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prises le général et le miûistre. GustiDe avait enjoint, le 5 juin, de fusiller quiconque serait pris fuyant ou autorisant la fuite d'un soldat, quiconque donnerait un congé absolu ou limité, quiconque aurait ou signerait une permission pour aller aux eaux *. Vincent s'éleva contre ce règlement inhumain, atroce, qui portait en trois cas la peine de mort, et il invoquait un texte précis, l'article 26 de la loi sur l'insubordination : d'après cet article, le général d'armée fixerait, par des règlements particuliers, les cas que la loi n'avait pas prévus, mais il devait adresser sans délai ses ordonnances au corps législatif, sans qu'il pût y être porté peine de mort. De son c6té, Boucbotte admonestait Gustlne. Le caractère national, lui mandait-il, « accorde beaucoup aux bonnes façons, se raidit contre la sévérité, et le système populaire auquel nous sommes attachés, n'est autre chose qu'une pratique constante d'humanité ». Il obtint même du Comité de salut public un arrêté qui désapprouvait Custine ; l'ordre du 5 juin, disait le Comité, était « extrêmement sévère au fond, alarmant par l'expression », et le général ferait bien de « mettre plus de mesure et de douceur dans la discipline ». Custine répondit au Comité que les lâches qui abandonnaient le drapeau de la liberté et les scélérats qui cherchaient à détruire l'armée, méritaient le plus grand châtiment, c'est-à-dire la mort. Le mot fusillade avait peut-être quelque chose d'effrayant. Tant mieux ; c'était « atteindre le but de la loi et empêcher la désorganisation » ; il fallait intimider les malveillants qu'on n'avait fait qu*encourager jusqu'alors. Allait-on « capituler avec les expressions »? N'avait-on pas inutilement employé les moyens les plus
> Cf. plus haut, p. 136.
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doux et les discours les plus paternels ? La peine de mort subsisterait. Si Gustine s*eD départait, il ne se croirait plus comptable de la sûreté des troupes qu'il commandait. Il ne pouvait a abroger une punition dont le bien du service lui faisait un devoir ». Puis il se tournait contre Bouchotte. Le ministre prétendait que le système populaire était une pratique constante d'humanité. Mais n'était-ce pas s'écarter de ce « système bénin d que d'exciter chez les soldats la haine de leurs chefs et le dégoût de leur métier? Il est vrai, ajoutait Gustine, que « la peine de mort contre les traîtres et les désorganisateurs doit alarmer Bouchotte plus vivement qu'aucun autre ; de tous les êtres malfaisants et ennemis du bonheur de leurs concitoyens et de la République, il n'en est pas un seul qui mérite plus que lui de fixer Tanimadversion de la loi, et par sa stupide méchanceté, et par tous les moyens que lui et son collègue Deforgues, ci-devant son adjoint, emploient pour obstaculer la marche des succès que Tesprit français permet d'espérer. Tant que ces êtres resteront au timon des affaires, les généraux les plus zélés ne pourront être que passifs, et il ne leur restera plus qu'à se démettre d'un commandement dans lequel ils ne pourront faire le bien. » Et il jurait que, s'il donnait sa démission, il ne la reprendrait pas avant d'avoir vu « l'ineplie et l'intrigue confondues ramper dans la fange d'où l'on n'aurait jamais dû les tirer *. *
* Déclaration de Vincent contre Gustine, 11-12, 44; Bouchotte à Custine, le Gomité à Bouchoite, 26 juin; Cusiine au Gomité, 2 juillet (A.. G.]. Gf. la lettre du volontaire Miilard, d'un bataillon de la Manche, à un représentant : i Gustine a envie de perdre Tannée. A-t'On jamais rien vu de plus despotique qu'un seul homme décide de la vie des citoyens, et cela pour une permission accordée à celui qui en a le besoin le plus pressant? Nous espérons que la Gonvention
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La lutte s*enyenimait de plus en plus. Gustine débordait ; exaspéré, hors d*état de se contraindre et de se contenir, il devenait plus âpre, plus intraitable que jamais et parlait à Bouchotte comme naguère à Pache et à Beurnonviile. Il alTectait la désobéissance. Il morigénait le ministre à tout propos, Faccusait de « partir de suppositions fausses » et de « se tromper lourdement ».
Le 2 juin, il lui reprochait de ne pas faire réponse à ses demandes et de « peu s'occuper à contrebalancer les ennemis ». Quatre jours plus tard, il lui écrivait sur le ton le plus cavalier et le plus impertinent : « Oui, citoyen ministre, j'ai dû contrarier les dispositions de votre adjoint, parce que le service de la République Texigeait. L'intérêt que je prends aux succès de l'armée du Rbin, quoique je ne la commande plus, me fait une loi de relever vos erreurs. Je vous rends grâce de l'indulgence avec laquelle vous glissez sur ce que ma lettre a d'oiseux. Vous ne voyez, dites-vous, que la raison, la République, et vous êtes loin de penser que j'ai voulu manquer à un de ses ministres. Et moi aussi, citoyen ministre, je ne vois que la République ; mais lorsque le succès de ses armes exigera que je reproche à un ministre son ignorance et son inaptitude aux fonctions difficiles qu'elle lui a confiées, je ne croirai pas manquer à la République en me prononçant fortement contre lui. Le temps n'est plus où le général regardait un ministre, môme imbécile, comme un dieu. Je n'ai jamais été de ces hommes sans caractère. Républicain avant la République, toutes les fois que j'ai rencontré de ces idoles
non seulement annulera Tordre tjrannique que vient de donner Cus- Une, mais qu'elle le fera puuir comme un contre-révolutionnaire qui emploie tous les moyens de désorganiser Tarmée en la dégoûtant de servir une aussi belle cause. * [Lettre du 8 juin. À. N. w. 297.)
