‹ Vacher l'éventreur et les crimes sadiquesChapitre 34 sur 40 · Juliette ou la Suite de Justine, 1796, in · texte numérisé non relu

Juliette ou la Suite de Justine, 1796, in

4. La .Xourelle Justine ou les Malheurs de la vertu suivi de Y Histoire de

Juliette sa s<pur ou les Prospérités du vice, 1797, 10 volumes in-18 (100 gravures ("roliques).

5. La Philosophie dans le boudoir ou les Instituteurs libertins. Dialogue.

Ouvrage (prétendu) posthume par l'auteur de /u.s7m<?. Londres (Paris) 1795, 2vol. in-18.

6. Aline et Valcour ou le Roman philosophique, écrit à la Bastille un an avant

la révolution par le citoyen S... Paris, Sirouard, libraire, 1793, 8 vol. pet. in- 12 et Paris, Maradan, 1793, 8 parties.

7. Les Crimes de l'amour. Nouvelles héroïques et tragiques précédé d'Une Idée

.sur les romans par D.-A.-T. Sade, auteur à' Aline et Valcour. Paris, Massé, an VIII, 4 vol. in-12 et 2 vol. in-8.

8. Zoloé et ses Deu.r Acolytes ou Quelques Décades de la vie de trois jolies

f'em?nes. — Histoire véritafjle du siècle dernier, par un contemporain. A Turin (Paris) chez tous les marchands de nouveautés. — De Timprimerie de l'auteur. Thermidor an VIII, in-12.

9. L'auteur des Crimes de l'amour à Villeterque, folliculaire. Paris, Massé,

an IX, 19 pages,

D' Mahciat.

AU POINT DE VUE DE LA .MIÎDECI.XK I.Ér.AEE

Le sadisme est un état cérébral dans lequel l'instinct sexuel est excité ou satisfait sous l'influence de l'instinct destructeur.

Thoinot en donne une définition plus descriptive : Trouver dans une souffrance de degré très variable — tantôt légère, tantôt grave ou d'un raffinement atroce — qu'on fait infliger, cju'on voit infliger ou qu'on inflige enfin soi-même à un être humain, la condition toujours nécessaire, et parfois suffisante, de la jouissance sexuelle : telle est la perversion de l'instinct génital qu'on a[)pelle sadisme.

Commettre un acte sadique, c'est donc faire souffrir autrui pour trouver dans cette souffrance une jouissance sexuelle ; et le per\erti atteint de sadisme porte le nom de sadique.

Dans ces conditions , le sadique passe facilement de l'idée il l'acte. Il est surtout actif. Mais le perverti sexuel peut présenter un état cérébral analogue à celui des suicidés. Il dirige alors son activité erotique non contre autrui mais contre lui-même. C'est le passùnsme comme l'a très bien dénommé M. Stefanowsky dans un article paru en 1892 dans les Archives d' anthropologie criyninelle.

Cet état a été désigné par M. de Krafft-Ebing sous le nom de 7nasocAis??<e pour rappeler le célèbre romancier hongrois M. de Sacher- Masoch qui dans la plupart de ses nouvelles a décrit de nombreux types de passivistes.

Ainsi dans le plus célèbre de ses romans, la Yénxis en fourrure, il montre un jeune homme élégant et spirituel qui, volontairement» devient le laquais d'une cruelle maîtresse. Celle-ci lui donne des coups de pied, de cravache. Un rival obtient les faveurs de sa belle, loin d'en être jaloux, il éprouve une grande volupté, et quand le rival le bat ou lesoufflette, il ressent alors une sensation incroyable de douleur et de joie.

Ce n'est pas assez, croyons-nous, pour donner à un auteur, et de son vivant, un semblable parrainage.

240 LE SADISMK

D'ailleurs cette perversion de l'amour n'est pas récente. J.-J. Rousseau en parle dans ses Confessions après avoir indiqué le singulier résultat d'une correction reçue des mains d'une demoiselle. « Être aux genoux d'une maîtresse impérieuse, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étaient pour moi de très douces jouissances. » De tout temps, on a vu des hommes abdiquer leur volonté aux mains d'une femme, avec l'erotique désir d'être abusé ou maltraité par elle. N'est-ce pas d'ailleurs un peu de cet « état d'àme « que l'on trouve dans la jalousie, dans des scènes de réconciliation où l'amant — quelquefois trompé — cherche ou se complaît dans une humiliation offensante et incompréhensible.

Le professeur von Krafft-Ebing a donné de curieux renseignements sur le sadisme (1). Voici les idées du savant psychiatre viennois : a Quand on veut expliquer la connexité existant entre la volupté et la cruauté, il faut remonter à ces cas qui sont encore presque physio. logiques où, au moment de la volupté suprême, des individus normalement constitués, mais très surexcitables, commettent des actes, tels que de mordre ou d'égratigner, qui. habituellement ne sont inspirés que par la colère. 11 faut en outre rappeler que l'amour et la colère sont non seulement les deux plus fortes passions, mais encore les deux uniques formes possibles de la passion forte. Ces deux passions cherchent également leur objet, veulent s'en emparer, et se manifestent par une action physique ; toutes les deux mettent la sphère psychomotrice dans la plus grande agitation et arrivent par cette agitation même à leur manifestation normale.

« Partant de ce point de vue, on comprend que la volupté pousse h des actes qui, dans d'autres cas, ressemblent h ceux inspirés par la colère (c'est ainsi que Schultz rapporte le cas curieux d'un homme de vingt-huit ans qui ne pouvait pratiquer le coït avec sa femme qu'après s'être mis artificiellement en colère). L'une comme l'autre est un état d'exaltation, constitue une puissante excitation de toute la sphère psychomotrice. Il en résulte un désir de réagir par tous les moyens possibles et avec la plus grande intensité contre l'objet qui provoque l'excitation. De même que l'excitation maniaque passe facilement à l'état de manie destructive furieuse, de même l'exaltation de la passion sexuelle produit quelquefois le violent désir de détendre l'excitation générale par des actes insensés qui ont une apparence d'hostilité. Ces actes représentent, pour ainsi dire, des mouvements psychiques et accessoires ; il ne s'agit point d'une simple excitation

(1) Psycopathia sexualis,avec recherches sur l'inversion sexuelle (Traduct. par Emile Laurent et Sigismond Csapo). Paris, Carré.

inconsciente de l'innervation mnsculaire (ce qui se manifeste aussi quelquefois sous forme de convulsions aveugles), mais d'une vraie hyperbolie de la volonté à produire un puissant eiïet sur l'individu qui a causé notre excitation.

« Le moyen le plus efficace pour cela, c'est de causer à cet individu une sensation de douleur. En partant de ce cas où, dans le maximum de la passion voluj)tueuse, l'individu cherche à causer une douleur à l'objet aimé, on arrive à des cas où il y a sérieusement mauvais traitements, blessures et même assassinat de la victime.

« Dans ce cas, le penchant à la cruauté qui peut s'associer à la passion voluptueuse s'est accru démesurément chez un individu psychopathe, tandis que, d'autre part, la défectuosité des sentiments moraux faitqu'il n'y a pas normalement d'entraves ou qu'elles sont trop faibles pour réagir. »

Krafft-Ebing remarque que ces actes sont plus fréquents chez l'homme que chez la femme et ajoute : « On rencontre dans l'histoire des exemples de femmes, quekjues-unes illustres, dont le désir de régner, la cruauté et la volupté font supposer une perversion sadique innée. Telles Messaline, Valérie, (Catherine de Médicis, l'instigatrice de la Saint-Barthélémy et dont le plus grand [)laisir était de faire fouetter en sa présence les dames de sa cour. »

Le D' Moll (1) dit que ce qui caractérise vraiment le sadisme est un rapport étroit entre le besoin de martyriser et les fonctions génitales, « Par conséquent il ne faudrait rapporter au sadisme une action cruelle ou brutale que dans le cas où cette action constituerait une excitation indispensable à l'accomplissement du coït, ou le supplément nécessaire de celui-ci. Dans l'amour normal on peut déjà trouver certains faits constituant un sadisme très atténué, comme le plaisir que la personne qui aime peut trouver à chagriner la personne aimée par des moqueries et des taquineries. »

Moll rappelle des actes de sadisme basés sur l'homosexualité. Tel le cas, publié par Gyurkovechky, d'un garçon de quinze ans nommé P... qui avait pour ami un enfant de quatorze ans, le nommé B... La mère de celui-ci remarqua que son fils avait des meurtrissures sur les bras, les reins et les cuisses et apprit ainsi que B... était payé par P... pour se laisser fortement pincer par lui. Quand B.., criait et pleurait de douleur, P... continuait a le pincer il'une main et se masturbait de l'autre. Interrogé, P... a avoué que la masturbation au

(1) Les Perversions de l'instinct génital, etc. (trad. par les D" Pactkt et Romme), Paris, Carré, 1893, p. 172 et suivantes.

moment ou B... criait lui procurait la pliisgrandejonissance. P... était épileptique et avait une hérédité nerveuse très chargée.

De même les faits cités par Ulrichs, en 1869, dans son Incube; d'abord le maître d'école de Landsberg qui, en 1713, avait une telle j)assion pour les garçons qu'il leur mordait les joues jusqu'au sang. Il rapporte aussi l'histoire d'un uraniste qui délirait pendant l'acte sexuel, lorsque l'homme avec lequel il avait des rapports et qu'il maltraitait pendant le coït se tordait de douleur. Il rappelle encore le mot de von Gœrres qui disait que le désir sexuel est frère de l'assassinat. Il faut encore ajouter le cas de von Zastrow qui recherchait les jeunes garçons impubères et fut poursuivi devant les tribunaux pour toute sorte de mauvais traitements qu'il leur avait infligés: morsures à la face, plaies, arrachement des testicules, etc.

M. Binet, dans ses remarquables éludes sur le Fétichisme dans Vamour (1) a touché à ces problèmes qu'il explique par l'association des idées et des sentiments.

M. Stefanowski etM. Lamoureux(2) font jouerun grand rôle à l'hérédité psychique, remontant le cours des Ages, jusqu'aux tempsprimitifs, àja coutume du rapt, aux combatsentremàlespour la possession de la femelle.

La théorie du phénomène nous semble plus simple. Si on constate ces goûts pervers parfois même chez les enfants ou les adolescents, c'est qu'il existe dans le cerveau des organes spéciaux qui président à ces deux fonctions cérébrales, l'instinct de la reproduction et l'instinct destructeur.

L'instinct génital est aprèscelui de la conservation le plus puissant. Développé d'une façon normale, il prédomine sur les autres fonctions cérébrales qu'il peut facilement exciter ou troubler. On s'explique qu'il en soit souvent ainsi chez les anormaux, les malformés, ceux qui ont une tare héréditaire quelconque.

Selon que l'érotisme est cérébral ou réflexe, retentit sur les fonctions de méditation ou d'expression, il y a petit ou grand sadisme.

En effet ce peuvent être des idées de méchanceté au moment de l'acte vénérien, des cruautés symboliques. Ce sont des sadiques uniquement en pensée, des sadiques Imaginatifs.

Chez [en sadique-'' actifs, on a les fagellations(6), puis ceux qui se délectent à jjincer les femmes, d'autres qui ont besoin de voir couler

(1) Revue philosophique, août 1887.

(2) De l'éventration au point de vue médico-légal, thèse Lyon, Storck t894.

(3) Étude SU1' la Flagellation au point de vue médical et historique, Paris, Carrington, 1899.

le sang aimé, les piqueurs de filles (ils piquent toujours à la luènie partie du corps, les doigts, \es fesses, les jambes, les seins — on a même cité un [)iqueur de garçons qui leur coupait un lobule de l'oreille). Ce sont des sanguiiiaires.

Viennent ensuite les grands sadiques. On constate alors Vassassinat après tortures multiples (coups d'ongles, couf»s de dents, nombreuses blessures, regorgement, l'évenlration), puis les mictila- ^lo/is (surtout celle des organes génitaux, l'étripeuient, l'ablation des organes internes, le dépeçage, et dans le dernier paroxysme, le sadique boit le sang de sa victime, mange sa chair).

