieille femme, incendie
Peut-on lui imputer un crime commis dans ce même mois de septembre (le 22) ;i Four (Vienne) sur Madeleine Martelât, V<= Bacconnet, 64 ans, assommée à coups de pierre et volée ? La déposition du sieur Harter dont il a été question plus haut tend à le faire croire. Il résulte de cette déposition que Vacher connaissait la veuve Bacconnet, qu'il était passé de son propre aveu à plusieurs reprises près de la maisen et que le susdit Harter entretenant Vacher de ce crime, celui-ci véritablement embarrassé lui aurait dit: « Ne parlons pas de cette afFaire. » On pourrait avec non moins de vraisemblance, semble-t-il. supposer que Vacher est l'auteur d"un assassinat commis à la môme époque à Hauterive (Drôme) sur la personne d'une vieille femme, assassinat non suivi de vol ni de viol, mais d'incendie. Le maire de la localité, en effet, a fait l'aumône à un roulant qui passait ce jour-là et quil prétend aujourd'hui être Vacher, depuis qu'il a vu la photographie de l'inculpé. Ce qui ne peut être mis en doute toutefois, c'est la présence de Vacher dans la Drôme en septembre, puisque le 24 de ce mois a lieu à Truinas (Die) l'assassinat d'Aline Aloïse (crime avoué").
Parnans (Drôme) : 29 octobre 1895, Veuve Donger (Marie Ageron), 66 ans, assassinat
Le 29 octobre, a lieu l'assassinat à Parnans, même région, de Marie Ageron, Veuve Donger, soixante-six ans, dont le cadavre est trouvé dans un bois, à trois cents mètres de son habitation et à trois mètres d'un sentier, la tête séparée du tronc, le cœur enlevé. Si l'on considère que, d'une pari, Vacher est dans la région, que d'autre part à Parnans même, la veille du crime les sieurs .lassoud, rentiers, et Gauthier, directeur d'usine, donnent quelque menue monnaie à un roulant dont le signalement correspond exactement à celui de Vacher ; que de plus le mode de perpétration du crime est celui-là même que l'on retrouve dans les crimes avoués, ni vol, ni viol, section du cou, mutilation, cadavre dissimulé sous bois, à trois mètres du chemin (Eugénie Delhomme à Beaurepaire est portée à quelques mètres du chemin ; il en est de même du cadavre de Louise Marcel àVidauban, de celui d'AugusIine Mortureux à Dijon ; de celui d'Aline Aloïse à Bourdeaux ; de celui de Pierre Laurent, à Courzieu) on est fortement tenté d'attribuer ce crime à Vacher.
VACHER l'ÉVENTREUK \2'S
La Beaume-d'Hostnm : 23 septembre 1895. Assassinat d'une vieille femme, incendie
Somblablement, l'assassinat par strangulation, le 23 septembre, à la Raiime-d'Hastum, même arrondissement, d'une vieille femme, assassinat suivi d'incendie, ni vol, ni viol, pourrait encore avec quelque vraisemblance être attribué à Vacher, lequel répétons-le se trouve précisément dans les environs à la même époque.
Il est assez difficile de savoir à quel moment Vacher a quitté la région de la Drôme et de l'Ardèche, mais il a déclaré que de là il s'était dirigé vers la Bretagne.
De fait, le l^"" mars, on le retrouve au Mans où il tente de violer, peut-être de tuer la jeune Alphonsine Derouet et, le 9 mars, il est arrêté à Baugé où il subira une peine d'un mois d'emprisonnement. Est-ce encore Vacher qui, en décembre 1895, se dirigeant vers le Mans, et avant son arrivée à Loches, avait assassiné à coup de poinçon, une vieille femme à La Baronnièro, arrondissement de Guéret? les plus graves présomptions ont pesé sur un autre inculpé et l'absence de similitude entre le mode de perpétration de ce crime et la manière d'opérer de Vacher permet d'en douter (1).
Du 8 avril, date de sa sortie de la maison d'arrêt de Baugé, au 9 juillet. Vacher parcourt successivement les départements de Maine-et-Loire, Sarthe, Orne, Eure, Seine-el-Oise; il passe à Paris, et entre, le 9 juillet au service du sieur Lecoq, cultivateur à Précy-sur-Marne.
Maria Clément, 17 ans : assassinat, Reims, 24 août 1896
Le 23 juillet, l'inculpé quitte la maison du sieur Lecoq : L'assassinat par lui le 24 août suivant, à Reims, de Maria Clément, 17 ans, jetée dans un canal après avoir été assommée à coup de souliers (cas d'Eugénie Delhomme, crime avoué) est tout ce qu'il y a de plus vraisemblable surtout si l'on rapproche de cette circonstance que Vacher était un pédéraste avéré ce fait que la victime portait des traces de violence à l'anus ; d'ailleurs, parti de Seine-et-Marne le 23 juillet, Vacher pouvait très bien se trouver à Reims un mois plus tard et il avait ensuite le temps nécessaire pour se rendre le 10 septembre dans l'Allier. Vacher accomplissait aisément dans un seul jour une marche de 80 kil. les experts en présence desquels il nous a tenu ce propos ne l'ont point contredit après avoir examiné l'état de ses jambes : Or les 14 jours qui séparent la date du crime de Reims de
(1) Le voyage dans la Loire-Inférieure, le Morbihan et la Mayenne est antérieur à l'affaire de la forêt de Pescheseul.