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ministérielles, je les ai frappées de mépris. Je pease» comme les amis de la République, que rien n'est plus avantageux à la nation que de donner de la publicité aux correspondances. Cette mesure met tous les. hommes publics sous rœil de la surveillance et sert également à faire connaître ceux des fonctionnaires dont les travaux méritent le plus de droits à la confiance nationale et ceux que leur parfaite nullité en éloigne. Dénoncez^moi, si je suis de ce nombre. >
Le 30 juin, il mandait au président de la Convention que les choix de la nation devaient désormais porter le caractère qu'exigeait la crise où se trouvait la France, et non Tempreiotedes sourdes intrigues qui caractérisaient l'ancien régime. « Nous triompherons, disait-il, si rhomme sans mérite n'occupe plus les places qui n'appartiennent qu'à l'homme énergique et instruit ; si le ministre de la guerre a des talents militaires, des vues profondes, et s'il est capable de diriger en grand les plans des généraux, capable, de les faire exécuter ou de les combattre par la force de ses raisons. Le grand décret de la Constitution que vous venez d'achever, doit faire l'admiration et le désespoir de ses ennemis. Mais, je le répète, il faut à la République des ministres purs et habiles, et conséquemment bien différents de ceux que l'intrigue ou les passions nous ont donnés jusqu'à ce jour. Alors nous ne pourrons plus craindre que la République n'ait été qu'un songe agréable, et la France verra 8'affermir sur des bases soli les le plus heureux des gouvernements et s'élever avec gloire l'arbre triomphant de la liberté. »
Le â juillet, mêmes récriminations contre Bouchotte. c Si nous obtenons une organisation qui puisse nous promettre une nerveuse discipline, caractère distinctif
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du militaire des républiques florissantes, nos succès seront assurés, et les vils courtisans seront forcés de renoncer à rinsolente prétention de donner des lois à la nation. »
Le 15 juillet, il se révoltait ouvertement contre Bouchotte et refusait avec éclat d*obéir à ses ordres, c Le ministre de la guerre, marquait-il à la Convention, est ignorant ou coupable, et semble marcber sur les traces de ses prédécesseurs. Il enlève des bataillons entiers et de la cavalerie à l'armée du Nord pour les faire marcber d'un autre côté; dussé-je en être la victime, je déclare que je donne les ordres les plus exprès pour empêcher qu'aucun des corps des deux armées que je commande,
se mette en mouvement sans une autorisation de la Convention *. »
Vint Taffaire de Favart et de La Marlière, Taffaire que les Jacobins ont appelée le déplacement des canons ou le désarmement de Lille. Custine faisait grand cas de La Marlière. Avant de le connaître personnellement et sur le rapport des commissaires qui prônaient ses talents et son civisme, il Tavait mis à la tête d'un corps d*armée qu'il dénommait le corps de la Flandre maritime. Ce corps devait être mobile ; il harcèlerait les ennemis et les empêcherait de pénétrer dans Tintérieur, d'imposer des contributions au plat pays; il comprendrait quinze mille hommes qui seraient tirés du superflu des garnisons, quatre mille de Lille, quatre mille de Douai, sept mille des places de seconde ligne; si les forteresses
^ Custine à Bouchotte, 2 juin et 6 juin (A. G.)» au président de la Convention, 30 juin {Mon, du 4 juillet], 2 Juillet [Mcn» du 4 juillet), 15 juillet {Mon. du 17 juillet).
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étaient assiégées ou investies, les bataillons regagneraient le poste qu'ils occupaient précédemment.
La Marllère avait donc sous ses ordres la garnison de Lille. Bouchotte s*étonna. Favart, écrivait-il, était gouverneur de Lille et ne dépendait pas de La Marllère : donner à ce dernier le commandement des troupes de Lille, c'était lui donner le commandement de la place. Gustine répliqua que La Marlière devait disposer des troupes pour entretenir les communications entre les villes fortes ; il connaissait Favart, et il savait que cet ingénieur, habile aux solides constructions, n'était guère propre à conduire et à manier des bataillons ; le détail des besoins de la place roulerait sur Favart, mais La Marlière dirigerait les mouvements de la garnison. « Je dois, disait Custine à Bouchotte, passer par-dessus toutes les décisions du Conseil exécutif, et je suis obligé de vous rappeler souvent que vous vous placez toujours au temps du ministère de l'ancien régime. Il se croyait infaillible; mais persuadez- vous enfin que dans une République, avec un ministre aussi peu instruit que vous de tout ce que vous devez savoir — puisque vous ôtes chargé de ce ministère — non seulement un général, mais tout citoyen a le droit de vous instruire, et moi, à qui la sûreté de cette armée est confiée, je dois prendre tous les partis qui peuvent rassurer. » Il ajoutait qu'il informerait le public, si le ministre tardait plus longtemps à fournir des chevaux, des selles, des brides, etc. c Si je ne remplis pas mes devoirs, faites-en autant à mon égard ; voilà les principes et la conduite d'un républicain. »
Fort de son droit, Bouchotte répondit que Favart commandait à Lille et y commanderait sous les ordres de Gustine, sans aucun intermédiaire. Gustine, à son tour,
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déclara que La Marlière resterait à la tôle des troupes de Lille : « Le bien du service Texige, et je le demande instamment, et je soutiendrai Tordre que j'ai donné. » Il répétait qu'une immense responsabilité pesait sur lui, qu'il était comptable de ses opérations à la nation entière, qull assignait à chacun sa lâche, qu'il devait seul connailre le poste que tous, des généraux aux soldats, occupaient dans son armée. Mais, le 44 juin^ Bouchotte fit arrêter par le Conseil exécutif que Favart conserverait le commandement de la ville sous les ordres de Gustine et que si La Marlière requérait des corps ou détachements dans la garnison, quatre mille hommes au moins resteraient toujours dans la place. De telles précautions, disait-il, étaient sages et conformes aux règles de la guerre. On devait concilier la sûreté de Lille avec l'activité des opérations de l'armée. La Marlière pouvait-il, sous prétexte d'augmenter ses forces et de faire de grandes entreprises, prendre dans la garnison autant de troupes qu'il lui plairait, et dégarnir, abandonner totalement une si précieuse forteresse ?
En même temps le ministre dénonçait Gustine au Comité de salut public : « Gustine refuse de souscrire à cette décision. Ceci vous donnera une idée du relâchement des ressorts du gouvernement et des embarras qui accompagnent tous ses mouvements. Si un général d'armée qui doit obéissance aux ordres du Conseil de la République, s'y refuse, peut-on prétendre que les agents descendants lui rendent une obéissance plus complète? » Le 26 juin, le Comité répondit à Bouchotte que l'arrêté du Conseil exécutif devait être strictement exécuté, sans qu'on pût y porter atteinte, et que dans tous les cas La Marlière devait laisser au moins quatre mille hommes dans une ville dont la garnison comptait dix mille
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hommes en temps ordinaire et quinze mille hommes en temps de guerre.
