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CHAPITRE PREMIER

achats a faire avant le départ de france ou d'algérie.

Aussitôt la lettre de service reçue annonçant la désignation pour le Tonkin, la première préoccupation doit être de faire tous les achats des effets et objets nécessaires pour la traversée ainsi que pour la durée du séjour dans la Colonie, que l'on peut faire et qu'il est même avantageux au point de vue pécuniaire de faire avant de s'embarquer.

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Quoique à bord des Transports de l'État et des Affrétés, tout officier ait droit à un nombre de kilos de bagages assez élevé au prorata du grade , il est bon de ne pas emporter une trop grande quanlité de colis ; prendre le strict nécessaire sans se charger d'impedimenta qui, au débarquement en baie d'Along ou à Haï-Phong, deviennent une source d'ennuis continuels pour ceux surtout qui dès leur arrivée reçoivent leur destination pour les hautes régions.

Au Tonkin, un officier voyageant isolément n'a droit en effet qu'à un nombre très restreint de coolies qui lui sont fournis par les Services Administratifs pour le transport de ses bagages par voie de terre.

Si Ton a un trop grand nombre de caisses, il faut donc prendre des coolies supplémentaires à ses frais, ce qui finit par devenir très onéreux lorsqu'il s'agit d'un long trajet, si l'on veut faire suivre tous ses bagages avec soi; ou bien les laisser au transit, alors ils arrivent à destination des mois entiers plus tard, plus ou moins au complet, si toutefois ils y arrivent.

Il est beaucoup préférable de réduire ses bagages de manière à n'avoir que le nécessaire afin de pouvoir toujours les faire marcher avec soi lorsqu'on change de garnison, ce qui est plus prudent.

Le premier soin pour les bagages sera de faire le

choix de caisses d'une solidité à toute épreuve , car, abord du bateau, elles auront à supporter des chocs bien plus forts encore que sur les lignes de chemins de fer, où l'on n'a cependant pas l'habitude de les ménager; mais c'est surtout pour les transports par voie de terre au ïonkin, à dos de coolies, qu'elles devront offrir une très grande résistance.

Le premier ennemi que rencontre tout Européen qui débarque au Tonkin, c'est le soleil, ce grand faucheur! il faut donc avant le départ faire l'achat d'un casque colonial.

Quelle que puisse être la saison à laquelle on s'embarque, on aura toujours l'occasion de le mettre même à bord avant l'arrivée.

Le prendre de préférence réglementaire, c'est-àdire, léger, s'enfonçant bien sur la tète, couvrant complètement les oreilles et la nuque.

Acheter tout le linge de corps nécessaire tel que : chemises de flanelle, chemises et caleçons de toile, chaussettes, mouchoirs et gilets de flanelle.

On trouve certainement tout cela à bien meilleur marché en France qu'au Tonkin et de qualité supérieure.

Chez les négociants chinois on ne peut avoir en eff'et que' des produits anglais venant d'Hong-Kong, à bon marché mais de pacotille, à moins qu'on ne s'adresse aux commerçants français chez lesquels il faut payer des prix exorbitants.

ïl en est de même pour racquisition du linge de toilette.

Comme chemises, emporter surtout des chemises de flanelle, très utiles pendant la saison d'hiver, mais très peu de chemises de toile que l'on ne peut même pas supporter pendant la saison d'été.

La chose la plus indispensable au Tonkin, après le casque colonial , est assurément la ceinture de flanelle, l'un devant garantir la nuque, l'autre protéger les intestins.

Emporter deux tenues en molleton de flanelle, bleu-marine, du modèle réglementaire, ainsi que quelques tenues blanches, car il est nécessaire de se mettre en blanc à certains moments sur le bateau pendant la traversée qui dure quarante ou quarante-cinq jours généralement.

Les vêtements blancs également du modèle réglementaire, seront sans attentes, sans galons ni boutons , qui doivent être mobiles pour le blanchissage.

