SUR LE SEUIL DU BONHEUR
Triste chose que la vie, si elle ne nous offrait au moins deux plaisirs : rameur et la mort !
Ansiaume.
[Petit choix d'idées, p. 7.)
Sur la demande expresse de l'empereur d'Allemagne et du Régent de Bavière, il y eut de nouveau des fêtes wagnériennes à Bayreutli l'année suivante, en 1889. J'y assistai de nouveau; et de nouveau il m'arriva, certain beau soir cette année-là, de manquer le second acte des Maîtres Chanteurs pour garder plus longtemps fraîche et vivante en moi la délicieuse impression que m'avait laissée le premier.
Et de nouveau, comme je conduisais len-
tement vers le petit bois mon cigare et mes rêveries, je m'entendis appeler; et de nouveau, m'étant retourné, je vis le chevalier Valbert.
Dieu ! je voudrais pouvoir oublier Tétrange et douloureuse émotion que je ressentis à sa vue. Comme ses joues s'étaient creusées, comme son nez s'était aminci, comme son pauvre visage avait maigri et jauni, avec ces vilaines taches rouges sur les pommettes saillantes ! Deux grosses boules de verre, ses yeux, lui sortaient de la tête. La sueur découlait, en sillons parallèles, de son front ; et je vis que son front était devenu énorme, haut et large démesurément, comme si ses cheveux eussent reculé pour lui faire plus de place. Valberl, mon malheureux ami! Et ce corps que je devinais si réduit, ces épaules pointues, cette main décharnée qui frissonnait de fièvre dans ma main.
— Mon ami, criai-je, qu'avez-vous? Etesvous souffrant?