Aussitôt Bouchotte écrivit à Custine qu'il exigeait Texécution stricte de Tarrèté du Conseil exécutif. Il en- Toya à Favart, au département du Nord, au district, à la municipalité, au Conseil défensif, à la Société populaire de Lille une copie de Tarrété des ministres et de la lettre du Comité. Il enjoignait à Favart de faire dans la place toutes les dispositions ordonnées par le gouvernement. Il priait le Département, le district, la municipalité de « détourner les effets du crime qui guettait nos négligences sur la frontière », de c provoquer l'attentioii du peuple », * d* empêcher toute espèce d'assoupissement funeste ». Il engageait le Conseil défensif à seconder Favart dans le service de la place. Il exhortait les jacobins lillois à montrer plus que jamais leurs « sentiments populaires » et leur sollicitude pour la chose publique *.
Mais Va/Taire de Lille n'éiait pas encore terminée. Quelques jours plus tard, Custine demandait à Favart pour le camp de Paillencourt trente-huit canons et huit obusiers, et il autorisait La Marlière à tirer de la place trente pièces pour armer les redoutes et retranchements du camp de La Madeleine. Favart s'éleva contre cette « grande sortie d'artillerie », contre cette t violente soustraction » de soixante -seize pièces : c'était désarmer Lille, réduire ses t forces répressives », et jamais les maîtres de Tart n'auraient approuvé pareille mesure.
I Custine au Comité, 28 mai, et à Lamarche, 30 mai ; instructions à Des Brusiys^ 29 mai ; à Bouchotte, 6 juin et 11 juin (A. G.) ; arrêté du Conseil exécutif du 11 juin (Rec. Aulard, IV, 514); Déclaration de Vincent, 2 ; Bouchotte au Comité, 15 juin ; le Comité (Delacroix, Delmas, Guyton-Morveau) à Bouchotte, 26 juin ; Bouchotte à Custine, à Favart, au département, au district, à la municipalité, au conseil défensif et a la Société des jacobins de Lille, 1*' juillet [A. G.).
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Que le camp de La Madeleine fût emporté par les ennemis. Gomment ferait-on rentrer Tartillerie dans la ville? Où. trouver sur-le-champ deux cents chevaux? Où trouver des charretiers fermes et courageux? Irait-on recourir à des valets de brasseurs et de meuniers ? Ne se souvenait- on pas du désarroi qui s*était produit le 23 mai à la prise du camp de Famars ? Les pièces de position placées dans les redoutes ne seraient-elles pas le premier trophée du vainqueur? Gustine répondit au timide Favart qu'il persistait dans ses dispositions : si le camp de La Madeleine était forcé, ne serait-il pas facile d'évacuer les redoutes et d'amener les canons dans le chemin couvert * ?
III. Gustine faisait la guerre non seulement à Boucbotte, mais aux envoyés de Bouchotte, à ces commissaires dits du pouvoir exécutif qui devaient, selon leurs instructions, surveiller le matériel et le personnel, et en réalité entretenir le civisme des soldats, connaître les officiers, répandre dans les camps les journaux ou papiers-nouvelles. Dès son arrivée en Flandre, il avait déclaré qu'il abandonnerait son poste a lorsque les agents du Gonseil exécutif entraveraient ses démarches et mettraient en péril l'armée qui lui était confiée ». Il avait, disait-il, observé la scène et les acteurs de la Révolu-
^ Favart à Gustine, 25 juin, et à Bouchotte, 10 juillet ; Gustine à Favart, 2 juillet (A. G.); Mon, du 31 juillet. Gf. Gay-Vernon, Cusfine et Houchard^ 182-184. Napoléon, comme beaucoup de ses contemporains, crut longtemps que Custine avait voulu désarmer Lille, en 1793, et lorsqu'il institua la Légion d'honneur, il refusa la croix à Gay-Vernon qui commandait en second l'Ecole polytechnique: Gay- ^ernon, disait-il, avait donné à Gustine le conseil de désarmer Lille et exécuté ce désarmement; Dejean le détrompa, et Gay-Vernon fut décoré.
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lion ; il avait vu Dumouriez paraître à la tribune des Jacobins, le bonnet rouge sur la tète ; il avait vu bien d^autres encore cacher sous de faux dehors leur haine irréconciliable contre la République, et il préférait un citoyen réservé, sage, estimable, plein de valeur et de talent à Thomme qui « aboie le patriotisme ». Il eut le dessous dans cette lutte contre les agents de Bouchotte ; il les expulsa de son armée, mais ils déterminèrent sa chute. « A force de s'égosiller contre Custine, disait Tun d*eux, les patriotes le feront rappeler à Paris, et il n'en reviendra pas*. »
Les deux principaux émissaires du ministre à Tarmée du Nord étaient Gelliez et Defrenne. Ils donnèrent parfois de bons conseils et d*utiles avis. Defrenne assurait que l'amalgame des volontaires et de la ligue était indispensable et qu'il fallait anéantir Tesprit de corps. Gelliez s'élevait contre le grand nombre de femmes qui suivaient l'armée sous un costume masculin ; il signalait à l'attention du ministre les désertions fréquentes ; il écrivait que le complément des troupes ne~ se faisait pas, que les recrues n'arrivaient que lentement et par petits pelotons, que les bataillons manquaient d'hommes ; il révélait l'existence d'une agence qui fabriquait des congés et les vendait aux soldats ; il dénonçait les officiers qui portaient les insignes proscrits par la Convention, les emblèmes de la royauté et les « marques de la féodalité », les fleurs de lys sur les boutons, sur les retroussis de l'habit et sur le drapeau, les épaulettes blanches, la ganse blanche du chapeau ; il réclamait la disparition de l'uniforme blanc qui « blessait les yeux des soldats républicains ».
' Mon, du 17 juin ; Custine au Comité, 28 mai ; Gelliez à Hébert, 19juiUet(A. G.).
