‹ ValenciennesChapitre 14 sur 24 · VALENCIENNES ET CONDE · texte numérisé non relu

VALENCIENNES ET CONDE

I. Condé. — Le général Nestor. — Mesures de défense^ — La famine. — Capitulation. — Entrée des Aatrichiens. -> II. Siège de Yalenciennes.

— Ferrand. ^ Boillaad et Beaurgard. — Tholosé et Dembarrère. — - Cochon et Bries. — La garnison. — Régiments de ligne, cavalerie, artillerie. — Inexpérience et indiscipline. — Hauteurs qui environnent Yalenciennes. — Comité de siège et Conseil de guerre. — Mesures urgentes. — Proclamations. — Cérémonie du 30 mai. — Lettres, chansons et pièces patriotiques. — III. Le duc d'York et.Ferraris. — L'armée de siège. — Le front de Mons choisi pour point d'attaque. — Prise de Marlj. — Sommation. — Bombardement. — Sortie du 17 juin.

— Incendie de l'arsenal et de la tour Saint- Nicolas. — Deuxième et troisième parallèle. — L'artillerie française. —L'armistice du 16 juillet,

— Explosion des mines et attaque du 35juillet. — Découragement de la garnison. — lY. Attitude de la population et de la municipalité. — Attroupements et insurrections. — Journée du 36 juillet. — Soulèvement des habitants et des soldats. — Refus de service. — Pillage des magasins. — La capitulation. — Scènes scandaleuses. — Sortie de la garnison. — Entrée des alliés. '— Aspect de Yalenciennes. — La garnison à l'intérieur. — Reflexions sur la défense. — Camot. — Bries et Robespierre. — Ferrand et Tholosé. — Y. Oobourg prend possession de Yalenciennes au nom de l'empereur. — La Jointe. — Restauration partielle de l'ancien régime. — Impuissante colère des émigrés.

I. Il reste à raconter ce que deYinrent à quelques lieues de Tarmée du Nord impuissante et immobile, les deux places de Yalenciennes et de Condé.

Condé aYait pour gouYerneur le général Chancel que

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les soldats nommaient le général Nestor^ non pas à cause de son âge — il venait d'atteindre la quarantaine — mais parce que Nestor était son prénom. Elève du génie en 1771, capitaine d'infanterie en 4780, capitaine-adjoint aux aides maréchaux-des-logis de Tarmée en 4784, lieutenant-colonel en 4791, adjudant-général-colonel en 4792, chef d'état-mbjor d'Arthur Dillon au camp de Pont-sur- Sambre, Chancel avait été promu général de brigade le 3 février 4793. Dampierre, qui le regardait comme un excellent patriote, lui donna le commandement de Gondé : Chancel, écrivait-il, c a quelque connaissance dans le génie, et je ne doute point qu'il ne fasse tout ce qui dépendra de lui pour défendre cette ville ». Néanmoins il ajoutait que Chancel, étant de petite santé, ne pouvait tenir campagne. Bouchotte, alarmé, fit arrêter par le Conseil exécutif que Chancel paraissait plus propre à servir dans la ligne et qu'un autre officier le remplacerait à Coudé. Mais Condé était déjà bloqué *.

Abandonnée à elle-même depuis les malheureux combats du \^^ et du 8 mai, la forteresse devait capituler tôt ou tard. Mais Cobourg ne voulait pas ruiner les ouvrages d'une ville dont il comptait faire sa place d'armes. Il savait que les Français n'avaient pas eu le temps de rapprovisionner et il espérait l'avoir par la famine. Le prince de Wurtemberg se contenta d'investir Condé avec quatre bataillons, quatre compagnies et huit escadrons.

Chancel tint aussi longtemps que possible et fit une très hoQorable défense. Condé, situé au confluent de la Haine et de l'Escaut, lirait sa principale force des inondations qui l'environnaient sur les trois quarts de son

* Charavay, Carnot, II, 106; Trahison de Dumouritz^ 19i ; Dampierre à BouchoUe, 10 et 13 avril [À. G.) ; Rec. Âulard, 111, 191.

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pourlour et ne laissaient à l'assiégeant qa'im seul point accessible. ActiYement secondé par le capitaine du génie Du Gaignean, Chancel prit toutes les précautions x>oiir porter les inondations à leur plus grande hauteur, pour garantir les écluses du moindre accident, pour conserver la manœuvre des eaux dans les fossés du front d'attaque. Le jour de rinvestissement, le 9 avril, il rompait le pont de la chaussée de Thivencelles et rompait les digues de la Haine et de TEscaut. Tous les ponts entre le corps de place et les dehors furent réparés et terminés. La redoute du Jard fut palissadée et son chemin couvert, prolongé jusque sur la rive du Bas-Escaut, fut garni d'une batterie protégée par un grand épaulement. Les terrassements des redoutes et des autres ouvrages, encore informes et singulièrement dégradés par les pluies de rhiver, furent mis en état. Les Impériaux avaient construit deux batteries qui canonnaient le fort de Thivencelles ; on leur opposa sur la route de Thivencelles, près du pont de la Haine, une batterie qui leur Interdit les approches du fort. Ils avaient établi cinq batteries au village de Fresnes et Ton craignait qulis ne fissent quelque entreprise sur les forts du Mazis et du moulin de Fresnes ; on coupa la chaussée de Fresnes entre ces deux forts, et pour que l'adversaire ne pût profiler du cours de l'Escaut et battre en fianc les deux ouvrages, on coula dans la rivière trois bateaux pesamment chargés. La place ne renfermait pas de souterrains et le soldat n*avait pas d*abri pour se reposer tranquillement; on fit des blindages avec les arbres des remparts et des jardins de Croy; après n'avoir eu d'abord que trois toises de blindage, la forteresse en avait cent quatrevingt-six à la fin du siège.

Dans la dernière semaine du mois de juin, les subsis»

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tances commencèrent à manquer. Chaque homme ne recevait plus que onze onces de pain, deux onces de cheval, une once de riz et deux tiers d'once de suif. Le service était pénible et beaucoup de soldats tombaient malades. Ghancel conseillait la patience et la résignation. Mais le Conseil de défense, voyant qu'il ne restait plus de vivres que pour quatre jours, décida de capituler. Après avoir inutilement demandé la permission d'envoyer tin courrier à la Convention et à Custine pour gavoir ce qu'il devait faire, Chancel, reconnaissant que sa garnison était épuisée de fatigue et de faim, rendit Condé le 40 juillet aux conditions suivantes : la place serait livrée aux Impériaux avec son artillerie qui comptait 403 pièces, ainsi que toutes ses munitions; les troupes seraient prisonnières de guerre ; la compagnie de canonniers de la garde nationale qui servait activement et recevait une solde comme les canonniers de ligne, serait également prisonnière, mais aurait Condé pour prison et serait échangée ou rançonnée la première ; les officiers de tout grade conserveraient leur épée \

Le 43 juillet, au matin, la garnison sortit de la place avec les honneurs de la guerre. Arrivés à un quart de lieue, devant la maison Le Cocq, les républicains déposèrent leurs armes, bataillon par bataillon, et abandonnèrent leurs drapeaux. La plupart ne cachaient pas leur émotion. Quelques-uns baisèrent leur fusil, et, suivant l'expression d'un témoin oculaire, avec la môme ardeur

& Witzleben, II, 220. Il y avait à Coadé 4,009 soldats et 277 officiers. Les quartiers-maîtres, les chirurgiens-majors, les aumôniers et les caporaux-fourriers furent renvoyés aux avant -postes français. • Malheureux Français, leur disaient des officiers autrichiens, n'allez pas dans votre pays où vous n'avez rien à espérer ; il est maintenant <en feu 1 •

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que s'ils avaient quitté pour toujours leur bien aimée. A las la cocarde tricolore, leur criait-on ; ils répondirent en arrachant la cocarde de leur chapeau et en rattachant sur leur cœur. Leur fureur éclata lorsqu*apparut, comme pour insulter à leur défaite, un escadron de ces hussards de Bercheny que Dumouriez avait entraînés dans sa fuite, c Devait-on, écrit à ce propos un officier prussien, exciter au plus haut degré par les moyens les plus recherchés l'exaspération déjà si grande des deux partis et n'est-ce pas agir avec beaucoup de bassesse et dMnconséquence ? » Cependant Ghaucel s'efforçait de calmer sa garnison^ lui remontrait qu'il fallait se rendre ou mourir de faim, et que la capitulation n'était pas déshonorante. Mais le sang qui bout aux Français, dit un des assiégeants, l'emporte ordinairement sur la froide raison *. Un canonnier, outré de colère, jeta son fusil à terre et accabla les Impériaux d'injures et de malédictions. Ils lui firent administrer cinquante coups de bâton.

L'entrée des Autrichiens dans Condé n'eut rien de gai et de triomphal. L'idée que la famine seule leur ouvrait la ville et que leur conquête, selon le mot de Du Bois du Bais, ne leur coûtait ni un grain de poudre ni une goutte de sang, Taspect des soldats français qui ressemblaient à des spectres, des bourgeois hâves et livides, des femmes qui tendaient la main pour obtenir un morceau de pain de munition, tout cela n'était pas fait pour gonfler d'orgueil le cœur des victorieux. On vit des Kaiserliks endurcis par la guerre et accoutumés aux scènes les plus efi*royables, s'apitoyer sur les habitants de Condé, plaindre et secourir leur misère. Ces barbares

> Ueber dcn Feldtug der Preuste», 342.

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Autrichiens, comme les nommaient les gazettes parisiennes, donnèrent leur pain aux affamés et leur argent aux pauvres de la ville*.

II. Le 23 mai, à quatre heures de Taprès-midi, lorsqu'il avait vu les redoutes de Famars emportées dès la première attaque, Lamarche était rentré dans Yalenciennes et avait fait appeler le général Ferrand qui commandait la place. Valenciennes, disait-il en présence des commissaires de la Convention, serait sans doute bloqué pendant la nuit ; Ferrand resterait chargé de la défense de la forteresse et devait prendre sans retard toutes les mesures nécessaires pour soutenir un siège *.

^ Ueier den Feldzug der Prettssen, 283, 340 ; précis du capitaine du géoie Du Gaigneau, 2 juillet (A. G.] ; Àîon, du 11 août; détails donnés par Fouqueteau à Hoche {Mon. du 25 juillet) ; Notes hist.^ de Delbrel, 37 ; Foucart et Finot, I, 536-537; 11, 307-310 [lettre du lieutenant prisonnier Doré).

* Cf. sur le siège de Valenciennes en 1793, parmi les documents allemands, Schels, 51-53; Gesch, der Kriege^ II, 48-50; Witzleben, II, 209-221 et surtout Unterberger, Taghuch der Belagerung und Bombardirung der framOsischen Festung Valenciennes (sans date, 84 pages), et parmi les documents fraoçais, outre les pièces de la capitulation, le Journal du Comité de siège, le mém. de Tbolosé et celui du lieutenant Dementhon (A. G.) 9 outre le très solide chapitre de Foucart et Finot, I, 463-577, le Rapport fait à la Convention par Cochon et Briez, suivi de la relation de Dembarrère, 114 pages; le Précis historique du siège de Valenciennes, par un soldat du bataillon de la Charente (Desmarest, le futur chef de la haute police sous Napoléon), an II. 76 pages ; Texier de la Pommeraye, Relation du siège et du lomhardement de Valenciennes, 1839 ; l'opuscule de Ferrand « Précis de la défense de Valenciennes en 1793 t (!'• édit. 1305, et 2* édit. sur papier jaune, 1834) ; mais cette relation est très inexacte et, pour ainsi dire, sans valeur ; Ferrand estime à 30,000 (au lieu de 6,000) le nombre des projectiles ennemis qu'il fit ramasser, assure qu'il fut assiégé par 130,000 combattants, que 25 à 30,000 ennemis se jetèrent sur le chemin couvert dans la nuit du 25 juillet, que le feu fut très vif le 26 juillet, etc. Il est vrai que, lorsque Ferrand composa son récit, il n'avait plus ses papiers saisis par le Comité de sûreté générale. Ces papiers que nous avons consultés (A. N. F^ 4735) renfer-

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Ferrand élsil né le 46 septembre 4736 à La Caussade, près de Monflanquin dans FAgeuais. Lieutenant au régiment de Normandie en 4746, et capitaine en 4755, il avait eu part aux campagnes de la guerre de succession d'Autriche et de la guerre de Sept-Ans. Blessé grièvement au combat de Glostercamp, 11 obtint la croix de Saint- Louis. Il était major-commandant de Valenciennes depuis 1773, lorsqu'un décret de la Constituante supprima les états-majors des places. Mais les habitants de la ville lui déférèrent le commandement de leur garde nationale, et le 20 août 4792, il fut nommé provisoirement par Dumouriez maréchal-de-camp à Tarmée du Nord. Il menait Taile gauche à Jemappes, et bien qu'il reçût une contusion à la jambe et que son cheval fût tué sous lui, il resta sur le champ de bataille et combattit à pied durant toute l'action. Toutefois, s'il avait fait preuve de bravoure militaire, il n'avait montré ni décision ni énergie. Il n'eût pas enlevé Quaregnon, si Dumouriez n'avait dirigé le mouvement des troupes, et lorsqu'il dut attaquer l'extrémité droite de Jemappes, il s'engagea maladroitement sous le feu des redoutes autrichiennes dans des prairies marécageuses, pleines de fossés, et il fallut que Thouvenot vînt enflammer les bataillons et les lancer à l'assaut du village. Dumouriez, jugeant que le zèle et le courage de Ferrand dépassaient ses forces, lui confia le commandement de Mons. Là, Ferrand organisa l'annexion ; le 14 février 4793, il présidait l'assemblée électorale de Sainte- Waudru où cent cinquante jacobins votèrent l'incorporation de Mons à la

ment, avec le mémoire insignifiant d'un volontaire de Loir-et*Cher, et des lettres diverse^:, le Journal du siège ; ils nous ont été indiqués par M. Tuetey, sous-chef de section aux Archives nationales, qui joint la plus grande obligeance à la Ecience la plus ttue.

