‹ Valbert ou Les récits d'un jeune hommeChapitre 22 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

tiielles; et dans ma joie de me sentir bercé, je redeviens un enfant.

a Aussi n'eus-je point de peine à me lier d'une très cordiale et parfaite amitié avec deux enfants qui, tous les jours, venaient jouer près de moi sur le sable de la plage. C'étaient d'ailleurs deux enfants délicieux, un petit garçon de six ans et une petite fille de quatre ans, blonds, naïfs, doux, avides de lumière et de vie, exactement pareils à ce que j'étais moi-même en leur compagnie. Dès le premier soir, nous nous entendions comme de vieux amis. Je laissais aux deux enfants toute la part intellectuelle de nos jeux: c'était eux qui combinaient les plans des routes, des canaux, des lignes de chemin de fer à creuser dans le sable ; et, moi, la pelle en main, j'exécutais les travaux. Nous construisions, — dans le sable toujours — des bateaux de guerre qui allaient mitrailler les Allemands: le petit garçon était le capitaine, la petite

fille le mousse, ou encore ramiral; j'étais le cliauiïeur, le canonnier, le cuisinier du bord. D'autres fois nous jouions à nous porter^ sur la plage; le petit garçon, puis la petite fille, I me grimpaient sur les épaules ; je courais où ils voulaient que je coure ; et quand, la course finie, je toussais un peu trop, mes deux amis se pendaient à mon cou; leurs regards inquiets et repentants avaient vite fait de me guérir.

(( Ils m'expliquaient lout: ils me disaient les noms des bateaux dans le port, la difi*érence des grands yachts et des petits, la cruelle façon dont les Anglais venaient de traiter Jeanne d'Arc, la bonté de Dieu, qui avait puni Absalon en le suspendant à un arbre. Mais je n'avais pas besoin qu'ils m'expliquent la bonté de Dieu, car je la sentais et je l'admirais dans le vivant sourire de leurs yeux. Ils se fatiguaient à m'instruire; et moi, pour les remercier, je les instruisais à mon tour. De

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