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Mais Defrenne croyait à de « sourdes manœuvres » des officiers de ligue. Gelliez affirmait que les généraux et chefs supérieurs étaient pour la plupart des monarchistes notoires, qu'une foule d'officiers cherchaient à « dépraver le soldat par des insinuations perfides », que Tarmée ignorait tout ce qui se passait, qu'elle ne recevait les nouvelles que tardivement, par hasard, et encore défigurées. Il tonnait contre le « luxe asiatique » de rétat-major. Il proposait de chasser « sans miséricorde » tous les nohles, quels que fussent leurs grades, puisque la noblesse était un « brevet d*incivisme ». Il accusait plusieurs régiments, le 98<>, le 58s le 45® surtout, d* « être dans les mauvais principes ». A Tentendre, la ligne avait un « esprit détestable » ; elle devait à chaque instant « tourner ses armes contre la liberté » ; elle se battrait « pour avoir un roi i>. Tous les officiers, ajoutait Gelliez, étaient des partisans ou des créatures de Lafayette et de Dumouriez, des royalistes déguisés, des hommes qui haïssaient la République parce qu*elle donnait les places au mérite et non à Tintrigue ; ils formaient des projets « liberticides » ; ils corrompaient leurs subordonnés, et, comme Defrenne, Gelliez disait et redisait qu*il fallait disperser les soldats de ligne, les incorporer à des sans-culotles et les répartir dans les bataillons nationaux : ils instruiraient aux évolutions les volontaires qui, à leur tour, les « éclairciraient » et les « forceraient à marcher dans le sens du patriotisme ».
Enfin, Defrenne et Gelliez distribuaient dans les camps le Républicain^ le Journal de la Montagne et le Père Duehesne que Bouchotte leur envoyait de Paris, et Gelliez prétendait le 12 juin que depuis quinze jours, grâce aux gazettes, Tarmée du Nord n*était plus reconnaissable,
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non pas qu'elle fût plus Dombreuse, mais sa force avait doublé, un zèle véritable ranimait, les soldats se livraient à Texercice avec une infatigable ardeur, les bataillons de volontaires manœuvraient avec une précision que les régiments de ligne n'avaient pas ; « rien n'était plus propre à fortifier l'esprit public que la lecture des papiers » ! Les deux agents oubliaient que ces « papiers » calomniaient le général en chef et ruinaient la discipline en inspirant aux troupes défiance et soupçon *.
Defrenne était alors à Maubeuge. Tourville, qui commandait la ville et le camp retranché, s'indigna que ce commissaire du Conseil exécutiF, qui ne devait que recueillir des armes et pourvoir aux approvisionnements, répandît des écrits « désorganisateurs » comme le Journal de la Montagne et r « ordurier » Père Duchesne où V « on trouvait sans cesse des horreurs et des atrocités contre Gustine, les généraux, les états-majors, et des motions pour expulser les ci-devant de toute fonction et les remplacer par des invalides ». Il fit venir Defrenne, le tança rudement et lui défendit de propager de vagues dénonciations contre les chefs de Tarmée. Puis il écrivit à Bouchotte que le petit Defrenne serait maltraité par les soldats, s'il restait plus longtemps à Maubeuge. Personne, remarquait-il, ne pouvait croire que le ministre eût chargé cet agent de distribuer de pareils pamphlets. N'était-ce pas provoquer dans la division de Maubeuge des insurrections que lui-même, Tourville, ne pourrait maîtriser ? Et il priait Bouchotte de ne pas lui imposer la double tâche de combattre les ennemis au dehors et au dedans.
Le petit Defrenne répondit d'abord à Tourville qu'il
* Lettres de Defrenne et surtout de Celliei à Bouchotte; voir notamment celles du 30 mai et des 11 et 24 juin [A.. G.).
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c irait en avant » sans s'émouvoir ni s*effrayer. Il fit afficher dans Maubeu;?e Tordre qu'il avait reçu de l'adjoint du ministre, Prosper Sijas. On Taccasait, disait-U, d'avoir distribué des journaux qui inculpaient Gustine; « que Gustine agisse en républicain, qu'il expulse de notre territoire tous les vils esclaves des tyrans, c'est la meilleure réponse qu'il pourra faire ; mais qu'il se donne bien de garde d'empêcher dans son armée la libre circulation des journaux, tels que le Père Duchesne, le Repuàlicain et surtout la Montagne; il est plus que temps que nos frères d'armes soient instruits de tout ce qui se passe afin de ne plus servir d'instrument à ceux qui auraient Taudace de vouloir les égarer encore ». Defrenne ajoutait qu'aucune considération particulière ne le détournerait de distribuer lui-même les journaux qui lui seraient envoyés par le ministre, et il déclarait une guerre éternelle aux états-majors perfides, aux dilapidateurs, aux ennemis publics, jurait de les dénoncer impitoyablement. Mais la clameur qui s'élevait contre Defrenne était trop forte, et depuis huit jours, il éprouvait, de son aveu, « beaucoup de désagrément ». Il se voyait regardé comme un « oiseau de mauvais augure » et perdu dans l'esprit du soldat. Tout Maubeuge le traitait d' « incendiaire ». Les habitants d'Avesnes se plaignaient de lui au représentant. Il regagna Paris, a J'ai tant de choses à dire, mandait-il à Bouchotte, qu'une journée d'écriture n'y suffirait pas », et il pronostiquait que l'armée serait derechef trahie et vendue ; il conseillait des mesures rigoureuses, et la principale, Tessentielle, selon lui, c'était de licencier tous les états-majors et de les recréer dans les vingt-quatre heures*.
« Tourville à Boucholle, 7 juillet ; Defrenne à Boucholle, 7 juillet ;
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Geliiez avait eu moins de chance. Le 4«' juillet, il distribuait, avec son secrétaire et ami Compère, un numéro du Journal de la Montagne et un autre du Père Duchesne ' qui couvraient d'outrages le général Moustache. A cette nouvelle, Gustine éclata. Quoi ! ces deux particuliers se disaient commissaires du pouvoir exécutif et prétendaient prêcher le bon ordre et la discipline ! Il ordonna de les arrêter aussitôt. Les adjudants-généraux Chérin et Jarry coururent au camp, et dès qu'ils virent Geliiez et Gompère, c halte-là » 1 crièrent-ils. lis saisirent un paquet de journaux et appréhendèrent au corps Geliiez et son secrétaire, les accablant de reproches, les nommant des agents de Gobourg, les vouant, ainsi que la faction de Bouchotte, à Texécration de Tarmée. Un rassemblement se forma. Les soldats, dégainant, menaçaient les deux « apôtres ». Ghériu et Jarry entraînèrent leurs prisonniers et les mirent en présence de Gustine. Le général apostropha violemment Geliiez et Gompère. « Vous êtes, leur dit-il, des êtres méprisables », et d'un geste dédaigneux il commanda de les traduire devant Beffroy, représentant du peuple.