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France, et il assurait que ce jour qui voyait la réunion de deux peuples libres était le plus beau jour de sa rie. Aussi fut-il promu définitivement général de brigade le 8 mars suivant. Le 26, 11 quittait Mons et allait de nouveau commander Yalenciennes. Il bésita quelques instants lorsque le grand-prévôt Lescuyer voulut, au nom de Dumouriez, arrêter les commissaires et se saisir de Yalenciennes ; sitôt qu'il sut que la population et la garnison prendraient parti contre le vaincu de Neerwinden, il fit acte de soumission aux représentants qui vantèrent son civisme. Le 45 mai, il devenait général de diviàion. Mais il était trop faible et trop usé pour gouverner une ville forte de premier rang. Defrenne disait justement qu'il ne semblait pas a avoir beaucoup de nerf T» et qu'on devrait le mettre à la retraite ou l'envoyer dans une place reculée. Vétilleux, méfiant, Ferrand désirait tout faire et tout voir par lui-même, entrait dans les plus petits détails, donnait des ordres à de simples subalternes, posait en personne des gardes sur les remparts. Parce qu'il habitait Yalenciennes depuis vingt ans, il se croyait capable de diriger seul le service des fortifications et considérait les officiers du génie et de l'artillerie comme des agents passifs qui devaient accepter sa volonté. Il n'était que major de place, et n'était pas autre chose. Il n'avait aucune conpaissance technique. Sans cesse il parlait de l'établissement des pièces, du système des mines, de la manœuvre et du jeu des eaux ; mais il ne savait pas appliquer tous ces moyens à un objet déterminé et ne les exposait, ne les énumérait que d'après des ouï-dire et sur le rapport da ses subordonnés. Nul n'était moins propre à tenir dans sa main tous les ressorts de la défense. Un seul trait peint ce caractère méticuleux et timoré. Aux premiers jours

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du siège, les canonniers ne réprimaient guère renvie de chatouiller l'adversaire dès qu'il paraissait dans la plaine, et ils tiraient sur le moindre peloton qu'ils découvraient au loin. Ferrand leur reprocha de perdre leur poudre et d'indiquer la position et la portée de leurs batteries ; à Tentendre, on ne devait canonner les assiégeants que lorsqu'ils commençaient leur deuxième parallèle ; mais s'il avait fait dès le commencement le même feu qu'il fit plus tard, il aurait singulièrement ralenti les travaux du génie autrichien. Il n'y eut donc dans la résistance, comme dit un des combattants, c ni plan suivi, ni prévoyance pour deviner les desseins de l'ennemi, ni conceptions grandes et hardies pour les déconcerter* ».

Heureusement Ferrand fut secondé par des hommes braves et expérimentés, non point par le général de division Blacquetot, malade et âgé*, mais par les géné-

* Jemappes^ 91, 244 ; Trahison de Dumouriez, 180«184 ; CI>aravay, Carnot, II, 242 ; mémoire de Tholosé ; Précis^ 44 ; Defrenae à Bouchotte, 22 et 27 avril (A. G.)* Jean-Henri Becays, dit Ferrand ou Ferrand de la Caussade, lieutenant au régiment de Normandie, à Tftgede diat ans (18 novembre 1746), réformé (21 mars 1749), replacé lieutenant (13 octobre 1750), capitaine (1*' septembre 1755], major à Valenciennes (28 juillet 1773\ général de brigade (8 mars 1793), général de division (i5 mai 1793), arrêté sur une déclaration faite par Lescujer, rois en liberté le 18 thermidor an II par le Comité de Salut public et autorisé à demander sa retraite, préfet de la Meuse-Inférieure de 1802 à 1804, sous le Consulat, mort à La Planchette, près de Clichy-la-Garenne, le 28 novembre 1805. 11 s^était marié à Valenciennes avec Anne-Michelle Mauroy, fille d*un ancien receveur général et particulier des domaines du roi pour la province du Hainaut.

* Blacquetot écrit au ministre Bouchotte (29 Juillet 1793, A. G.) qu'il a été t bloqué subitement > à Valenciennes, que sa maison a été brûlée, écrasée ; qu'il a trouvé un abri à l'Hôpital-général avec sa femme, dans un souterrain profond où il y avait déjà trente-six personnes, qu'il a eu la dysenterie, qu'une bombe, tombée près de lui, a bltssé son oreille et provoqué une esquinancie humorale, qui lui

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raux de brigade Boillaud^ et Beaurgard*, par le commandant temporaire de la place Mougenot et son adjoint le chef de bataillon Fieffée, par le major de siège Boussin, par les deux officiers du génie Tholosé et Dembarrère, par les colonels des régiments de ligne Batin, Le Brun et O'Keeffe, par les commandants des bataillons de volontaires Richon, Lecomte, Gambin, Le Féron, Géraud

cause de vives douleurs a la gorge et lui ôte presque l'usage de la parole ; il reste donc à Valenciennes sous le bon plaisir du duc d'York ji|squ*au rétablissement de sa santé. Le 16 août, il fut suspendu par Bouchotte, mais Ferrand le déclare * brave et lojal militaire • (p. 23, de la relatjon imprimée de Ferrand).

^ Boillaud (Jean) né à Dijon, le 4 août 1738, et fils d'un commisgreffier des États de Bourgogne, soldat au régiment de Vaubécourt [24 mai 1758-11 novembre 1760), entré dans la gendarmerie^ compagnie des Bourguignons [13 février 1761) , réformé avec ce corps (1^' avril 1788), capitaine faisant les fonctions de lieutenant de la 80* compagnie des vétérans militaires nationaux à Dijon (19 janvier 1790), élu lieutenant-colonel du bataillon des grenadiers volontaires de la Côte-d'Or [5 septembre 1792), promu général de brigade, le 15 mai 1793, au siège de Valenciennes, et, comme il dit, en face de l'ennemi et à Temboucbure du canon. Au sortir du siège, il demanda et obtint un congé pour rétablir sa santé ; je suis, écrivait-il au ministre, c exténué, chargé d'incommodités t. Mais il n'eut plus de service actif, et il ne cessa d'être prisonnier de guerre qu'après le traité de Lunéville. Le 24 septembre 1793, il fut nommé inspecteur-général des remontes, puis, en cette qualité, attacbé à Tarmée de Rhin-et-Moselle (25 prairial an IV). Le 6 frimaire an VI, il était chargé de présider le Conseil de revision de la 18« division militaire. Boillaud, admis à la retraite le 24 mars 1801, mourut à Dijon le 1«' octobre 1809.

* Le vrai nom de Beaurgard est Woirgard. Mais toujours il se nomma Beaurgard et, avant la Révolution, à ce qu^il semble, de Beaurgard. Sa famille était originaire de Baie. Victor Beaurgard naquit à Metz, le 16 octobre 1764. Il s^engageait pour six ans, à Boulogne-sur-Mer, en août 1782, au régiment suisse de Diesbach [compagnie de Travers) et devenait caporal en juin 1784, et sergent en février 1785. Il se rengagea à Bapaume, pour deux ans, en août 1787, dans le même régiment, mais racheta son congé en janvier 1788. Il vivait à Elbeuf lorsqu'il fut élu, le 16 janvier 1792, lieutenant en premier au 1" bataillon des volontaires de la Seine - Inférieure ; le 14 mars suivant, il était adjudànt-major, et le tO septembre de la

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et Léchelle. Tholosé, Dembarrëre» Le Brun, Balin, RicboD firent durant le siège les fonctions de général de brigade et servirent en ligne alternativement, comme Boillaud et Beaurgard. Lecomte, Gambin, Le Féron et Géraud furent nommés commandants temporaires de la place, et Lécbelle commandant temporaire de la citadelle. De tous les défenseurs de la ville, Tbolosé * et Dembar-

mfime année, lieutenant-colonel en second. Il assista aux batailles de Jemappes et de Neerwinden. Après la défection de Dumouriez, il fat nommé général de brigade, le 12 avril 1793, par les représentants du Bois du Bais et Briez, qui le déclarèrent t ardent républicain et mi~ litairo aussi brave qu'intelligent >, et confirmé dans ce grade, le 18 avril, par Dampierre. le 30 avril, par le ministre de la guerre. A peine sorti de Valenciennes, il commanda les troupes du département de l^Aisne. Mais on disait, assez justement, que les Autrichiens ne feraient pas de grftce à ses soldats parce qu'il était prisonnier sur parôle, et on Taccusait d^avoir de l'orgueil, de commettre des actes arbitraires, de faire tirer le canon pour annoncer la naissance de son filleul et d^alarmer ainsi tous les environs. Suspendu le 18 vendémiaire an II, réintégré le 30 thermidor et employé à l'armée de rOuest, sous Canclaux, qui demeura son ami et son patron, et qui le dit un € brave et très bon officier, ayant des connaissances en tactique et fortification >, réformé le 25 prairial an III, remis en activité à l'armée de l'Ouest, le 14 fructidor an 111, dénoncé par le général Goffin et destitué par Hoche, le 10 pluviôse an iV, pour avoir favorisé le pillage et Pindiscipline, acquitté par le Conseil militaire qui déclara que les inculpations portées contre lui avaient toutes le caractère de la calomnie et de la vengeance, réintégré et traité comme officier réformé, le 8 pluviôse an V, remis en activité le 12 thermidor an VII et envoyé à l'armée du Rhin, admis de nouveau au traitement de réforme de son grade, le 1^' prairial an IX, nommé commandant d'armes à Alexandrie, en Italie, le 22 pluviôse an X, réformé encore le 17 fructidor an X, après que le général Barbou eut signalé sa « conduite indiscrète et tracassière t, ainsi que • certains écarts i et • absences d^esprit auxquels il était sujet >, réemployé dans la 12« division militaire à La Kocbelle (17 avril 1809), commandant la brigade de dragons du K« corps de l'armée d'Espagne (19 juin 1809), Beaurgard (ut tué à Valverde, près Badajoz, le 19 février 1810.

i Tholosé (David-Alexis), né le 20 février 1736, à Castelnaudary — son père était avocat au Parlement et fut, plus tard, maire de la ville, — Eous-lieulenant-élève à l'École de l'artillerie et du génie de

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rère ' étalent les plus habiles et les plus actifs. Ils instruisirent les officiers de la garnison, leur firent une école de théorie, leur montrèrent, d*après des tracés en grande comment il fallait tenir dans les fronts attaqués de la place. Tholosé rédigea sur la défense des chemins couverts un mémoire qui fut approuvé par Ferrand et remis à tous les chefs de corps pour leur servir de règle de conduite. C'est à lui que les représentants auraient donné le commandement de Yalenciennes, si Ferrand avait succombé.

La Fère (26 janvier 1758), lieutenant en second à TÉcole du géoie de Mézières (4 septembre 1758), ingénieur (!*' janvier 1760), capitaine (30 décembre 1769), employé à Bouchain (20 janvier 1777), détaché à réquipage du génie de l'armée de Normandie et de Bretagne (8 juin 1779), major (25 mari 1788), lieutenant-colonel à Douai (1*' avril 1791), directeur intérimaire des fortifications à Lille en 1792, envoyé à Bruges (21 février 1793}, colonel directeur des fortifications à Yalenciennes (8 mars 1793), mis en état d'arrestation (7 août 1793), sorti de prison (5 août 1794), directeur des fortifications à Besançon (4 septembre 1794), confirmé gécéral de brigade (17 octobre 1794), directeur des iortifications à Arras (24 avril 1795), inspecteur-général des fortifications (13 juin 1795-21 janvier 1800), directeur des fortifications à Lille (19 avril 1800), commandant du génie à Pexpédition de Saint- Domingue (20 mars 1802), mort de la fièvre jaune 12 juillet 1802.

1 Dembarrëre (Jean) était noble de par son père, messire Jean- François Dembarrère, conseiller du roi et juge criminel a la sénéchaussée de Bigorre. Il naquit à Tarbes^ le 3 juillet 1747. Lieutenant en second a PËcole de Mézières en 1768, ingénieur le 1" janvier 1770, capitaine le 1*' janvier 1777, général de brigade et employé à Tarmée de l'Ouest le 17 août 1793, général de division et inspecteur-général des fortifications le 16 février 1794, passé dans la ligne le 13 juin 1795, commandant des places de Luxembourg et de Metz en 1797, et de l'armée d^Angleterre, par intérim (23 juin-11 juillet 1799], rentré dans l'arme du génie (28 mars 1800), réformé (27 avril 1801), nommé de nouveau directeur des fortifications (21 mai 1801), rétabli général de division et inspecteur-général des fortifications (18 décembre 1801), retraité (10 mai 1805), chargé d'organiser les cohortes du premier ban de la garde nationale de la 11* division militaire (20 mars 1812;. Dembarrère mourut, ftgé de quatre-vingta ans et huit mois, à Lourdes, le 3 mars 1828. Il était oncle de Barère.

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Cinq commissaires de la ConventioD, Du Bois du Bais, Briez, Bellegarde, Cochon et Courtois, étaient à Valenciennes lorsque l'armée du Nord évacua le camp de Famars. Ils convinrent, aux termes des décrets, de se diviser : trois d'entre eux suivraient Tarmée; les deux autres, tirés au sort, s'enfermeraient dans la place. Briez avait été procureur-syndic à Yalenciennes ; il était, pour ainsi dire, de la ville ; il connaissait Tesprit des habitants; il consentit à demeurer, et celui auquel échut le dé, fut Cochon ^

Cochon, député du département des Deux-Sèvres, était un homme intelligent qui devait être ministre de la police du Directoire et Tun des meilleurs préfets de Napoléon. Il montra pendant le siège le plus grand courage : il s'efforça de rallier les soldats dans la nuit du 25 juillet; tous les jours, une fois et souvent deux fois, il visita les hôpitaux et parut aux batteries, aux ouvrages avancés, aux palissades, aux postes les plus périlleux'.

Briez fut accusé de mansuétude envers ses conci-^ toyens. Il savait mieux que Cochon compatir à leurs peines et trouver pour eux des accents de pitié. C'était néanmoins un républicain sincère, et il déploya la môme fermeté d'âme que son collègue. Le commandant des pompiers avait donné sa démission sous prétexte que les pompes étaient hors de service et que ses hommes refusaient de marcher. Briez prit la direction du corps des pompiers ; il le réorganisa, le composa de grenadiers de la garde nationale et de soldats de la garnison ; il obtint de Ferrand que chaque bataillon lui fournît dix volontaires ; il installa sur la grande place, près de THÔtel-de-

* Lettres des représentants, Mon. 26 mai ; Pr^cis^ 16. > Eaj)po}it 17, 19-20.

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ville, un atelier de serruriers et d'ouvriers de tout genre qui travaillèrent jour et nuit à réparer les pompes.

