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dureté pour le peuple, sa barbarie envers le soldat, ses procédés tyranniques, ses propos annonçaient la trahison ; si Giistine reslait inactif au camp de César, c'est quMI attendait une grande insurrection des départements pour pénétrer dans l'intérieur et mettre la nation aux fers *.
Le lendemain, Marat informait ses lecteurs que la Convention avait refusé de l'écouter. Mais il prenait acte des vains efforts qu'il faisait pour ôter le commandement des armées à Biron et à Custine, ces « deux courtisans, de tout temps royalistes gangrenés et trop visiblement suspecls > ».
Enfin, le 14 juillet, dans le dernier numéro qu'il publiait, Marat reproduisait pour la seconde fois le pamphlet de Misobasile Forel et prophétisait que Custine renouvellerait bientôt, et peut-être d'une manière i)lus déplorable encore, les opérations désastreuses de Dumouritz^
Laveaux, le rédacteur du Journal de la Montagne, faisait avec Marat campagne contre Custine, non par haine personnelle ; mais il croyait sincèrement que les généraux aristocrates étaient traîtres ; depuis la défection de Dumouriez et de Wimpffen, il était convaincu que la République devait renvoyer les ci-devant de ses armées et il voulait dire sur Custine, sans passion et sans crainte, tout ce qu'il savait *.
Le 22 juin, il publiait une lettre de l'armée du Nord. On y lisait que les officiers des troupes de ligne
* Publiciste, n" 235 (lettre datée du 4 juillet).
« Id., n» 236.
» 7rf., n« 242.
^ Journal de la Montagne^ n* 35, 6 juillet.
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n*avaient pas encore revota runiforme national et que Gustine laissait dans les balaillons des femmes et des enfants, des borgnes, des boiteux, des bossus, des incurables. Laveaux joignait à cette lettre ses propres observations. Gustine, assurait-il, avait dit à des représentants du peuple qu*il jetait au feu les décrets de la Gonveniion qui ne lui plaisaient pas. Gustine rédigeait» comme Lafayelte et Dumouriez, de belles missives od il parlait du patriotisme et des enfers ; mais il flagornait TAssemblée et se gardait bien de demander l'examen de sa conduite. Gustine devait, comme tous ses pareils, ^der la place à des sans-culottes. Des généraux républicains n obtiendraient-ils pas la confiance du soldat? Ne seraient-ils pas la terreur de Tennemi? a Gombattre des marquis, des roués, des souteneurs de tripots, tout ce que la société produisit jamais de plus vil et de plus méprisable, il ne faut point de canons pour cela ; il ne faut que des croix, quelques aunes de ruban et de Tor. » Gustine, concluait Laveaux, a suivi Timpulsion de Dumouriez ; quon analyse ses lettres et les compare avec les faits ; on verra qu'il se moque de la nation ; il faut rappeler Custine.
Il revenait à la charge le 26 juin, et dénonçait à la fois le représentant Haussmann et Gustine. Monsieur Haussmann, écrivait Laveaux, se faisait, dans le Bas-Rhin, rami,ravocat officieux de tous les hommes suspects ; il déclarait que, sacs Gustine, la République était perdue ; il remplissait la tribune des louanges de Gustine; il vantait les dispositions que le général avait prises pour défendre Mayence.Ne devait-il pas dire, au contraire, où passait l'argent que la vente des écuries, des meu« blés et des effets précieux de TÉlecteur avait rapporté à Gustine? Ne devait-il pas dire où étaient les procès-
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verbaux qui constataient l'état de situation de Mayence avant que Gustine eut abandonné la ville? Ne devait il pas dire pourquoi la maîtresse de Gustine, logée dans le palais du prince, Insultait à la misère du peuple par un équipage élégant, attelé de six chevaux? Gustine, ajoutait Laveaux, souhaite la reddition de Mayence pour dérober ses friponneries qui sont claires, évidentes, et c tous ceux qui le soutiennent, après sa conduite scélérate, sont véritablement ses complices * ».
Le surlendemain (28 juin) 11 critiquait de nouveau le luxe « asiatique » que Gustine étalait à Mayence, et il sMndignait qu'on vît un général républicain, chargé d'établir l'empire des sans-culottes, se promener dans le « char doré » de TElecteur, entretenir à grands frais une pimpante maîtresse, disputer au roi de Prusse « et les myrtes de Gylhère et les lauriers de la victoire ■ ».
