‹ Vacher l'éventreur et les crimes sadiquesChapitre 26 sur 40 · DIEU — DROITS — DEVOIRS · texte numérisé non relu

DIEU — DROITS — DEVOIRS

Belley, le 7 octobre 1897.

A la France

Tampis pour vous si vous me croyez responsable...

Votre seule manière d'agir me fait prendre pitié pour vous...

Si j'ai conservé le secret de mes malheurs c'est que je le croyais dans l'intérêt général, mais vu que peut-être je me trompe, je viens vous faire savoir toute la vérité : Oui c'est moi qui est comis tous les crimes que vous m'avez reprochés... et cela dans des moments de rage. Comme je l'ai dit à M. le Docteur chargé du service médical de la prison de Belley, j'ai été mordu par un chien enragé vers lige de 7 ou 8 ans, mais dont je ne suis pas sûr moi-même bien que cependant je me souvienne très bien d'avoir

pris des remèdes pour cet effet. Mes parents seuls peuvent vous assurer des morsures, pour moi j'ai toujours cru depuis que j'ai du réfléchir à cet événement que ce sont les remèdes qui m'ont vicié le sang, à moins que réellement ce chien m'est mordu.

Si j'en ai voulu pendant un certain temps au clergé c'est que bien des personnes voyant mon ridicule caractère me disait que j'avais un reste des frères, moi me voyant en effet ridicule par moi-même je l'ai cru presque jusqu'à présent, mais après tout réfléchi, si j'en ai pris l'air un peu triste et réfléchi ce n'est toujours pas chez eux qu'on m'a mordu ou vicié le sang, car le seul souvenir de deux événements auquels j'ai pensé depuis que je suis à la prison de Belley ont tellement frappé mon esprit que j'ai oublié dessuite cette terrible rancune secrète et les voici : Je me souviens l^"", d'avoir dit à un de mes frères que j'avais été voir à ma sortie de chez les frères, à Genève : je ne sais pas ce que j'ai, il y a des moments que ça me ferai au temps de tuer.... 2™« mais avant que d'entrer chez les frères, étant petit domestique chez un nomé Déclerieux bien en face de la porte des frères ( c'est de là que j'y suis entré) je me souviens dis-je que lorsque je me voyait seul, j'avais à cet époque 14 ans, a travailler je ne pouvait vaincre des idées qui me venaient à la tête et tout d'un coup je partais à travers les champs, je^ faisais plus ou moins de 9 kilomètres et quand j'étais las je me ramenait à mon travail. Il faut que je vous dise que je me serais attaqué et aurais déjà fait des bêtises dans des accès mais le hasard voulait que je ne rencontrace personne à travers les terres de M. Declérieux près de Ghaponos. Pour bien vous fixer sur ce dernier cas il faut que je vous dise que dès que cela me prenait je ne regardais ni chemin ni sentier loin de là il me semblait mieux me soulager à travers les terres.

Voilà, messieurs, ce qui est pour moi à cette heure mon impérieux devoir de vous faire savoir, bien que me condamnerier vous encore innocent.... Si je me suis cru coupable par moments c'est que je n'avais pas encore réfléchir sur ces événements, et si dans mon instruction j'ai dit plusieurs fois ce mot : c'est malheur, c'est au sujet du souvenir de ces événements.

Il faut que je vous dise aussi que les abominalités que j'ai vu se dérouler sous mes yeux à l'asile de Dôle ont certainement accentués ma maladie ou plus tôt ma rage.

Je craignais aussi que le méchant monde ne fassent retomper ces fautes sur mes pauvres parents qui ont dû tant souffrir d'un pareille silence depuis que je traverse la France comme un enragé me guidant sur le soleil seul

Que ceux qui croient pleurer sur moi pleurent donc sur eux

Il vaudrait mieux peut-être pour eux être à ma place

Aidez-vous, Dieu qui permet tout et dont nul humains en connaissent ses vues vous aidera.

Signé: Vacher J.

{Orthographe conforme).

VACHER L EVENTKEUR 14o

Manifestations et tendances anarchistes de Vacher

Arrestation a Champis

« Les riches en font plus que moi : ils se sortent de peine avec leur

argent. »

{Déposition hsattel du .1. de P. Saint-Peray, lo novembre I H9~ .)

« Tu me la paieras plus tard, je ne reviendrai pas mais il en viendra

d'autres. »

[Dép. Charlon du J. de P. Saint-Peray.)

<< Les riches en font plus que moi et leur argent les sauve de peine, mais moi je suis malheureux. »

(Dep. V. Merle de J. de P. Saint-Peray, 15 novembre.)

« Il y en a tant d'autres qui en font plus que moi mais ils sont riches et l'argent les sort d'embarras. »

[Dép. de Nodin Henri, 15 novembre.)

Décembre 1893.

<< D. — Le spectacle de toutes ces choses (les misères vues à l'asile de Saint-Ylie) ne vous a-t-il pas donné la haine de la société ?

« ft. — A ma sortie de l'asile, j'aurais voulu « voir couler le sang partout ».

« D. — N'avez-vous pas réfléchi quelquefois à toutes les déconvenues

et à tous les malheurs dont vous avez été victime et ne vous y ètes-vous

pas appesanti au point d'eu vouloir à la société?

« IL — Cela est certain. »

(Interrog. du i novembre 1898).