Les deux députés aidèrent Ferrand dans ]a mesure de leurs forces, et ils purent dire à leur retour, avec une juste fierté^ qu* « il n'est pas donné à tous les hommes d'afiFronter de pareils dangers pour le salut de son pays, Tamour de son devoir et la dignité du caractère dont on est revêtu ». Ils n'intervinrent aucunement dans les opérations militaires, et ne voulurent jamais partager sur ce point la responsabilité du général. Ils assistèrent aux séances du Comité de siège pour se convaincre par euxmêmes de Tensemble des dispositions et de l'accord qui régnait entre les chefs; mais ils ne donnèrent jamais leur opinion et ne signèrent pas les délibérations. En revanche, ils mirent leur nom au bas des procès-verbaux du Conseil de guerre qui ne traitait que des affaires générales et administratives. Ils se prodiguèrent tous deux et firent preuve d'une extrême vigilance. Par de nombreuses et utiles décisions, ils prirent des mesures et précautions de toute sorte pour assurer les subsistances, pour rétablir les fours écrasés par l'incendie et les moulins à eau arrêtés par l'inondation ou avariés par les bombes, pour régler le service des hôpitaux, pour fournir des secours aux indigents, pour remédier aux maux les plus pressants et parer à la disette des choses de première nécessité. Ils répondirent aux doléances amères et passionnées des habitants qui se plaignaient de la destruction de leurs demeures, de la perte de leur mobilier, de la mort de leurs parents, non par le châtiment et l'appareil des supplices, mais par la douceur. Au lieu d'exaspérer les esprits et de les porter aux extrémités du désespoir, ils aimèrent mieux les calmer et les ramener à Tobéissance par la persuasion. Au lieu d'ulcérer les

248 VALBNCIBNNBS

cœurs, ils préférèrent les alléger, les réconforter. Ils craignaient de soulever une population de trente mille citoyens et tout en mêlant quelquefois les menaces aux consolations, ils se plièrent aux circonstances et ne firent la guerre qu'au dehor?. < Surveiller jour et nuit, disentils dans leur Rapport ^ contenir les malveillants, encourager les bocs, soulager les pauvres et les affligés, tels ont été nos principaux moyens, et tout autre ne nous eût pas si bien réussi ^ »

La garnison se composait de dix-sept bataillons*. Elle n'était pas assez nombreuse pour faire de grandes sorties et défendre une place aussi considérable que Valenciennes. Pris au basard dans Tarmée du Nord à la veille du siège, les bataillons étaient faibles , incomplets , inexercés, et il fallut, durant les trois premières semaines du blocus, tout le zèle et toute Tactivité des officiers supérieurs pour leur donner un peu de vigueur et d'énergie.

Les trois régiments de ligne Daupbîn, Royal Comtois, Dillon, avaient plus de pratique que les volontaires ;

« Rapport, 42, 49-52. 52-53.

* Les deux bataillons du 29* (Dauphin), le 73* (Royal-Comtois), le 87* (Dillon), 1«' bataillon de la Côle-d'Or, 1" bataillon de Loir-el- Cber, 1«' bataillon de la Charente, !•' bat. des grenadiers de Paris, !•» bat. de Majenne-et-Loire, !•' bat. des Deux-Sèvres, 1" bat. de la Nièvre, 1*' bat. de la Seine-Inférieure, 1*' bat.' des Gravilliers, le bat. des grenadiers de la Côte-d^Or, 2« bat. de TËure, 4* bat. des Ardennes, 2^ bat. permanent de Valenciennes , en tout : 7,900 hommes; — deux détachements du 25* et du 26« régiment de cavalerie, nommés aussi dragons de la République, comprenant 300 hommes ; — deux détachements du 1*' et du 3» régiment d'artillerie ; quatre compagnies de canonniers, formées par les habitants de Valen* ciennes; une compagnie de canonniers de Douai; huit compagnies d'artillerie parisienne, en tout 800 hommes ; — total de la garnison : 9,000 hommes.

VALKNGIKNNES ET CONDÉ 249

mais lin mauvais esprit les animait. Le 5 juillet, ils présentaient a au nom de la garnison i> une adresse signée par neuf hommes de chacun des trois régiments ; ils voulaient faire alternativement avec les volontaires le service sûr et tranquille de la citadelle ; ils préten*daient que les hlessés étaient mal soigoés dans les hôpitaux, demandaient que Ferrand et les députés de la Convention se missent à la tète des troupes qui marchaient chaque nuit aux palissades *.

Les détachements du 25<^ et du 26» régiment de cavalerie s'insurgèrent au mois de juillet. Ferrand se rendit à leurs campements. Le 26», confus et peiné, protesta qu'il serait fidèle à la loi et quMl ferait son devoir. Mais le 25», excité par des motionnaires, ne montra pas le moindre repentir. Le général le déclara sur-le-champ indigne de combattre pour la République et lui interdit tout service pendant deux jours".

L'artillerie n'avait pas un nombre suffisant de mortiers, d'obusiers et de pots à feu. Deux cents canonniers au plus avaient assez de savoir pour soutenir un siège, et ce furent les seuls qui supportèrent tout le danger» qui réparèrent à Tinstant les pièces démontées et les embrasures dégradées. Le reste consistait en novices qui n'avaient que de bonnes intentions'.

Sans cesse, dans son Journal, Ferrand se plaint de Tindiscipline et de l'inexpérience de ses troupes de toutes armes. Il se plaint le 16 juin : <r beaucoup témoignent du zèle; d'autres, un grand relâchement; quelques-uns,

* Journal du siège, 5 juillet ; Rapport, 18-19 ; Ferrand dit qu'il traita les pétitionnaires comme des camarades égarés et qu'il leur pardonna lorsqu'il les vit t pénétrés de leur faute ».

* Journal du siège, 7 et 8 juillet.

< /(/., 21 et 22 juin, 2 juillet.

250 VALKNdBNMBS

beaucoup de crainte >. Il se plaint le 47 juin : durant la nuit, Tennemi creuse un boyau de tranchée sur Pangle saillant de l'ouvrage à corne de Mons, et les bivacs se replient sans avertir personne, et, sous prétexte qu'elles n'ont pas de munitions, les batteries ne tirent pas dès la pointe du jour. Il se plaint le 20 juin : la garnison, dit-il, ne connaît ni les ouvrages de la place ni la manière de les défendre. Il se plaint le 23 juin : les troupes ont la meilleure volonté et le zèle le plus vif, mais elles ne sont pas formées. Il se plaint le 24, le 25, le 27 juin : un nombre assez considérable de soldats se livre à Tivrognerie, au pillage, et le tribunal, établi pour juger sommairement les délinquants, ne statue pas d'exemples: Il se plaint le 30 juin : la plupart des militaires n*ont que peu d'instruction, et Ton n'a pas chance de résister longtemps, si la garnison n'est pas sûre; ni les artilleurs ni les postes du chemin couvert ne harcèlent les assiégeants qui sont à vingt-cinq toises des palissades et qui réparent tranquillement les parapets sans crainte de s'exposer. Il se plaint le 4*' juillet : malgré ses ordres réitérés, beaucoup de soldats, même des officiers s'enivrent, et les troupes ne font pas feu sur le front des travaux d'approche. Il se plaint le 2 juillet : sa garnison se décourage, se cache derrière les palissades sans inquiéter l'adversaire qui n'est qu'à quinze toises, et vainement le Conseil de guerre décide que tous ceux qui s'enivreront seront tondus et rasés, puis chassés de la place ; quantité de volontaires se grisent pour être expulsés : « ce sont des républicains, écrit Ferrand, ils l'ont juré, mais sans éducation nationale. > Il se plaint le 3 juillet : chacune de ses tournées n'offre à ses yeux que des actes de désobéissance ; mais peut-on punir tous les coupables? Il y en a tant! Il se plaint le

VALENCIENNBS ET GONDÂ 251

7 juillet : Géraud, chef du balaillon des grenadiers de Paris, est complètement ivre lorsqu'il se présente aux palissades ; il faut le casser, puis le lendemain, à la prière de son bataillon, le réintégrer. Il se plaint le 17 juillet : des hommes du 29« régiment et des volontaires de Loir-et-Cher tiennent des propos Inciviques. Du premier jour au dernier, et avec la plus forte insistance, il recommande aux chefs, aux officiers, aux simples soldats de ne laisser entrer ni sortir personne ; du premier jour au dernier, en dépit de ses remontrances et de ses injonctions répétées, les gens sortent de Yalenciennes sans difficulté, sans obstacle, en alléguant qu'ils vont couper de l'herbe *.

Ajoutez à toutes ces causes de désorganisation le désordre qu'apportait la foule tumultueuse des réfugiés. Yalenciennes avait été si rapidement cerné qu'on n'eut pas le temps de renvoyer les suspects, les étrangers, les boulangers et les agents de la manutention, les conducteurs des charrois, les soldats qui s'étaient jetés dans la place après la déroute de Famars. On répartit tous ces fuyards et traînards dans les bataillons de la garnison. On les incorpora surtout dans le bataillon permanent dit bataillon de Yalenciennes. Mais ils devaient se joindre aux attroupements séditieux et prêcher à leurs camarades l'insurrection *.

Enfin, le terrain môme où était assise la forteresse de Yalenciennes ofiFrait à la défense de très graves désavantages. Sans doute, l'Escaut alimentait les larges fossés des remparts, et les inondations pouvaient être tendues en amont et en aval dans une spacieuse vallée.

1 Journal du sièfçe, aux dates indiquées.

s Dembarrère, 100; Rapport^ 2; relation imprimée de Ferrand, 40.

252 TALBNCIBNNES

Sans doute rassiégeant, forcé d*agir sur les deux bords, devait partager son armée ainsi que son parc d'artillerie en deux tronçons, et pour aller d*nne rive à Tautre, sans s^exposer au canon de Tassiégé, ouvrir des chemins avec une peine infinie sur un sol mis sous l'eau et entièrement amolli. Sans doute, la ville n'élait attaquable que de deux côtés, à l'ouest où se trouvait sa citadelle et à l'est sur le front de Mons. Mais elle est dominée sur ces deux points par des mamelons qui sont à douze cents mètres du corps de place. On aurait dû fortifier ces hauteurs. Le 44 octobre 4792, le rédacteur de VArçus représentait dans une adresse à ses concitoyens que Yalenciennes ne pourrait résister à un bombardement dirigé des monts d'Ânzin et du Roleur; il demandait que la garnison s'établit sur ces deux coteaux et y mit de l'artillerie pour interdire l'approche de la ville; il priait les habitants et les paysans des environs de s'armer de pelles et de pioches pour y élever des retranchements, y dresser des batteries et préserver ainsi Yalenciennes des horreurs que subissait Lille, alors investi par le duc de Saxe-Teschen^ Mais Ferrand avait répondu dès le lendemain dans une lettre au rédacteur du journal, que s'il y avait autour de Yalenciennes neuf à dix éminences d'où les ennemis jetteraient aisément des bombes et des boulets rouges, il ne pourrait les fortifier qu'à grands frais ; que ces éminences, vigoureusement défendues pendant le jour, seraient emportées durant la nuit par un adversaire plus nombreux ; qu^elles avaient d'ailleurs en face d'elles de très bons cavaliers pourvus de mortiers et de la plus grosse artillerie ; qu'il lui paraissait plus utile de conserver la garnison dans la

« es. Bêtraite de Brunswick, 242-250.

VALBNCIENNBS ET CONDÉ 253

place et de battre avec tous ses canons les endroits où se posterait l'assiégeant '.

Ferrand et les commissaires prenaient cependant les mesures les plus urgentes. Un Comité de siège, exclusiyement chargé des opérations militaires, s'assembla tous les matins. Un Conseil de guerre, sur qui roulaient les détails de l'administration, de la police et de la discipline, se réunit tous les deux jours; il était présidé par Ferrand et se composait des officiers-généraux, des chefs de corps, des administrateurs militaires, des représentants du peuple, des membres du Directoire du district et de la municipalité, du président et de deux membres de la Société populaire qui n'avaient pas droit de vote. Mais, dit un des clubistes, il n'y eut jamais beaucoup d'ordre et de suite dans les séances de ce Conseil, et peu ou point de discussion. On y traitait des questions étrangères à sa compétence, et quelquefois Ferrand et les commissaires réglaient de leur propre autorité des affaires importantes que le Conseil aurait dû décider*. Les chefs de corps témoignaient à Ferrand la plus grande déférence et se souvenaient qu'ils délibéraient devant leur général ; Ferrand condescendait toujours aux désirs des représentants *.

On fit tendre les inondations. Celle de la Khonelle était déjà faite ; on forma celle de l'Escaut qui devait diviser les quartiers de l'assiégeant, préserver de toute agression la partie la plus vulnérable de la place et fournir en plusieurs endroits aux manœuvres^d'eau qu'exigeait la défense. On hâta les travaux des mines, les palissadement?,

> Foucart et Finot, I, 466-467.

* Comme le renvoi de M™* Mellelier,

> Pr(fci8, 22-23.

254 YALKMCIKNNBS

les blindages. On tua oa enfouit les quatre cinquièmes des chevaux '. On fixa le prix du blé, du pain, de la bière et des denrées de nécessité. On interdit aux aubergistes et cabaretiers de donner à boire après neuf heures du soir.

Briez et Cochon avaient déjà fait payer par la caisse de Tarmée une somme de 130,000 livres qui fut affectée aux approvisionnements de la ville. Le 2& mai, ils annoncèrent le blocus à la population : mais, ajoutaient-ils, ils restaient avec elle pour partager ses dangers et sa gloire ; ils comptaient que Yalenciennes ferait, comme Lille et Thionville, une sage et vigoureuse résistance ; ils menaçaient de réchafaud quiconque oserait parler de capitulation. Cinq jours plus tard, dans une nouvelle proclamation, ils disaient aux citoyens que Yalenciennes était une des clefs principales de la France, un des premiers boulevards de la République, et leur rappelaient les dispositions du décret du 31 août 1792 sur la reddition de Longwy : chacun verrait dans cette loi la règle de ses devoirs et le châtiment réservé aux lâches.

Le 30 mai, sur la grande place, dans un amphithéâtre au centre duquel éiait dressé Tautel de la patrie, les représentants répétaient et faisaient répéter à la garnison et au peuple le serment de mourir sous les ruines de la ville plutôt que de se rendre. La cérémonie fut imposante, pleine d'éclat et d'appareil. A chaque angle de Tamphithéâlre, quatre pièces de campagne. Le fond de Fautel, tendu de blanc. Sur le faite et les côtés, des oriûammes aux trois couleurs et les emblèmes et attributs de la liberté; sur le pourtour^ des guirlandes bleues et rouges,

* On ne pensa pas à les manger, comme firent les Majençais, et, d'ailleurs, beaucoup de citoyens cachèrent leurs chevaux et les nourrirent avec du pain (Précis, 9 ; Rapport^ 74).

