‹ Valbert:Chapitre 2 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

des étrangères, afin d'être elles-mêmes vêtues à la dernière mode de Paris ou de Lpndres, deux ans après, lors des fêtes suivantes.

Lentement je remontais la colline qui mène à la Tour de Victoire, par un joli cliemin sinueux et boisé. J'étais à peine arrivé à la Bûrgerreuth^ je veux dire au cabaret qui domine le théâtre, avec une si large vue de plaines et de montagnes, lorsque je fus accosté par uii personnage inconnu qui, en français, me nomma de mon nom et me' demanda du feu. Je fus troublé extrêmement, et mon pauvre cigare s'éteignit du coup; car, outre que la joie des rêveries espérées me parut compromise, je vis bien qu'il me faudrait, seul avec ce Français pendant plus d'une heure, engager, sur les mérites et les agréments de la musique wagnérienne, un entretien qui dépasserait les « oh ! » « ah ! » « quel chef-d'œuvre ! », où j'avais eu quelque peine déjà à me résigner.

— Monsieur, me dit l'inconnu, votre cigare .n'est pas éteint. Il me rappelle mon enthousiasme pour Wagner, que tous les hivers semblent amortir, et qui se rallume de lui-même dès que je reviens à Bayreuthi Tirez quelques bouffées, il se rallumera et me dispensera, s'il vous plaît, d'aller prendre une allumette dans la taverne que voici.

Je tirai, tirai, mais mon cigare ne voulut point se rallumer. Ce fut pour moi la première occasion de constater l'un des traits du caractère de mon interlocuteur : une façon obligeante et autorisée de faire des prédictions que l'événement se gardait toujours de réaliser.

Je me sentis en faute. Si mon cigare s'était rallumé, j'aurais offert le feu demandé, et je serais parti. A défaut du feu, je me décidai à sacrifier mon heure de rêverie.

— Monsieur, dis-je, n'est-ce pas que voilà une belle représentation? Il a plu ce matin,

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