Beffroy aimait et appréciait Gustine; « on veut, écrivait-il au Gomité, jeter .des soupçons sur Gustine ; mais il est dangereux d'écouter les ignorants et les intrigants qui occupent les places en très grand nombre et qui portent envie à quiconque s'élève au dessus d'eux. » Il s'entretenait avec les deux adjudants-généraux Ghérin et Jarry lorsque Geliiez et Compère lui furent envoyés, nies semonça et leur demanda combien ils recevaient de Pitt et de Gobourg pour répandre le Père Duchesne qui
Defrenne, commissaire du pouvoir exécutif à ses concitoyens, Mau-
beuge, 5 juillet (A. G.) ; cf. Journal de la Montagne^ n» 43, 14 juillet.
1 Le n« 25 du Journal de la Montagne et le n® 251 du Père IMtchesne,
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osail dénigrer et calomDier Gustine. Les adjudants-généraux se joignirent au représentant et, derechef, chargèrent d'invectives les deux commissaires, a Voilà bien, disaient- ils, où Ton désire en venir ; on réclame la destitution des nobles pour nous enlever trois ou quatre bonnes tètes qui nous restent. »
Par décision de Beffroy et de son collègue Bollet, Celliez et Compère furent envoyés à la citadelle de Cambrai. Mais, au bout de quatre jours^ les représentants les relâchèrent. Ils jugeaient que Celliez et Compère avaient donné quelquefois avec trop de légèreté leur opinion personnelle et commis l'imprudence de propager des soupçons odieux sur le compte de Custine : mais, que s'ils s'étaient écartés des principes et de la dignité de leur mission, ils n'avaient fait qu'obéir à des ordres supérieurs. Les deux distributeurs de journaux étaient outrés. Compère mandait sur-le-champ à son frère qu'il fallait voir Boucholte, informer la Convention; l'aristocratie triompherait-elle toujours du ministre? « J'ai fait, s'écriait Celliez, ce que tout bon républicain eût fait à ma place ; j'ai dit des vérités que je défie de démentir ; j'ai dit plus de nobles, plus de nobles et plus de nobles, » Il dénonça Custine à Bouchotte : « Ces despotes ont lâchement abusé de leur pouvoir; mais en me tyrannisant, on dirige les coups contre un ministre qui est l'effroi de tous ces scélérats. » Il accusa le général de rester inactif, de s'abstenir de diversions utiles, de laisser Valenciennes aux prises avec l'ennemi. Il lui reprocha d'avoir « fait une critique amère et indécente de la nouvelle constitution » en donnant le 30 juin pour mot d'ordre Condorcet^ Paris et pour mot de ralliement ConstituUon^.ll demanda^
' A cet éj^^ard, Le Veneur a justifié Custine. Le général ne donnait pas alors le mot d'ordre tous les jours ; il faisait pour la quinzaine une
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non son propre rappel, mais la destitution de ce Gastine dont la présence « offusquait > les vrais patriotes. Il répandit de nouveau la gazette de Laveaux et celle de Hébert: « Si Gustine s'en fâche encore, tant pis pour lui, cela prouvera davantage que les scélérats craignent toujours la vérité. » De Paris on le rassurait, l'encourageait, Texhortait à ne pas plier. Bouchotte lui répondait qu'il avait vu son arrestation avec peine, qu*elle était la preuve d*un abus de pouvoir, que Gelliez devait « se cousoler en pensant que tous ces efforts malveillants ne faisaient qu'affermir la liberté >. Hébert fulminait de plus belle contre Gustine. Incarcérer ainsi, disait le Père DucAesne. c deux fonctionnaires publicà qui n'avaient fait que remplir leur devoir en portant Tinstruction à Farmée », n'était-ce pas agir en despote et en dictateur? Et il n'y avait pas eu dans Teatourage de ce traître un homme de courage pour lui brûler la cervelle, comme la loi l'ordonnait 1 Et le Gomité n'arrêtait pas ce Gustine qui finirait par perdre l'armée du Nord, cette armée a composée de la fine fleur de la sans culotterie »? Ce ^an^i^ était-il le dieu du jour? Ne voyait-on pas qu'après avoir joué le bon apôtre, il laissait percer le petit bout d'oreille, qu'il ^parlait en maître, qu'il se moquait, se
série de mots d'ordre qu*il remettait entre les mains du chef d'étatmajor. Lorsqu'au mois de juin Gustine alla Tisiter la Flandre maritime, il oublia de renouveler la série qui allait finir. Le Veneur, qui le remplaçait au camp de César, pria le chef d^état-major Des Bruslys de lui faire une série de mots d^ordre jusqu'à la fin du mois. Des Bruslys la fil. Quand Le Veneur s'aperçut que le mot d'ordre du 30 juin était Condoreet^ Paris ^ Constitution, il commanda sur-lechamp de le changer. Des Bruslys promit, puis négligea de donner un autre mot d'ordre. Gustioe, écrivait Le Veneur, c n^a donc aucune part à ce mot d'ordre, et il ne peut être inculpé pour cet objet ; il n'était pas i l'armée ce jour-là * [Le Veneur au Gomité, 27 juillet). Gty-Vernon, Cuttine et Bouchard, 290, 343-344.