VAI.BNCIBNNBS BT CONDÉ ^55

toutes les fleurs du mois de mai, de magnifiques tapis et entre autres une tapisserie admirable du xv® siècle qu'on avait extraite pour la circonstance de Tancien greffe des Werps et qui représentait un tournoi. Une foule innombrable remplissait la place et les rues adjacentes. Des dames coquettement parées se montraient aux fenêtres pavoisées de drapeaux. Le beffroi où flottait également l'étendard national, regorgeait de spectateurs, et les curieux s'étaient établis jusqu'au dessus de sa coupole. A trois heures, des coups de canon, tirés de la citadelle, annonçaient rarrivée des autorités qui s'installaient dans l'amphithéâtre. La musique joua le Ça ira et des airs patriotiques ; elle accompagnait les voix d'un chœur de jeunes hommes et de jeunes filles, toutes vêtues de blanc et ceintes d'un large ruban tricolore. Les tambours battirent un ban et les deux représentants, levant la main droite sur le livre de la loi, prononcèrent l'un après l'autre le serment. Tous les généraux, les commandants, les membres des administrations, les députa tions des bataillons et de la garde nationale prêtèrent le même serment aux commissaires, à Ferrand et à leurs chefs. Un citoyen le prêta pareillement au nom du peuple entier. On chanta la Marseillaise, et au dernier couplet, les assistants, mettant un genou en terre, répétèrent le refrain aux cris redoublés de : Vive la France! Vaincre ou mourir! La scène était indescriptible; tambours, clairons, fanfares, clameurs populaires, salves d'artillerie, tout cela formait un bruit confus et immense qui saisissait l'âme et la pénétrait d'une émotion profonde, c Les cltoyens*soldals et les soldats-citoyens, disaient les représentants, offraient le spectacle de Tunion la plus intime et la plus fraternelle, t On s'efforçait ainsi, suivant l'expression du temps, de

S5€ TALBNCIKNNBS

manier au plus haat degré Tesprit public. Des lettres gaies et patriotiques, signées du Père Duchesneetadressées, la première aux bons lurons, la deuxième aux peureux, la troisième aux indifférents de Yalenciennes, furent répandues dans la Tille. Des poètes du cru composaient des chansons et de joyeux couplets :

Nous Toilà bloques ici.

Les filles le sont aussi, Il nous en est arrÎTé D'Anzin, de BeuTrages ; Les plus belles ont quitté Pour nous leurs villages.

Les laides et les mamans Restent là pour les houlans.

Le théâtre joua plusieurs fois des pièces républicaines comme BrutuSy Guillaume Tell^ le Siège de Lille et la Ligue des Tyrans '.

IIL Maître du camp de Famars, Gobourg avait partagé ses forces. Il avait mis 24,000 hommes devant Yalenciennes et couvrait le siège avec 20,000 autres. 40,000 étaient à Hérin où se trouvait le quart 1er- générah Le reste, en avant-garde, occupait Denain ou s'éparpillait sur TEcaillon et la rive droite de TEscaut, à Gurgies, à JenlalD, à Yillerspol. 8,000 Hessois et 7.000 Impériaux arrivèrent sous les murs de Valenciennes au milieu du mois de juillet. Ils furent répartis entre les deux armées ; celle de siège compta désormais 30,000 hommes^ et celle d*observalioD, 39,000.

L'armée de siège était confiée au duc dTork. Il avait demandé la direction de l'entreprise et promis le con-

« Rapport^ 5 ; Précis, 7 ; Journal dt la Montagne^ 9 sapt.

VALBNCIENNKS ET CONDÉ 257

cours de 45,000 Anglo-Hanovriens. Gobourg accepta la propositioDy uon sans inquiétude. Il marquait au duc ainsi qu'à ses deux frères les plus grands égards et mettait, suivant le conseil de Mercy, dans les attentions qu'il leur témoignait, un ék peu de cajolerie et de recherche ». Mais il se défiait de York et des troupes britanniques qui n'avaient aucune expérience de la guerre de sièges. Il décida que York ne dirigerait ropératlon que nominalement et il lui donna comme lieutenant le t'eldzeugmestre Ferraris, homme froid et prudent. Dans des instructions secrètes, datées du 27 mai, Gobourg pria Ferraris de regarder Tarmée de siège comme la sienne propre, de faire retrancher le camp, d'y mettre les troupes nécessaires, de régler tout le service et d'en référer ensuite au duc d'York qui devrait exécuter ses dispositions. Le général- major baron d'Unterberger fut chargé de commander Tartillerie et TiDgénieur colonel baron de Froon, le génie ^

Le duc d'York établit son quartier général à Estreux et Ferraris, à Onnaing. 48 bataillons et 10 escadrons autrichiens, sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant comte d'Erbach, campèrent de Saultain à Beuvrages par Saint-Saulve et Anzin. 14 bataillons et 42 escadrons hanovriens, sous le maréchal Freytag et ses lieutenants Wallmoden, Hammerstein et Oyerhausen, occupèrent Aubry et Saint-Léger sur la rive gauche de TEscaut et les hauteurs de Famars sur la rive droite ; ils se liaient aux Impériaux et leur position s*étendait de Beuvrages à Anzin. 7 bataillons et 6 escadrons anglais, sous les généraux Abercromby, Lake etDundas, tenaient l'espace compris entre Famars et Saultain.

1 Witzleben, II, 211 et 225; Schels, 48; Thûrheim, Briefe, %1 «t 93.

▼ALXNGZBNNBS. 17

258 YALBNCIBNNBS

L*armée de siège divisée par TEscaut formait donc deux parties qu'il fallait unir en aval par des ponts et en amont par des digues. Le lieutenant-colonel Zach, du corps des pionniers, commença dès le 25 mai Tinstallation de trois digues dans le vallon inondé. La première menait de Famars à Trith par Fontenelle et parut superbe à tous ceux qui la virent ; Français et alliés vantent unanimement la solidité de Touvrage, son exécution belle et bardie K La deuxième digue, plus rapprocbée de la ville, conduisait à Saint-Léger. La troisième allait de Maing à Trith. En aval de Yalenciennes, trois chemins de communication, tracés par le capitaine Delaing, partaient d*Onnaing, de Gilbert et de Saint-Saulve ; les ponts furent établis par le major Hohenbruch qui s'était signalé dans la guerre contre les Turcs.

On hésita longtemps sur le point d'attaque. Le colonel anglais MoncrifT proposait de donner Tassant. Ferraris déclara qu'il ferait un siège régulier. Ses conseillers et auxiliaires, Froon, Unterberger et le major de Vaux pensaient d'abord à tourner leurs efforts contre la citadelle parce qu'elle présentait un front étroit et que la nature du terrain environnant favorisait Touverture de la tranchée et la construction des batteries. Mais ils surent que les fossés de la citadelle pouvaient èlre à volonté remplis d'eau par le moyen décluses bien couvertes, que ses ouvrages et glacis avaient d'exceU lentes mines pratiquées d'après les méthodes nouvelles, et ils craignirent de s'engager dans une guerre souterraine longue et difficile. Ils aimèrent mieux assaillir le côté opposé de la place, depuis le faubourg de Marly jusqu'au bastion Poterne et à la porte de Mons. Si ce

* Fersen, II, 78 ; Précis, 62 ; Dembarrère, 101,

YALENCIBNNES ET CONDÉ ^9

front, dit front de Mons, offrait quantité d'ouvrages, 4 bastions, 4 cavaliers, 3 ravelins, 2 contregardes, un grand et un petit ouvrage à corne avec leurs ravelins et quelques lunettes, on n'y rencontrait que très peu de mines, et elles étaient à Tancienne mode ; on y trouvait des fossés dépourvus d'eau et un sol avantageux à rétablissement des tranchées et des batteries; on pouvait voir de loin^ grâce à Taménagement défectueux de plusieurs ouvrages, une bonne partie de leur maçonnerie et la bombarder vigoureusement; enfin, on était près du grand parc d'artillerie, placé en avant d'Onnaing, sur la route de Mons ; près de la ferme où Ton avait logé le laboratoire d'artifices ; près du château où Ton avait déposé les poudres. On négligea donc la citadelle, et au milieu de l'attaque formidable que subit Yalenciennes, elle ne souffrit presque pas et n'essuya le canon de lennemi que dans les derniers jours du siège. Mais pouvait-elle se soutenir dès que la ville serait emportée ? Elle n'avait aucun ouvrage; elle touchait aux maisons mêmes et n'en était séparée que par un fossé. A peine aurait-elle résisté trente-six heures; au premier instant, elle eût été battue en brèche sans obstacle K

Le 26 mai, au point du jour, les assiégeants, menés par le général Kray, attaquèrent le faubourg de Marly. Ce faubourg, situé au pied des glacis, en avant de la porte Cardon^ avait sa droite appuyée à l'inondation de la Rhonelle et sa gauche flanquée par le canon de la ville. On l'avait retranché à la tète et aux issues pour disputer à l'ennemi les premières approches. Beaurgard y commandait. C'était un brave soldat et un patriote

* Tagbueh d'Unterberger, 11-12; Tb.ûrheim, Briefe, 89; Précis, 36; Rapport, 57,

t60 VALENCIBKKBS

ardent, mais, disait Tholosé, officier de deux ans et officier-général de deux jours; il prétendait que les retranchements qu'il avait élevés résisteraient longtemps, que Marly causait au duc dTork plus d'inquiétudes que Yalenciennes, et, montrant à sa troupe une couche de melons, il promettait de les manger là, sur place, en pleine maturité. En cinq heures, la fameuse redoute fut conquise : de toutes parts, du Rôleur, de la Briquette, du mont Ouy, les boulets y roulaient comme d'euxmômes. Beaurgard s'échappa sans attendre l'assaut et n^eut que le temps de sauver son artillerie K

Les assiégés étaient refoulés dans Yalenciennes et trois semaines plus tard, dans la nuit du 43 au 44 juin, après avoir fait d'immenses travaux pour protéger les tranchées, les digues et les ponts contre Tinôndation, et construit les ouvrages qui formaient la ligae d'investissement, après avoir vu arriver au camp 420 pièces de gros calibre et des approvisionnements de toute sorte, le génie autrichien ouvrait la première parallèle, de Saint-Saulve à l'Escaut par Marly.

Le 44 juin, à midi, un trompette sommait Ferrand et la municipalité de rendre la place. Le duc d'York annonçait au général que le siège serait meurtrier et enlraîaerait inévitablement la ruine de Yalenciennes, et il invitait les municipaux à prévenir par leurs conseils et leur inûuence non seulement la destruction d'une cité florissante, mais la perte de leurs propriétés et de leur existence. Ferrand se contenta d'envoyer au prince une copie du serment qu'il avait prêté le 30 mai avec les habitants et les soldats. La municipalité hésita, et quolques-uns de ses membres demandèrent s'il était né-

» PiiTcis, 9; Dembarrère, 100.

VALKNCIENNKS KT CONDÉ S6!

cessaire de répondre. Mais GochoQ et Briez étaient présents : ils mirent un, dit un des assiégés, aux lenteurs bourgeoises ; ils déclarèrent que le silence des autorités civiles imprimerait sur elles une tâche ineffaçable; euxmêmes, ainsi que le procureur d& la commune, Hamoir du Groisier, rédigèrent une réponse. Celle de Ilamoir parut trop polie; celle de Briez sembla trop longue; celle de Cochon, courte, ferme, énergique, fut adoptée à l'unanimité : • Nos propriétés et notre existence ne sont rien auprès de notre devoir ; nous serons fidèles au serment que nous avons fait conjointement avec notre brave général et nous ne pouvons qu'adhérer à la réponse qu'il vous a faîte. »

Le bombardement s'ouvrit sur-le-champ. Les alliés, sachant que la bourgeoisie était nombreuse et que des casemates à l'abri des bombes n'existaient pas dans la place, avaient résolu de diriger leur feu le jour contre les fortifications et la nuit sur la ville : ils incendieraient ainsi Valenciennes en plusieurs endroits ; ils détruiraient une partie des vivres et des magasins de la garnison ; à force de projectiles, ils fatigueraient le peuple qui demanderait bientôt la capitulation.

La première bombe, partie d'Anzin, éclata dans la rue de Tournay et ne blessa personne. L'aide-de-camp Lavlgnette qui se trouvait là, resta ferme sur son cheval, sans faire le moindre mouvement, et les bourgeois qui l'environnaient crièrent: Vive la Natio^t, Mais à minuit les bombes et les boulets rouges causaient un tel dommage dans le quartier que les habitants l'abandonnèrent *.

Le 47 juin, Ferrand remarqua que les ennemis avaient

* Rapport, 7 ; Précis, 12,

262 YALBNGIENNBS

fait durant la nuit deux boyaux de tranchée et qu'ils redoublaient d'activité pour arriver promptement à un chemin creux qui régnait sur tout le front d'attaque et qui servirait à rétablissement de leur deuxième parallèle. Il décida d*opérer une sortie : deux pelotons, chacun de cent cinquante hommes de bonne volonté, se porteraient dans les tranchées, égorgeraient à la baïonnette tout ce qu'ils rencontreraient, feraient sur les fuyards une décharge meurtrière, puis se replieraient en bon ordre sur la place tandis que les cinquante travailleurs qui suivaient chaque détachement, renverseraient les ouvrages. La sortie eut lieu le môme jour, à cinq heures et demie du soir. Deux pelotons de cent cinquante hommes, composés en grande partie de soldats du 29» régiment et de volontaires de la Nièvre et de Loir-et-Cher, marchèrent vers les deux boyaux de tranchée, c Gourez, leur avait dit Beaurgard, courez sur ces bougres-là, jusqu'à leurs retranchements et né tirez que quand vous y serez. » Soldats et volontaires s'élancèrent pôle-môle. A cette vue, les pionniers autrichiens détalèrent, t Nous courions, écrit un des assaillants, comme si nous voulions les attraper, et ils couraient aussi, tant qu'ils avaient de jambes; moi, à mon particulier, j'eus bien du plaisir à les voir se sauver, mais quand nous fûmes près de leurs derniers retranchements, il y en avait là eh force embusqués ; ils firent une décharge sur nous ; les balles nous entouraient comme de la grôle. » Les républicains rentrèrent précipitamment dans le chemin couvert. Leur attaque n'avait duré que quinze minutes et ils ne perdaient que deux des leurs. Ce fut la seule sortie des assiégés. Les journaux de Paris la donnèrent au public pour une héroïque prouesse et prétendirent que Valenciennes était un autre Mayence, que la

vàlenciennes bt gonds 263

garnison avait, dans une vigoureuse expédition, exterminé les troupes qui gardaient la tranchée, conquis les batteries, encloué ou pris treize pièces, et tué deux généraux ! Le duc d'York éclata de rire en lisant ces fables et, pour se moquer des patriotes, il fit insérer dans un obus non chargé le numéro du Courrier français qui rapportait ces fantastiques exploits ; mais Tobus ne fut pas fouillé et on ne sut que plus tard cette plaisanterie du prince '.

Le 48 juin, le rempart, de la porte Cardon au bastion Poterne, fut battu par quarante canons et trente mortiers avec une telle violence qu'il ressemblait à un long cimetière où Ton aurait creusé des milliers de fosses. Le bastion Poterne fut quelque temps abandonné et les soldats le nommaient entre eux la porte du duc d'York. 4,000 bombes et 600 boulets rouges tombèrent pendant la nuit sur la ville et de leurs boyaux, les canonniers impériaux entendaient les cris et les plaintes qui s'élevalent dans Vàlenciennes *.