Gustine entreprit de réfuter ce « calomniateur à deux sols 9 dans une lettre au président de la Gonvention. Laveaux lui reprochait des friponneries et des déprédations. Mais les comités de TAssemblée savaient que Gustine était un « homme intègre d et un « vrai patriote », et leur réponse aurait sans doute autant de poids que les déclamations d'un journaliste. Laveaux demandait où étaient les sommes d'argent qui provenaient de la vente des effets de l'Electeur et les procès-verbaux qui constataient la situation de Mayence. Mais les représentants Merlin et Reubell sortiraient un jour de la ville assiégée et rapporteraient toutes les pièces de comptabilité. Laveaux accusait Gustine d'avoir une maîtresse au su et au vu de Mayence. Mais cette accusation faisait rire de
> Journal de la Montagne, n* du 26 juin.
> ld,y n« du 28 juin.
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pitié tout être raisonnable. <i II existait, disait Gastine, une femme dans le palais électoral, à mon entrée à Mayence ; je l'ignorais et je ne l'ai appris que cinq jours après par la demande qu'elle me fit d'un entretien. J'éludai d'abord, mais vaincu par son opiniâtreté, je consentis à lui parler, et m'étant aperçu à son langage et à son maintien que celte femme était de ces intrigantes qu'on rencontre assez communément dans les résidences des petits princes allemand?, je la quittai brusquement et lui fis signifier le lendemain qu'elle eût à quitter le logis, et sur son opiniâtreté à vouloir rester, nonobstant mes ordres, j'usai môme de rigueur pour l'en expulser. En aurais-je usé ainsi envers une maltresse que j'aurais promenée pompeusement par la ville? Il est vrai que j'ai appris depuis que cette femme s'était affichée pour ma maîtresse et s'était prévalue du prétendu crédit qu'elle disait avoir sur moi pour faire des dupes et prendre de toutes maius*. »
Cette réponse ne radoucit pas l'impitoyable Laveaux. Il publia dans son Journal de la Montagne des notes qu'il recevait de l'armée du Rhin, une lettre de l'allemand Pai e, des observations d'un Jacobin qui représentait Custine comme un objet de haine pour tous les patriotes, le long mémoire d'un témoin oculaire qui rappelait, souvent avec vigueur et justesse, les fautes du géuéral Moustache, les Prussiens se saisissant de Francfort, les gaspillages et les malversations de notre administration en pays mayençais, la fusillade de Spire, Hanau manqué, les habitants de la Wetteravie et des bords du Rhin se prenant à détester la France, Hofmanu menacé d'être pendu, la déroute de Bingen et celle de Rùlzheim.
' Journal de la Montagne^ 4 juillet [lettre de GustÏDe datée de Cambrai et du 30 juio].
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De ces témoignages Laveaux tirait de terribles conclusions. Il comparait la retraite de Gusline à celle de Dumouriez : « Ces deux machines contre-révolutionnaires tiennent au même fil d'archal. Gustine ne mérite pas la confiance de la nation ; je le dis encore, et je le dirais même quand il remporterait des victoires », et le jour- Daliste ajoutait que si Gusline occupait le camp de Gésar, il n'était pas un Gésar, et que, s'il devenait Gésar, il finirait comme « cet exécrable Romain * ».
Vainement Duhem, un des commissaires de la Gonvenlion, défendait Gustine avec chaleur, et mandait à Gasparin, un des membres du Gomité de salut public, que le Journal de la Montagne causait le plus grand mal par ses dénonciations absurdes, que Gustine n'avait fait fusiller personne, qu'il avait des manières franches et qui plaisaient, qu'il dressait de bons plans, que ses entours étaient sûrs et que, si quelques officiers donnaient de l'ombrage, on devait les garder parce qu'on « avait besoin de talents ». Laveaux répondit à Duhem en le persiflant; il vanta la logique de Duhem, son esprit, son éloquence, sa pénétration extraordinaire, son jugement exquis sur les choses militaires ; seul, Duhem ne s'était pas laissé tromper sur le compte de Gustine ; seul Duhem avait su connaître à fond le général et lui rendre justice ; sa lettre lumineuse désabusait la France ; Duhem, docteur en médecine et représentant du peuple près l'armée du Nord, avait parlé, et sa décision était terrassante^ patriotes, jacobins, journalistes, allaient se rétracter et rougissaient ; Duhem approuvait Gustine et
^ Journal de la Montagne^ 29 juin, 5 et 6 Juillet (les hauts faits et gestes du soi-disaut républicain Gustine), 7 juillet [lettre de Pape employé à la correspondance secrète), 8-11 juUlet (mémoire sur le général Gustine fait par un témoin oculaire).
