PROLOGUE
Où LE CHEVALIER VaLBERT SE PRÉSENTE A
l'auteur, qui le présente au public
A Bayreuth, les soirées d'août sont fraîches, et un petit vent parfumé descend tout exprès des collines pour calmer les nerfs.
Un soir d'août, en 1888, le premier acte des Maîtres Chanteurs m'avait amusé et ému plus qu'à l'ordinaire. Après une sandwich mangée au restaurant du théâtre et quelques poignées de mains, « oh I » « ah ! » « quel chef-d'œuvre I » confraternellement échangés avec nos plus aim^^bles wagnéristes français, j'étais allé me promener à l'aise dans
le jardinet planté de jeunes pins, qui remplace de si charmante façon les foyers et les fumoirs de notre Opéra. Et comme le hasard m'avait accordé un cigare assez bon, comme aussi mes oreilles et mon cœur résonnaient encore des jolis rythmes entendus, je compris que l'appel des trompettes annonçant la fin de l'entr'acte ne s'adressait pas à moi. Centrer au théâtre, écouter lie second acte tandis que le premier me laissait encore une si riche matière de rêveries, je ne pus m'y résoudre. Je revins sur la terrasse, mais seulement pour serrer de nouveau quelques mains, pour revoir une gracieuse figure de jeune Américaine entrevue au restaurant ; et lorsque j'eus achevé ces plaisants travaux, je franchis lentement la foule des dames et demoiselles de Bayreuth qui, tous les jours de représentation, s'amassent autour du théâtre et y demeurent debout, immobiles, de quatre à neuf heures, occupées à examiner les toilettes