Le 19, l'ennemi édbouchait par quatre endroits et, s'avançant en zigzags vers le chemin creux, commençait, malgré des pluies abondantes, les travaux de la deuxième parallèle *.

Le 20, Tarsenal de Vàlenciennes devenait la proie des flammes. On ne put arrêter l'incendie qui dura quatre heures. Quatorze mille fusils se trouvaient chargés et placés horizontalement sur des chevalets^ de sorte que

*■ Journal du siège, 17 juin; mém. d'un volontaire de Loir-et- Cher (A. N.); Précis, 17-18; Dembarrère, 103; Mon, du 30 juin (lettre de Cbérin et discours de Gossuin] ; Tagbuch^ 24.

» Précis, 28; Witzleben, II, 214; Tagbuch, 24.

s Dembarrère, 103; Taghuch, 24-25; on jeta, dans cette nuit du 19 au 20 juin, 800 bombes et 480 boulets rouges sur la ville.

264 VàLKNCIBNNBS

les balles allaient frapper les maisons voisines et ceux qui s'approchaient. Tout fut réduit en cendres ou calciné : fusils, mèches^ sacs à terre, pelles et pioches, affûts et roues de rechange, armes et ustensiles. On ne sauva que des pots à feu qu'un intrépide canonnier osa chercher au péril de sa vie. Les assiégeants jetaient des bombes sur le brasier pour écarter les secours et criaient des tranchées Vital et Vicioria *.

Le 24, nouveaux désastres. Sous Taverse et dans la fange qui leur montait à la cheville et qui les obligea d'employer jusqu'à deux cents hommes pour traîner et pousser une seule pièce, les alliés se hâtaient d'achever la deuxième parallèle, et sur certains points ils étaient à trois cents pas des saillants du chemin couvert. Ferrand constatait avec douleur que les bastions du corps de place avaient prodigieusement souffert, que la crête des parapets se dégradait, que les murs étaient criblés de coups de canon. Les bombes et les boulets rouges ne cessaient de pleuvoir sur la ville. L'hôtel du gouverneur s'écroulait. L'église Saint-Nicolas brûlait avec sa tour. On dé-

^ L^arsenal fut établi désormais au Collège. Mais la perte, dit Dembarrère, était • irréparable et de la plus grande conséquence pour la défense >. Les représentants croyaient que des malveillants avaient mis le feu à l'arsenal; ils semblent accuser Monestier, directeur de rartillerie ; mais Monestier s'était brûlé la cervelle le 16 juin, parce quMl avait eu dans le Conseil de guerre une vive discussion avec Co- ' cbon. Ce dernier l'avait menacé : f J'ai les yeux ouverts sur vous, et je surveillerai de près votre conduite. > Monestier, écrit Ferrand, dans son Journal, m^avait < paru fort mélancolique et très préoccupé depuis quelques jours ; sa partie était négligée et je lui avais plusieurs fois témoigné mon mécontentement >. Le général le remplaça par le capitaine Joseph Lauriston, qui fut assisté du capitaine Georgin. Ce Georgin, disent les représentants, « contribua infiniment à réparer tous les maux qui résultaient de Pincendie de Tarsenal ». {Bapport^ 11, 45; Dembarrère, 104 ; Foucart et Finot, 1^ 514 ; Jotumal du siège.)

TALBNCIBNNBS BT CONDB Î65

couvrait du haut de cette tour les tranchées des coalisés dans toute leur étendue. Aussi, depuis le début du bombardement, s'efforçaient-ils de détruire Tédifice. Mais les pompiers avaient réussi chaque fois à éteindre le feu. L'ennemi fut plus heureux dans la nuit du 21 au 22 juin. Tous les secours furent inutiles. L'église entière s'embrasa ; son toit s'effondra ; les cloches s'abattaient sur les voûtes qu'elles brisaient avec un épouvantable fracas; du clocher montaient d'épaisses colonnes de fumée à travers lesquelles perçaient des jets et des tournoiements de flammes ; on apercevait distinctement et mieux qu'en plein jour les ouvrages des Austro-Anglais.

Le 22 juin, les assiégeants déterminaient la position des batteries dans la deuxième parallèle. Peu à peu ils s'approchaient des palissades et déjà les Français s'armaient des fusils de rempart pour atteindre les servants.

Le 23, Ferrand écrivait dans son Journal que si les ennemis continuaient à bombarder la place comme ils faisaient depuis dix jours, il ne resterait pas un vestige de Yalenciennes, et le surlendemain, dans la journée du 25, une des « plus destructives », où deux cçnts maisons au moins étaient abîmées par le canon, il ajoutait que si la République ne lui portait une prompte assistance, j

toute la ville serait foudroyée avant une semaine. ]

Le 26, les bombes accablaient les quartiers où logeaient <

les troupes, et la garnison, contrainte d'abandonner ses J

casernes, allait camper dans les ouvrages où n'arrivaient pas les projectiles. Un canonnier désertait et annonçait aux alliés que leur feu produisait les effets les plus redoutables et que tout Yalenciennes attribuait cette jus- | tesse et celte puissance de tir aux émigrés de l'ancien corps royal de l'artillerie. « Voilà, s'écriait Unterberger, le raisonnement habituel des Français ; ils pensent

266 VALENCJBNNES

qu'eux seuls voient avec deux yeux et que les aulres ne voient que d'un seul œil I »

Le 27, les cinquante-trois pièces des douze batteries de la deuxième parallèle tiraient avec une telle vivacité, que la terre, comme secouée, tremblait aux environs. Unterberger assure que le spectacle était effrayant et que le retentissement de tant de bouches à feu, le sifflement de tant de bombes, de boulets et d'obus, le choc et le heurt de tant de projectiles contre les murailles et les remparts, le crépitement qu'ils faisaient en tombant sur les maisons, auraient saisi de frisson et d'horreur le courage le plus froid. Ferra nd marque dans sa relation manuscrite que l'adversaire démonte plusieurs pièces et ne cesse d'avancer, que le peuple se décourage, qu'une moitié de la ville est écrasée et l'autre fort endommagée ^

Dans la nuit du 28 au 29 juin, les Autrichiens, poursuivant le cheminement de leurs tranchées, poussaient quatre boyaux au-delà de la deuxième parallèle et se dirigeaient d'un côté vers les saillants de l'ouvrage à corne de Mons et de sa demi-lune, de l'autre vers le saillant de la lunette de Saint- Saulve : ils opéraient ainsi deux attaques qui devaient se soutenir mutuellement, l'une contre le grand ouvrage à corne, le grosses Eornweri, Tautre contre les ouvrages en avant du bastion et de la courtine de Poterne. Dès le 3 juillet, ils étaient à douze toises des saillants du chemin couvert et ils commençaient aussitôt la troisième parallèle en usant des procédés ordinaires de la sape. Ils ne purent former leur établissement au pied du glacis qu'après plusieurs jours, tant à cause de la pluie que parce que les incendies allumés dans la ville éclairaient leurs travaux. Mais ils terminaient leur troi-

1 TaghMcK 26-33 ; Journal du siège ; Tçxier, 68-69.

YALBNCIENNBS BT GONDS 2G7

sième parallèle dans la nuit du 5 au 6 juillet, et bientôt dix nouvelles batteries, s*unissant à celles de la deuxième parallèle, couvraient les ouvrages extérieurs de projectiles de toute sorte, de grenades, de pierres, de pavés arrondis. Elles ruinaient nos défenses, écrit Dembarrère, et bouleversaient les parapets. Elles battaient le bastion de la courtine de Poterne, dont les revêtements étaient vus du dehors, et la brèche, dit un des assiégés, fut si grande en cet endroit qu'on n'aurait eu qu'à la piétiner durant quatre heures pour y monter aisément en rangs serrés. Presque toujours, dans cette partie du front d'attaque, le ciel paraissait rempli d'une épaisse fumée et d'une poussière rougeâtre qui venait des briques détachées du rempart '.

La ville n'était pas épargnée. Chaque nuit un feu intense sévissait sur elle. Un volontaire rapporte qu'il a compté dans l'espace de trois heures 723 bombes, qu'il en voyait fréquemment 45 à 18 au milieu de l'air et qu'il en vit partir 8 à la fois de la batterie de Saint-Saulve. « Le tonnerre de tant de bouches à feu répété au loin par l'écho, Télan majestueux et terrible des bombes, le sifflement des boulets, mille éclairs qui sillonnaient le ciel, tout cela formait sur la ville une magnifique horreur, un mouvement aussi imposant à l'œil et à l'imagination qu'il était déchirant pour l'âme *. t

Ferrand luttait de son mieux, c Tout militaire^ disaitil, sait qu'il n'y a pas de place imprenable; le devoir du

> Dembarrère, 104-105, 112; Witzlebeo, II, 214-215; Dementbon; Précis, 36.

* Précis, 25. Cf. Rapport , 28 et 55. En une seule Duil, la Tille fut asBaillie de 1,524 bombes, dont cent au moins tombèrent sur les bâtiments de PHôpital-Général.

S68 YALBNGIBNNBS

commandaiit, c*esl de relarder la progression des travaux. > Son artillerie était activement servie , et luimême reconnaît qu'elle fît preuve de justesse et de célérité. Elle ripostait vigoureusement aux assiégeants, les molestait, les obligeait à n'avancer qu'avec lenteur et circonspection. Le 45 juin, elle réduisait au silence la batterie d*Ânzin. Le 48, avoue Unterberger, elle se montrait supérieure, jetait des bombes en grand nombre dans la batterie du Roleur, ruinait entièrement deux embrasures, brisait quelques plates-formes et les roues de trois canons. Le ^l, elle rendait très dangereux le travail des pionniers. Le ^7 et le 28, des pièces ambulantes du calibre de 16 allaient et venaient sur plusieurs points de la défense, tout en restant bors de portée ; on tira sur elles, mais elles s'éloignaient aussitôt pour reparaître à un autre endroit et lancer des bombes; on leur ût la chasse et les poursuivit, mais elles changeaient de place si souvent et avec tant de rapidité qu'on ne put leur causer un mal sérieux et Unterberger confesse qu'elles r • incommodèrent puissamment ». Le 29, un boulet, tombant dans la première parallèle, faisait sauter un dépôt de bombes et de poudre. Le 30, des projectiles parlis de Yalenciennes démontaient trois pièces de la batterie qui prenait en rouage la conlregarde de Gardon*. Ce fut surtout dans le mois de juillet que rartillerte française se distingua, qu'elle déploya le plus d'ardeur et d'entrain. Le 2, le Comité de siège décidait que les officiers généraux et supérieurs auraient soin d'entretenir sur les ouvrages de l'assiégeant un feu continuel, et le jour même, Ferrand jugeait que ses canonniers avaient fait merveilles. Le 3, une des batteries de la pre-

> Journal du siège; Dembarrère, 103 : Pr^is, 14 ; Taghuck^ 23, 27, 3/i, 35, 37.

VALENCIBNNES BT CONDB 2C9

mière parallèle, prise en écharpe par la courtine de MoDS, était forcée de se taire. Le 4, dit encore Ferrand, les travailleurs ennemis ne pouvaient résister et une grande partie de leurs ouvrages étaient renversés. Le 5, un obus venu de la ville incendiait un des magasins du génie autrichien ; Texplosion était considérable et du rempart, on voyait des hommes sauter en Pair. Le 6, un autre magasin sautait pareillement avec le lieutenant qui commandait le poste, et Unterberger devait remplacer plusieurs affûts fracassés et dix-sept pièces de 24 évasées ou ruinées par les bombes françaises. Le 8, les batteries ambulantes détruisaient des épaulements, mettaient quelques Impériaux hors de combat, et rendaient les communications des tranchées fort périlleuses. Le 40, la canonnade de la place était si violente qu'elle étonnait les assiégeants; par bonheur pour eux, Tartillerie républicaine tirait trop vite et ses projectiles dépassaient le but. Le 44, en un instant^ elle tuait trois hommes dans les boyaux de la deuxième parallèle et en blessait neuf. Le 42, à midi, elle avait déjà couché sur le sol près de quarante ouvriers, et dans la journée, elle fit derechef de grands dégâts dans une des batteries de la deuxième parallèle. Le 13, elle causait à Tadversaire de nouveaux dommages qu'il devait réparer en hâte durant la nuit, et les jours suivants, lisons-nous dans les notes de Ferrand, elle se donnait au service de la République avec tout le zèle possible. Le 47, elle faisait sauter un magasin de munitions. Le 18, elle envoyait ses bombes, témoigne un Autrichien, avec une extrême précision, et portait aux assaillants bien des préjudices et des désagréments. Le 20 et le 24, elle canonnait avec furie les batteries des alliés et surtout celles qu'ils établissaient près d'Anzin. Le 22, elle obligeait Unterberger

270 TALSXCIKNNKS

à modérer son feu parce qu'il avait dans la deuxième parallèle huit pièces entièrement dégradées. Le 23, elle harcelait les deux hattenes d*Anzin, leur hrisait deux plate-formesy leur démontait un canon, et le corps des artilleurs autrichiens avait dans cette journée deux morts et dix-neuf blessés, sans compter les servants. Le 24, Unterberger voyait sauter trois de ses magasins ^

Les munitions commençaient à manquer. Mais on ramassa les projectiles de l'assiégeant qui n'avaient pas éclaté, et on en réunit environ six mille. Ferrand offrait dix sols pour chaque obus chargé, et lorsque les soldats rentrant en ville apportaient à la fabrique d'artifices un obus trouvé dans le fossé, ils disaient plaisamment qu^ils avaient gagné leur àivae. On scia les canons dont la bouche était altérée, et quoique très courts, ils purent servir encore. On s'efforça de combler les brèches : Ferrand, secondé par Tholosé et Dembarrère, par son aidede-camp Moraux, par le lieutenant du génie d'Hautpoul, fit quotidiennement réparer les palissades, enlever les terres éboulées, dégager la partie du bastion qui n'était pas atteinte, il payait largement les travailleurs et leur donnait quarante sols par heure. Les Autrichiens dirigeaient au pied des brèches un feu très vif, mais les soldats se blottissaient au moment du plus grand péril dans les fossés des ouvrages voisins, puis revenaient poursuivre leur œuvre de déblaiement *.

Pas un Instant de repos ni de relâche. Au milieu de ce tonnerre d'artillerie, pas une de ces trêves courtoises et chevaleresques comme à Mayence, où les officiers des

» Tagbuch, 40, 43-44, 46, 49, 50-52, 55-56, 58-59, 65-66; Journal du siège.

' Journal du Comité de siège, 29 juin ; ordre du 30 juin ; relation orimée de Ferrsnd, 34 et 42 ; Rapport^ 44.

