‹ Valbert:Chapitre 22 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

des saintes vieilles îles, à rhorizon, ne tarde pas à faire oublier la laideur des hôtels, le mauvais goût des villas, l'envahissement continuel des rues par les Anglais et les domestiques.

« Sans compter que, d'année en année, je peuple davantage de mes rêves cette terre provençale, la seule qui ne réserve point de déception à ceux qui l'ont choisie pour patrie. Je ne m'explique pas quel malencontreux hasard m'a fait naître si loin de ces cieux bleus et de cette mer bleue. C'est là que mes nerfs se détendent; un attrait mystérieux contraint ma pensée à sortir de moi-même ; mes sens s'animent d'une vie nouvelle, douce, égale, harmonieuse; mon cerveau s'assoupit, et j'entends chanter les fauvettes dans les bocages de mon cœur.

« J'occupais mes matinées à de longues promenades sur les routes. L'après-midi, je venais m'asseoir sur la plage. Je m'intéres-

sais aux travaux des pêcheurs, je prenais ma part de leurs peines et de leurs plaisirs, j'écoutais leurs entretiens ; et plus volontiers encore j'écoutais les mobiles discours de la mer, qui me parlait de rives de féerie, de magiques soleils^ de barques enchantées surgissant des flots au premier appel des étoiles.

« Aimant la vie comme je l'aime, je ne puis m'empêcher de haïr la mer : sa désolation me désole ; je devine un désespoir infini dans son gémissement. Mais la mer bleue de Provence ne gémit point comme les autres mers. Au lieu de réclamer ma pitié, elle m'offre la sienne; ses petites vagues doucement s'insinuent en moi; sa voix, pour me cajoler, se fait tendre et pleine d'indulgence. Et je ne puis me retrouver en face d'elle sans qu'aussitôt toutes mes pensées d'homme se fondent sous sa caresse ; les contes de ma nourrice prennent la place de mes réflexions habi-

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