Ce sont des crimes à répétition, accomplis dans les mêmes circonstances, exécutés de la même façon, montrant un procédé opératoire toujours identique (Gilles de Retz, Jack l'éventreur, Vacher).

Nous allons donner une suite d'exemples et de curieuses observations.

Miclielet (1) fait voir que sous Charles VII, la noblesse était devenue antichevaleresque, antireligieuse, présentant des mœurs atroces.

« On était bien fait à ces choses, et pourtant il en éclata une dont tout le monde fut stupéfait : conticuii terra.

« Gilles de Retz était un très grand seigneur, riche de famille, riche de son mariage dans la maison de Thouars, et qui de plus avait hérité de son aïeul maternel, Jean de Graon, seig-neur do la Suze, de Chantoré et d'Ingrande. Ges barons des marches du Maine, de Bretagne et de Poitou, toujours nageaient entre le roi et le duc, étaient, comme les marches entre deux juridictions, entre deux droits, c'està-dire hors du droit. On se rappelle Glisson le boucher cl son assassin Pierre de Graon. Quant à Gilles de Retz, dont il s'agit ici, il semblait fait pour gagner la confiance. C'était, dit-on, un seigneur « de bon entendement, belle personne et bonne façon, » lettré de plus, et appréciant fort ceux qui parlaient avec élégance la langue latine. Il avait l)ien servi le roi, qui le fit maréchal et qui, au sacre de Reims, parmi ces sauvages Bretons que Richemont conduisait, choisit Gilles de Retz pour quérir à Saint-Remy et porter la sainte ampoule ! »

Michelet fait voir que si, au début des accusations portées contre lui, de Retz put nier et accuser ses juges qui étaient ses ennemis, il fut bientôt obligé d'avouer devant le témoignage de pauvres gens, pères ou mères affligés qui venaient raconter comment leurs enfants avaient été enlevés par une vieille femme dite la MeflTraie, ou par des hommes aux gages du maréchal. Il se mit tout ;i coup à pleurer et fit sa confession.

(1) Histoire de fronce, tome VI, p. 316 à 326.

« Telle était cette confession que ceux qui l'entendirent, juges ou prêtres, frémirent d'apprendre tant de choses inouïes et se signèrent... Ni les Nérons de l'empire, ni les tyrans de Lombardie n'auraient eu rien à mettre en comparaison ; il eût fallu ajouter tout ce que recouvrait la mer Morte, et par-dessus encore les sacrifices de ces dieux exécrables qui dévoraient des enfants.

« On trouva dans la cour de Gliantocé une pleine tonne d'ossements calcinés, des os d'enfants en tel nombre qu'on présuma qu'il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de la Suze, dans d'autres lieux, tels qu'à Machecoul, partout où il avait passé. Partout il fallait qu'il tuât... On porte à cent quarante le nombre d'enfants qu'avait égorgés la bêle d'extermination.» (Le seul valet de chambre Henriet reconnaît en avoir livré quarante. L'acte d'accusation des Procédures civiles porte le nombre des victimes à deux cents et plus. Des auteurs ont dit sept et huit cents.)

Michelet pense que de Retz commença par employer ces enfants à faire des offrandes au diable aOn qu'il lui accordât « l'or, la science et la puissance ». Puis il se mit à tuer pour lui-même avec volupté, « et ledict sire prenait plus de plaisir à leur couper ou voir couper la

gorge qu'à 11 leur faisait couper le col par derrière pour les faire

languir ». L'historien ajoute : il jouissait de la mort, encore plus de la douleur.

On trouve des détails plus précis dans les pièces de la procédure criminelle canonique, les enquêtes, etc. (I).

La victime était jetée à terre. Sur l'ordre de Gilles, ou même de sa propre main, la gorge est coupée avec une dague, un poignard ou une longue pique, Gilles se joue de l'enfant palpitant. Puis il coupe les membres, il ouvre la poitrine ou le ventre, enlève les entrailles. Parfois il s'assied sur le corps de la victime pour suivre les progrès de l'agonie, « plus content de jouir des tortures, des larmes, de l'effroi et du sang que de tout autre plaisir ». Parfois même il décapite le cadavre, prend cette tête dans ses mains, la contemple avec des yeux lascifs, puis l'embrasse avec une volupté étrange.

Le juge ecclésiastique écrit la confession du maréchal : « Egidius « de Rays, sponte dixit, quamplures pueros in magno numéro, cujus « amplius non est certus, cepisse et capi fecisse, ipsosque pueros « occidisse et occidi fecisse, seque cum ipsis vicium et peccatum sodo-

(1) Gilles de liaijs, maréchal de France, dit Bai'be-Bleiie [1404-1440). par l'abbé E. Bossard et R. de Maullk (Paris, Gliampion, 1886). On trouve à la lin du volume une partie des documents originaux et la presque totalité du procès criminel.

« niicura commisisse,... taiu ante quam post morlem ipsorum et iii

« ipsa inorle dainnabiliter cum quibusetiam languentibus viciuni

« sodomitioum coinmittebat et exercebat modo supradicto ; ipsosque « pueros, jam mortuos, osculari et, qui eonim pulchriora haberent « capita, intueri, ac eorum corpora crudeliter aperire seu aperiri « facere ut ipsorum intranea respiceret,delectabatur; elcpiod SiT^pius, « dum ipsi pueri moriebantur, super ventres ipsorum sedebat et « plurimum delectabatur eos videndo sic mori. » Gilles disait à ses complices : « Il n'est personne au monde qui sache et qui puisse même comprendre tout ce que j'ai fait dans ma vie ; il n'est personne qui, en la planète, puisse ainsi faire. »

« Le très sage et très juste messire Pierre de l'Hospital » l'interroge et lui dit : « Qui vous a induit h ce faire ? c'est assurément l'esprit du mal, le tentateur?

« — Je ne sais, répondit le seigneur Gilles, mais j'ai de moi-même et de ma propre tète, sans conseil d'autrui, {)ris ces imaginations d'agir ainsi seulement par plaisance et déclaration de luxure ; de fait, j'y trouvais incomparable jouissance, sans doute par l'instigation du diable.

« Il y a huit ans que cette idée diabolique me vint, ce fut l'année même où mon aïeul le sire de la Suze alla de la vie à trépas. Or, étant d'aventure en la librairie du dit château, je trouvai un livre latin de la vie et mœurs des Césars de Rome, par un savant historien qui a nom Suetonius, le dit livre était orné d'images fort bien peintes, auxquelles se voyaient les déportements de ces empereurs païens, et je lus en cette belle histoire comment Tiberiiis, Garacalla et autres Césars s'ébattaient avec des enfants et prenaient plaisir à les martyriser. Sur quoi je voulus imiter les dits Césars, et le même soir, me mis à le faire en suivant les images de la leçon et du livre.

« Pour iin temps je ne confiai mon plan à personne, mais depuis je dis le mystère à plusieurs personnes, entre autres h Henriet et a Poitou, que j'avais dressés à ce jeu.

« Ce furent les susdits qui aidaient au mystère et qui avisaient à trouver des enfants pour mes besoins. Les enfants tués à Chantocé étaient jetés en bas d'une tour, en un pourrissoir d'où je les fis tirer une certaine nuit et mettre ilans un cotfre pour être transportés à Machecoul et brûler, ce qui fut fait. Quanta ceux occis à Machecoul et à Nantes en l'hôtel de Suze, on les brûlait en ma chambre, hormis quelques belles têtes que je gardais comme reliques. »

Esfjuirol donne l'observation de Léger, un vigneron de vingtquatre ans, (jui (luille la maison de ses parents jiour aller chercher une

place. Au lieu d'accomplir raisonnablement son projet, il erre dans le bois, pendant huit jours, pris d'un désir insensé de manger de la chair humaine.

Il rencontre enfin une petitB fille de douze ans, la viole, puis lui déchire les organes génitaux, lui arrache le cœur, le mange et boit son sang, pais il enterre le cadavre.

Arrêté peu de temps après il fait tranquillement Taveu de son crime. Il fut condamné et exécuté.

Esquirol fit l'autopsie et trouva des adhérences entre la pie-mère et les couches corticales du cerveau. S'agissait-il d'un début de paralysie générale (1) ?

Faverbach cite le cas d'André Bichel : cet homme après avoir violé des jeunes filles les assassinait et les coupait en morceaux. Il raconta lui-même devant le tribunal qui le jugeait le démembrement d'une de ses victimes, Catherina Seidel. «Je lui ouvris la poitrine, dit-il, et avec un couteau je fendis les parties molles; puis j'ai débité le corps comme un boucher ferait d'un veau. Je l'ai fendu en deux avec une hache, pour la faire entrer dans le trou que j'avais creusé d'avance sur la berge. Pendant toute cette opération j'éprouvais un violent désir d'arracher un lambeau du cadavre et de le manger (2). »

Les deux observations suivantes rapportées par Demme, montrent deux degrés de cette perversion sexuelle.

La première observation de Demme (3) consiste dans ce (]ui suit : Charles Bertle, âgé de trente-sept ans, marchand de vins à Augsbourg, n'avait de sa vie eu de rapports sexuels avec une femme, le plus souvent même il avait éprouvé de la répulsion pour elles. Et pourtant le penchant sexuel avait été très vif chez lui. A dix-neuf ans il fut pris pour la première fois d'un insurmontable désir de blesser légèrement des jeunes filles parce que de cette façon il avait du moins un soupçon de la jouissance sexuelle. C'est pourquoi il blessa plusieurs jeunes filles et eut chaque fois à l'instant même une éjaculation. Après chacun de ces actes il se faisait des reproches, éprouvait une sorte de remords et prenait la résolution de surmonter son penchant.

Au début il se bornait h couper et prenait garde de ne faire à la jeune fille aucune blessure sérieuse ; plus tard il fut obligé de serrer les jeunes filles qu'il trouvait au cou ou au bras. Mais le penchant ne

(1) Esquirol. — Des maladies mentales, Paris, 1838.

(2) Feueubach. — In Westphal. Arch. fur Psychiatrie, p. 302.

(3) Voyez Krauss, Psijchologie des Verbrechens, p. 183

se trouva pas entièrement satisfait par là : il y eut bien des érections mais pas d'éjaculations. De plus fortes blessures devinrent nécessaires. Il commença par piquer ses victimes avec un stylet. Quand la jeune lille était protégée contre la blessure par ses vêtements, il savait que la piqûre n'avait pas réussi, car il n'éjaculait pas.

Pourtant il ne fallait pas que la blessure fût dangereuse, il était trop religieux pour cela. Il ne cherchait que de jolies filles, épargnait les femmes. Une s'adonna jamais à la masturbation ; pourtant dans les rêves où il voyait des filles blessées il eut des pertes séminales. *

On trouva dans sa demeure une collection de stylets bien travaillés, de cannes h épée, de poignards, de couteaux de chasse, etc. Il expliqua ce fait en disant qu'il avait depuis longtemps envie de posséder ces armes. La seule vue et h plus forte raison le contact de ces lames brillantes, unies, lui causaient une sensation voluptueuse et étaient accompagnés d'érections violentes.

Suivant les déclarations des personnes qui le connaissaient c'était un homme d'un caractère trancfuille, il aimait la solitude et fuyait toujours la société des femmes, il avait un extérieur agréable et des moyens personnels.

Le nombre des attentats commis par lui sur des jeunes filles atteignait cinquante lors de son incarcération. Comme armes il s'était servi, outre les stylets, de lancettes et d'hameçons.

La deuxième observation de Demme concerne un soldat, Xavier, à Botzers, qui éprouvait un singulier plaisir, quand il rencontrait des jeunes filles sur sa route, à leur faire avec un couteau des blessures aux parties génitales et à contempler le sang qui dégouttait du couteau : cela lui donnait à ce qu'il déclara la même satisfaction que s'il avait eu réellement un commerce sexuel avec ses victimes.