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ses manières et ses plans ; Duhem louait Gustine de livrer Mayence au bombardement, de ne s'ouvrir un passage vers cette ville qu'au mois d*août, et Laveaux terminait sa moqueuse réplique par cette exclamation : f Quand viendra le temps où le titre de représentant du peuple français n'inspirera plus Tétourderie, le ton trancbant, la vanité, le ridicule, Torgueil dégoûtant * ! «
Enfin, le 15 juillet, Laveaux reproduisait dans sa gazette une Adresse des Jacobins de Strasbourg à la Convention. La Société censurait les faits et gestes de Gustine en Allemagne ; elle lui reprochait son impéritie, ses actes arbitraires, ses façons despotiques ; et comme si elle-même eût été la gardienne des bonnes mœurs et un parangon de tempérance et de chasteté, elle protestait que Gustine n'avait ni la frugalité, ni Taustérité, ni la continence d*un vrai républicain; elle conjurait TAssemblée d'ôter au général le pouvoir énorme dont il était investi ; et Laveaux, commentant Tadresse des Jacobins strasbourgeois, déclarait qu*après tant de dénonciations et de preuves, après le cri unanime des patriotes, le Gomité devait destituer Gustine ; tout manifestait en lui sinon un coupable, du moins un suspect ; sa suspension serait le signal de la victoire ; elle rendrait leur vigueur aux départements de la frontière qu'il avait découragés *.
Avec Laveaux et Marat, Hébert, le rédacteur du Père Duchesne, animait Topinion contre Gustine. Lui aussi jugeait qu*on devait se passer des nobles et des talons rouges^ ft Quiconque, disait-il, n'a exercé que les plus
1 Journal de la Montagne , 13 juillet, n* 42 (Duhem à Gasparin et réponse de Layeaux).
* 7<^., 15 Juillet, D* 44 (adresse des jacobins de Strasbourg, 31 juin}.
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viles fonctions de l'antichambre, qui se croyait trop honoré de présenter les pantoufles au lever el au coucher de Togre royal, qui était obligé du matin au soir de faire le chien couchant et de ramper devant le plus méprisable des tyrans, qui, quand Sa Majesté riait, était obligé de rire, et de pleurer à chaudes larmes si le perroquet, le toutou, le minet d'une Pompadour, d'une Du Barry, d'une Antoinette ou d'autres guenons de cette espèce avait eu quelque accident, oui, le plat j... f
qui pendant toute sa vie n'a fait qu'un métier aussi dé* gradant, n'est pas digne de servir dans les armées d'un peuple libre. » Il s'étonnait que le Comité eût mis 'à la tôle des troupes un Gustine, un f< pilier de biribi » qui avait été dans la Constituante < le plus imbécile et le plus enragé avocat de la royauté », qui frappait les soldats t avec une verge de fer » et régnait sur eux par la terreur, qui traitait les Français comme des Allemands et comme un vizir n'oserait traiter des Turcs, qui ne voulait sous ses ordres que des généraux nommés par t l'infâme clique des Brissotins », et qui « bouffi d'orgueil, étouffant d'ambition, envoyait faire f le ministre et la Convention nationale. » Il nommait Cusline Dumouriez cadet et l'accusait de suivre de point en point l'exemple de son aîné, de désarmer les communes, d'enlever aux places leurs approvisionnements *.
II. A ces attaques des plus ardents jacobins et des journalistes attitrés de la Montagne se joignaient les insinuations malignes et parfois les inculpations virulentes que des commis de la guerre, Audouin, Sijas, et le secrétaire-général Vincent portaient contre Custine à la tri-