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celle du crime avoué de Busset étaient un espace de temps largement suffisant pour lui permettre de se rendre de Reims à Busset.
Vacher serait-il l'auteur du meurtre d'une vieille femme, la veuve Chariot, assommée à l'aide d'un instrument contondant, à Moux (Nièvre^ le 20 septembre, époque à laquelle il passe dans la région. Si l'on en croitle lils de la victime — d'ailleurs accusé de ce crime — qui a prétendu formellement reconnaître dans la photographie de Vacher un roulant qu'il avait aperçu chez lui la veille de la mort de sa mère, on serait peut-être tenté d'attribuer ce crime à Vacher. Mais il ne faut pas oublier que cinq jours après, seulement, a lieu le crime avoué de Varenne-Saint-Honorat (Le Puy). Vacher a vraisemblablement, de Busset, continué sa route vers le sud au lieu de revenir en arrière.
Vacher a prétendu que de A'arenne-Sainl-Honorat, il s'était acheminé vers Lourdes, en passant par le Cantal, la Corrèze, etc.
Assassinat d'un sieur Louradour, à Brives, novembre 1896
L'assassinat du jetme Louradour à Brives, dans les premiers jours de novembre, par un individu répondant au signalement de Vacher, que des témoins ont cru reconnaître dans la photographie qui leur a été adressée, paraît imputable à l'inculpé.
11 s'agit là, toutefois, d'un coup de couteau donné dans une rixe et non d'un assassinat selon la méthode de Vacher.
Célestin Gautrain, quarante ans, assassinat et vol, Lacaune (Tarn), 23 lévrier 1897
Mais il est un crime qui est manifestement l'œuvre de Vacher ; c'est l'assassinat de Gautrain Célestin, âgé de quarante ans, assommé à Lacaune à cette époque ; de plus, dans la soirée du crime, il a été vu buvant avec la victime dans un café de cette localité et le lendemain de cet assassinat il disparaissait brusquement du hameau de Couloubrac (commune de Lacaune) où il était installé depuis un certain nombre de jours. Gautrain avait été dépouillé d'une somme de 200 francs.
Nous avons reçu de notre collègue de Castres les pièces d'exécution d'une commission rogatoire que nous lui avions adressée, desquelles pièces il résulte que Vacher assistait à l'autopsie du corps de Gautrain et se répandait en invectives contre les habitants de Lacaune qu'il accusait du meurtre de la victime. De plus, un sieur Gasce, négociant à Castres, a vu la veille du crime Gautrain en compagnie de Vacher.
Enfin l'inculpé, auquel nous avons déclaré au cours d'une visite que
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nous lui avons faite à la maison d'arrèt que nous le considérions comme l'assassin de Gautrain et qu'antérieurement il avait déclaré ne pas connaître d'individu de ce nom, nous a répondu : « C'est sans doute parce que je suis revenu avec lui de Lourdes que l'on prétend que je l'ai tué... Sait-on s'il a été victime d'un vol ? » Sur notre réponse affirmative : « Alors je n'avoue rien. »
Adrienne Reuillard, neuf ans, assassinat, tentative de viol Belfort, 18 mars 1897
Le 1" mars on retrouve la trace de Vacher à Gublize et à Anse (iUiônc), et il aurait été vu ensuite à Sigy-le-Ghastel, arrondissement d'Aulun, par le curé de cette commune : dès lors il ne serait pas impossible qu'il lut l'auteur de l'assassinat et viol commis à Belfort le 18 du même mois, sur Adrienne Reuillard, âgée de neuf ans. Cette enfanta été étranglée et violée. Le bruit a circulé à Belfort qu'un individu de taille moyenne, moustache noire, coiffé d'un chapeau gris, portant un bâton blanc recourbé, aurait été aperçu au moment du crime vers le lieu où il avait été commis, c'està-dire près d'un hangar. 1/enfant a été violée après avoir été dépouillée de ses vêtements ; son béret portait une longue tache d'huile ; les ecchymoses observées sur le corps indiquaient que le meurtrier devait avoir des ongles assez longs. La présence dans le bagage de Vacher d'un chapeau gris, d'un biton blanc recourbé, d'une petite fiole d'huile et cette circonstance qu'il portait les ongles très longs, tout cela peut être une indication. A noter également ce point important que des excréments s'échappaient du rectum de la victime, détail observé déjà sur Victor Portalier, la victime de Bénonces et sur Massot-Pelet, la victime de Saint-Étienne-de-Boulogne.