Xavier se masturba dès son enfance, eut des relations normales avec des prostituées et en outre il avait sodomisé des petites filles; plus tard il trouva un plaisir particulier à se masturber devant des petites filles qui « très innocemment le regardaient avec curiosité ». Alors cette pensée s'était emparée de lui, combien il devait être charmant de piquer avec un couteau les jiarties sexuelles de quelque belle jeune fille et de voir ensuite couler le sang. Le penchant à ce genre de plaisir « d'inspiration diabolifiue » devint invincible et chaque fois qu'il avait été satisfait il devenait plus invincible et plus furieux.

Il avait blessé de cette façon sept jeunes filles et avait trente ans quand il fût arrêté. D'après les déclarations de ses camarades et de ses supérieurs, Xavier était un homme irascible mais nullement

méchant, il avait de iirandes qualités, était renfermé en lui-même et passait des heures entières dans la contemplation d'images d'un caractère reliiiieux.

Bhimrœder a donné des soins à un homme qui pendant le coït, avait eu la poitrine dévorée par une femme lascive.

Bail a vu à la clinique de Sainte-Anne un épileptique d'une vigueur extraordinaire qui, dans des conditions semblables, avait mangé le nez de sa maîtresse, déchirant les cartilages et brisant même à coups de dents les os propres du nez.

P..., vingt-trois ans, avait prémédité un acte odieux sur la fille de la propriétaire chez laquelle il était employé comme domestique.

Le jour où il s'était promis de mettre à exécution son projet criminel, sa victime désignée était à la fête du pays. P... tourna alors sa brutalité sur la mère, cinquante-trois ans ; furieux de sa résistance, il l'assomma à coups de bêche et sur le cadavre se livra aux derniers outrages, puis, jetant le corps à l'eau, il le repêcha bientôt après pour renouveler ses actes de bestialité.

P..., condamné à mort, fut exécuté àBeauvais, le13 novembre 1879.

Le D' Evrard a fait l'autopsie du cerveau devant plusieurs confrères. Il a trouvé des lésions cérébrales très prononcées et entre autres un épaississement et des adhérences des méninges, au niveau des circonvolutions-frontales. Cornil et Galippe (/. des connaissances médicales /) disent à propos de ce cas: « Si la guillotine doit être comprise dans le traitement de l'aliénation mentale, qu'on le dise(l).»

Nous donnerons des détails assez complets sur Menesclou, condamné à mort et exécuté, insistant sur l'état mental de cet homme soumis a l'examen de Lasegue, Brouardel et Motet et déclaré responsable.

Le 15 avril 1880 une petite fille âgée de quatre ans, Louise Deu, disparaissait de chez ses parents. Le lendemain on arrêtait le nommé Louis Menesclou, âgé de dix-neuf ans, un des locataires de la maison. On trouvait dans ses poches les deux avant-bras de l'enfant, puis on retirait du four d'un petit poêle la tète desséchée, mais encore parfaitement reconnaissable de la jeune Deu, et du fourneau des intestins incomplètement carbonisés. Les recherches ultérieures firent retrouver dans les fosses d'aisance quarante-trois morceaux, h l'aide desquels on put reconstituer presque dans son entier le corps de la victime. Plu-

(i) Paul MuuiiAL-, de Tours. Aberraliun du sens (jénésique, p. :2i3, 1880.

sieurs fragments manquaient et parmi eux le cou et les organes génitaux. L'accusation admit que Menesclou avait attiré dans sa chambre cette petite fille pendant qu'elle jouait sur le palier de l'escalier, qu'il s'était livré sur elle à des tentatives de viol, qu'il l'avait étranglée pour étouffer ses cris et que ne sachant que faire du cadavre il l'avait découpé.

Le cadavre avait été dépecé ii l'aide de deux mauvais couteaux et d'un marteau. Interrogé sur l'endroit dans lequel il avait caché les organes génitaux, Menesclou refusa de répondre.

L'accusation trouva dans cette circonstance la preuve qu'avant de tuer sa victime il lui avait fait subir des violences portant sur ces parties. Une dernière découverte parut d'ailleurs ne laisser aucun doute. On trouva chez lui un cahier de chansons, et à la dernière page on lut les vers suivants que Menesclou reconnut avoir composé le lendemain de son crime:

Je l'ai vue, je l'ai prise.

Je m'en veux maintenant

Et le bonheur n'a qu'un instant.

Dans ma fiin'ur aveugle,

Je ne voyais plus ce que je faisais.

On nomma pour examinerl'état mental de l'inculpé MM. Lasègue^ Brouardel et Motet.

Ils recherchèrent dans les antécédents héréditaires de Menesclou : un de ses oncles aurait été atteint d'une aliénation de nature indéterminée, probablement alcoolique. Sa mère a été internée a l'asile Sainte-Anne du 4 octobre au 2(» octobre 1876. Elle présenta à l'époque de la mér)opause un accès de manie aiguë. A sa sortie, elle reprit ses occupations et n'éprouva plus de troubles mentaux.

Dans ses antécédents personnels, les experts ont relevé à l'âge de neuf mois des convulsions sans gravité. Sa santé ensuite s'est graduellement rafTermie, néanmoins il est resté sujet a des troubles nerveux: sommeil inquiet, émission involontaire des urines pendant la nuit presque jusqu'à la puberté, habitudes précoces de masturbation, intelligence paresseuse, développée tardivement, irritabilité, mauvais instincts.

Après l'âge pubère, Menesclou s'est montré obstiné, indocile, résistant à tout travail. On le consigne en 1875 à la maison d'éducation correctionnelle. En 187-) il entre comme mousse dans la marine de l'État et revient en 1879 a la maison paternelle. Il recommence à

2o2 LES CRIMES SADIQUES

mener une vie oisive, ses camarades le tenaient pour un mauvais sujet, il n'est venu à l'esprit d'aucun que ce fût un fou.

Menesclou est d'une constitution robuste. Le crAne est symétrique sans déformation, les divers organes examinés fonctionnent régulièrement.

Il porte sur la jambe droite un exanthème scrofuleux qui remonte à l'adolescence.

« 11 accuse une surdité incomplète, probablement aussi d'origine scrofuleuse et de date inconnue. Au point de vue mental sauf la demisurdité qu'il exploite peut-être à l'occasion pour avoir le temps de préparerses réponses, l'accusé répond volontiers à toutes lesquestions; dès qu'on soulève la question de viol préalable il s'anime, s'indigne, devient presque menaçant et s'écrie qu'on ne lui fera jamais dire ce qui n'est pas. »

Pas de troubles mentaux, pas de perte de conscience ni de la mémoire.

Étude de Vacte cynminel. — Menesclou devant les experts a fait preuve d'une intelligence bornée mais suffisante pour exclure non seulement la supposition d'un désordre mental actuel mais d'une crise délirante dont le souvenir reste confus ou effacé et qui laisse au réveil de la conscience l'étonnement d'avoir accompli des actes auxquels on sent avoir été étranger.

Conclusions. — 1° Menesclou n'est pas atteint d'une maladie continue et mentale le privant du libre exercice de sa volonté,

2° Il n'a pas agi sous l'influence d'un accès de délire passager, suspendant momentanément la raison et lui substituant des impulsions ou inconscientes ou irrésistibles.

3" Son intelligence est limitée, mais pas assez pour autoriser à admettre un état d'imbécillité ou d'impuissance mentale de nature à exclure la responsabilité.

Les experts font suivre ces conclusions des réflexions suivantes. Nous prions le lecteur de les lire avec attention.

« Tout d'abord on doit afîirmer que l'énormité, disons plus, que l'étrangeté du crime n'implique nullement la supposition de la folie.

« Il existe à côté des imbéciles de l'intelligence des débiles du sentiment. Les premiers n'arrivent pas à condenser leurs idées réduites. Chaque proposition est pour eux une unité sans rapport avec celles qui en dérivent. Ils sont raisonnables à la rigueur sans être raisonnants. Quelques-uns dépensent de sincères efl'orts pour arriver à un résultat qui leur est interdit par impuissance. Qu'uneaspiration vive,

imprévue, les sollicite, ils sont incapables d'y faire face par une délibération réfléchie. C'est leur demander trop que d'exiger d'eux qu'ils combinent et qu'ils prévoient.

« Cette faiblesse intellectuelle passe par des degrés presque insensiblesde l'infériorité réputée normaleà l'idiotie. On la mesure paràpeu près, mais on la mesure parce que nous disposons de dynamomètres presque exacts pour les phénomènes intellectuels. L'expert appelé à juger un imbécile de l'intelligence, bien qu'il soit tout autrement empêché que s'il doit caractériser un fou, a ses cases demi-prèles.

« Il n'en est plus de même des imbéciles du sentiment. Là, pas de mensuration acceptable, pas d'instruction positive, une éducation toujours douteuse dans ses efïets, des indications vagues au lieu d'observations })récises... Or, nous luttons contre les inspirations immorales à l'aide de deux puissances : l'une empruntée à la raison qui contredit, l'autre puisée dans le sentiment qui refuse. La répugnance sensorielle pour une odeur ou pour une saveur i> son é(|uivalent dans les répugnances morales aussi impérieuses et aussi peu mûries.

« La limite qui sépare l'évolution physiologique des sentiments de leur déviation maladive échappe a notre contrôle et c'est à l'inlelligence que nous empruntons nos informations.

« Les délires de sentiment avec consei-valion partielle et toujours incomplète de la raison répondent a des types définis, depuis la mélancolie raisonnante jusqu'à certaines excitations maniaques. Hors de là, il existe des infériorités, des déviations, si on veut des erreurs sentimentales, qui n'ont qu'une lointaine ressemblance avec les états maladifs, qui ne forcent pas la volonté, laissent la responsabilité plus ou moins intacte et ne sont pas comme la conception et les sentiments délirants, une sorte d'agents parasitaires végétant en dehors de l'organisme et contre lesquels il est désarmé. «

Les deux observations suivantes empruntées ;i Lombroso sont très caractéristiques :

« La première est celle de Verzeni, jeune homme de dix-sept ans, avec asymétrie crânienne et faciale, mégalocéphale, de mœurs douces jusqu'alors, quoique d'une famille de crétins et de pellagreux. Il essaya, toujours en certains mois de l'année, d'étrangler sept fenmies et d'en découper deux en morceaux, en éparpillant les entrailles et même les lambeaux de chair; il m'avoua (jue l'étreinte du cou et surtout la mutilation de cadavres, les morsures et les succions du sang lui faisaient éprouver le maximum de la jouissance sexuelle; dans ces moments, il se sentait une force énorme et il

ne voyait plus rien; il eut des amnésies partielles sur ses crimes; il ne se souvenait pas par exemple d'avoir enfoncé les épingles sur répaule des victimes.

« Garayo, fils d'ivrognes, devenu tout a coup vertigineux après un traumatisme de la tête et à la suite d'un mariage malheureux, d'honnèteet de doux qu'il était, se mit soudain à étrangler les femmes, la plupart des vieilles tilles, pour en jouir. Il en blessa sept, en tua six; souvent il enfonçait tantôt une épingle dans la poitrine de sa victime, tantôt les piquait à coups redoublés avec la pointe d'un couteau, sur d'autres cadavres il pratiquait l'éventration et arrachait les entrailles, détachant des lambeaux pour les manger, et tout cela pendant certaines périodes de Tannée (printemps et hiver).

« Dans ces cas, nous trouvons la preuve de l'épilepsie latente, dans les vertiges, dans les caractères physiques, dans l'hérédité alcoolique, dans le penchant à remplacer la cohabitation par le démembrement, par le cannibalisme, dans les contrastes frappants de la vie antérieure, dans la périodicité constante des accès (I). »

Mac-Donald (2) a donné un résumé intéressant des victimes de Jack the ripper. Nous le reproduisons, car il est important de comparer les procédés de l'éventreur anglais a la méthode de Vacher.

Première victime. — Le 1" décembre 1887, un cadavre de femme inconnue est trouvé mutilé à Whitechapel.

Deuxième victime. — Le 7 août 1888, on trouve dans le racrae quartier une femme frappée de 39 coups de couteau.