1 Lt Pire Ducheine, n» 251, 252 et 257.
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Lune du club de Paris. Ils étaient aux aguets, épiaient attentivement ses fautes et ses échecs pour les dénoncer aussitôt. Si du moins le général n'avait pas blessé Tamour-propre de Bouchotte I Mais de gaieté de cœur il suscita Tanimosité et la colère du ministre. Infatué de son mérite et plein de lui-même, irascible, souffrant avec impatience la plus légère contradiction, incapable de se posséder et de se maîtriser, abondant en son sens avec une imperturbable confiance, persuadé qu'il avait raison dans toute circonstance et que le Comité, le Conseil exécutif et la Convention devaient subir sa volonté, Custine traita Bouchotte avec une hauteur méprisante, et jamais commandant d'armée n'écrivit au ministre sur un pareil ton de rudesse et de violence. En vain son fils rengageait à garder dans les discussions et controverses le plus grand ménagement pour les personnes. Véhément, impétueux, se découvrant toujours, Custine, dit Gay- Vernon, ne savait cacher le moindre de ses mouvements intérieurs ni dissimuler une intrigue. Il s'opiniâtra ; sa bile s'échauffa et sa tête s'exalta ; il se crut indispensable; il s'imagina qu'à force d'injures et d'outrages il ruinerait le crédit de Bouchotte ; il voulut le renverser, le remplacer par un de ses amis, par La Marlière^ et luimôme eut un instant l'idée de diriger l'administration de la guerre, d'exercer ainsi sur les opérations militaires une sorte de dictature, d'imposer ses plans aux généraux et par l'impulsion qu'il donnerait aux armées, par l'ascendant qu'il aurait à Paris dans le Conseil exécutif et dans le Comité de salut public, par l'éclat de ses nouveaux services conquérir la puissance suprême. Ne s*était-il pas à demi-mot désigné comme le sauveur du pays ? Dès le mois d'avril n'avait-il pas dit que la France ne pouvait être tirée du péril que par un homme d'une
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âme pure et d'un grand caractère, que cet homme avait des ennemis, mais qu'en dépit des vils agitateurs il réussirait à inspirer la confiance par sa vertu et à prévaloir par Tutilité de ses plans * ?
Des escarmouches précédèrent la bataille entre le ministre et le général. Le 15 mai, Custine avait écrit de Wissembourg à Xavier Audouin qu'un capitaine de grenadiers, du nom de Gourdan, avait obtenu du ministère la permission de se rendre à Tarmée du Rhin dans deux mois, mais qu'il devait gagner son poste sur-le-champ ou être remplacé ; « jamais à la guerre, ajoutait Custine, je n'ai connu pour un oftlcier de prétexte ni d'obstacle. » Quelques semaines plus tard, il demanda que le lieutenant-colonel du 404®, Ledoux, atteint de maladie, pût aller aux eaux de Plombières ; Audouin lui répondit que Ledoux, de môme que Gourdan, ne pourrait avoir de congé, et qu'à la guerre il n'y a ni prétexte ni obstacle pour un officier*.
Bouchotte avait donné sans hésitation Hédouville et Tholmé à Custine. Mais il lui refusait Stengel et Le Veneur. Le brave Stengel, accusé d'avoir causé le désastre d'Aix-la-Chapelle, venait d'être acquitté par le tribunal révolutionnaire, et Custine désirait lui confier son avant-garde : Stengel, disait-il, avait de grands talents, un caractère décidé, la réputation d'un bon officier, l'estime et la confiance des troupes ; les hommes de cette trempe étaient si rares que le Conseil exécutif ne priverait pas de Stengel l'armée du Nord. Bouchotte répondit
> Wallon, ffist. du trib. révol., II, 566 ; Gay-Vernon (le père) à Berlhelray, 11 juillet (A. G.); Gay-Vernon (le fils), Cuttinc et Mouchard, 188; Mon., 14 avril; Déclar. de Vincent contre Custine, 32-33.
* Custine a Audouin, 15 mii et 14 juin, Audouin à Custine, 21 juin (A. G.).
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que Stengel était ■ hors de sa procédure », mais qu'on ne trouvait pas de motif suffisant pour le proposer, et au bout de plusieurs jours, il priait Stengel qui n'était pas inscrit sur la liste des officiers-généraux proposés par le Comité et agréés par la Convention, de séloigner des armées de la République à la distance de vingt lieues ^ Custine avait dès son arrivée demandé Le Veneur qui aurait le grade de général en chef de Tarmée du Nord. Le Veneur, assurait-il, lui était indispensable pour le remplacer et le suppléer durant ses tournées en Flandre. Laisserait-il Lamarche quarante-huit heures à la tôte des troupes? Le Veneur, d'ailleurs Tancien de Lamarche, était le seul sur lequel 11 comptait ; s'il n'avait pas Le Veneur, il ne pourrait courir le pays, visiter les cantonnements et les camps, reconnaître toutes les parties de son commandement. Mais Le Veneur n'était pas sur la liste des officiers employés parce qu'il avait tenu dans les premiers jours d'avril et après la défection de Dumouriez une conduite négative * ; Bouchotte répondit qu'il ne saurait le proposer et qu'il s*en référait au Comité. Custine, irrité, jura qu'il porterait ses plaintes devant la nation entière, c'est-à-dire devant les représentants, si le ministre lui refusait des coopérateurs nécessaires et Tempôchait de revivifier une armée détruite. Le Veneur vint à Paillencourt, et lorsque Custine s'absenta, il reçut des représentants Courtois, Befïroy et BoUet le commandement provisoire du camp. Bouchotte protesta. Le Comité blâma les commissaires. Mais Courtois, Bef-
1 Custine à Stengel et an Conseil exécutif, 8 juin ; à Bouchotte, 9 juin [et note de Bouchotte) ; Stengel au Comité, 20 juin (À. G.). " * Le 29 avril, Le Veneur avouait au Comité qu'il avait quitté son camp parce que les troupes se prononçaient pour Dumouriez et qaMl désespérait de les ramener. (Rec. Aulard, III, 523.)
