SOINS A DONNER AUX CARACTERES
Si la dépense de naplite est plus importante que pour la lessive de potasse, la différence est largement compensée par la conservation des caractères.
Car ce qu’il y a de plus dangereux encore, c’est qu’une seule lettre oxydée dans une casse peut provoquer la contamination de toutes les lettres des cassetins avoisinants, même de celles qui n’ont jamais servi.
La question a son importance, comme on voit, car il serait déraisonnable de vouloir endosser au fondeur la responsabilité d’un état de choses jirovoqué par la négligence.
TTne bonne précaution à prendre, c’est de déposer un petit morceau de chlorure de calcium dans tout meuble neuf devant renfermer des caractères neufs.
Nous avons encore à signaler certaines pratiques qui contribuent à la détérioration des caractères et fleurons. Ainsi, lorsqu’un nouveau type fait son apparition dans l’atelier, il est aussitôt employé, bien ou mal à propos, dans tous les imprimés en cours d’exécution. On dirait vraiment que, sans ce caractère, le modèle n’aurait pu être achevé (1)!
Pour le compositeur, c’est nouveau; pourquoi cela ne plairait-il pas au client?
Cette manie est doublement nuisible. En premier lieu, la nouveauté du tyx>e est très rapidement démodée par la persistance à le faire figurer dans toutes' les compositions, donnant ainsi le même aspect à tout ce qui sort de la maison, et puis l’œil de la lettre souffre d’autant plus que sa mise sous presse est plus fréquente.
Et le serrage des petites formes, comment s’exécute-t-il le plus souvent? Sans méthode et sans attention.
Certains jeunes ouvriers, travaillant dans l’imprimerie sans la préparation technique nécessaire, considèrent l’espacement
(4) Nous avouons humblement que, nous aussi, dans le cours de notre carrière typographique, nous n’avons pu résister à la tentation de voir briller une ligne neuve dans le travail qui nous était confié. Il nous semblait que le modèle n’en serait que plus joli!... Et souvent, à l’épreuve, il nous fallait changer la ligne!
comme une chose absolument accessoire, et cherchent à rattraper par le serrage ce qui manque à la justification.
Ensuite, le péclaliste, voulant éviter les accidents que pourrait amener la sortie d’une ou de plusieurs lettres de la forme, serre à son tour énergiquement celle-ci et provoque ainsi le soulèvement des lignes fortement justifiées. Ces lignes, ayant à subir une pression plus forte que les autres, sont quasi écrasées à la fiii du tirage et remises en casse. Et au tirage suivant, le caractère, ayant des différences dans la hauteur, est complètement abîmé, surtout lorsqu’il s’agit d’une anglaise ou d’une bâtarde, aux liaisons fines et délicates.
Une mauvaise habitude à abandonner est celle qui consiste à égaliser les lettres avec les doigts pour faire une boîte pleine à la distribution. Les angles de la tige de la lettre froissent l’œil comme si l’on avait employé un canif.
§ 4. — Nettoyage des grandes formes.
Les compositions de labeurs ne sont parfois lavées qu’au moment d’aller sous presse : l’encre a ainsi tout le temps de sécher sur la lettre et d’en altérer les déliés.
Pour que le caractère donne à l’impression toute sa pureté d’œil, il faut :
1° Éviter autant que possible de faire épreuve en paquets, car l’encre et la lessive, formant un composé gluant, pénètrent d’autant plus facilement entre les caractères qu’ils ne sont serrés qu’avec une ficelle. L’œil de la lettre s’emplit de cette crasse, et à l’impression il se produit un tas de points noirs que l’on ne peut souvent plus éviter qu’en changeant les lettres encrassées ;
2° Que les formes soient lavées et rincées avec soin, avant leur mise sous presse, pour enlever l’encre amenée par le tirage des épreuves.
Le manque d’attention prêté au lavage des formes nuit autant à la conservation du matériel qu’à l’impression, car la lessive contribue beaucoup à l’oxydation. Quand les formes sont mal lavées, insuffisamment rincées avec de l’eau propre,