Troisième victime. — Trouvée vers quatre heures du matin le 31 août 1888, étendue de toute sa longueur sur le dos, les vêlements en désordre, avec une blessure à la gorge et le ventre ouvert ; il existe une mare de sang à l'endroit où le cou a porté.

Voici ce que dit le médecin : « Les membres inférieurs sont étendus ; le cou présente des blessures graves, les mains et les poignets sont froids ; très peu de sang autour du cou, il n'y a pas de signes de lutte et la forme des taches de sang n'indique pas que le corps ait été traîné. L'abdomen a été frappé de larges coups de couteau ; cinq dents manquent ; légère déchi-

(1) L'Homme criminel, de César Lombroso.

(2) Le Criminel-type dans quelques formes graves de la criminahié (traduction d'Henry Coutagne). — 2' édition, augmentée d'une bibliographie de sexualité patiiûlogique et LM-iminelle (Lyon, Storck, 1894).

rure de la langiio ; des conlusioiis situées au niveau de la partie inférieure de la niàchoire et du côté droit de la face ont pu être faites par la pression des doigts. Sur le cùté gauche du cou, à un pouce environ au-dessous de la mâchoire, il y avait une incision de quatre pouces environ de long, qui parlait d'un point situe immédiatement au-dessous de l'oreille. Du môme côté, mais à un pouce au-dessous et à environ un pouce en avant commence une incision circuhiire qui se termine à environ trois pouces au-dessous du cùté droit de la mâchoire et qui a divisé tous les tissus jusqu'à la colonne vcrlobralc ; elle a environ huit pouces de long, les gros vaisseaux du cou sont divisés de chaque cùté.

Ces coupures ont dû être faites par un couteau à longue lame, modérément aigu et manié avec une grande force. Il n'y avait pas de sang sur la partie antérieure de la poitrine ni sur la partie correspondante des vêtements. On ne trouve sur le corps aucune autre lésion jusqu'à la partie inférieure de l'abdomen. Là, à deux ou trois pouces en dedans du cùté gauche, il existe une blessure très profonde, dont le trajet est déchiqueté ; les tissus ont été coupés en travers ; il y a plusieurs incisions qui traversent l'abdomen et trois ou quatre autres incisions semblables dirigées en bas et à droite, toutes faites par un couteau et avec une grande violence. Les blessures étaient dirigées de gauche à droite et ont pu être faites par un gaucher ; toutes proviennent du même instrument. Il ne manque aucun organe ; il n'y a pas d'ecchymoses sur les bras. Les blessures ont pu être faites pendant que le meurtrier était sur le corps. La victime était connue pour être très portée à la boisson, elle était séparée de son mari. »

Quatrième victime. — Un autre corps de femme a été trouvé dans une cour du même quartier le matin du samedi 8 septembre 1888. La tète était presque séparée du reste du corps, les intestins étaient complètement sortis de labdomen ; la victime reposait sur le dos, les vêtements en désordre, un mouchoir enroulé autour du cou comme pour le retenir ; il y a des taches de sang sur le mur de la maison et tout autour du corps ; une ou plusieurs bagues paraissent avoir été arrachées du médius de la main gauche, on sait qu'elle avait trois bagues en cuivre. Pas de trace d'alcool dans l'estomac. Deux dents manquent ; large contusion sur le côté droit de la tète et sur la face ; on y distingue des empreintes de doigts. Les vêtements ne sont pas déchirés ; la jaquette extérieure est tachée de sang en dehors et en dedans au niveau du cou ; il y a également du sang sur le mur postérieur de la maison, à la tète de la victime et à trois ou quatre pieds du sol. La jupe noire est aussi tachée légèrement dans le dos ; il n'y a rien à la partie inférieure des vêlements, mais les bas sont tachés ; les bottines sont aux pieds.

Les jambes sont relevées, la face gonflée, la langue projetée entre les incisives, mais ne dépassant pas les lèvres. Il y a sur le cou des plaies circulaires et dentelées faites à partir du côté gauche ; il y en a deux parai-

lèles et distantes entre elles d'un demi-pouce environ. La partie intérieure du corps présente des mutilations considérables qui ont intéressé Testomac ; il manquait quelques parties des organes abdominaux qui en avaient été extraits.

Le gonflement delà face et la saillie de la langue constituent des signes de suffocation : les contusions du menton et de la mâchoire étaient récentes. Le corps était mutilé au point qu'une description dé ces lésions serait impossible ; on peut seulement dire qu'il l'avait été d'une manière délibérée, au moyen d'une arme longue de cinq à six pouces, et avec des connaissances aiiatomiques. L'utérus et les organes enlevés de l'abdomen l'avaient été par quelqu'un qui savait où les trouver ; il n'y avait pas d'incisions inutiles.

Cinquième victime. — Elle a été trouvée assassinée dans une cour voisine de celle du cas précédent le dimanche matin, 30 septembre 1888, les vêtements fripés, les jambes repliées, la trachée artère ouverte, les boutons des vêtements non défaits. Le cadavre est couché sur le côté, appuyé sur le bras gauche, le bras droit sur la poitrine ; il y a près de la gorge du sang coagulé. Le menton est chaud, il s'écoule encore du sang de cette blessure, le cou et la poitrine sont encore assez chauds, les jambes et la face le sont à peine, les mains sont froides. La main droite est tachée de sang en dehors et en dedans, la main gauche appuyée sur le sol tient un petit paquet de cachou enveloppé dans du papier Joseph ; la face est calme, la bouche entr'ouverte. L'incision du cou commence au côté gauche à deux pouces et demi au-dessous de l'angle de la mâchoire et presque sur son prolongement direct, elle a presque sectionné les gros vaisseaux du côté gauche, a coupé complètement en deux la trachée et s'est terminée du côté opposé à un pouce et demi au-dessous de l'angle de la mâchoire et presque sur son prolongement direct. L'hémorragie qui s'est prolongée jusqu'à la mort a été relativement lente, parce que la section n'avait porté que sur les vaisseaux d'un côté. La robe n'était pas défaite, môme en haut. La main gauche et le côté correspondant de la face sont tachés de boue, l'incision du cou avait six pouces de long.

Un médecin dit : « Je crois que l'incision a été faite de gauche à droite. La main droite de la victime était couverte de sang. Elle devait être encore en vie une heure auparavant ; deux secondes ont suffi pour qu'elle reçût cette blessure. Une partie du cachou qu'elle tenait s'est répandu dans le ruisseau. Le meurtrier n'a pas dû nécessairement être taché de sang, car le flot de l'hémorragie a été dirigé loin de lui. Il n'y avait du sang que sur le côté gauche du corps. La femme devait être à terre quand elle a été blessée. Les organes abdominaux ont été enlevés avec une certaine connaissance de leur situation exacte et de la manière d'en faire l'ablation ; aucun usage professionnel n'explique ces manœuvres ; il fallait plus d'habileté pour enlever le rein gauche. L'assassin a dû avoir du temps devant lui, sans quoi il n'aurait pas fait des entailles aux paupières ; il lui a fallu au moins cinq minutes pour commettre ce crime ; je ne puis assigner une

Viclime de Jack l'Éventreiir

raison à l'ablalion des organes hors du corps. On ne doit pas s'attendre à trouver beaucoup de sang sur la personne du meurtrier ; la mutilation n'a pas dû exiger beaucoup de violence ; elle a été faite simplement pour empocher l'identification. »

Sixième victime. — Un autre meurtre a été commis le 30 septembre i888. Le médecin expert dit : t II était plus de deux heures, le corps était sur le dos, la tète tournée vers l'épaule gauche, les bras sur les cotés, les vêtements relevés, la face très défigurée, la jambe gauche écartée, la jambe droite repliée sur la cuisse et sur le genou ; la partie supérieure de la robe avait été arrachée dans une petite étendue ; l'abdomen était découvert, et tous les intestins étaient au dehors et placés sur l'épaule droite : il y en avait un morceau complètement détaché entre le tronc et le bras gauche. I.e lobule de l'oreille droite était coupé obliquement dans son épaisseur ; aucune marque de sang au-dessous de la moitié du corps. Le cadavre n'était certainement là que depuis qnelques minutes, trente ou quarante ; la face était très mutilée, la gorge coupée transversalement dans une étendue de six ou sept pouces environ ; pas d'ecchymose dans le cuir chevelu. Le muscle sterno-cléido-mastoïdien était divisé ; le cartilage cricoïde était sectionné à sa partie moyenne au-dessous des cordes vocales. Les gros vaisseaux du côté gauche du cou étaient coupés jusqu'à l'os, car le couteau avait laissé une marque sur un cartilage vertébral ; la veine jugulaire interne avait été ouverte dans l'étendue d'un pouce et demi.

« Les mutilations ont été faites après la mort; les parois abdominales ont été ouvertes par une incision partant du sein, sans que la paroi ait été dépassée au-dessus du sternum ; on avait ensuite divisé le cartilage cunéiforme dont la section démontrait comment la plaie avait été faite : le couteau avait été tenu la pointe à droite et le manche à gauche, manié obliquement. Le foie avait été intéressé ; son lobe gauche portait aussi une autre coupure verticale. Les parois abdominales étaient divisées sur la ligne médiane jusqu'à un quart de pouce de l'ombilic ; à ce niveau l'incision prenait une direction horizontale vers le côté droit pendant deux pouces et demi, divisant l'ombilic à gauche en en faisant le tour, et faisait une incision parallèle à l'incision horizontale précédente en laissant l'ombilic sur une languette de peau, relié à deux pouces et demi de la partie inférieure du muscle droit du côté gauche ; de ce point l'incision prenait une direction oblique à droite ; il y avait dans le pli de l'aine gauche une blessure d'un pouce environ qui ne pénétrait la peau que superficiellement. Au-dessous, une autre incision de trois pouces traversait tous les tissus et blessait le péritoine dans la même étendue. Il n'y avait pas eu d'hémorragie appréciable ; la blessure de l'abdomen a été faite après la mort, de sorte qu'il ne faut pas compter trouver du sang sur les mains du meurtrier. »

Septième victime. — Trouvée en octobre 1888. M. T. H. dit : « Mardi dernier j'ai vu le tronc décomposé d'une femme, qu'on avait trouvé sous une

voûte sombre ; la tète a été séparée du tronc au niveau de la sixième vertèbre cervicale, qui était sciée en travers. La partie inférieure du corps et le bassin avaient été enlevés et la quatrième vertèbre lombaire sectionnée comme celle du cou par de longues incisions courbes ; les bras avaient été détachés aux articulations des épaules par plusieurs incisions faites audessous du larynx. 11 n'y a pas de sang dans le cœur, de sorte que la femme n'est morte ni de suffocation, ni de submersion ; l'intestin grêle était en place, mais la partie inférieure du gros intestin et tout le contenu du bassin avait été enlevé. La date de la mort calculée d'après la décomposition à l'air libre remonte probablement à six ou huit semaines avant la découverte du corps ; les incisions ont probablement été faites après la mort. »

M. C. A. A. dit : « Les six ou huit incisions en question ont évidemment été faites avec un couteau très aiguisé par quelqu'un qui savait ce qu'il faisait, mais non par un anatomiste. «

Les médecins disent : « Il n'y avait pas de poison dans l'estomac ; les blessures ont été faites par une personne d'une grande habileté anatomique ; nous croyons que l'assassin n'avait aucun dessein sur un organe spécial du corps. »

Huitième victime. — Trouvée le 9 novembre 1888, couchée sur le dos entièrement nue sur un lit de sa chambre.

La gorge a été coupée d'une oreille à l'autre par une incision dirigée en bas sur la colonne vertébrale ; le nez et les oreilles ont été détachés ; les seins ont été sectionnés nettement et placés sur une table à côté du lit ; l'estomac et l'abdomen ont été découverts, la face a été tailladée au point d'empêcher qu'on ne la reconnaisse ; les reins et le cœur ont été enlevés et placés sur la cuisse gauche ; la partie inférieure dn corps et l'utérus ont été sectionnés et ces organes n'ont pas été retrouvés ; la section a porté jusque sur les cuisses. Les vêtements se trouvaient déposés d'une manière ordinaire à côté du lit. 11 n'y avait pas d'apparence de lutte.