« S'il m'est arrivé à plusieurs reprises et dans plusieurs voyages de crier « Vive l'anarchie » c'était au souvenir des injustices que j'avais vu commettre contre des malheureux dans l'asile d'aliénés de Dôle. »

(Interrog. du 2 novembre 1897 .)

A Tournon, io 9 septembre 1897.

En attendant l'arrivée du train de 7 h. 1/2 du matin ce prisonnier (Vacher) s'est misa crier de toutes ses forces: « Vive l'anarchie; le gouvernement de la République est moins que rien : Ceux qui gouvernent sont des canailles. »

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A Lyon (au changement de train).

Vacher crie : « Vive l'anarchie », puis dit aux gendarmes : « Je vous emm... tas de cochons, propres à rien, si je crie, cela à un but, de cette façon mes camarades sauront où je suis. »

{Proc.-verb.des gendarmes qui accoinpagnaient Vacher pendant son transfert â Belley, le 9 novembre 1897.)

Avril 1890.

« Au commencement d'avril, Vacher a changé: il tenait constamment des conversations anarchistes, il effrayait les gens de la maison par ses théories; je n'étais pas satisfait, j'ai profité de la déclaration qu'il m"avait faite de s'absenter pour fêter le i" mai pour essayer de m'en débarrasser lui ayant déclaré que je m'opposais formellement à ce qu'il allât à cette manifestation

u Son neveu m"a dit qu'il était aller fêler le l'^'' mai et qu'en rentrant il avait bu plus que de coutume et était très surexcité et qu'on avait beaucoup de peine à le calmer.

« Il était très sombre, réfléchissait constamment, à en juger par ses conversations, il devait être vicieux. »

(D&p. de M. Guine, cons. municipal à Saint-Genis-Laval, du 29 octobre 1897.)

14 juillet 1897.

« Il (Vacher) a fait une vivo sortie sur les bourgeois qui, possédant tout le confort d'une belle habitation, ne s'inquiètent guère des malheureux et de savoir comment un pauvre étranger peut passer la nuit. Si plus tard, ajouta-t-il, il leur arrive malheur (aux bourgeois) ils n'auront que ce qu'ils méritent. Tout cela dit avec une vive irritation et de grossières expressions. »

(P.-V. de la G'"" de Lamastre, déposition du n^ Feugier (Henri), pro'' Saint-Bartliétemy-le-Pin, 4 novembre 1897).

« Je ne relève que de Dieu : Je faisais œuvre de justice, c'est la France qui est coupable : il y a trop d'inégalités et trop d'injustices : on m'a trop fait souffrir à l'asile de Dôle.

« Quand je voyais maltraiter des détenus à côté de moi, cela me révoltait et me faisait souffrir horriblement.

« La société est mauvaise : je ne préconise aucune forme de gouvernement; avec tous, les mêmes abus se voient. Je suis anarchiste, mais anarchiste à ma manière. )>

Interrog. du 9 octobre 189/.

VACHER l'ÉVENïREUK 14'

Du l'f décembre 1897.

Le sieur Delôris Jean, G3 ans, propriétaire au hameau Leslidié, commune de Raysstic, canton de Labessonnié (Tarn), dit : « Vers la fin de lévrier dernier , je ne puis exactement préciser la date , Vacher , le môme que vous me représentez en photographie, se présenta à mon domicile comme ouvrier sans travail. Je l'hébergeai pendant une journée et demie, mais ses allures me parurent tellement suspectes que je le fis partir de chez

moi. Il faisait souvent l'apologie des crimes commis par les anarchistes

Ayant remarqué qu'il avait une grande cicatrice à la joue je lui demandai comment il avait été blesse ; il me répondit qu'il avait reçu un coup de pied de cheval étant soldat et me montra un brevet militaire au nom de Vacher.

{Rapp. de la gendarmerie.)

Procès-verbal d'information judiciaire du canton deVabre [Tarn], 20 novembre 1897.

Vers la fin de l'hiver dernier, Vacher répondit à la nommée Armengaud, Rachel, ménagère à Vabre, qui lui demande pourquoi étant encore si jeune il ne travaille pas : « Je ne suis pas né pour travailler. »

Procès-verbal de la gendarmerie de Lacaune, 6 novembre 1897.

Le sieur Assemat Philippe et sa femme reconnaissent la photographie pour être le portrait d'un homme venu chez eux en février dernier. Il voulait se chauffer et prétendait avoir été mal reçu par une voisine. 11 manifestait l'intention d'y revenir pour lui ficher un coup de poing dans le nez.

Rapport de la gendarmerie de Labessanié, o décembre 1897.

La nommée Malaterre, Eulalie, soixante-deux ans, épouse du sieur Déléris, déclare ; En février ou janvier dernier, j'ai hébergé Vacher pendant deux jours, mais ses allures nous ayant paru suspectes ma fille, épouse du sieur Vassier, le congédia. Cet individu fut vexé et menaça ma fille en lui disant : « Si nous étions tous les deux seuls, nous nous en verrions une. »

Interrogatoire du 2 novembre 1897, à Bellcy.

Le juge demande à Vacher : « Quel est votre sentiment sur les théories anarchistes ?

« R. — Les camarades que j'ai rencontrés quelquefois et qui s'entretenaient de ce sujet résumaient leur théorie dans ces mots : ni Dieu, ni maître; or, moi j'ai eu toujours la croyance en Dieu, et quant aux maîtres, je les admets, à condition qu'ils remplissent fidèlementleurs devoirs à l'égard des citoyens. »

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