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froy et Bollet répliquèrent que la désapprobation de leurs collègues les frappait de douleur et de surprise ; ils n'avaient pas voulu étendre leurs pouvoirs ni en abuser; ils connaissaient la situation de Tarmée, que le Comité ne connaissait pas et ne pouvait connaître; ils avaient dû nommer provisoirement un commandant en chef pour « prévenir un grand danger ]> ; ils ne tenaient pas à Le Veneur et ne tenaient à aucun homme ; si le Comité leur envoyait un général, ils révoqueraient leur arrêté. Le Veneur resla '.
Custine avait prescrit au commissaire ordonnateur Petitjean de verser dans les magasins de Douai, de Lille et d'Arras les approvisionnements des villes ouvertes du voisinage pour les mettre à Tabri d*un coup de main. L'administration des subsistances refusa de les livrer et informa le ministre. Bouchotte demanda des renseignements à Gusline ; il devait, disait-il, pour répondre aux administrateurs, connaître les motifs qui déterminaient Custine à prendre cette mesure. Le général eut un nouveau transport de colère. Une simple administration se permettait des observations semblables 1 Elle entravait des dispositions militaires 1 Elle faisait suspendre une opération essentielle ! Fallait-il lui communiquer tous les projets et, sur ses remontrances, arrêter Texécution des plans de défense et d*attaque ? Y avait-il rien de plus Datai aux intérêts de la République? a Je ne vous cache pas mon étonnement, écrivait Custine au Comité, que le ministre Bouchotte ait eu la faiblesse de déférer au vœu de Tadministration des subsistances et je vous prie de
^ Le représentant BelTroy au Comité de salut public, 11 juin; Courtois, BeÏÏToy et BoUet au Comité, 26 juin ; Custine à Bouchotte» 2 et 9 juin [A. G.).
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lui faire sentir combieD sa conduite ministérielle est fausse ^ 9
Custine avait chargé le chef de brigade Devrigny d'inspecter la cavalerie de Tarmée et Tinfanlerie de Tavant-garde. Sur son conseil, les représenlanls Bollet, Courtois, Delbrel et Duhem autorisèrent Devrigny, nommé général de brigade, à se faire livrer, dansTarrondissement soumis aux ordres de Custine, les selles, les brides, les harnais de TElat et des particuliers, les sabres, pistolets, fusils, mousquetons et autres armes propres à la cavalerie aiosi que les couvertures des chevaux. Devrigny devait en outre passer la revue de tous les corps de cavalerie nouvellement créés : ceux qui ne pourraient fournir la moitié d'un régiment capable de servir dans Tarmée, donneraient leurs chevaux, leurs armes et leurs harnais ; on ne leur laisserait que les harnais, armes et chevaux nécessaires à Tinstruction. Bouchotte se récria. N'était-ce pas un désarmement complet ? Que d'indemnités à payer 1 Que de sommes considérables à débourser 1 Et un seul homme, Devrigny, disposait de la propriété d'autrui, détruisait les corps militaires, pourvoyait à leurs besoins î Un pouvoir de telle étendue ne causait-il pas de Tinquiétude, et Devrigny n'était-il pas un aristocrate, le môme Devrigny que le club de Landau accusait d'avoir émigré ? Les représentants disaient à la fin de leur arrêté que le ministre de la guerre ferait sur-le-champ remplacer les objets qui auraient été pris. Mais, remai^quait Bouchotte, les représentants peuvent-ils prescrire des mesures au ministre? Est-il obligé d'adopter aveuglément ce que Devrigny aura fait et dicté? Sans se soucier des ob-
* Custine au Comité, 30 juin . [Â. G.).