Pour les tenues blanches, je recommanderai de n'en emporter que quelques-unes seulement de France , pour les besoins de la traversée, car il est plus avantageux de les acheter au passage à Saigon et même au Tonkin

Les Transports de l'Etat et les Affrétés restant habituellement trois ou quatre jours à Saigon, il est bon de profiter du séjour que Ton fait dans cette

ville, pour s'en faire confectionner un cerlain nombre par les tailleurs chinois qui travaillent très bien, par crainte, au débarquement en baie d'Along, d'être immédiatement dirigé sur sa destination àTintérieur des terres, sans aucun arrêt à Haï-Phong, ce qui arrive encore assez fréquemment.

La vraie chaussure du Tonkin est le brodequin à haute tige avec les houseaux, la botte ne valant absolument rien pour marcher dans ce pays.

Le brodequin est donc la chaussure la plus commode pour aller constamment dans l'eau ou dans un terrain marécageux, jusqu'à ce qu'on soit arrivé non pas à faire marcher les Européens pieds-nus comme les Indigènes, mais à adopter un modèle de chaussures se rapprochant de la sandale annamite, ayant une très forte semelle et protégeant les doigts du pied bien qu'à découvert.

Moins lourde que le brodequin, cette chaussure offrirait en outre le double avantage de conserver le pied à l'air, et de ne pas amasser l'eau ; avec cette chaussure on pourrait avoir une guêtre en toile remplaçant le houseau, pour protéger le mollet, comme la jambière que porte actuellement le tirailleur tonkinois.

Eviter les chaussures cousuesil'humidité constante, lamarchefréquentedans l'eau, faitrapidement pourrir le fil ; elles se trouvent donc, après peu de temps, sans semelles et complètement hors de service.

Emporter nn lit de campagne dont on peut quelquefois trouver l'emploi, mais une tente est chose complètement inutile dans un pays où, aussi désert qu'il puisse être, on trouve toujours le moj^en de se faire construire rapidement un abri en branchages ou en paillottes, par ses coolies ou même par les troupes indigènes.

En construisant un abri, les coolies devront faire un lit de camp en bambous pour isoler du sol, ce qui est encore préférable au lit de campagne, car il est aussi dangereux dans ces pays de coucher sur le sol qu'en plein air, surtout la nuit.

Le lit de campagne devient par cela même un objet inutile pour la route, il n'est donc plus utilisé qu'en station pour la sieste, mais il y a au Tonkin la chaise longue en rotin; beaucoup plus commode pour cet usage et qui coûte moins cher.

Emporter une couverture de voyage et une chaise qui restera sur la dunette pendant toute la durée de la traversée.

Ne pas choisir une chaise longue trop encombrante sur un bateau où il y a relativement peu de place, vu le grand nombre de passagers, mais prendre de préférence une chaise de toile qui se ploie et se déploie à volonté, et offre en outre le grand avantage d'être facilement transportable, de sorte que, même au Tonkin, elle peut être d'une très grande utilité en route.

Acheter une popote en fer émaillé de quatre à six couverts, ainsi que les ustensiles de cuisine du même métal et un filtre.

On trouve tous ces objets dans de meilleures conditions en France qu'au Tonkin.

Surtout, ne pas oublier une bonne montre, non pas une montre de valeur, mais une montre solide, fermant bien et à toute épreuve.

Une bonne montre est en effet chose très précieuse dans un pays où il est très difficile d'en trouver; l'humidité et l'eau dégradent bien souvent le mouvement, et la montre ne marche plus.

Si l'on est éloigné d'Hanoï ou d'Haï-Phong, les seuls grands centres où l'on pourrait peut-être la faire réparer, on reste sans avoir l'heure, ce qui est toujours très incommode, surtout lorsqu'on se trouve seul officier dans un poste éloigné et complètement isolé.

Même dans les régions hautes, on est très souvent obligé de passer à gué des arroyos avec de l'eau jusqu'à la ceinture et quelquefois au-dessus ; c'est là surtout que les montres se dégradent, car ces arroyos, où pendant la saison sèche on ne voit couler qu'un simple filet d'eau, grossissent en quelques heures à la suite de forts orages pendant la saison des pluies.

Les eaux descendant du haut des montagnes font alors monter la crue rapidement à de très grandes

hauteurs, avec un courant tel qu'il est quelquefois dangereux de vouloir passer à gué.