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f des décrets de la Convention, qu'il menait les ministres tambour battant », qu*il c faisait tuer les hommes comme des mouches d, qu'il défendait au soldat de lire les journaux patriotiques pour l'empoisonner de toutes les <s rhapsodies du brissotisme agonisant » ? Quelquesuns Yantaient sa valeur et sa bonne volonté. Mais pourquoi demeurait-il si longtemps les bras croisés à la tête des meilleures troupes delà République? Pourquoi n*entralnait-il pas tous ces braves lurons au secours de Yalenciennes et de Gondé? Hébert jurait de ne point donner de relâche à Gustine. « Je ne le quitterai pas plus que son ombre, et jusqu'à ce que la Convention lui ait donné de la pelle au c, je crierai, je tempêterai. » Il affirmait que Gustine enlevait des canons de Lille pour livrer aux Autrichiens cette clef de la France, et que si le général Moustache commandait Tarmée huit jours encore, la République tomberait pour ne pas se relever. « Plus de nobles^ répétait-il avec Gelliez ; on me fera plutôt prendre la lune entre les dents que de me persuader qu'un valet de cour puisse devenir républicain; quiconque a sucé le lait de Taristocratie est traître ou le sera*. »
Mais les troupes que Hébert et consorts croyaient hostiles à Gustine murmuraient contre le ministre et ses agents. Lorsque Gelliez et Gompère furent conduits à la citadelle de Cambrai, elles les huèrent et les auraient pendus sur-le-champ si Chérin et d'aulres officiers n'étaient intervenus. Gustine leur avait fait connaître
1 Compère à bod frère, 3 juillet (A. G. et PublicUte françait^ n« 240, 12 juillet; lettre communiquée par Vincent à Marat) ; procès de Gustine LMon,^ 28 août) ; Gelliez à BouchoUe, 6, il, 13 juillet, et à Hébert, 19 juillet; BouchoUe à Gelliez, 11 juillet (Â. G.); Père Duehisne, no* 257, 258 et 259.
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l'article où Laveaux Taccusait d*ôtre le client de Haussmann et d'avoir friponoé et tripoté à Mayence. Il était sûr, disait-il, du boa esprit qui les aDimait et ils liraient avec indignalion cette pièce e atroce » qui inculpait leur général et le représentant Haussmann, a Tun des républicains les plus zélés et les plus purs delà Convention » ; elles jugeraient ces « calomnies absurdes » et a les œuvres de ténèbres de ces hommes qui voulaient subvertir la chose publique » ; elles s'empresseraient de désigner celui qui serait assez ennemi des lois de son pays pour suivre un pareil exemple. Dans le bulletin de l'armée, le chef de Tétat-major, Des Bruslys, rendait compte de Tarreslation de Gelliez et de Compère. Ces deux agents n*avaient-ils pas une « conduite irrégulière »? N'avaient -ils pas « donné des soupçons véhéments d'un esprit désorganisateur »? N'avaient-ils pas tenu « quelques propos exagérés d et distribué des journaux où « régnaient d'atroces absurdités »? On les avait relâchés après avoir examiné leur correspondance et reconnu qu'ils étaient de vrais amis de la liberté» « induits en erreur par des ordres supérieurs » ; mais pourquoi avaient-ils exécuté ces ordres « inconsidérément » et sans informer les représentants dii peuple * ? L'armée entière approuva son général. Celliez confessait lui-môme que « l'opinion avait un peu baissé depuis quelques jours ». Duhem écrivait à Paris que les soldats jugeaient ie Journal de la Montagne et couvraient de boue cette gazette qui semait les alarmes. Des bataillons déchirèrent et d'autres brûlèrent le Père Duchesne en criant que Custine était un brave homme et que les outrages d'Hébert n'ébranleraient pas la confiance qu'ils avaient
» Bulletin de Tarmée du Nord, !•' et 8 juillet (A. G.).
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mi^e en leur chef. Le chirurgien Dauvers fil, daDs une brochure qui parut le 15 juillet, Téloge de Gustine : les journaux , disait-il , soulevaient Tarmée contre celui qui devait la conduire ; n'était-il pas légitime de les prohiber? Le militaire Francœur, « vieux républicain », répondit au nom de ses camarades que Gustine établissait une stricte et salutaire discipline, que Tarmée connaissait son patriotisme, qu*elle faisait fond sur lui^ Chérin déclarait que Bouchotte avait tort de distribuer aux troupes le Journal de la Montagne^ qui n'avait de patriote que son litre, et il annonçait que Tentètement du ministre lui serait funeste. L*agent Gadolle plaidait la cause de Gustine avec chaleur et dans son bizarre langage prônait Thomme qui a perfectionnait les instruments de la défense avec tant d'ardeur et de fermeté » ; les soldats obéiraient-ils désormais à leur général si Ton répandait la méfiance contre lui et lui témoignait du mépris; ne ferait-on pas mieux de le surveiller, tout (c en respectant son utilité » et d*attendre les preuves certaines de sa culpabilité? Tourville mandait à Bouchotte franchement et non sans crânerie que le Père Duchesne était visiblement payé par les ennemis pour tout désorganiser, qu*il serait o infiniment dangereux » de le propager dans Tarmée, que Hébert avait sans doute pour instruction de travailler à la perle et à la proscription de tous les ci-devants qui restaient fidèles à leur poste et qui seraient remplacés par des ignorants ; et n'était-ce pas livrer la nation pieds et poings liés aux puissances étrangères * ? .
1 Élait-ce le Francœur dont Thiébault parle au \^' volume de set Mémoires [p. 408) et qui mourut cette année même au siège de Maubeùge, d'une amputation du bras gauche?
* Celliez à Vincent, 30 juin ; Duhem à Gasparin, 30 juin ; Chérin
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Mais le 12 juillet Bouchotte transmettait au Comité la eorrespondance de Gustine et de La Marlière avec Favart. Custine, disait-il, dépouillait Lille de soixanteseize bouches à feu, affaiblissait la garnison, désobéissait à Tarrèté du Conseil des ministres et à la lettre du Comité qui prescrivait de laisser dans la place quatre mille hommes au moins. Custine faisait emprisonner arbitrairement des commissaires du pouvoir exécutif. Gustine donnait Tordre tyrannique de fusiller les soldais pour des fautes qui ne méritaient pas une pareille peine. Le Comité prononcerait ; mais s'il gardait le silence et s*il ne prenait pas une prompte détermination, Bouchotte croyait de son devoir d'envoyer les pièces à la Convention.