VàLBNGIRNNKS BT CONDÉ 274

deux armées s'abordaient avec sympalhie. lia lutte ne cessa et le canon ne se tut entièrement que le 46 juillet, dans Taprès-midi, où eut lieu un armistice de trois heures. A la prière de Gustine, le duc d'York autorisait M°>« Melletier, femme du rédacteur de VArgus^ à sortir de Yalenciennes '. Elle était enceinte et avait avec elle une domestique et une petite fille de neuf ans. On la conduisit au quartier-général d^Onnaing; mais on ne lui permit pas d'aller à Paris ; elle dut se rendre à Mons. C'était, dit Unterberger, une zélée républicaine, et on voyait qu'elle avait, ainsi que sa fillette et sa domestique^ passé par bien des épreuves et des angoisses. Des scènes curieuses se produisaient durant cette suspension d*armes. Assiégeants et assiégés se saluaient de loin, et ensuite s'accostaient. Les uns pénétraient dans les tranchées et les autres dans les chemins couverts. On se prenait bras dessus, bras dessous; on buvait ensemble, on -trinquait, on s'embrassait et se complimentait comme des amis qui se revoient après une longue absence. Les Français demandaient des nouvelles ; les alliés leur en donnaient avec empressement, leur juraient sur rhonneur que la garnison de Goodé était prisonnière, qu'une femme de Rouen venait de poignarder Marat et qu'on l'avait pendue avec son complice Barbaroux^ que vingt-qualre députés étaient arrêtés à Paris parce qu'ils désiraient un roi, que de grands troubles éclataient à Lyon, à Marseille, à Bordeaux. Mais bientôt la trêve expirait. Une dernière rasade d eau-

1 Melleiier avait été employé dans le Hainaut à rezécution du dé» crct du 15 décembre 1792. Le 16 avril 1793, il s'offrait a Le Brun pour lui communiquer la situation des armées et maintenir des iiai-> sons secrèles avec la Belgique. Il reçut mission de prendre des informations sur le congrès d'Anvers, et il envoya au ministre des affaires étrangères quelques notes, d'ailleurs insignifiantes.

272 VALBNCIBNNBS

de- vie, une dernière accolade et poignée de main I Et chacun regagnait son poste. Les républicaias rentraient dans le chemin couvert; les piquets des alliés s'abritaient dans les trancliées de la troisième parallèle ; des deux côtés on criait soit Vivent les Français ! soit Vivent les Autrichiens! et Vivent les Anglais! puis la guerre recommençait, et à ce pacifique entretien des deux armées succédait une canonnade acharnée ^

La reddition de Condé avait accru les ressources des assiégeants. Ils pureut remplacer par des pièces françaises aux affûts dits de Gribauval leurs canons démontés. Ils tirèrent avec plus d*animosité qu'auparavant sur le magasin aux vivres ou Munitionnaire et sur* THÔpital Général. Pour mieux battre ces deux édifices et prendre en flanc le front d'attaque, ils placèrent de Tâutre côté de TEscaut, sur le mont d'Anzin, deux batteries nouvelles. Ils avaient résolu de réduire enfin au silence le canon ennemi et de déconcerter, de décontenancer Tadversaire. Le 23 juillet, à trois heures et demie du matin, toute l'artillerie des trois parallèles entrait en action. « Il est difficile, écrit Unterberger, de se représenter ce feu redoutable. Des morceaux entiers du revêtement des ouvrages s'écroulaient dans les fossés; des éclats de roues et d'affûts volaient en l'air; les boulets qui s'élevaient trop haut ou qui ne faisaient qu'érafler la crête des parapets, retombaient en sifflant dans la ville et passaient avec un bruit efi'royable à travers les

*■ Bleibtreu, DenkwUrdigkeiten aus den Krtegshegebenheiten lei Ne»' ioied, 1834, p. 191 ; Thûrheim, Britfe, 106-107; texier, 107 ; Préci», 42-43; York a Ferrand, 16 juillet (A. N.) ; Taghuch, 53-56 ; Unterberger, qui faisait une reconnaissance du côté d'Anzin, crut, de loin, en voyant tout ce remuement, que les assiégés désiraient capituler; lorsqu'il sut ce qui se passait, il ordonna, dit<il, de recommencer le feu • mit der grôsslen Verbitterung >•

VALKNCIENNKS BT CONDÉ 27î

toits et les murs des maisons ». Les Français répondirent avec vigueur. Toutefois au bout de quelques heures, leur feu se ralentit sensiblement ; leurs canons finirent par se taire ; leurs mortiers seuls jouaient encore de temps en temps. Au matin, on vit qu'ils avaient pratiqué sur la courtine de Mons deux embrasures recouvertes par dessus, selon les principes de Montalembert. Mais les batteries qui pouvaient pointer sur elles, les détruisirent en peu d'instants. Le lendemain et le surlendemain, même canonnade, môme duel retentissant, et même supériorité des alliés. Dans la matinée du 24, Tartillerie de la place, muette presque partout, ne se fit entendre que sur la gauche du front d'attaque. Elle sembla reprendre des forces dans l'après-midi et le 25 le feu qu'elle entama fut très chaud et très soutenu; mais les assiégeants remportèrent ; nulle part les pièces françaises n'eurent l'avantage ; le grand ouvrage à corne ne jetait plus que des pierres par intervalles. La situation de Valenciennes devenait critique. Une brèche considérable s'était produite au corps de la place près du Munitionnaire et le génie français, alarmé, craignant que la montée de celte brèche ne parût praticable aux coalisés, et, comme on disait, susceptible d'assaut, augmentait le volume d'eau du fossé. Les brèches du bastion Poterne et de la courtine de Mons s'étaient élargies et les assiégés devaient continuellement enlever les éboulis. Encore ce bastion et cette courtine avHientils été si profondément ébranlés qu'à chaque coup de leurs propres canons , la terre s'affaissait ; il fallut reculer les batteries et les enfoncer de quatre à cinq pieds dans le sol pour former un nouveau parapet. Mais les canonniers étaient tellement accablés de projectiles qu'ils déchargeaient leurs pièces toutes à la fois et,

VALENCIKSNB», 18

27i VALENCIENNES

la salve faite, se retiraient au pas de course dans une casemate qu*ils avaient construite en arrière de leur batterie.

Cependant, le génie autrichien ne restait pas inactif ; le 24 et le 25 juillet, 'au malin, quoique la troisième parallèle fût très proche du chemin couvert, les ingénieurs débouchaient par la sape en quatre endroits différents et gagnaient de plus en plus du terrain^ sans craindre les mines que l'assiégé avait peut-être préparées pour les faire sauter. En même temps, dans les nuits du 22, du 23, du 24 juillet, des tirailleurs s'approchaient des palissades comme s'ils avaient le dessein d'emporter de vive force le chemin couvert et les ouvrages extérieurs. Les postes de la garnison eurent une attitude ferme et, comme dit Dembarrère, imposante; accueillis chaque fois par un feu bien nourri, les assiégeants rentrèrent dans leurs boyaux. Mais ils ne voulaient qu'intimider l'adversaire, l'éloigner du chemin couvert et l'empêcher de réparer ses parapets. Tout annonçait l'assaut ou, suivant l'expression de Mercy, un événement. Les alliés déclaraient qu'ils touchaient au terme de leur entreprise et on pariait dans leur camp mille louis contre cent que Valenciennes se rendrait sous huit jours*.

Dès le 8 juillet, les pionniers autrichiens s'étaient enfoncés derrière la troisième parallèle devant le grand ouvrage à corne et avaient poussé trois rameaux pour faire sauter au moyen de globes de compression les mines de la place et, au besoin, pour renverser dans le

« Précis, 48 ; Rapport, 44 ; Dembarrère, 108, 112 ; Texier, 92, 96 ; Kilmaine à Bouchotte, 30 juillet (A. G.); Thûrheim, Bnefe,\H; Tagluehj 55, 62-63, 65-67; Journal du siège.

VALENGIENNES RT COxVDÉ 275

fossé le chemin couvert et la contrescarpe. Le travail n*alla que très lentement à cause du terrain qui se composait presque entièrement de pierres crayeuses. Mais il ne fut pas un seul instant interrompu, malgré les plaintes et Tinexpérience des ouvriers. Le 48 juillet, les mineurs arrivaient sous les palissades: le 49, ils recevaient de Tartillerie 450 quintaux de poudre; le 20, ils chargeaient leurs fourneaux.

Les Français n'ignoraient pas le dessein des alliés. A la couleur des pierres graveleuses, marneuses, blanchâtres, que Tennemi rejetait et amoncelait sur ses épaulements, les avant-postes devinaient qu'il contreminait. On veut, disait Texier de la Pommeraye, nous faire danser. Un déserteur du régiment de Brechainville confirma les assiégés dans leur opinion. Ce déserteur se présenta le 19 juillet aux palissades. La sentinelle menaça de tirer sur lui; mais, bien que couché en joue, il avança hardiment en criant qu'il venait sauver Valenciennes et la République. La vedette appela Tofficier du poste qui fit avertir Ferrand. Admis dans la ville, le transfuge déclara qull était mineur; et il entra dans les plus grands détails, précisa le nombre des soldats et des travailleurs, affirma que les alliés n'osaient attaquer directement le chemin couvert et que le génie autrichien avait fouillé les entrailles de la terre en trois points différents pour chercher les mines de la place et les faire sauter. Il parlait avec assurance, décrivait exactement les galeries, leur étendue, leur profondeur, leur distance. On lui mit un habit de volontaire ; on le mena sur le soir aux palissades,' et là il montra les trois endroits où les assiégeants contreminaient. Il méritait toute créance, mais le corps des mineurs était incertain et hésitant; 11 avait perdu son capitaine, le seul qui fût

276 VALBNGIBNNBS

instruit et qui connût le service ; il n'avait pris sur le front du grand ouvrage à corne que des dispositions défectueuses et incomplètes. On ne fit donc rien de ce qu'on devait faire. On jeta des cominges sur les galeries que le déserteur avait indiquées pour crever le terrain et étouffer les ennemis ; mais l'opération n'eut aucun résultat. On débourra les mines afin de juger plus sûrement du travail de l'adversaire et Ton se tint aux écoutes; mais les mineurs rapportèrent qu'ils n'entendaient rien. On^reusa le sol au saillant de l'ouvrage à corne et on pratiqua deux galeries obliques dans l'intention de rencontrer Tassiégeant; mais la besogne était longue et Ton manqua de temps pour l'acbever. On proposa dans le Comité de siège de mettre le feu aux mines ; mais on répondit que ce serait un grand basard que TAutricbien vînt à les éventer *, que leur explosion ne ferait pas de mal aux alliés qui n'étaient encore qu'à vingt toises des palissades, qu'elle leur ouvrirait le cbemin couvert et formerait un entonnoir où ils pourraient s'établir avec avantage, qu'on ne faisait sauter les mines que lorsque les ennemis occupaient le cbemin couvert et y installaient leurs batteries*.

Le succès des coalisés était dès lors assuré. Ils avaient décidé qu'ils feraient jouer dans la soirée du 25 juillet trois fourneaux de mine dirigés contre le grand ouvrage à corne et qu'après l'explosion le cbemin couvert serait emporté de vive force. Abercromby, Erbacb, Wenkbeim, conduiraient trois colonnes d'assaut, la première, où ne se trouvaient que des Anglais, contre la gaucbe du

1 Et en effet, elles ne furent pas éventées {Précis et Rapport, il).

* Précis, 44-45 ; Rapport, 44-45 ; Dembarrère, 107 ; Journal du siège ; Texier, 119, 12^ ; Tagbuch d'Unterberger, 46, 48-49, 51-52» P5-57..

VALBNGIBNNBS BT GONDÉ 277

grand ouvrage à corne, la deuxième, formée dlmpériauz, contre la droite de Touvrage, la troisième, composée de Hongrois et de Valaques, contre le petit ouvrage à corne et sa lunette avancée*.

Le 35 juillet, à 9 heures du soir, pendant que la lune, à son lever, apparaissait à travers les bouquets d'arbres, au-dessus d'Estreux, le feu des Austro-Anglais éclatait de toutes parts, même sur la citadelle, sur son réduit, que battaient les mortiers, sur ses palissades, qu'accablaient les balles des mousquets et les grenades. On divisait ainsi Tattenlion et les forces de Tassiégé. Soudain, tandis que les canonniers de la troisième parallèle se hâtaient de rentrer dans la deuxième, trois fourneaux de mine firent explosion, à quelques minutes de distance, sur les trois saillants de Touvrage à corne. Ils mirent en poudre deux places d'armes, arrachèrent et brisèrent les palissades, creusèrent des excavations d'une telle profondeur que cinq mille bottes de foin les auraient difficilement comblées. La scène était épouvantable. On eut dit qu'un tremblement de terre et une éruption de volcan se produisaient tout ensemble, et jamais artiste, rapporte un des assiégeants, n'eût à peindre un spectacle à la fois plus grandiose et plus terrible. D'énormes portions du sol, des éclats de planches, des pierres, volaient en l'air, avec un bruit qui ressemblait au mugissement

* Tagbueh, 67; Wilzleben, II, 215-216. Les deux colonnes d'Abercromby et d'£rbach se composaient chacune de 174 Toloiitaires, de 4 souB-officieis, de 12 charpentiers et de quelques mineurs; elles étaient appuyées chacune par 2 compagnies dMnfanterie et 25 chasseurs qui prendiaient possession du chemin couvert; chacune avait en réserve un soutien de 6 compagnies. La colonne de Wenkheim était divisée en trois détachements qui comprenaient chacun 50 à 100 volontaires, appuyés par 200 hommes qui devaient se loger aussitôt dans le chemin couvert, et par 2 compagnies d'infanterie.

278 TALfiNCIBNNBS

du plus furieux ouragan, mais qu'on n'entendait qu'à de rares inlervalles, lorsque se taisait rartillerie. A peine le dernier débris était-il retombé que les alliés s'élançaient de leurs boyaux au pas de course, les Anglais et les Hanovriens en criant hourrab, les Wallons et les émigrés en criant en avant, tue, tue, ou encore rendS'toiy sans-eulotie, rends-toi, carmagnoUy les autrichiens en criant Weich, Patriote ou « recule. Patriote 9, les Hongrois et les Yalaques, suivant une habitude qui leur venait des guerres contre les Turcs, en criant Allah. Ils poussaient des cris, dit un volontaire de Loiret-Cher, 4 comme si on les eût égorgés et prononçaient des paroles très ofTenâantès pour nous ».