Une bonne jumelle de canapagne est aussi indispensable au Tonkin.

Un thermomètre est également très utile , tout Chef de poste devant consigner chaque jour sur le journal du poste la température à 6 heures du matin, à midi et à 6 heures du soir.

Chaque poste devrait en être pourvu, mais il n'y a en réalité que quelques postes importants qui en possèdent; ayant donc le sien personnel, et en prenant bien le soin de l'emporter avec soi à chaque changement de garnison, on sera toujours certain d'en avoir un partout où l'on ira.

En choisir un facilement Iransportable ; il existe un système très commode, remplissant toutes les conditions voulues, enchâssé dans une petite boîte.

Bien qu'il y ait une pharmacie dans chaque poste, il est bon d'emporter une petite pharmacie pour son usage personnel, en y joignant un thermomètre médical que Ion ne trouve pas dans les pharmacies des postes.

Il est très utile aux Commandants de poste pour prendre la température des hommes malades, mais n'est pas porté sur la nomenclature des médicaments et objets de pansement, donnée dans l'instruction médicale à l'usage des postes non pourvus de médecin.

C'est un oubli sans doute, mais à tous les points de vue regrettable, car le médecin ne visitant que très rarement certains postes, c'est le Commandant de poste qui doit en tenir lieu.

Emporter enfin tout ce qui peut être nécessaire pour faire de la topographie, (boussole, alidade, crayons de toute couleur, papier quadrillé, à calquer et à dessin) car on en a fréquemment besoin.

Ceux qui iraient en effet au Tonkin dans le seul espoir de se débarrasser de la paperasserie Administrative que l'Europe nous envie, se tromperaient beaucoup; on en demande aujourd'hui plus que jamais aux Chefs de poste, ce qui est d'ailleurs pour tous le plus grand sujet d'ennuis.

Quant à l'alimentation, je ne conseillerai pas d'emporter des conserves de France; les seuls officiers qui puissent employer ce système sont les officiers de Marine qui à leur départ savent qu'ils vont à bord d'une canonnière qu'ils sont appelés à commander pendant toute la durée de leur séjour au ïonkin.

Ils peuvent donc emporter un certain approvisionnement de conserves et se faire expédier directement de France tout ce dont ils pourront avoir besoin, soit comme vins, soit comme comestibles; leur commande leur arrivera certainement, ils auront même la faculté, s'ils le veulent, d'aller la chercher à Haï-Phong.

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Peuvent également les officiers des États-Majors , ou des différents services à Hanoï, Haï-Phong, Bac- Ninh, etc. tous ceux en un mot qui, occupant un emploi sédentaire dans les grands centres , ne se déplacent que momentanément.

Dans ce cas, il y a certainement toujours un grand avantage, les denrées étant de meilleure qualité et d'un prix moins élevé.

Il n'en est pas de même pour le malheureux officier de troupe , qui est constamment par monts et par vaux, qui n'apprend le plus souvent qu'au moment de son débarquement au Tonkin, à quelle région il est destiné , et s'il pouvait savoir encore combien de temps il restera dans son poste!

Rn effet, d'un jour à l'autre il peut s'attendre à être déplacé pour une nouvelle destination inconnue, car il ne sait pas toujours en partant oîi il va; ce système n'est donc pas du tout praticable.

Si l'on songe, par exemple, qu'il faut trois mois pour avoir une réponse à une lettre envoyée d'Haï- Phong à Marseille — je prends précisément deux points du littoral pour que l'exemple soit plus frappant — que sera-ce si la lettre vient de Gao-Bang?

Celle-ci mettant déjà une quinzaine de jours pour aller de Cao-Bang à Haï-Phong et réciproquement , car le chemin de fer n'arrive pas encore malheureusement à Lang-Son , ce qui ferait gagner quatre ou cinq jours, cela fera donc un mois de plus.

soit en tout quatre mois ; si elle vient de Lao-Kay , il lui faudra encore beaucoup plus de temps.