Le Comité de salut public avait été renouvelé deux jours auparavant. Ce n'était plus le Comité de Danton ; c'était le Comité de Robespierre et, disait le Père Duchesne^ il se composait de « bougres à poil >. Il fit ce que demandait Bouchotte. Le 42 juillet, peu d'instants après avoir reçu la lettre du ministre, il arrêtait que Custine viendrait aussitôt à Paris pour conférer sur la situation des armées, et le même jour Bouchotte mandait au général d'exécuter sur-le-champ l'ordre du Comité. Hébert cria bravo : a Le Comité n'a pas laissé à Custine le temps de perdre la République* I »
Gustine partit après avoir donné ses instructions et remis le commandement des troupes à Kilmaine. Le 48 juillet il arrivait à Paris. Il écrivit au président de la Convention, en termes.assez singuliers, qu'il ne voulait
& un représentant, 6 juillet ; Gadolle à Deforgues, 1" juillet; Tourville à Bouchotte, 26 juillet (A. G.) ; Dauvers, Observ., 9.
^ Bouchotte au Comité, à CuBtine, à Kilmaine, 12 juillet (A. G.); RêC. Aulard, V, 239 ; Père Duchesne, no 262.
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pas « exister dans le lieu des séances de rassemblée sans lui offrir rhommage de son respect, de son obéissance aux lois, de son inviolable attacbement à runilô et à rindivisibililé de la République ». Puis il se rendit au Comité. Boucbotte était présent. Gustine Tinterpella de la façon la plus dure. « Votre inimitié, lui dit-il, date du jour où j'ai quitté Tarmée du Rbin. Votre inbabileté — sacbez-moi gré de l'expression — est telle qu'elle semble l'effet du plus bonteux calcul. Depuis près de deux mois vous abandonnez à un incroyable délabrement la seule armée qui puisse sauver Valenciennes ou fermer aux coalisés la route de Paris. Prétendrez- vous que vous n'avez à votre disposition ni armes, ni bommes, ni munitions, ni argent? Gbacun ici vous démentira. Les armées du Rbio, de la Moselle et de la Vendée ne recevaient-elles pas abondamment ce que vous refusiez à la mienne? Si vous ne vouliez pas m'envoyer des renforts, du moins ne fallait-il pas m'enlever une division entière d'infanterie et deux régiments de cavalerie. Votre intention secrète est de me perdre et de me perdre seul. Mais ne risquez-vous pas de compromettre le salut de la République? Vous avez pensé que je laisserais mon armée périr sans me plaindre. Non, non, vous ne ferez pas le mal impunément; j'ai écrit contre vous, je vous ai dénoncé, j'ai essayé de montrer dans quelles mains pitoyables était tombée l'administration de la guerre. Obéissez à Vincent puisque votre faiblesse et votre intérêt vous condamnent à cette soumission ; mais moi, tant que je serai revêtu d'un commandement en cbef, je me croirai au-dessus d'un de vos commis 1 * Boucbotte ne cbercba pas à se disculper. Il vanta le civisme et l'activité de Vincent. Quant à lui, disait-il, il s'était attiré l'inimitié de certains généraux parce qu'il
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avait découvert leurs trames secrètes, et il reprochait à Gustine un esprit inquiet, jaloux, déréglé, qui voulait usurper tous les pouvoirs ; Gustine affichait un grand zèle pour la chose publique, mais son âme était dévorée d'une ambition qui serait tôt au tard fatale à sa patrie. A ces mots, Gustine ne se contint plus ; il accabla Bouchotte d'invectives, et lorsque le Gomité leva la séance, le ministre et le général étaient plus que jamais ennemis mortels * .
Bouchotte prit les devants. Le 20 juillet, il proposait à ses collègues de discuter s'il était utile de conserver Gustine. Le Gonseil exécutif arrêta que le ministre de la guerre lui présenterait sur cet objet un rapport écrit. Le lendemain, Bouchotte lisait son rapport, et le Gonseil décidait que Gustine, gravement compromis, serait mandé le jour suivant à une heure pour se justifier *.
Gustine était déjà sous les verrous. Il croyait avoir raison de son adversaire et n'imaginait pas qu'il venait à Paris en accusé, en suspect, pour rendre compte de sa conduite. Le 21 juillet il parcourut les rues, et on s'empressa de le voir, de rapprocher, de le saluer, de l'applaudir ; au Palais-Royal, quelques jeunes gens l'entourèrent en criant vive Custine, Le soir même, le Gomité de sûreté lui défendait de sortir sans être accompagné d'un gendarme, puis, le 22, au nom du même Gomité, Basire proposait à la Gonvenlion d'arrêter Gustine. La présence du général, disait Basire, avait ému les esprits, et la veille, les habitués des tripots l'avaient acclamé ; évidemment il fomentait l'agitation, et d'aucuns le soupçonnaient d'avoir distribué de l'argent à des femmes
* Mon.^ 20 juillet; Gay-Vernon, Cuhtine et Bouchard^ 207-209. « Rec. Aulard, V, 310, 325 ; Gharavay, Carnot, lï, p. 405, note 1.
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pour exciter des mouvements en sa faveur. Sans doute, ajoutait Basire, Custine était gardé à vue par un gendarme, mais il ne devait pas, comme Dumouriez et Lafayelte, paraître dans les lieux publics et y provoquer Tenthousiasme. On ferait donc bien de le mettre provisoirement en état d'arrestation. N'avait-il pas donné pour mol d'ordre à son armée Condorcet, Paris^ Consli-tutionl Ses adjudants et ses gens de confiance ne disaient-ils pas à qui voulait les entendre que leur général marcherait sur Paris pour imposer la constitution de Condorcet ?
. Simond appuya Basire. Custine, remarquait-il, ne donne pas un gendarme aux soldats qui manquent à leur devoir ; il les charge de fers ; pourquoi traiter doucement un homme qui se vantait de faire des papillottes avec les décrets de la Convention ?
Danton s'efforça de résumer le débat. La Convention, s'écriait-il, devait enfin savoir ce qu'était Custine ; Condé vient de se rendre ; Valenciennes est cerné de toutes parts et chauffé de très près ; la nation a des doutes sur le général ; qu'il soit jugé !
Devars défendit la motion de Danton : des bruits contradictoires couraient sur Custine ; les uns le disaient arrêté ; d'autres prétendaient qu'il avait regagné Tarmée avec carte blanche ; l'assemblée devait savoir s'il était traître ou franc patriote, et demander séance tenante un rapport du Comité et du ministre de la guerre.
La Convention adopta les conclusions de Basire. Elle décréta que Custine serait arrêté et conduit au Luxembourg *. A peine avait-elle rendu son décret qu'elle rece-
1 Quelques membres proposaieut môme d'arrêter Gay-Vernoii qui avait accompagné Custine à Paris.
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vait une lettre du Conseil exécutif : Gustine était destitué et Diettmann le remplaçait. Elle confirma la nomination de Diettmann '.