Ebranlés par la commotion, accablés par le nombre, les piquets de garde prirent la fuite. Eperdus, effarés, les détachements de réserve qui bivaquaient dans les fossés et les ouvrages avancés, se sauvèrent dans la place. La prédiction de Ferrand se vérifiait ; le 2 juillet il écrivait qu'il avait la « triste perspective » que sa garnison fuirait précipitamment et sans résistance lorsque Tennemi attaquerait le chemin couvert.

On pouvait faire jouer les mines qui demeuraient intactes, et un officier du bataillon de la Charente s'y rendit aussitôt ; mais les mineurs avaient fermé les portes des galeries et quitté leur poste. Le rempart qui devait protéger la retraite des troupes et foudroyer le glacis, restait silencieux. Toutes les batteries étaient abandonnées et au bastion Poterne, à la courtine et sur les ouvrages voisins, il n*y avait plus que la sentinelle. Seuls les bastions de Cardon et du magasin au bois, défendus par les canonniers de la garde nationale, tirèrent quelques coups à mitraille sur le flanc deis colonnes d'assaut.

VALENCIENNHS ET CONDÉ 279

Cependant le chemin couvert se remplissait d'assaillants furieux et avides de carnage. D'intrépides Français, en très petit nombre, revinrent sur quelques points, se réunirent en pelotons, et après avoir déchargé leur fusil, s'avancèrent la baïonnette au bout du canon. Une mêlée horrible s'engagea ; on se prenait aux cheveux, on se déchirait avec les ongles et les dents, on ramassait des éclats de bombe pour s'assommer. Mais enfin cette poignée de républicains dut reculer et se réfugier dans la ville. Les uns eurent le temps de se replier sur la poterne de Mons ; les autres, la trouvant fermée, passèrent sous une arcade près des écluses de la porte de Mons et arrivèrent par la berme à la poterne de Gardon.

Les assiégeants avaient conquis le chemin couvert et, conformément au plan d'attaque, ils commençaient à s'y loger. Mais un émigré, l'audacieux Langeron, était descendu dans les fossés, et poussait jusqu'au corps de la place ; à sa grande surprise il ne rencontrait personne, ni dans l'ouvrage à corne, ni dans les contre-^gardes, ni dans les demi-lunes. Un officier anglais, qui l'accompagnait, montait, comme lui^ sur l'ouvrage à corne. Etonnés et ravis, Langeron et l'Anglais couraient dire aussitôt à Dietrichstein, lieutenant-colonel au corps des ingénieurs, que les ouvrages avancés étaient entièrement déserts. Dietrichstein entamait déjà les logements dans le chemin couvert. Il envoya sur-le-champ ses travailleurs dans l'ouvrage à corne. Par trois fois, Ferraris, qui ne soupçonnait pas toute l'importance de son succès, fit donner l'ordre à Dietrichstein de se retirer. Par trois fois Dietrichstein répondit qu'il suivrait son avantage et demeurait où il était ^

* Mémoire de Langeron (A. E.) et Thûrheim, Ludwig FUrst Starhemberg^ 1889, p. 27-28, Dietrichstein écrivait à son intime ami Star-

280 YALBNGIBNNBS

Dans le môme temps le général Kray, venu d*Anzin, passait sans bruit les digues et le canal, emportait la redoute Saînt-Roch et celle du Noir-Mouton, et faisait main-basse sur les bommes qui gardaient les deux ouvrages. Mais il ne pouvait établir une communication couverte, et Tartillerie de la place Teût accablé dès le point du jour. Il noya quatre canons et en ramena deux.

S*ils avaient eu plus de hardiesse, les alliés auraient pénétré dans Yalencienues pêle-mêle avec les fuyards. Leur lenteur permit aux Français de fermer les poternes. Mais les républicains qui restaient dans le fossé, tombèrent sous les coups d'un vainqueur qui ne faisait pas de quartier. Plusieurs errèrent çà et là jusqu'au malin ou se tapirent au milieu des cadavres. Un soldat du 29®, légèrement blessé à la tête, s*élendit à terre ; il fut dépouillé de ses habits par les assiégeants et rentra le lendemain, absolument nu. Le capitaine Texier de la Pommeraye se coucha parmi les morts et, sans bouger ni sonner mot, se laissa fouler aux pieds et dévêtir par les Yalaques ; 11 n'avait plus que sa culotte et ses bottes que les détrousseurs jugeaient trop vieilles ; au jour, il se fit hisser par des cordes au sommet du rempart. Un sergent du bataillon des Deux-Sèvres, Hobineau, usa du même stratagème que Texier et, comme lui, se mit à plat-ventre sur le sol ; lorsqu'à Taube, il n'entendit plus de bruit, il

hemberg : • prends part à mon bonheur. J'ai pris Valenciennes malgré tout le monde et contre trois ordres de me retirer ; je me suis emparé d^une dernière lune et d*un grand ouvrage à coroe avec tous ses canons, et cela a fait rendre la place quinze jours plus tôt et épargné peut<être 2,000 hommes. On m^adore, on ne croit pouvoir faire assez pour moi. On a envoyé mon frère avec la première nou« Telle; je porte la seconde; je serai colonel et aurai au moins la petite eroiz, car, diaprés les statuts, je pourrais demander celle de commandeur. »

VALËNCIBNNBS BT GONDS 284

se leva et cria : « Eh ! vous autres, là-haut! » Texier le pria de se taire; mais une voix qui partait d'un boyau voisin, lui dit en bon français : « Soyez tranquille, on ne vous lâchera plus un seul coup de fusil, mais sauvezvous comme vous pourrez. » — « Merci, frère d'armes », répliqua Rôbineau ; il appela des dragons à Tangle droit du bastion Poterne et se fit tirer sans accident sur le rempart. Il avait appris, pendant les pourparlers, que Texier était capitaine ; il le salua militairement et, bien qu'il eût le bras gauche traversé d'une balle, refusa de monter avant lui.

A la vue des troupes qui revenaient dans une affreuse confusion en criant qu'elles étaient trahies et qu'elles ne retourneraient jamais aux palissades, les habitants de Valenciennes furent saisis de stupeur, puis de colère. Mais quelques-uns des fugitifs, tout couverts de terre, encore froissés et meurtris de leur chute, se traînaient avec peine, et la pitié qu'ils inspiraient tempéra l'indignation qu'excitait la lâcheté de leurs camarades. On cherchait Ferrand et on ne le trouvait pas. Le commandant temporaire n'osait prendre sur lui de faire battre la générale. Le 2Ô® régiment et plusieurs détachements de volontaires eurent ordre de marcher, mais ne dépassèrent pas les poternes.

Ferrand avait couru d'abord au fossé de Mons, ensuite à la poterne de Gardon, et il tâchait de rallier les débris du bataillon des Deux-Sèvres et du 29* régiment qui rentraient dans la ville. Mais il eut beau les supplier, les conjurer; ils restèrent sourds à ses exhortations et à ses prières. Ferrand se rendit à la maison commune. Là Tholosé lui proposa d'opérer immédiatement une sortie vigoureuse avec des troupes fraîches, les seules dont on pût éleclriser le courage; il lui remontra que si Ton

282 TALRNCIBMMBS

tardait jusqa*aa matia, les coalisés aaraient le temps de se retrancher et gagneraient ainsi huit jours de siège ; il répondait sur sa tète de reconquérir le chemin couvert et Touvrage à corne. Ferrand déclara qu*il fallait attendre le jour.

Le général passa la nuit sur le rempart avec les principaux officiers; au point du jour il y plaça tout le monde qu'il put rassembler; il fit masquer les poternes et garnir les brèches de chevaux de frise; il fit tirer à mitraille sur les ennemis qui n'avaient pas encore disparu du fossé et leur jeta des pierres et des grenades. Au point du jour^ il vit que les alliés ne tenaient que le grand ouvrage à corne et sa demi-lune. Il commanda sur-le-champ à Beaurgard d'occuper le reste des ouvrages extérieurs et d*y mettre des postes. Beaurgard exécuta Tordre de Ferrand; il entra dans les ouvrages sans rencontrer la moindre résistance; il y trouva des pièces enclouées qui furent aussitôt réparées. Mais les soldats obéissaient mollement et semblaient consternés. Ce brusque et terrible assaut avait rempli la garnison d'un effroi dont elle ne devait pas se relever. Elle se croyait désormais à la merci de l'assiégeant. L'artillerie même, jusqu'alors si brave et si constante, donnait l'exemple de Tindiscipline et de rinsubordinalion. On s'efforça toute la nuit de ramener les canonniers; plusieurs sortirent de leurs tentes; les autres refusèrent de marcher. « Jamais attaque de chemin couvert, reconnaît Tholosé, n'a été suivie d'une déroute aussi complète *. b

Ferrand comprit que tout était fini. IL connaissait

« Taghuck d'Unterbcrger, 63-71 ; Witeleben, II, 217; Précis, 48, ^*>' Rapport, 17, 47 ; Dembarrère, 109 ; Texier, 138-140 ; Foucart et I, 552-555 ; Journal du siège.

VALENCIBNNBS ET CONDÉ 2)3

exactement sa position et depuis quelques jours la jugeait difficile. Les approvisionnements ne manquaient pas. L'eau-de-vie et le vin remplissaient les magasins. Les soldats s*étaient accoutumés dès le commencement du siège à la viande salée et acceptaient volontiers le biscuit à la place du pain dit de supplément. Jamais ils ne furent mieux sustentés» puisqu'ils avaient, outre leur ration ordinaire» des légumes secs, du fromage, du lard, et les femmes qui logeaient à la citadelle, se félicitaient de partager la nourriture des volontaires de la Charente et delà Côte-d'Or*.

Mais la garnison avait perdu de son nombre et de sa force. Presque diminuée de moitié par le bombardement, exténuée de fatigue, obligée de se porter aux incendies, elle suffisait à peine aux besoins du siège et, dit Ferrand, murmurait de son énorme service. Lorsqu'elle avait six heures de repos, elle ne pouvait trouver un asile sûr ; tous ses quartiers étaient détruits et elle avait perdu plus de monde dans ses logements qu'aux palissades*.

Des maladies se déclaraient : la dysenterie, la gale, le scorbut. Les hôpitaux, d'ailleurs encombrés, manquaient des choses les plus nécessaires, et on se servait d'étoupe et de chanvre au lieu de charpie. Les chirurgiens, les médecins succombaient à la tâche ^

La chaleur devenait excessive. Autant le mois de juin avait été humide et pluvieux, autant le mois de juillet était sec et brûlant. Les alliés étouffaient sous leurs tentes qui leur semblaient des fours à cuire et pour

^ Précis^ 38. On fit également distribuer du vinaigre pour « corriger la crudité de Peau > (ordre du 3-4 juillet).

* Rapport, 16 ; Dembarrère, 112 ; Journal du siège, 12 juillet. » Foucarl et Finot, I, 542 ; cf. Précis^ 63-64.

184 VALUItClENNKS

se garantir du soleil, ils ayâient construit des baraques de feuillage unies les unes aux autres par des allées couvertes ; aussi comparaient-ils leurs camps à des jardins anglais pleins de berceaux. Mais les assiégés étaient accablés par la température. Tapis au pied des palissades et ne bougeant pas, de peur d'être tués, ils essayaient vainement, en mâchant du biscuit, d'étancher la soif ardente qui les dévorait. Quelques-uns buvaient leur urine pour se rafraîchir. Des blessés priaient leurs camarades de les achever. Un grenadier, mortellement atteint, s^écriait : c Tant mieux, je ne souffrirai plus ^ I » Au milieu de tant de peines et d'efforts, Tespoir d'un prochain secours avait longtemps soutenu la garnison. On ignorait où était Farmée du Nord. Mais on savait par les parlementaires qu'elle existait et que Gustine la commandait. On comptait sur elle et tous les matins on croyait entendre distinctement sa canonnade tantôt vers Maulde, tantôt vers le Quesnoy, plus souvent vers Bouchain. Au huitième jour du bombardement, le bruit se répandit dans la ville que la porte de Tournay était ouverte, que les hussards de Ghamborant galopaient à travers le village de Raismes, qu'une forte colonne les suivait et poussait les Austro-Anglais à droite et à gauche. L'allégresse des habitants fut inexprimable, mais -ils apprirent promptement que la nouvelle était fausse, et retombèrent en un profond abattement. Le U juillet, dans l'ouvrage à corne de la porte de Gambrai, sur un emplacement commode et assez éloigné de la tranchée, la garnison de Valenciennes répétait son serment

1 Texier, 92-119 ; Ueber dtn Feld^ug, 333-334 ; Précis, 64 ; Tagbuch d^Unterberger, 48 (il dit, à la date du 9 juillet, que, depuis trois jours, la température est eztraordinairement ehaude et que quelques hommes se sont évanouis dans les tranchées).

VALBNCIBNNES RT CONDÉ 283

et célébrait par des salves d'artillerie la fête de la Fédération. Mais les assiégeants « victorisaient » de leur côté et dès Taube, en l'honneur de la reddition de Gondé, ils avaient fait un feu de file très nourri qui partait de Famars et retentissait à trois reprises différentes sur toute la ligne. Soldats et citoyens eurent un transport de joie : ils s'imaginèrent que l'armée du Nord était tout près, qu'elle célébrait, comme la ville, la fête du U juillet ou plutôt qu'elle se mesurait avec les coalisés qui déchargeaient leurs fusils en tournant le dos à la forteresse. La générale battit, les troupes saisirent leurs armes pour s'élancer au dehors, pour seconder par une sortie vigoureuse l'attaque de Gustine, pour courir à la rencontre de leurs frères et de Jeurs libérateurs. Mais bientôt elles n'entendirent plus rien ni dans la plaine ni derrière les collines. Ferrand crut que les ennemis avaient eu le dessein de l'attirer en rase campagne. D'autres pensèrent que le duc d'York voulait se divertir aux dépens des assiégés. Les autres dirent avec plus de raison que l'adversaire ne perdait pas sa poudre à de pareilles amusettes et qu'il faisait la contre-partie de la fête du 44 juillet. Depuis plusieurs jours, les alliés ne criaient-ils pas que Gondé avait capitulé ? Et au même Instant, ne criaient-ils pas encore, du fond de leurs boyaux, en signe de réjouissance et pour se moquer des vaincus : « Vive le Roi! » et « -A bas la Contention » et « Président, je demande la parole »? On sut le jour suivant avec une entière certitude que Gondé avait ouvert ses portes, et d'ailleurs le duc d'York, en permettant le surlendemain à M™« Melletier de quitter Valenciennes, déclarait qu'elle ne pourrait se rendre que dans une ville de Sa Majesté l'Empereur, à Mons, à Bruxelles ou à Oondé. Quftl fâcheux pronostic I Les soldats rebutés par-

£86 TALENCIBNNBS

laient déjà des prisons de Maestricht, de Liège ou de Cologne qui seraient leur prochain séjour. D'autres persistaient à penser que Custine allait venir, et Tua d'eux, atteint d'une grenade à la tète, disait en tombant : c Ah I Custine, Custine, quand viendras-tu nous venger 1 »

Mais Tarmée de secours ne donnait pas signe de vie. Si elle approchait, elle ferait sûrement lever les écluses de Bouchain pour rompre la grande digue que les alliés avaient construite au pont de Trith, et Teau arriverait à Yalenciennes en abondance ; or TEscaut ne grossissait pas. Nul émissaire ne paraissait pour apporter au moins quelques promesses. Pas d'indices, pas de signal aux endroits qu'on découvrait de Yalenciennes, et Ton cherchait vainement des yeux le drapeau tricolore sur la hauteur de Lieu-Saint-Amand. Ferrand envoya trois espions qui devaient franchir les lignes austro-anglaises et percer jusqu'à l'armée du Nord; ils avaient cousu dans la jarretière de leur culotte un petit papier avec ce simple mot : confiance^ signé de Briez, de Cochon et de Ferrand ; leurs instructions étaient purement verbales et ils informeraient Custine que la place se rendrait si elle n'était pas secourue dans la première semaine du mois d'août. Mais les trois espions, dont le dernier partit le 18 juillet, furent pris et pendus.