J'ai pris à dessein comme exemple une lettre, celle-ci allant relativement vite, mais si l'on remplace la lettre par un ou plusieurs colis , en admettant même que la maison à laquelle on s'est adressé y ait mis la plus grande diligence possible, et que la commande ait pu partir par le plus prochain courrier, à son arrivée à Haï-Phong, elle restera plus ou moins longtemps dans les différents transits.

Dans le cas où, ayant été tout spécialement recommandée à un convoyeur, elle arriverait le plus rapidement possible à destination, elle mettra au minimum un mois de plus qu'une lettre pour aller à Cao-Bang, ce qui lui fera donc cinq mois.

Dans cet intervalle l'officier a pu recevoir l'ordre d'aller sur le Haut Fleuve Rouge, je ne dirai pas à Lao-Kay même, ce qui pourrait cependant arriver, mais tout au moins dans un poste intermédiaire, à Yen-Baï par exemple; je cite ce poste parce que j'ai précisément vu le cas se présenter pour un de mes camarades.

Pour aller de Cao-Bang à Yen-Baï la commande mettra deux mois sans exagération aucune , le destinataire ne la recevra donc que sept à huit mois après l'avoir demandée, si toutefois il n'a pas encore changé de nouveau de poste.

Maintenant, elle arrive dans quel état, après tous ces voyages I

Généralement incomplète, car sur un certain nombre de caisses ce n'est pas trop dire qu'il s'en trouve une qui aura été égarée si la commande est un peu importante; cela fait déjà une perte sur les économies qu'on a pu faire en faisant venir ses provisions directement de France.

En outre, pendant ces sept ou huit mois que la commande a mis pour arriver à destination, à moins d'avoir eu une quantité considérable de conserves d'avance, il a fallu probablement, je devrais dire assurément, s'approvisionner pendant un temps plus ou moins long chez le commerçant français ou chinois, s'il y en a à proximité, ou bien dans une des grandes maisons d'Hanoï ou d'Haï-Phong.

Y a-t-il donc eu réellement économie?

Non. En faisant bien la balance, je crois même qu'il y a eu perte.

J'ai admis l'hypothèse où la commande est arrivée presque au complet; il aurait pu se faire qu'elle ne parvînt jamais au destinataire.

Ce système n'est nullement praticable, comme on le voit, pour l'officier de troupe qui peut s'attendre à tout moment à recevoir l'ordre de changer de poste; il lui est même impossible quelquefois de faire venir ses provisions d'Hanoï ou d'Haï-Phong, où les dislances sont cependant beaucoup moins

grandes, il est donc obligé le plus souvent de s'approvisionner chez le négociant chinois, s'il est dans un poste un peu important, au centre le plus voisin, s'il se trouve dans un endroit complètement dépourvu de commerçant européen ou chinois.

Il paie plus cher, il est vrai, mais en raison des pertes qui peuvent se produire dans les convois, car c'est généralement le destinataire qui les supporte, sinon toutes, du moins en majeure partie, il y a avantage, je crois, à prendre ses provisions au plus près.

La durée de la traversée étant en moyenne de quarante jours, emporter quelques livres de lecture pour tuer le temps lorsqu'il semblera trop long, ce qui arrive lorsqu'on est quinze jours sans voir la terre, comme pendant le trajet d'Obock à Colombo ou Singapoor par exemple.

Je crois avoir épuisé la liste de tout ce qui me paraît le plus indispensable pour la traversée et qui doit être acheté avant le départ pour le Tonkin; nous verrons dans le chapitre qui va suivre, quels sont les effets de France qu'il sera utile d'emporter.

Nomenclature des effets et objets à acheter :

Casque colonial. Caleçons de toile.

Chemises de flanelle. Gilets de llanelle.

— de toile. Vareuse en molleton

Pantalon en molleton.

Vestons de toile.

Pantalons —

Ceinture de flanelle.

Mouchoirs de poche.

Serviettes de toilette.

Brodequins.

Houseaux.

Lit de campagne.

Popote en fer émaillé.

Filtre.

Chaise de toile.

Thermomètre.

Montre.

Jumelle de campagne.

Pharmacie.

Thermomètre médical.

Crayons de toute couleur.

Papier à calquer.

— à dessin.

— quadrillé.

Boussole.

Alidade.

Livres de lecture. »

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