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SOINS A DONNER AUX CARACTERES

Qu’on mette la page de caractères sur une galée en bois, et qu’on enlève les lettres par pincées pour les mettre dans les cassetins, tout sera pour le mieux.

De même, pour retourner au fournisseur les sortes surabondantes, il faut recomposer ces sortes en lignes et en faire des pages, mais non entasser les lettres dans des cornets, empilés ensuite les uns sur les autres dans une caisse. Le résultat le plus clair d’une opération de l’espèce, c’est la mise hors d’usage du tiers de la marchandise retournée.

A propos de ces excédents, que l’imprimeur retourne assez facilement, il n’est pas superflu d’expliquer ici comment ils peuvent se produire.

Les caractères sont fournis d’après une police établie proportionnellement à l’emploi de chacune des lettres de l’alphabet. Or, tous les textes qu’il s’agit de composer ne sont pas identiques : dans l’un il peut se présenter beaucoup plus de e n l r , etc., que dans l’autre; sans compter le style personnel des écrivains.

Comment veut-on que le fondeur puisse prévoir tout cela?

Et il arrive bien souvent que telle sorte retournée comme surabondante à première vue est réclamée quelques semaines après.

Pas trop de précipitation donc. Une petite réserve de certaines lettres est de nature à éviter bien des désagréments par la suite, car tôt ou tard on en trouvera l’emploi.

Du reste, dans une imprimerie de labeurs, il doit y avoir un bardeau au moins pour chaque caractère de texte en usage. Et c’est là que doivent être emmagasinées les réserves, et non sur une planche quelconque ou sous les rayons de l’atelier.

§ 3. — Soins à donner aux caractères.

Nous avons dit que les caractères proviennent d’un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine. L’insuffisance de ce dernier entraîne la détérioration des caractères.

Le plomb et le zinc sont les métaux qui résistent le moins à l’oxygène. Les alliages impurs favorisent donc essentiellement l’oxydation.

C’est ce qui explique pourquoi les caractères provenant d’un mélange intime de matières de premier choix ne s’oxydent pas, et c’est ce qui motive le prix un peu plus élevé que les fondeurs consciencieux les font payer. Ces prix sont en réalité très favorables, puisque la durée d’emploi peut être fixée au double, comparativement aux caractères offerts à bas prix et provenant d’un mauvais alliage.

S’il est reconnu que les mauvais alliages contribuent beaucoup à l’oxydation des caractères, il convient d’ajouter que le local où est située l’imprimerie n’est pas sans influence sur les causes qui produisent cette oxydation.

L’atelier ne peut être humide, et si les pages doivent être conservées ou mises dans le rayon destiné à recevoir les caractères en distribution, il sera prudent de les laisser sécher après. le lavage avant de les empiler. En empêchant l’évaporation de l’eau, l’oxydation ne tardera x>as d’attaquer l’œil de la lettre.

De même, ne distribuez jamais dans des meubles hermétiquement clos des caractères qui ont subi le contact de l’eau. L’air doit pouvoir pénétrer dans les casses et faciliter l’évaporation.

Ces lignes nous sont dictées par l’expérience.

Nous avons nettoyé des caractères de fantaisie avec une bonne lessive ; nous les avons bien rincés avec de l’eau claire et distribués ensuite dans une casse de meuble-layette fermé de tous les côtés. Au bout de quinze jours, une légère ]>oussière blanche, annonçant l’oxydation prochaine, se montra sur l’œil de ces caractères.

La même opération a été effectuée avec des caractères distribués dans une layette ajourée, et aucune menace d’oxydation ne s’est produite.

Par surcroît de prudence, nous conseillons l’emploi du naphte pour le nettoyage des formes contenant des caractères fragiles : fantaisies, écritures, des vignettes et des filets en cuivre.

A l’École de typographie, on ne se sert que de naphte, et les caractères fournis il y a dix-huit ans sont aussi x>ropres qu’au premier jour de leur mise en usage.

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