PROLOGUE il
— Certes, lui dis-je, voilà ce que je veuxl Mais j'ai besoin moi-même de me préparer à vous entendre: et vous savez qu'il y a dans le troisième acte des Maîtres Chanteurs un quintette, des danses et des marches d'une beauté surnaturelle, sans compter certains chœurs où les voix des femmes se balancent avec des douceurs de caresses au-dessus de la masse des voix. Je demeure à Bayreuth tout le temps des fêtes, et vous me paraissez homme à en faire autant. Consentez donc à ce que nous nous rencontrions ailleurs qu'ici, chez moi par exemple, et demain dans l'après-midi. Vous me direz un des épisodes que vous avez l'obligeance de proposer à ma curiosité ; une autre fois, je vous demanderai la suite. En attendant, adieu, car voici notre compatriote M. R.. qui vient vers moi, et qui se fâcherait à coup sûr si je ne lui disais pas toute mon admiration pour la façon dont on a joué ce second acte. Adieu et à demain 1
Le chevalier s'éloigna. Lui aussi, sans doute, avait vu venir un ami qui réclamait de lui le même office. Le troisième acte des Maîtres Chanteurs m'offrit mille délices nouvelles, qui me firent amèrement regretter de n'avoir pas entendu le second. Et je ne revis plus Valbert avant l'heure fixée pour notre rendez-vous.
En revanche, je lus sa valse. C'était vraiment très médiocre, sans l'ombre de talent.
J'en fus soulagé ; il me parut que j'aimais davantage mon nouvel ami. Celui-ci était, je le voyais bien, à peu près aussi intelligent que moi-même : ni trop peu pour en être ennuyeux, ni trop pour en être fâcheux. Il n'avait pas, comme moi, abdiqué toute prétention à l'immortalité ; mais il n'y avait aucun droit, et je compris que son ambition allait me donner une occasion de le plaindre, c'est-à-dire de m'intéresser, de m'attacher à lui. Je ne tardai pas à savoir, d'ailleurs, que ce grand drame