Mais le 28 juillet éclatait, comme un coup de foudre, la nouvelle de la capitulation de Mayence. Custine triomphe^ écrivaient les représentants du peuple près Tarmée du Rhin, Montant et Soubrany, Custine mfiih triomphe, et ils conseillaient au Comité d'arrêter aussitôt cet « homme profondément corrompu » qui n'avait d*autre talent qu'une insolente jactance, ce a scélérat » qui voulait débloquer Mayence au 45 août, qui livrerait bientôt Yalenciennes et Condé, qui détestait la République et ne cherchait qu*à la perdre. Barère lui à la Convention la dépêche des deux représentants et proposa le décret d'accusation contre ce Gustine qu'il recommandait naguère comme le seul général qui pût soutenir la fortune de la France. GusUne, disait Barère, dégarnissait les places fortes et enlevait à Lille 76 bouches à feu malgré le refus opiniâtre de Favart ; le girondin Barbaroux assurait dans une lettre interceptée que la Convention se préparait à livrer les frontières du Nord, mais que Gustine était là pour les défendre ; un bulletin de Rennes portait qu'il fallait inviter Gustine à garder sou poste, lors môme qu'il serait destitué par les factieux de la Convention. Custine, ajoutait Barère, pactisait donc avec les députés transfuges ; c'était un conspirateur, et on le frapperait sur-le-champ. La Convention décréta qu'il y avait lieu à accusation contre Custine.
Le lendemain, Billaud-Varenne déclarait que Bordeaux attendait impatiemment la reddition de Yalen-
1 22 juillet, Mon. du 23 et du 24.
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cieDDes et les grands événemeats qui ea résulteraient; Gustine trahissait sûrement, et plus il était criminel, moins il méritait de ménagements; on devait le renvoyer au tribunal révolutionnaire qui le jugerait d'urgence et ferait tomber sa tète avant huit jours. La Convention, entraînée, décréta que le général serait traduit devant le tribunal révolutionnaire.
Le procès commença. Gustine était condamné d'avance. « Qui peut douter, disait Ghabot, que Gustine soit coupable? Gondé, Yalenciennes, Mayence déposent contre lui », et le Père Duchesne s'écriait de même : c Que la Convention fasse jouer Gustine à la guillotine ; que le peuple ne cesse de répéter du faubourg Saint-Antoine au faubourg Saint-Germain ces mots terribles : Mayence^ Condéf Valenciennes. » Les témoins à charge furent nom^ breux. Gustine, rapportait Gelliez, a prononcé la peine de mort contre les soldats, donné un mot d'ordre et de ralliement incivique, arrêté et emprisonné les commissaires du pouvoir exécutif qui distribuaient des journaux. Gustine répondit qu'il avait enjoint de fusiller le soldat pour ranimer la discipline, mais que ce règlement n'avait jamais été mis en vigueur; que Le Veneur avait donné le mot d'ordre en son absence et sans l'avoir prévenu ; qu'il n'avait pas empêché la distribution des journaux et que les dépiltés de la Gonvention, et non le général, avaient fait arrêter les commissaires. Mais vainement Du Roy affirma qu'il voyait dans Gustine un franc républicain, incapable d'un acte d'incivisme. Vainement Gourtois assura qu'il avait surveillé Gustine et ne savait rien de désavantageux sur son compte, que les notes des espions le représentaient comme un hoinme redouté des Autrichiens. Vainement Gambon reconnut que Gustine avait pris sincèrement le parti du
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peuple et que ses armées, mieux tenues que celles de Dumouriez, coûtaient moitié moins à TEtat. Vainement Bollet, Johannot, Haussmann attestèrent son patriotisme, ses principes d'économie, son attachement aux lois. Vincent rappela devant le tribunal tous les griefs de Bouchotte et des Jacobins entre Gustlne : 76 pièces de canon soustraites à la défense de Lille ; le commandement des troupes donné et, malgré les instructions du conseil exécutif, conservé à La Marlière; Tarrestation de Gelliez et de Compère ; les lettres qui gourmandaient le ministre en style de dictateur et avec des expressions « plus que déplacées » ; les pouvoirs « monstrueux » conférés au contre-révolutionnaire Devrigny ; les menaces de fusillade. Il prétendait, avec Gelliez et Basire, que Gustine était d'intelligence avec les ennemis de TEtat, puisqu'au 30 juin il avait donné les mots d'ordre Condorcet, Paris, et le mot de ralliement Constitution; ce qui signifiait évidemment : adopter à Paris la constitution de Gondorcet. Gustine, concluait Vincent, a été rebelle ; il a désobéi aux autorités supérieures ; il a formé le projet de livrer Lille aux Impériaux, et, s'il n'eût pas été révoqué, « nous n'aurions plus ni frontière ni armée du Nord » ^
En môme temps paraissaient des pamphlets qui reproduisaient les accusations de Laveaux, de Marat, de Hébert contre le général. On rappelait ses sévérités d'autrefois lorsqu'il était colonel et « faisait mouvoir son régiment comme une machine à coups de plat de sabre ». On le traitait d'espion royaliste ; on contait qu*il avait siégé dans le comité autrichien des Tuileries, qu'il
» Père Duchesne, u<»» 263 et 272 ; D^clar, de Vincent contre Cas- Une, p. 1-12.
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tenait à la Constituante une conduite équivoque, ({u*il embrassait toujours le parti du plus fort, qu'il s'était jelé dans la Révolution pour c escroquer la confiance » et préparait de longue main la contre-révolution. Sans doute il avait pris Mayence et vaincu les ennemis ; mais ne devait-il pas établir d*abord sa réputation? N'abborrait-il pas les volontaires ? Ne criait-il pas sans relâcbe à rinsubordl nation ? Ne vexait-il pas les patriotes qu'il ne pouvait corrompre? N'aurait-il pas un jour pris la faite après avoir fait égorger les meilleures troupes' ? Le 28 août, Custine eut la léle irancbée. ^
*■ Crimes et forfaits, mœurs et liaisons du général Custine, p. 2 ; L'etB- général Custine traité comme il le mérite, p. 1-6.