Geneviève Cadet, femme Heymain (vieille femme), assassinat. Les Haies, près Condrieu (Rhône), 11 avril 1897
Geneviève Cadet, femme Heymain, fut trouvée morte dans son habitation, l'artère carotide et la colonne vertébrale tranchées ; les sections paraissaient avoir été faites avec un instrument volumineux, tranchant et contondant, tel qu'une hache ou un fort couperet. 11 est à remarquer que Vacher a été trouvé nanti, lors de son arrestation, arrivée trois mois plus tard, d'une hachette ou goyarde et de plus il était bien dans la région, puisque le 14, il écrivait de Lyon la lettre au sieur Gcnin, à Saint-Symphorien, près Tours, et que le 18, il était vu à Tartaras, près de Rive-de-Gier. Enfin de nombreux témoins auxquels sa photographie a été présentée affirment avoir vu Vacher aux Haies le jour du crime.
Léonie Soyer (jeune fille , teiitiitlve de meurtre et viol Greffiguy (Haute-Marne), 26 avril 1897
Il paraît établi d'une façon à peu près certaine que l'inculpé se trouvait dans Tarrondissement de Chaumont (Haute-Marne), à la fin d'avril. Le 26, à Gral'figny, même arrondissement, la jeune Léonie Soyer, qui garde son bétail dans un pré-bois, est brusquement assaillie par un roulant sorti de la forêt, qui la saisit au cou, passe une main sous ses jupes, puis la voyant résister la menace d'un tranchet, et prend enfin la fuite à la vue de paysans qu'il aperçoit non loin de là.
Blanche-Marie Hunibert (jeune fille), tentative d'assassinat et viol. Daillecourt (Haute-Marne), l^r mai 1897
Cinq jours plus tard, le 1" mai, la jeune Blanche-Marie Humbert, de Daillecourt, même canton, gardant son bétail dans un pâturage, est également victime dune semblable tentative de la part dun vagabond sorti brusquement du bois. Un certain nombre de témoins de Daillecourt et Clefmont (le chef-lieu du canton), qui ont aperçu le vagabond se dirigeant vers Vrécourt, l'ont reconnu formellement dans les photographies de Vacher qui leur ont été représentées. L'inculpé a été vu alors vêtu d'un pantalon gris qu'il a racommodé au-dessous de la braguette, en présence dun témoin auquel il avait demandé du fil à cet effet ,, coiffé dun chapeau de feutre mou de même couleur. Or dans le bagage de Vacher, se trouve un chapeau de feutre mou gris et l'inculpé porte, sous son pantalon de velours, un pantalon gris qui a été précisément racommodé près de la braguette.
C'est à 11 heures 1/2 du matin, le l^"" mai, qu'un témoin aperçoit le vagabond, qu'il déclare aujourd'hui être Vacher, se dirigeant vers Vrécourt distant de 18 kilomètres.
Jeanne Henrion, quatorze ans, assassinat et viol. Vrécourt (Vosges), l^r mai 1897
Or le soir même du jour vers 6 heures, en cette dernière localité, Jeanne Henrion, âgée de quatorze ans, a été victime d'une tentative de viol et d'un assassinat. Elle a été étouffée et portait au cou des traces d'égratignures. Une confrontation de Vacher avec les témoins de Clefmont nous a permis
d'imputer avec une quasi-certitude à l'inculpé les tentatives de Graffigny et Daillecourt, et l'assassinat de Vrécourt. Ces témoins ont reconnu à la l'ois l'inculpé, son chapeau gris et sa grosse canne recourbée.
Les procès-verbaux de l'information que nous avons prescrite à Clefmont et qui nous ont révélé ce qui précède ont été envoyés par nos soins à notre collègue de Neufchàteau.
Le 20 mai, Vacher est aperçu à Clinchamp (Chaumont), par un sieur Leseur. Le 8 juin, il est à Craponne (Rhùne"}, d'où il écrit au sieur (îenin ; du 7 au 14 on le voit à Chaponost ; le 18 il est à Courzieu où il tue Pierre Laurent; dans l'intervalle il a commis le crime de Tassin-la-Demi-Lune ; puis on le voit successivement à Anse (Rhône), à Auberives (Vienne, Isère), à Valence, à Montel-de-Gelat (Puy-de-Dôme;, ou il poursuit plusieurs femmes et jeunes filles qui lui échappent à grand'peine.
Les renseignements donnes par les nombreux témoins de Montel-de-Gelat établissent nettement qu'il s'agit bien de Vacher lui-même; au surplus, de cette localité, le vagabond que l'on croit être Vacher se dirige vers l'ouest, or, un témoin confronté à la maison d'arrêt de Belley avec ce dernier l'a reconnu nettement pour être un vagabond qui avait travaillé une journée à la fin de juin chez M. de Vars son patron, ù Lascamp près Brives (Corrèze). Le l'^"' juillet on retrouve Vacher à Taponos, arrondissement de Villefranche (Rhône).
Veuve Lagier, soixante ans, assassinat . Volvent (Drôme),