Neuvième victime. — Vers le 1" juin 1889, la partie inférieure du tronc d'une jeune femme bien constituée fut trouvée dans la Tamise. Ce débris est coupé en deux endroits ; il paraît avoir séjourné peu de temps dans l'eau. La jambe et la cuisse gauches de cette femme furent trouvées un peu plus tard sur la rive de Surrey. La mort de ce sujet ne remontait pas à plus de quarante-huit heures, et le corps avait été disséqué assez grossièrement par une personne qui avait quelque connaissance des articulations du corps humain.

Un jour plus tard on trouva la partie supérieure du tronc de cette femme ; la cavité thoracique était vide ; la rate, les reins et une portion des intestins adhéraient au tronc, une portion du diaphragme au-dessous des seins et de la paroi thoracique correspondante avait été sectionnée, comme avec une scie, à son centre ; les côtes également avaient été sciées. Le lundi 10 juin suivant on trouva un bras et une main droite de femme.

Dernière victime de Jack l'Lventreur

Voici ce que rapportent les médecins au commissaire en chef de la police: « La tète, les poumons, le cœur, les intestins et l'utérus font défaut ; on dirait qu'une bague a été arrachée de force de l'annulaire de la main gauche. La victime avait des cheveux châtain clair, des mains et des pieds bien formés, mais les ongles des deux mains étaient coupés ou mordus très court. Aucune marque n'indiquait qu'elle s'occupi\t de travaux manuels. La victime était enceinte au moment de sa mort, les sections du corps sont semblables à celles des affaires du ponton de Raiiiham. »

Cette femme était bien coimue dans les maisons à nombreux locataires du district de Chelsea ; on l'a vue en vie pour la dernière fois le 31 mai ; elle vivait au jour le jour.

Dixième victime. — Trouvée le 17 juillet 1889 entre minuit et une heure du matin par un constable dans une ruelle de Whitechapel.

« Du sang coulait d'une blessure à la gorge; l'estomac avait une balafre ainsi que le reste de l'abdomen, mais ces blessures n'étaient pas profondes. La jupe de la robe et le jupon étaient relevés. »

Le chirurgien divisionnaire dit : « La face était encore chaude ; c'était une pauvre femme d'environ quarante ans, d'un beau tempérament, avec des cheveux brun foncé ; une dent manquait comme à une autre des victimes de cette série. Un des ongles de la main gauche était eu partie détaché. Ce meurtre se rapporte anx sept autres meurtres semblables des dernières années. 11 n'y avait du sang qu'à l'endroit où la victime a été tuée. »

Onzième victime. — l,e 10 septembre 1889, on trouve sous une voûte de chemin de fer le corps d'une femme, la tète séparée du tronc, les deux jambes manquant ; il y a à la partie antérieure de l'estomac des coupures profondes à travers lesquelles les intestins font saillie.

Le médecin dépose : « La mort remonte à trois jours, 11 n'y a comme vêtement qu'une chemise très déchirée et tachée de sang et une corde qui devait servir à attacher la taille. Les incisions paraissent avoir été faites par un gaucher. L'état des organes indique que cette femme s'adonnait à la boisson, le cœur est absent ; il n'y a sur les doigts aucune marque d'anneau ; les mains présentent un aspect sale et négligé ; pas de signes d'accouchement, les jambes sont sectionnées dans des conditions qui indiquent une certaine habileté. Les mains ne sont pas crispées ; pas d'indice de lutte avant la mort. L'amputation a pu être faite sur le cadavre. La grande balafre signalée plus haut est la seule mutilation qu'on constate à l'exception de l'ablation d'une petite portion de la partie inférieure du tronc. Les doigts étaient longs cl effilés. »

Le coroner dépose : « La chemise n'avait pas été déchirée, mais coupée du haut en bas ; les ouvertures des bras étaient coupées jusqu'au cou. »

Le chirurgien assistant divisionnaire dit : « Le corps était couché sur la l'icc, le bras droit replié sous l'abdomen ; pas de marc de sang ni de trace

de lutte sous la voûte. La chemise est déchirée en avant et coupée de chaque côté dos ouvcrlures des bras. Il y avait une blessure longue de quinze pouces le long de la paroi extérieure de l'abdomen ; et en outre un certain nombre d'ecchymoses, dont aucune de date ancienne. A la partie externe de l'avant-bras gauche, à trois pouces au-dessus des poignets, il y avait une coupure de deux pouces de long; autre lésion semblable à un demipouce plus bas ; toutes deux ont été faites après la mort. Dans tout le corps les vaisseaux sont vides ; tous les organes, excepté la rate et le foie, sont très sains ; la mort provient de l'hémorragie. Los mutilations pos< mortem ont élé faites avec un couteau aiguisé par quelqu'un d'accoutumé à dépecer ou à voir dé])ccer les animaux, mais il n'y a pas de raison de supposer des connaissances en anatomie humaine. »

L'auteur fait suivre ce récit des conclusions suivantes:

Les crimes de Jack se distinguent par le fait que la sexualité prend une forme spécialement sanglante et meurtrière. Dans les cas précédents, excepté celui de L..., la mort de la victime était l'exception, tandis qu'ici elle est la règle. Il est probable que Jack coupait la gorge de ses victimes, soit parce que cela même lui donnait de la jouissance, soit parce que cela amenait la mort qui lui permettait de se livrer ultérieurement à des cruautés qui lui causaient une jouissance, comme lorsqu'il sectionnait l'abdomen, qu'il manipulait les intestins ou qu'il défigurait ou mulilait les organes sexuels. Une forme encore plus perverse de sexualité nous est démontrée par les confessions de ceux qui ont exhumé des cadavres et leur ont fuit subir des outrages semblables.

Dans quelques cas, Jack emportait des organes sexuels, sans doute pour se procurer des jouissances ultérieures, soit en les regardant, soit en s'en servant pour se masturber. Un cas analogue, mentionné par Krafft-Ebiug, est celui d'un homme qui donnait souvent des coups de couteau à une petite fille, et qui se procurait une jouissance sexuelle en regardant le couteau sanglant qu'il gardait dans sa chambre pour cela. Nous avons vu que K... regardait férocement son couteau quand il blessait ses victimes.

Il y a peu de raison pour croire à la folie de Jack, quel qu'il soit, car il aurait probablement fait des aveux depuis. L'aliéné en effet n'est pas seulement fier de ses crimes, mais il est beaucoup plus honnête que le criminel et finit généralement par se confesser. Le fait qu'il a aussi évité pendant si longtemps d'être découvert ne plaide pas en faveur de la folie.

Comme dans les cas semblables, les preuves indiquent que le meurtre comporte un plaisir sexuel si puissant que toute répulsion pour la cruauté est contrebalancée, au moins sur le moment, ou bien que cette répulsion est faible par elle-même. L'idée d'une cruauté siwp/en'exphque pas les plaies de l'abdomen et des organes sexuels et la soustraction de ces organes. Mais le fait de placer dans un cas l'intestin sur une épaule de la victime et

celui de couper dans un autre cas les seins et de les mettre sur une table, ces faits, dis-jo, indiquent que le meurtrier a eu du temps devant lui et a pu dt'sirer rendre sou crime aussi horrible que possible simplement pour la publicité. Ce sentiment ne se serait fait jour naturellement qu'après l'apaisement de fimpulsion sexuelle.

Une raison qui a peut-être empoché Jack d(Mre découvert, c'est qu'il procédait à son œuvre délibérément et n'était pas agité en quittant ses victimes, ce qui n'attirait pas l'attention sur lui ; on sait bien, en effet, de par l'expérience de la police, qu'un grand nombre de criminels aident à leur propre découverte en manifestant de l'agitation d'une manière ou d'une autre.

Les éléments de l'information ne nécessitent pas la supposition que le meurtrier avait des connaissances anatomiques, mais plutôt que la pratique l'avait rendu habile.

Affaire de New- York ( I ) lîcn-Ali dit Frcnchy

La victime était une femme touchant à la vieillesse, fréquentant les mauvais lieux, ivrogne et probablement adonnée aux rapports sexuels contre nature. Les résultats dei'autopsie ont montré une blessure pénétrante du côté gauche de la cavité abdominale, les muscles étaient en ce point déchirés et tiraillés, comme par un instrument contondant. La plaie avait 24 centimètres do long, elle partait en bas du point le plus bas du pli de l'aine, et pénétrait en haut dans la cavité abdominale avec issue des intestins. A droite on trouvait une [)laie par instrument picpiant, longue de 4 centimètres; intéressant les parties niollesà droite de l'extrémité supérieure de la première blessure. Le mésentère était ouvert sur une longueur de 40 centimètres. A la partie postérieure de la hanche, il y avait deux plaies formant entre elles la lettre X ; une des jambes de cette lettre dirigée à droite et horizontalement passait au-dessus du sacrum à 5 centimètres. A droite de la ligne médiane elle avait 27 centimètres de long et la forme d'un croissant. La partie postérieure du corps porte plusieurs plaies, si rapprochées entre elles qu'elles semblent n'en faire qu'une. Si on les considère comme une seule blessure, on trouve qu'elle commence dans les parties molles au-dessus de l'aine, traverse le péritoine, passe à droite du rectum, et se termine à

(1) Mac Donald, loc. cit. p. 199.

26 centimètres 1/2 au-dessus et à droite du coccyx sur une longueur de 17 centimètres et une profondeur de H centimètres. L'instrument a passé dans la cavité pelvienne, en arrière du péritoine et a traversé les muscles fessiers. Il y avait aussi deux plaies superficielles qui partaient du coccyx, traversaient les muscles entre les cuisses et finissaient dans les partes molles de l'aine en formant la lettre X. Une blessure superficielle de la cuisse eauche commençait au niveau (le l'ombilic et s'étendait en bas vers la cuisse, à une distance de 18 centimètres. Une autre plaie superficielle commençait au même point et suivait en bas la même direction, sur une étendue de 12 cent.o, en formant avec la blessure précédente la lettre X renversée, elle est à une distance de 17 cent.o de la plaie la plus basse, et ne consiste presque qu'en une abrasion de la peau. Il y avait deux autres blessures superficielles du côté de l'abdomen, partant de l'aine, longues, la plus extérieure de 12 cent.o et l'autre de 21 cent.o; pas de signes de contusion.

L'examen du cou démontre que le meurtrier a étranglé la victime, jusqu'à ce que l'os hyoïde ait été comprimé au point de rompre ses vaisseaux et de donner lieu à une hémorragie. Les poumons ont été aussi trouvés congestionnés. Il y avait une légère coupure sur l'une des oreilles, le cœur était normal et bien conservé : le foie et les reins indiquaient l'alcoolisme.

Deux portions des intestins avaient été détachées ; il en était de même de l'ovaire gauche, qui fut retrouvé sur le lit. Il ne manquait aucune partie du corps. On retrouva celles qui étaient détachées au milieu du sang dont le lit était souillé.

Ces blessures paraissent avoir été faites après ou pendant la strangulation. Il y avait dans la chambre où le crime a été commis des marques de doigts sanglants sur le bord de la porte et des empreintes de pieds sanglants à côté du lit.

L'instrument qui a servi pour le meurtre est un couteau de table ébréché.

Une victime de Jesse Pommeroy (1)

« le bourreau des enfants, boy-tortitrer »

Le 17 mars 1874, une fillette était assassinée dans une ville des Etats-Unis dans les conditions suivantes, racontées par le meurtrier

(1) Mac Donald, loc. cit. p. 154.