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jections de Bouchotte, les commissaires soutioreDi et stimulèrent Devrigoy. Il rencontrait des difficultés à Fontainebleau : « Allez votre train, lui écrivaient-ils, nous sommes toujours disposés à seconder les opérations qui doivent concourir à sauver la pairie », et ils l'autorisaient, le requéraient d'enlever de Fontainebleau cinq cents chevaux qui seraient montés par les cinq cents braves du 2* hussards. Mais Bouchotte et Vincent rendirent coup pour coup. Bouchotte sommait Tinspecteur du dépôt des remontes de n'exécuter que les ordres du ministre, et de désobéir formellement aux réquisitions de Devrigny. Vincent lisait aux Jacobins un mémoire contre Devrigny et Gustine. Quoi, disait-il, Devrigny, ce monstre qui o joignait à l'impudente jactance de sa caste toute la brutalité et Timmoralité d'un satrape », était chargé par son digne maître de désarmer les départements de la frontière ! Il recevait pleins pouvoirs des représentants pour a consommer ce forfait politique » I II avait le droit de connaître toutes les ressources nationales, de les employer à sa guise, et sans doute pour servir les projets de Gustine ! Il venait à Fontainebleau et à Gompiègne trancher du souverain, menacer, suspendre les envois^ gêner et contrarier de grands arrangements ! Et les commissaires de la Gonvèntion ordonnaient à Bouchotte d' « accélérer les marches contrerévolutionnaires » de Gustine et de Devrigny, son complice ! Non, ajoutait Vincent, Gustine ne devait pas conduire plus longtemps des troupes françaises. N'avaitil pas, dans une lettre fameuse, décerné le titre d'Altesse et de pacificateur du monde au duc de Brunswick * ? N'avait-il pas de la sorte « imprimé son arrêt et appliqué
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sur, son âme de boue le cachet de Tinfamie?]» Et cet esclave commandait les deux armées les plus imporlaDtes de la République! Il combattait les rois 1 II faisait la guerre à ce Brunswick qu'il flagornait! Et la nation ii*avait pas encore arraché des camps ce brigandy ce nouveau Dumouriezt c Elle n'arait pas encore donné mille échafauds à ce tyran, à ce barbare plus coupable mille fois que les tyrans les plus sanguinaires I » Gustine. concluait Vincent, c peut en un jour mettre sa patrie sur le bord de Tabime. Qu'aucun républicain ne se repose que Gustine n'ait été frappé du glaive de la loi M »
Une affaire plus grave et plus retentissante mit aux
' Des Bruslys a Gustine, 4 juin ; lettre de Bollet, Gourtois, Delbrel et Duhem, 16 juin, et note de Bouchotte; lettre des mêmes à Devrigny, 22 juin ; Bouchotte à Tinspecteur des remontes, 10 juin ; mé^ moire de Vincent aux Jacobins (A. G.), et Déclaration contre Gustine, 9; Gharavay, Camot^ II, 411 (éiats de services de Devrigny qui fut suspendu le 30 juillet 1793 et mourut à la Martinique le 28 juillet 1803). Les jacobins de Landau accusaient Devrigny, dans une lettre du 12 juin au Comité, d'avoir donné la bastonnade à un volontaire, d^avoir traité de la façon la plus dure et la plus humiliante un sergentmajor du 21* d'infanterie, d'avoir dissuadé les habitants de Spire de prôter le serment civique, d'avoir un instant émigré ; c il joint, disait le club, à ces différentes inculpations un péché d'origine ; c'est un ci-devant marquis et il en a toute la jactance ; ses principes contrerévolutionn aires, son incapacité, sa brutalité reconnue le rendent tout à fait indigne de commander aux défenseurs de la République *. Le nom de Devrigny fut cité plusieurs fois dans le procès de Gustine. L'agent Gâteau le traite de bavard et de fanfaron, d'aristocrate fieffé, de chevalier du poignard, et son collègue Garnerin lui reprocha d'avoir vexé les soldats. Gf. deux lettres de Gâteau et de Garnerin à Bouchotte (21 et 24 mai) ; ils assurent que Devrigny s'est fait nommer colonel du 12* régiment de cavalerie par une intrigue, tandis que le véritable colonel était malade ; qu'à Landau où il était commandant amovible, il a tenu la même conduite que son patron Gustine ; c intrigant par état et par caractère, impérieux, insolent, brutal, ambitieux, sans talent et d'une morgue dont Tancien régime fournit peu d^exemples ■, tel est Devrigny.