ÉPILOGUE
mon cœur, où la caressante voix de la mer les avait rappelés, les contes de ma nourrice allaient tout droit à leur cœur. Sans cesse j'en découvrais de nouveaux. Je révélais à mes petits amis jusqu'aux plus intimes secrets de la vie : je les apitoyais sur les chagrins des étoiles, je leur apprenais à distinguer les nixes d'avec les ondines ; je les mettais en garde contre les mandragores, qui ne pouvaient penser qu'à leur nuire.
« Nous nous connaissions depuis quinze jours, et je n'étais plus leur ami mais leur frère aîné, lorsqu'ils m'annoncèrent l'arrivée à Cannes de leur grande sœur Alice, enfin revenue de Paris. Et le lendemain, leur grande sœur Alice les accompagna sur la plage. Elle avait dix-neuf ans, elle était mince et frêle, avec une petite bouche toute petite, et de grands yeux accueillants. Et dès le premier instant où je l'aperçus, je l'aimai.
(( Je l'aimai du seul amour véritable, et
c'est du même amour que je l'aimerai toute ma vie. Je me sentais auprès d'elle parfaitement tranquille et heureux ; je trouvais à toutes ses paroles, à tous ses mouvements, quelque chose de simple qui me ravissait dej)laisir. Je ne songeais pas à me demander si elle était jolie, si elle avait de l'esprit, si je l'aimais. Je crois bien que non seulement je m'oubliais moi-même, mais je l'oubliais elle aussi, ou plutôt que d'elle et de moi je ne faisais qu'un être. Jamais, depuis six mois, je n'ai réfléchi un instant à son sujet. Lorsque j'étais près d'elle, tout m'intéressait, j'éprouvais comme la sensation d'une vie plus complète ; et lorsque je l'avais quittée, toutes choses me semblaient décolorées, fanées, un voile gris s'étendait sur mon Ame.
« Travailler pour les autres, servir les autres, était pour moi un ])laisir constant : mais ce plaisir redoublait et devenait une béatitude céleste, lorsque j'avais l'occasion de