âgé de quatorze ans. « Le matin en question, j'ouvris la boutique, comme je la balayais, la petite fille entra et me demanda certains papiers. Je lui dit de descetuire au-dessous, fermai la porte de la boutique et la suivis. Comme elle était debout au milieu de la cave, la face tournée du côté de Broadway, je vins derrière elle, lui mis la main gauche sur la bouche et lui coupai la gorge avec mon couteau. Elle se débattit et tomba, mais de crainte qu'elle ne fît du bruit, je lui mis une seconde fois la main sur la bouche. Elle ne remua plus; au bout de quelques minutes, je la traînai derrière le watercloselet mis sur elle des cendres et des pierres. Alors je lavai mes mains et mon couteau, »

A l'autopsie, on s'est trouvé en présence d'un cadavre de jeune fille dans un état avancé de décomposition : la tète était séparée du tronc. Les vêtements ont dû être arrachés de force ou coupés du haut en bas à leur partie antérieure. Les deux poches et la ceinture de la robe étaient déchirées, et il semblait qu'on les eût arrachées sans prendre le temps de déboutonner les jupes ni de dégrafer la taille. Le devant de la robe de dessous et une partie du jupon était aussi coupés par le milieu ; il en était de même de la ceinture des caleçons, au moyen de coupures correspondantes. La chemise était dans un tel état de détérioration qu'il était difficile de dire si elle avait été coupée ou arrachée, mais l'un ou l'autreavait étéfait.Le côté droit des caleçons était boutonné à la ceinture, mais le côté gauche ne l'était pas et paraissait avoir été tiré le long de la jambe jusqu'en bas. La peau et les parties molles delà partie supérieure des cuisses et du tiers inférieur de l'abdomen étaient remarquablement conservées, par rapport au reste du corps. On y constata des blessures faites avec un instrument tranchant. Il y avait une plaie évidente de cette nature un peu au-dessus de l'aine. La blessure la plus nette s'étendait à trois travers de doigt dans le tissu cellulaire et jusque dans la cavité abdominale, sur une ligne qui commençait à la fente des parties génitales et la prolongeait directement en haut, mais il était impossible de déterminer jusqu'à quelle hauteur remontait cette incision, parce que la peau était détachée par la putréfaction à quelques pouces au-dessus. On pouvait aussi très bien voir une coupure longue de quatre à cinq pouces, faites dans une direction oblique sur la fosse iliaque droite et sur la partie inférieure de l'abdomen autour de cette région... On a recherché avec beaucoup de soin si les vêtements présentaient des coups de couteau les ayant traversés. On n'a rien vu qui eut ce caractère précis... Les vêtements ont été évidemment ouverts avant qu'une blessure ait été faite, dans toute la partie située au-desssous du cou.

Mac Donald donne d'intéressants renseignements sur ce Jesse Poinmeroy, condamné à la réclusion perpétuelle pour le crime dont il vient d'être parlé.

Lors du procès, des enfants victimes de sa cruauté ou de ses caprices vinrent déposer. Le premier dit que Jesse lui ayant attaché les pieds avec une corde, le dépouilla de ses vêtements, puis le frappa avec une verge. Le second fut attiré dans un water-closet ; là, Jesse ferma la porte, déshabilla l'enfant, âgé aussi de dix. ans, lui attacha les mains au-dessus de la tête et l'accrocha à une porte, puis se mit à le fouetter avec une corde.

Portrait de Jesse I^umnieroy

La troisième victime, âgée de neuf ans, fut conduite à la campagne, déshabillée, puis fouettée. Il lui enfonça ensuite une épingle dans les joues, mais pas très profondément, puis aux parties. Il le mordit à la joue et dans le dos.

LES CRIMES SADIQURS 26ft

A la quatrième viclimo, Jesse avait donné quatre coups de couteau, l'un dans l'aine, les autres dans le dos.

La cinquième victime, âgée de huit ans, fut conduite à la campagne. Elle fut fouettée par Jesse qui alors riait. Il l'obligea même à jurer et à dire de vilains mots.

La sixième victime, un enfant de neuf ans, fut violentée de différentes façons, fouettée, blessée à la face, écorchée ou ograliiinée aux mains.

A la septième victime, âgée de sept ans, qu'il attacha à un poteau, il fît avec un couteau cinq blessures à la face et une derrière l'oreille.

Nous savons que sur un des enfants qu'il a tués, il avait coupé les testicules ainsi que l'extrémité du pénis.

Mac Donald montre que Jesse agissait ainsi sous l'influence d'une impulsion sexuelle. Il donne le portrait de ce jeune homme et explique pourquoi il restait souvent silencieux pendant qu'il torturait ses victimes. « Comme l'impulsion sexuelle est la plus forte de toutes, il est aisé de comi)renure pourquoi il avait peu de disposition à parler pendant que son influence durait. D'autre part, il est évident que pour quelques-uns de ses actes l'instinct de cruauté prédominait ou même était le seul. Il en était ainsi lorsf|u'il faisait dire une prière à ses victimes, qu'il les faisait jurer, qu'il essayait d'en enfoncer une dans l'eau, ou qu'après en avoir fouetté une autre, il sautait autour d'un rocher, en poussant des cris. Mais il semblerait (jue chez lui les instincts sexuels et cruels étaient le plus souvent mélangés et successifs, comme lorsqu'ils dépouillait les enfants de leurs vêlements, les fouettait, puis riait sans rien dire ; pourtant la circonstance que, dans presque tous les cas, il les mettait nus et les fouettait semble indiquer ({ue l'élément sexuel était toujours en première ligne. »

Une autre observation de Mac Donald est plus caractéristique encore. Elle vise le nommé Piper, surnommé le casseur de têtes [ihe brainer) .

Cet homme, âgé de trente ans, marié, sans barbe, et d'un abord avenant, était saciislain d'une église. Il tua une fenuue de vingt-huit ans et une petite fille.

La première victime a succombé à des fractures étendues, comminutives et compliquées du côlé droit de la tète et de la partie antérieure de la base du crâne. Les coups ont été nombreux et portés avec un gourdin.

La tète de l'enfant est de même fracassée: il y a des fractures de la voûte et de la fosse temporale droite. Sur les deux victimes, pas de traces d'attentat du coté des parties génitales.

Le détective qui a arrêté Piper dit que le caleçon et le pantalon portés par cet homme quand il a commis le dernier crime étaient abondamment tachés de sperme au niveau des parties sexuelles.

Portrait de Piper

Cet homme a tout avoué dans une confession écrite. Il reconnaît que le motif qui l'a fait agir est « la luxure, une luxure du caractère le plus horrible et le plus dégoûtant ». Mac Donald dit que c'est là une forme de sexualité brutale et inattendue, et certes non douteuse puisque Piper l'a avouée. D'ailleurs à l'autopsie des victimes on n'a relevé ni blessure au cou, ni signes de viol ou attentat quelconque.

Affaire de Pont-Laval (1)

Assassinat par plaie du cou ; nuililalions cadavériques pratiquées pour faire disparaître les traces d'un viol.

La jeune Irma D..., i\gée de quatorze ans, derneuranl dans la commune de Pont-Laval (Drôine), avec sa mère, disparut le 15 juin 1884; son cadavre fut retrouvé le lendemain, à ([uatre heures du soir, près du sommet du mont Roclias, et soumis le lendemain matin, sur les lieux mêmes, à Texamen du D' Benoît.

Arrivés sur les lieux indiqués, nous avons examiné le cadavre de ladite jeune fille, qui se trouvait sur la pente d'un bois très épais, la tète dans la partie déclive, les bras et les jambes écartés du tronc, les vêtements complètement lacérés, laissant voir le cadavre dans toute sa nudité.

Le corps est dans un très grand état de rigidité, ce qui nous fait dire que, vu la température froide, la mort ne remonte pas à plus de quarante-huit heures. Le corps est très peu développé pour làge de la victime; les seins ne sont [)as encore formés; à peine distingue-t-on le mamelon, près du cadavre, on voit éparses sur le sol des anses d'intestin. La peau et le tissu cellulaire de la partie interne des cuisses sont enlevés jusqu'aux muscles, qui oflrent des traces de lacération : la cavité abdominale est ouverte depuis le bassin jusqu'au sternum ; les intestins, l'estomac et le foie sont à nu ; la symphyse du pubis est écartée et détruite.

La lésion qui a surtout attiré notre attention, et qui est la cause certaine de la mort, est une plaie produite par un instrument tranchant, à la partie antéro-latérale gauche du cou. Cette plaie béante, à direction oblique de dehors en dedans, a 8 centimètres de long sur 5 de large; elle intéresse la peau, le tissu cellulaire, les aponévroses, les muscles, l'artère carotide, la veine jugulaire interne et les deux tiers du calibre du larynx. Cette plaie a déterminé une violente hémorragie et une mort rapide ; le bonnet et les cheveux de la victime sont littéralement teints de sang.

A o mètres au-dessus de l'endroit où gît le cadavre, on remarque une place de 15 centimètres carrés, où les feuilles, les branches mortes, les pommes de pin et la terre sont imbibées de sang ; il y a même quelques éclaboussures de sang sur les brins d'herbe qui

(1) Arr/t. (l'nnlfiroj). rrim., 188G, p. 144 (D' Benoit).

272 LKS CRIMES SADIQUES

poussent en cet endroit. C'est là que la victime a été assassinée; c'est là qu'après avoir coupé le (ichu qui entourait le cou de cette jeune fille, le meurtrier l'a frappée mortellement.

Deuxième examen fait par les docteurs Benoit et Carie

Nous sommes d'accord pour admettre que cette plaie qui a intéressé le larynx, l'artère carotide primitive, la veine jugulaire interne a amené une hémorragie foudroyante et la mort.

Le ventre et les cuisses présentent des traces de mutilations si horribles, qu'au premier abord on est porté à les attribuer à des morsures d'animauxcarnassiers, cependant, un examen attentif nous a démontré qu'il y avait des traces évidentes du passage d'un instrument tranchant. On a taillé sur le ventre un lambeau triangulaire dont le sommet est à la pointe de l'appendice xyphoïde, et la base vers le pubis; tout ce lambeau a été enlevé, la branche horizontale du pubis cassée des deux côtés, à une distance à peu près symétrique, la plupart des anses intestinales tiraillées et détachées.

D'autre part, sur chacune des cuisses, est taillé un lambeau triangulaire, dont le sommet part du milieu de la cuisse et qui vient s'arrêter aux parties génitales de façon que le côté le plus inférieur du triangle tombe en avant de l'anus.

Les deux mutilations, comme on le voit, avaient pour but de circonscrire d'en haut et d'en bas les parties génitales externes et de les détacher complètement du corps... Ce qui prouve encore qu'on a détaché ces parties avec intention, c'est que le rectum et l'anus sont restés intacts, tandis que l'utérus et la vessie ont été coupés; mais après avoir détaché ces derniers organes, on ne les a pas fait disparaître, et les parties génitales externes avec les os pubiens sont les seules parties qu'on n'a pu retrouver . Au milieu des anses intestinales, nous avons retrouvé l'utérus adhérent à la vessie ouverte et un ovaire avec une trompe; ces organes sont tout à fait à l'état rudimenlaire.

En plusieurs points, on reconnaît la régularité de la section d'un instrument tranchant, surtout aux angles qui partent des cuisses, angles d'une précision telle qu'aucune morsure ne pourrait la produire ainsi. A l'angle supérieur, au niveau du sternum, la section du couteau est aussi très apparente. Le couteau a été planté avec force, il a passé au travers de l'appendice xyphoïde, qui porte une fente à bords très nets, a ensuite percé le foie près de son lobe gauche et a fait une ouverture à l'estomac. Ce dernier organe contient un peu

(le nourriture chymifiée et des noyaux de cerises, ce qui permet de faire remonter le dernier repas à deux heures au moins avant le crime. La couleur de la section de la peau sur le ventre et les cuisses, ral)sonce de sang épanché, permettent d'anirmer que ces horribles mutilations ont eu lieu après la mort.

Nous trouvons dans l'observation de ces faits la préoccupation qua dîî avoir le meurtrier de faire disparaître les organes génitaux externes, qui portaient sans doute les traces de violences; on ne peut expliquer autrement le fait d'avoir détaché la vessie et l'utérus pour les laisser dans le ventre, en emportant tout le reste. Le fait et la régularité de la cassure des os pubiens nous font rejeter absolument la possibilité d'admettre que cette mutilation ait été commise par des animaux.

