‹ Valbert:Chapitre 19 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

les belles œuvres d'art sont déjà trop nombreuses ; je suis sûr qu'on en jouirait davantage s'il y en avait un peu moins. Et vous pensez bien que, renonçant à tout ce qui existait en moi, je ne pouvais manquer de renoncer d'abord à mon génie, qui peut-être n'existait pas.

« J'ai renoncé à mon génie ; mais j'ai pris l'habitude du travail, et au lieu d'importuner les autres de mes vains projets d'action, je me suis efforcé d'agir pour les autres. J'ai rencontré de malheureux garçons que la maladie, liet malchance, ou des habitudes de paresse rendaient incapables de gagner leur vie. J'ai souffert de les voir souffrir ; comment auraisje pu me dispenser de les tirer de peine ?

N'ayant plus moi-même de besoins, j'ai partagé leurs besoins, je me suis ingénié à les satisfaire. Et si vous saviez l'adorable source de plaisirs que j'y ai découverte ! Le travail, qui n'était pour moi qu'une humiliante fatigue,

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si TOUS saTÎez combien à présent il m'est léger et précieux ! J'ai pris un métier, je transcris des partitions, réduis des morceaux, restitue de vieux textes, pour un éditeur de musique : c'est un métier dont j'aurais autrefois rougi, mais aujourd'hui je l'aime. J'aime en lui le prix du terme de tel de mes amis, qui a perdu sa fortune aux courses, où encore l'heureuse soirée de tel autre, qui n'est curieux au monde que des caresses des filles, et qui sans mon travail en serait privé. Les plus grosses sommes sont si peu de chose, lorsqu'il s'^agit de nos propres besoins, et les plus petites sommes sont une chose si considérable lorsqu'il s'agit du besoin des autres I J'ai déplacé l'objet de mon fatal égoïsme ; je me suis chassé de mon cœur pour y appeler d'autres cœurs; ce n'est encore que le rêve, comme lorsque je serrais dans mes bras d'idéales amies ; mais c'est un rêve vivant, un beau rêve que je ne crains plus

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