‹ Valbert ou Les récits d'un jeune hommeChapitre 12 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Mais, au lieu de me répondre, Valbert se mit à tousser. Une toux lugubre, un terrible râle avec des hoquets, une plainte d'angoisse qui toujours montait du plus profond de sa poitrine, s'exhalait sur sa bouche en un flot d'écume sanglante.

Enfin la toux cessa. Valbert s'essuya la bouche, égoutta la sueur qui roulait dans son cou. Et alors seulement il put me répondre.

« Oh ! dit-il, ce n'est rien ! Un méchant rhume qui m'est venu l'automne passé et qui ne veut pas s'en aller. Mais ce n'est rien, ce n'est rien! Je me porte à merveille. Ce n'est absolument rien du tout! Et voici donc que je vous retrouve, mon cher ami! Comme je vous ai cherché depuis un an, combien j'avais hâte de vous voir! Mon cher ami, un miracle m'a transfiguré ! Je connais le bonheur, le repos, je connais l'amour! Cette toux qui vous alarme, ce n'est rien! Oui, mon ami, je connais l'amour! Et je suis

heureux, follement heureux, divinement heureux ! »

Et je vis, avec une joie mêlée crépouvante, que Valbert disait vrai. 11 était heureux. Le bonheur rayonnait dans ses gros yeux transparents. Le sourire de ses lèvres pfdies s'était comme purifié de toute amertume, pour devenii' (h'^sormais un doux sourire plein d'espérance et de vie. Son blême visage d'agonisant m'aj)paraissait à présent si calme, si gai, si parfumé d'allégresse qu'une jalousie secrète me mordit au cœur. Avec sa toux, avec ses joues creusées et ses poumons déchirés, Valbert était follement, divinement heu l'eu \ !

Nous nous assîmes sur un banc de la BiïrgerreutJi ; chaque pas lui coûtait trop d'efforts. Et voici ce qu'il me dit. A tout instant il s'interrompait pour tousser et souffler; deux fois je crus qu'il allait mourir ; mais dans les intervalles de ses accès de toux, sa

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