Nous pensons donc que le viol ou une tentative de viol a précédé le meurtre, que celui-ci a été commis pour éviter toute plainte et ensuite que le corps a été mutilé pour effacer les traces d'un crime. Une confirmation de cette opinion se trouve dans l'examen des vêtements de la victime : un iichu qu'elle portait au cou a été coupé, les boutons de sa robe et ceux d'une sorte de casaque portée sur la robe ont été violemment arrachés, sans prendre le temps de les déboutonner; la chemise a été fendue par déchirure. Aucun de ces vêtements ne porte de trace correspondant aux blessures du corps, quand on les ramène à la position qu'ils ont d'ordinaire ; la malheureuse fille a donc été déshabillée violemment par son meurtrier, avant que celui-ci ne l'ait frappée...

Le frère de la victime, J^gé de vingt et un ans, soupçonné immédiatement, avoua l'assassinat, mais nia tout attentat sexuel; il reconnut avoir ouvert le ventre de sa sœur après la mort par couj)S de couteau et fracture du bassin avec les mains, mais refusa de s'expliquer sur la disparition des parties génitales externes. Les renseignements fournis h l'instruction rendaient très plausible le viol incestueux. Traduit devant la cour d'asises de la Drôme, cet homme a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Dans le courant de juin 1896, un certain nombre de jeunes filles avaient été blessées dans la rue, en plein jour, par un individu qui, après les avoir piquées h la région fessiere, s'es(piivait à la liAte. Ces agressions singulières, toujours identiques, émurent le ])ublic, la presse s'occupa de l'érotomane aussi dangereux qu'introuvable.

Le 2 juillet, enfin, un jeune homme^ Joseph V..., fut arrêté rue Blanche, au moment où il venait de frapper dans les fesses une

274 LES CKIMES SADIUUES

jeune fille de vit)yt ans, et vuici l'iiisloire méciicale de ce i)iqueui' de fesses :

V... Joseph, vingt ans, est fils de névropatlies et porteur de stigmates pliysiques de dégénérescence. Il se sent poussé par moments à frap[)er, a piquer les fesses des femmes qui passentà côté de lui dans la rue; il se domine parfois au prix d'un extrême malaise et s'éloigne « le corps couvert d'une sueur froide ». Mais parfois aussi il suit la femme les yeux fixés sur les fesses, le canif ouvert à la main et à l'idée qu'il va enfoncer cette lame dans les chairs féminines, il entre en érection. Angoissé, anhélant, hors de lui. il frappe alors. Aussitôt il lui semble (ju'on a délivré sa poitrine d'un poids énorme et l'éjaculation se produit (I).

Thoinot cite deux cas inédits, qu'il doit h l'obligeance de l'avocat général Bonnet.

Le premier a trait à un coupeur d'oreilles que signalait en outre la particularité de ne choisir que des petits garçons pour victimes: il était, lui, unpiqueur de garçons.

11 est arrêté en 1895 dans les conditions suivantes : Il a entraîné au bois de Vincennes un jeune garçon sous un prétexte quelconque, l'a incité à des manœuvres impudiques mutuelles et au milieu de la scène lui a coupé les lobules des deux oreilles; il a pansé sa victime, l'a ramenée à Vincennes et l'a abandonnée. Les parents ont porté plainte, on a recherché et retrouvé la trace de X.., et cet individu, malgré ses dénégationshabiles, a été reconnu et condamné à cinq ans de prison, peine que la cour a confirmé.

L'enquête a montré que X... n'en était pas à ses premiers essais sadiques. Depuis quinze ans, il a encouru plusieurs condamnations devant divers tribunaux français pour faits analogues.

Agé de cinquante ans, fort intelligent, mais original, bizarre, détraqué (il n'a pas été fait d'examen médical précis sur le sujet et sur ses antécédents), partout où l'amenait sa profession errante, il recherchait les petits garçons de dix a quinze ans, jamais les filles, les séduisait et terminait les scènes impudiques par une manœuvre sadique uniforme et caractéristique. Cette manœuvre a d'abord été les blessures (piqûre ou percement) des lobules de l'oreille ; elle est depuis quelque temps la section de ces parties avec un instrument adapté ad hoc.

Le second cas a trait à un piqueur de filles. Il a été, il y a (juchpies

(1) Observation île Mag.nan, publiée dans le livre de Tlioinot.

LKS CRIMES SADIQUES 275

années, l'objet de poursuites correctionnelles aux(jueUos il s est soustrait par la fuite. Le Parquet avait une plainte d'une fille qui se disait martyrisée parX... et renquèle démontra les faits suivants : X..., marié, ]wre de famille, occupant une très grande position commerciale à Paris, se rendait dans une maison galante et se faisait mettre en présence de deux filles. Il leur faisait alors quitter leurs vêtements, quittant lui-même les siens et s'armant d'un martinet, les flagellait. Puis prenant des épingles il les enfonçait jusqu'au sang dans la peau de la poitrine de ces malheureuses. Cette manœuvre amenait chez lui l'érection et lui permettait d'accomplir le coït avec l'une ou l'autre de ses victimes. X... fut condamné par défaut.

M. le D' Frenkel, agrégé à la Faculté de médecine de Toulouse, nous a communi(|ué les cas suivants extraits de la littérature russe :

« Le malade G... raconte que dès l'âge de six ans il avait des impulsions à se frapper sur la région fessière avec une verge. Déjà le souvenir d'une telle correction lui procurait du plaisir ; à sept ans, il rêvait des correclions qu'il infligerait à son fils.

If. L'impulsion à se frapper s'accroissait toujours, mais dans la suite il devint onaniste. Sur la satisfaction sexuelle à l'aide de la correction il s'exprime ainsi : « Je ne puis supprimer ma passion, j'ai sou- « vent recours à la verge. D'abord, je frappe avec les verges, il en « résulte une excitation ; je me mets à frapper de plus en plus fort, le « sperme commence à s'écouler, jouissance sexuelle, et puis, une « minute après, mécontentement du fait accompli, lourdeur, fatigue. » Comme il est inadmissible qu'un enfant de six ans ait commencé ces pratiques de propos délibéré, il faut croire que l'excitation sexuelle précoce et anormale a été mise en branle chez cet enfant par les corrections que lui auraient infligées ses parents. 11 est probable que cette excitation du sens sexuel précoce et perverti avait lieu fréquemment et surtout lorsque lespunisseurs étaient d'un sexe différent que les punis; dans ces cas, en outre des causes anatouiiques, agissaient encore les causes psychiques, l'imagination, etc. (I).

« Th.-D. Dostojewski a fait remarquer très judicieusement qu'il y a une relation bien connue entre les corrections et le sens sexuel. Il y a dans la littérature des indications à ce sujet, mais les faits les plus fréquents ont été observés par les médecins dans ces temps heureux quand les corrections florissaient partout, parmi les adultes et les

(1) Professeur N.-A. OBOi.owsKr, Sur la perversion du senx sexuel, cité d'après Irankow (in Vratrh, 1898, n» 20).

enfants, parmi les hommes et les femmes de toutes les classes sociales. Si les corrections cruelles et les tortures peuvent irriter et exciter l'instinct sexuel chez des exécuteurs tels que Jerebiatnikow et les vieux serfs, les corrections légères ne restent pas sans influence, sous ce rapport, sur les victimes elles-mêmes. Chez les enfants et les adolescents soumis h des corrections plus ou moins fréquentes (surtout par des personnes de l'autre sexe), les instincts sexuels se développent plus vite et d'une façon plus anormale. Les blasés et les impotents se soumettent (|uelquefois pour s'exciter à des corrections faites par des femmes et il y a une quinzaine d'années, la mort d'un tel amateur qui a succombé pendant (|ue deux ou trois prostituées l'excitaient de cette façon a fait beaucoup de bruit h Moscou. Cette excitation sexuelle pendant la correction s'explique par Tafïlux du sang vers les organes du bassin. Sur les spectateurs, la vue des parties cachées habituellement, les plaisanteries, etc., sont de nature à provoquer l'excitation, mais c'est surtout le rapport qui existe entre la violence et l'instinct sexuel et qui se manifeste particulièrement chez des individus peu cultives ou anormaux qui nous explique l'excitation génitale. Chez de tels individus, l'acte sexuel n'est agréable que quand il est accompagné d'une violence ou de la vue du sang. Les brochures des abolitionnisles citent le cas de ce médecin de Londres qui avait besoin de vierges capables de résister. Les traités de médecine légale abondent en faits analogues. M. Merjejewski, dans sa Gynécole médico-légale, raconte le cas d'un vieux châtelain blasé qui, pour s'exciter, ordonnait à ses domestiques de violenter, en sa présence, des femmes et des filles. V Homme-animal {la Bête humaine) de Zola est une belle confirmalion de l'idée sur les rapports qui existent entre le sens sexuel et la violence.

M. Sanitchenko a publié dans les Vieilleries de Kieff, en 1894, des mémoires sur le lycée de Tchernigow, où l'inspecteur Kitchenko était un grand amateur de verges {j^ozgui). Tous lesjours on exécutait une cinquantaine d'élèves, les cris et les pleurs des enfants remplissaient tout le bâtiment du lycée. Kitchenko assistait toujours en personne à l'exécution qui était faite par le favori de l'inspecteur, le concierge Mina. « Les corrections infiigées aux élèves étaient une v7^aie Jouissance pour Kitchenko ; c'était son seul travail pédagogique. En dehors des corrections, Kitchenko nefiiisait absolument rien. Ilfallaitvoiravec quelle expression de cannibale il parlait au nouvel élève qui venait d'entrer au lycée. Un jour entre dans la salle commune l'élève de 2° classe Djoguine, âgé de douze ans, bel enfant rose et potelé, sang

et lait, bien nourri. Dès le troisième jour Kitchenko lui chercha chicane et lui infligea une telle correction que lorsque le puni rentra dans sa salle, il était tout défait ; pendant quelques jours, l'enfant pleurait depuis le matin jusqu'au soir et ne dormait pas la nuit, de peur. « Si la maman savait, elle en mourrait », disait-il aux camarades. Tout le monde prenait une part très vive au chagrin de l'enfant. Après cette histoire, Kitchenko s'attacha tellement à Djoguine, qu'au moindre prétexte, il battait l'enfant, si bien qu'au bout d'un an ce n'était plus qu'une ombre. Lorsqu'au mois de juin la mère de Djoguine arriva au lycée et vit, au parloir, son fils martyr, elle eut une syncope; puis elle se mit à sangloter avec un tel désespoir que tous les élèves pleuraient. Ce fut une scène qui resta gravée dans le cœur de tous ceux qui y assistaient, pendant toute leur vie; tous les enfants comprenaient et partageaient la terreur et le désespoir de la mère. Et cependant, personne parmi les parents n'a porté plainte contre ce tyran qui reçut de l'avancement et fut nommé directeur du lycée de Jitom. Tout cela s'est passé dans le sixième décenaire de ce siècle. » L'auteur continue en montrant que, malgré les progrès de l'instruction les corrections corporelles existent toujours en Russie, et, que seul le législateur peut les supprimer, car si l'on attendait la disparition de cette anomalie de l'adoucissement des mœurs, on risquerait d'attendre fort longtemps (1).

Dans nos lycées h Varsovie, les corrections n'existaient pas de mon temps ; mais peu de temps après que j'eus quitté Varsovie, mes parents m'informèrent que les corrections étaient rétablies dans les lycées, du moins en Pologne.

Notre regretté collègue H. Coutagne a publié (2) un cas ùe perversion sanguinaire de Vi7istijici sexuel.

Un jeune homme de dix-sept ans, ouvrier ferblantier, fut inculpé de tentative d'assassinat dans les circonstances suivantes. Après avoir acheté au Grand-Bazar un couteau de cuisine de sept sous, long de 23 centimètres, il se rendit dans une rue où devait se trouver une fille soumise qu'il connaissait. Il l'accompagna dans sa chambre, lui donna deux francs, se dévêtit en partie, gardant son pantalon et sa chemise, et fit placer la femme au bord du lit, alors, étaiii en

(1) Ibaxkow, L'Opinion des mt'decinx sur les corverlions corporelles. — Vrntrh. 1897. 1T48. p. 1391.

(2) Annales médico-psychologiques, juillet 189.3.

érectioti, il s'approcha d'elle et lui porta trois coups de couteau. « L'inculpé, après avoir reconnu au début de l'instruction que l'idée de frapper une femme nue pour voir couler son sang lui était déjà venue antérieurement à l'esprit, s'est depuis rétracté avec obstination sur ce point. » Mais la perversion sanguinaire ne parut pas douteuse à Goutagne à cause de l'acte même accompagné de cette circonstance curieuse et authentique de l'érection de l'inculpé au moment où il frappait sa victime.

Garnier (1) a publié le cas du mangeur de chair humaine qu'il observa en 1891 :

L... Eugène, vingt ans, journalier, avait été trouvé sur un banc où les gardiens de la paix avaient remarqué avec stupéfaction que d'un coup de ciseaux il découpait dans son bras gauche un large fragment de peau.

Get individu, porteur de stigmates héréditaires, avait depuis Vûge de douze à treize ans, une impulsion qui devint par la suite de plus en plus obsédante et impérieuse. La vue d'une jeune ï\\\q jolie, à la peau blanche, fine et délicate, provoquait chez lui une excitation génitale et le désir ardent de mordre et manger un morceau de peau de\cette jeune personne!

11 avait fait l'achat de forts ciseaux dans le but d'aller plus vite en besogne, de détacher hâtivement un large lambeau de peau virginale, qu'il mangerait ensuite avec délice. Jamais il n'a trouvé l'occasion d'accomplir le but de son obsession, et pour calmer son envie lorsqu'elle devient trop forte, il tourne sa rage contre lui-même, et d'un coup de ciseaux détache un morceau de sa peau à l'endroit où elle est le plus fine, où elle a le plus de rapports avec la peau désirée et mange cette chair sanglante!

Les faits que nous venons de rapporter montrent le teri'ible déchaînement de cruauté, quelques-uns d'entre eux, par leur férocité même, paraissent réaliser le maximum de l'improbabilité.

11 nous reste pour terminer à décrire quelques observations d'actes sadiques commis sur les animaux.

On sait que le fils d'Ivan le terrible, Dimitri, éprouvait une jouissance particulière dans le spectacle des convulsions et du sang des moutons, des poules et des oies qu'on tuait devant lui.

(1) Pervertis et Invertis sexuels, in Ann. d'hyg., 189;;, p. 340 et 38i> — et les Fétichistes, etc., 18%, p. 76.

LES CUIMKS SADIQUES 279

Verzeni avait débuté par le sadisme sur les animaux. C'est probablement ee qu'a fait Varher.

Krafft-Ebing a observé un homme intelligent, de haute situation, issu d'un père alcoolique etd'une mère hystérique h accès convulsifs. Cet homme se souvient (\u'éta>it enfant il aimait à voir tuer les animaux domestiques, surtout des cochons. Il éprouvait des sensations de volupté bien prononcées suivies iVèjaciilation. Plus tard, il visitait les abattoirs pour se réjouir au spectacle du sang versé et des animaux se déballant dans l'agonie. Toutes les fois que l'occasion se présentait, il tuait lui-même un animal, ce qui lui causait toujours un sentiment qui suppléait au plaisir sexuel.

On constate ainsi que ces sadiques zoopJiiliques ont leur spécialité : l'un ne tue ou torture que les volailles, d'autres les oies, les lapins, les chiens ou les chats.

D'autres fois l'acte sadique est comme un apéritif à l'acte seœuel ou un accessoire indispensable. En voici de curieux exemples :

Le premier est emprunté à Hoffman.

Il y avait ii Vienne un homme qui, avant de pratiquer le coït, s'excitait en torturant et en tuant des pigeons, des j)oulets ou d'autres oiseaux. Les femmes lui avaient donné le sobriquet du Monsieur aux poules.

Pascale {Igiene delV amorè) parle d'un individu qui se présentait chez des prostituées, leur faisait acheter des poules vivantes et des lapins et exigeait qu'on torturât ces animaux devant lui. Il leur faisait arracher les yeux et les entrailles, et éprouvait ])ar ce moyen la jouissance sexuelle sans avoir aucun rapport avec les femmes.

Thoinot cite une observation plus curieuse encore. Un individu se rend dans une maison de tolérance de Paris, et là, demande une femme et un lapin. Il s'enferme avec la femme, lui fait tenir les pattes de l'animal, et tirant un couteau de sa poche dit ces mots si caractéristiciues - Je suis Jack l'éventreur! D'un coup de couteau il fend le ventre de l'animal, et, enfonçant ses doigts dans la poitrine ensanglantée, il éprouve la jouissance sexuelle complète.

Tout récemment (1) M. Alfred (luillebeau, professeur à l'Ecole vétérinaire de Berne (Suisse), a publié un intéressant travail sur les Blessures faites aux animaux domestiques par des pet\s-onnes atteintes de ps//rhopat//ie scruelle. Nous extrayons ce qui a rapport aux actes sadiques commis- sur des animaux.

{\) Journal do mf-derine rctih-innire et de conlerlmip. .(anvicr 1S99.

280 LES CKIMKS SADIQUES

Chez les sadiques, dit-il, les désirs génésiqiies sont inlimement associés à un instinct de cruauté. « Seules, les manifestations de douleur chez les animaux assaillis, ou la vue d'un filet de sang, ou enfin les angoisses de l'agonie sont capables de leur procurer une volupté complète. »

M. (luillebeau cite plusieurs faits curieux que nous allons rapidement résumer.

Le cas de Lanjiiau. — Le 4 février 1891, dans une étable on remarque des caillots de sang, à terre, derrière une vache, qui le lendemain voussait le dos. Deux jours après, même constatation et mêmes symptômes sur cinq autres vaches. Il y eut avortements, des hémorragies abondantes et on dut abattre quatre de ces animaux. L'autopsie montra des blessures dans le vagin. On ne put savoir quel instrument avait été employé. La première vache avait reçu quinze coups très violents, les deux dernières n'eurent qu'une ou deux blessures moins graves. « Toutes les blessures avaient évidemment été faites dans un seul accès, et l'épuisement successif de la frénésie se décelait dans un horrible graphique, inscrit dans les chairs vivantes des pauvres animaux. »

Le cas d'Obersteg. — Près de Saint-Stéphane, dans une vallée profonde des Alpes bernoises, dix bovins et dix chèvres, tous de sexe féminin, périrent d'accidents insolites dans les premiers mois de 1896. L'étrange maladie commence en janvier chez le père de celui qui fut plus tard reconnu coupable. Les pertes occasionnées ainsi s'élevèrent à 3.600 francs.

L'autopsie montra que les vingt animaux avaient succombé à des blessures faites à la vulve, au vagin, à l'abdomen (une de ces blessures avait un trajet de o'.j centimètres). C'étaient des piqûres au moyen d'un bâton pointu. « L'auteur de ces méfaits était un jeune homme de dix-neuf ans, de taille élevée, avec une belle figure, un duvet de barbe naissante, aux bras saillants et au dos voûté, qui à l'âge de quatre ans avait eu une méningite grave.

« Le crâne, très petit, n'avait que "12 au lieu de "iG centimètres de circonférence. A l'école, il n'apprit rien, il se montrait timide, et grossier envers les petits. La croissance terminée, il ne put être employé que comme aide pour les soins les plus simples à donner aux bestiaux; il ne savait pas traire. L'expertise médicale constata une grande infériorité mentale, de l'apathie, de l'indifTérence, tandis que les voisins le dépeignaient comme faible d'esprit, rusé et menteur. Pendant l'instruction judiciaire, il fit à difl'iTentes reprises des aveux, qu'il rétracta invariablement ensuite. Dans ses attentats 1 opérait avec une si grande prudence, qu'il ne fut même vu qu'une seule ois dans l'étable d'un voisin. Mais une particularité l'avait rendu très suspect : elle consistait à annoncer aux gens la survenance de nouveaux cas, avant même que les propriétaires des animaux blessés se doutassent de quelque chose.

« 11 avoua aux experts mi''decins, qui avaient constaté la normalité de ses

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orgiincs génilaux, que les mauvais traitements infliges aux animaux lui avaient été agréables. 11 se livrait aux actes sadiques sous l'influence de sensations singuliiTes qui s'emparaient de lui; il se rendait parfaitement compte de ce qu'il faisait et se sentait poussé par une forte impulsion intérieure.

« Le tribunal l'acquitta comme irresponsable et son père indemnisa les voisins de leurs pertes aussi complètement que ses moyens le lui permirent. »

Le cas de Wolftkon, Schivarzcnhach et Rickenbach. — Les faits se rapportant à ce cas se passent en 18'Ji et I89."j dans ces trois localités, situées sur les confins des cantons de Saint-Gall et de Thurgovie.

A Wolfikon, dans une étable de quinze bètes, huit furent attaquées en même temps : quatre périrent, et on dut abattre les quatre autres. Plus lard, deux bêtes périrent, puis une vache, deux clièvres. Les pertes s'élevèrent à 4.700 francs.

Le maître de la ferme, découragé, vendit sa propriété.

Son garçon d'établc alla en condition à Schwarzenbach où bientôt succombèrent de la même façon une génisse, une chèvre, quatre bœufs et une vache, soit une perte de plus de 1.350 francs.

Le même garçon quitte la ferme et va à Uickenbach. Quatre vaches périrent. A l'autopsie, on constata des blessures du rectum, du vagin.

Le garçon d'élable est arrêté et il finit par avouer qu'il introduisait dans l'anus et la vulve un bâton qu'il poussait et retirait avec violence jusqu'à ce que le sang eût coule.

C'était un homme de vingt-quatre ans, ayant toujours plu aux maîtres qui l'avaient employé. Il avait bon caractère. « Ce jeune homme avoua que dans le cours des dernières années, il eut assez souvent pendant la mulsion, l'aflburagement et le pansement du bétail, des érections accompagnées d'inquiétudes, d'excitations et d'hallucinations. 11 introduisit d'abord la main dans les orifices postérieurs des animaux, puis des bâtons, obéissant en cela à la contrainte d'une puissante impulsion intérieure, à des époques où il était affecté d'insomnie, de transpiration abondante, d'émissions fréquentes d'urine et d'érections. Après l'accomplissement des actes de sadisme, il avait la conscience d'avoir mal agi, et il craignait d'être puni, mais ces sentiments de moralité, s'affirmant trop tard et restant trop faibles, étaient impuissants pour réfréner la contrainte de son impérieux désir. Les médecins conclurent à l'irresponsabilité ; une punition ne fut point prononcée, mais la fortune du malfaiteur servit à dédommager, dans la mesure du possible, les pertes occasionnées par ses débordements. »

Le seco)ul cas de liickenbacli. — Dans la même éfable, deux ans plus tard, en 1897, on dut abattre un bœuf pour hémorragies rectales graves. Le coupable était un jeune vacher de dix-huit ans, d'une mentalité bien supérieure à celle de son prédécesseur. Il avait été poussé à cette action parce

que son maître lui raconta los événements de 1895 et que Ton employait encore dans l'établo le bâton qui avait alors servi aux méfaits. Le désir de procoder ainsi avait grandi de jour on jour, puis était devenu irrésistible.

Le cas de Mesnil-aiiv-Cerfs. — Presque toutes les vaches et le jeune bétail furent atteints de vaginite. Le diagnostic fut très difficile et long à établir.

Enfin le garçon d'établc fut pris en flagrant délit. C'était un employé modèle, diligent, tranquille, consciencieux, et qui paraissait être au-dessus de tout soupçon. Son procodé consistait à iniroduire un manche de fourche dans le vagin et à lui imprimer ensuite un mouvement rapide do vilebrequin.

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