Le 15 juin, le deuxième jour du bombardement, les assiégés lancèrent un ballon qui pesait trois quarts de livre et contenait le procès- verbal de la prestation du serment, une lettre des représentants au président de la Convention, leurs proclamations- et sept à huit lettres particulières. Le ballon s*éleva et^ durant une demiheure, les officiers de la garnison le suivirent du regard à l'aide d'une longue-vue. Les assiégeants l'aperçurent et

YALBKCIENNES ET CONDÉ 287

sorlirent de leurs tenlcs en criant que c'étaient les députés qui fuyaient de Yalenciennes. Le ballon tomba sur terre autricbienne*.

Les soldats se jugeaient donc abandonnés. Il leur semblait, comme disait Fun d'eux, être à dix mille lieues de la patrie. Cette vaine attente de deux mois avait épuisé leur patience, dissipé leur courageuse illusion, et une armée qui n'espère plus peut encore tenter un coup d'audace, peut par une soudaine et généreuse résolution s'ensevelir sous les ruines d'une ville ; jamais elle ne se laissera détruire par pièces et par morceaux en prolongeant une résistance inutile '.

YL L'attitude de la population valenciennoise alarmait Ferrand plus encore que le découragement et la lassitude de sa garnison. « Pourvu, s'écriait-il au début du siège, que je ne sois pas contrarié des habitants I » Dès les premiers jours du bombardement, il avait re-> connu qu'ils n'offraient c presque point de ressource » à la défense et que la plupart, abattus, consternés par le spectacle d'une ville à moitié abîmée, refusaient de « se livrer à aucune espèce de secours » et se cachaient pour se soustraire au service des pompes, a Ils ne se prêtaient à rien, écrit un soldat^ et n'auraient pas seulement tiré un seau d*eau. » Tous les membres de l'administration du district, un seul excepté, étaient républicains ; plusieurs devaient accompagner la garnison lorsqu'elle

^ Rapport^ 7 ; Précis, 66. Les assiégés préparèrent un second et plus grand ballon; l'ennemi trouva les matériaux tout prêts dans le réduit de la citadelle.

« Précis, 3, 10, 40-41, 64, 65, 67 ; Dembarrère, 106; /ownm/, 20 juin et 18 juillet; Ferrand au président de la Convention et York à Fer> rand, 16 juillet (A. N.).

288 YALENCIBNNBS

évacua la place, et deux d'entre eux, Lemome et Goffart, que les représentants nomment de chauds patriotes^ furent arrêtés par les Autrichiens et emprisonnés. Mais, comme dit Ferrand dans son Journal^ on soupçonnait de longue date les habitants et leur imputait « la plus grande aristocratie >. La majorité du Conseil général de la commune était dévouée de cœur et d*âme à la royauté. Le maire Pourlalès et quelques autres notables s'abstenaient de paraître à cette cérémonie du 30 mai où le peuple de Yalenciennes jurait de vivre libre et de mourir. Le procureur de la commune, Hamoir du Groisier, qui fut un des six commissaires envoyés au duc d'York pour traiter de la capitulation, assurait dans une lettre confidentielle que le jour de la reddition était le plus beau jour de sa vie. Benoist Talné, un des personnages les plus influents de la municipalité, passait pour un actif partisan des Bourbons, et Cochon lui jetait à la face, le 47 juillet, eu pleine séance du Conseil général, ces paroles accusatrices : « li y a longtemps que vous cherchez à soulever le peuple *. »

Il existait donc à Yalenciennes un groupe considérable de c malveillants » et de « malintentionnés ». Ils avaient d'abord dit, pour abattre le courage des patriotes, que la ville serait bloquée, et non pas bombardée, que le duc d'York était un prince humain et généreux, qui désirait gagner TafTection des Français. Plus tard, ils adressèrent au Conseil de guerre tantôt des lettres anonymes qui contenaient des menaces, tantôt des pétitions

» Rapport, 36 ; Précis, 7; Journal, 4, 20, 23, 30 juin ; Mém, d'un Yoloot. de Loir-el-Cher ; cf. sur Hamoir du Croisier Les rsprés, du peuple, de Wallon, IV, 431, et Forneron, Hist, des émigrés, l, 403; sur Benoist Tainé, sa lettre du 17 juillet à Ferrand (A. N.) et Texier, 194-195.

yAL£NCIBl>INBS BT CONDÉ i89

qu'ils rédigeaient « au nom du peuple v. Ils tranchaient les tuyaux des pompes et les cordes des puits afin de propager les incendies et d'accroître la terreur de la population. Le 20 juin, dans la soirée, ils cassaient la chaîne et le cadenas qui fermaient Fécluse d*un moulin alimenté par un bras de l'Escaut, et les eaux, s*écoulant aussitôt avec abondance, envahissaient des fossés, submergeaient des galeries de mines et inondaient deux rues. Le môme soir, aux bastions National et Cardon, ils essayaient de faire sauter les dépôts de munitions des deux batteries, en mettant de Tun à l'autre des traînées de poudre. Ils indiquaient à Tennemi, par des fusées, les endroits où campait la garnison, et lui envoyaient, presque jour par jour, un bulletin des événements, soit par les déserteurs, soit par des gens qui allaient couper de Therbe et par des paysans qui fauchaient les fourrages bien au-delà des postes et des sentinelles perdues, vers Notre-Dame, Anzin et le Mouton- Noir. Ferrand annonçait une fois que le bataillon permanent, qui refusait de marcher aux palissades, n'aurait aucune gratification : le lendemain, les alliés, du fond de leurs boyaux, plaisantaient le bataillon. Le général donnait à ses soldats dix sols par obus chargé ; un obus tombait dans une maison sans éclater et, lorsqu'on le débouchait, on y trouvait, au lieu de la charge de poudre, ce billet moqueur : Bon pour dix sols payable au porteur. Le duc d'York certifia, le 28 juillet, aux parlementaires qu'il n'ignorait rien de ce qui se passait dans la ville, et ce disant, il leur montrait une liasse de notes qu'il avait reçues de Valenciennes depuis le commencement du siège ^

* Précis, 10, 19-20, 30; Rappart^ 11, et Dembarrère, 107; JowmaL

YA.LEMGIENNB8. 1 9

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Ces monarchistes de Yalenciennes organisèrent des rassemblements destinés à peser sur Ferrand et à lui forcer la main. Le 48 juin, à 5 heures du soir, un at- Iroupement se forma devant l'hôtel-de-ville. Ferrand était sur le rempart ; il accourut, 11 renouvela le serment de mourir pour la patrie aux applaudissements du Conseil général et des représentants qui lui donnèrent le baiser de fraternité, puis regagna le poste où rappelait son devoir. Mais la scène qui s'était produite laissa dans les âmes une impression de découragement. Tandis que les hommes, le visage morne et sombre, restaient à la porte de la maison commune, les femmes entraient avec leurs enfants et tombaient aux pieds des municipaux, pleurant, criant pitié. € Monsieur, dit une d'elles à Cochon, quand cesserez-vous donc votre colère contre nous ?» C'était sur Cochon que les habitants rejetaient tous leurs maux. Ils aimaient et appréciaient Ferrand ; ils le savaient bénin, paternel, et respectaient ses cheveux blancs. Ils estimaient Briez, leur compatriote, plus calme, plus modéré que son collègue et comptaient qu'il plaiderait leur cause devant le Conseil de guerre. Cochon seul était en butte à la malveillance populaire. On lui reprochait les malheurs de Yalenciennes comme son ouvrage. On se répétait avec fureur qu'il faudrait tout sacrifier pour ce conventionnel qu'aucun lien n'attachait à la cité. « C'est en vous, disait-on au maire Pourtalès, c'est en vous que nous avons confiance et non pas en des étrangers. » On maudissait Cochon ; on le traitait de bourreau; on le couvrait de huées. Un homme lui avait déjà mis le poignard sur la poitrine. Au sortir de rémeute, le représentant, désespéré, alla sur le rempart ; 11 souhaitait d'être emporté par une bombe ou un boulet. Il vint le lendemain à la citadelle. Mais vainement ou

TALBNCIENNBS ET CONDÉ 294

lui proposa d'y rester pour de là brider la ville, de se faire toujours escorter, de casser la municipalité valencieuDoise et de créer un Comité militaire où ne siégeraient que des patriotes avérés. Cochon refusa de prendre des mesures aussi violentes. Vainement on lui conseilla d'arrêter Briez qui n'était entouré que de gens suspects. Cochon prit avec raison la défense de son collègue. Vainement on pressa les deux représentants d'établir un tribunal révolutionnaire qui les déchargerait de l'odieux des jugements. Ils objectèrent que personne à Valenciennes n'oserait remplir une pareille fonction et que la Convention interdisait à tout citoyen, sous peine de mort, d'accepter une place dans un tribunal que la loi ou un décret n'avait pas autorisé. Vainement on leur répliquait qu'ils avaient trop de scrupules, que la Convention ne leur en voudrait pas s'ils créaient ce tribunal, qu'ils trouveraient sûrement des juges, et on leur désigna deux ou trois citoyens dont on avait la parole, on leur indiqua des soldats. Cochon et Briez ré^ pondirent que la douceur était c le seul procédé qui pût réussir » *.

Le rassemblement du 48 juin n'était formé que de femmes de la classe la plus riche. Ces émeutières furent arrêtées. Le juge de paix les interrogea l'une après l'autre devant les commissaires de la Convention et ordonna l'incarcération des plus coupables". Mais, dans la nuit du 20 au 21 juin, Cochon et Briez reconnurent, à n'en pas douter, que le Conseil général de la commune cabalait contre eux. Fallait-il le casser ? C'était exaucer

» Journal, 18 juin; Eapport, 8, 49, 50; Précis, 59, etc.

* Rapport, 8. • Mais a la longue, toutes les prisons furent détruites et il ne resta plus de moyens pour faire incarcérer les malveillants et les personnes suspectes. > [Rapport^ 8 et 54.)

892 YALENCIBNNBS

son désir, et déjà la plupart des membres avaient ofTert leur démission. Les représentants aimèrent mieux conserver la municipalité, tout en la surveillant. Ils déclarèrent que les membres du Conseil général resteraient à leur poste. Eux-mêmes prirent leur repas ou, comme ils disent, leur cbétive subsistance à la maison commune et pendant que Gocbon visitait les remparts, les hôpitaux et les établissements publics^ Briez ne quittait pas un seul instant, ni jour ni nuit, riiôlel-de-ville. La municipalité, rapporte un des assiégés, rencontrait constamment sur son chemin les commissaires qui joutaient avec elle et lui barraient le passage. Briez et Cochon, écrit Ferrand à cette date^ « me sont de la plus grande utilité, et coopèrent surtout à diviser les orages qui s'élèvent sur nos têtes » *.

De nouveaux troubles éclatèrent le 21 juin. Un nombre considérable d'hommes et de femmes envahirent rhôlel-de-ville. Une pétition sans signatures fut présentée aux commissaires de la Convention. On les priait d'entrer en arrangement avec l'ennemi, de négocier une trêve de plusieurs jours et de convenir que la place se rendrait si elle n'était pas secourue dans ce délai. Cochon et Briez, serrés, étoufTés au milieu de cette foule, répondirent doucement qu'ils ne pouvaient rien sans consulter Ferrand, qu'ils allaient le mander aussitôt, mais que le général ne saurait, dans une telle presse, arriver jusqu'à eux. Les femmes déclarèrent qu'elles resteraient dans Thôlel-de-ville et que les hommes se tiendraient à la porte. Un marchand, égaré par la douleur, — le bombardement avait détruit sa maison, — faisait les gestes les plus menaçants et s'écriait que, sll

* Précis f 33; Rapport, 10; Journal du siège.

TALENCIBNNES ET CONDB 293

avait le malheur de perdre son épouse et ses enfants, le seul bien qui lui demeurait, il n'écouterait plus que son désespoir et assassinerait les représentants. Cochon découvrit sa poitrine : « Vous pouvez me tuer ; je voudrais, au prix de mon sang, mettre un terme à voire infortune ; mais rien ne m'empêchera de m'acquilter de ma tâche; je préfère mille morts à un acte de faiblesse ou de lâcheté. » Ces paroles calmèrent le marchand ; il reconnut que les représentants avaient une mission pénible, qu'ils étaient à plaindre autant que les particuliers, et il se retira paisiblement. Sur ces entrefaites, Ferrand, qui se reposait sur un grabat, dans un des caveaux de THÔpital-Généra], était arrivé à la maison commune. Il dit d'un ton ferme qu'il avait des devoirs envers la République et qu'il les remplirait, qu'il ne souillerait pas une réputation de cinquante années^ qu'il ne trahirait jamais la nation, qu'il ne tenait pas à porter sa tète sur Téchafaud, qu'il périrait sous le fer des ennemis ou le poignard des traîtres plutôt que de capituler. En même temps se présentaient sur la place les cavaliers du 25« et du 26« régiment que les commis* saires avaient appelés à leur aide ; ils se rangèrent en bataille et chargèrent leurs armes ; ils crièrent à diverses reprises Vive la République; ils refoulèrent les femmes, les frappant du plat de l'épée, leur coupant le jupon, les menaçant, si elles y revenaient, de ne pas les épargner. L'attroupement se dissipa ^

Les représentants essayèrent de rétablir le calme et arrêtèrent qu'une somme de cent mille livres serait distribuée aux victimes du bombardement. Ferrand déclara, dans une proclamation à tous les citoyens de

1 Mém, d'un volontaire de Loir-et-Cber ; Journal^ 21 juin ; Rap^ port, 9 et 50.

294 VALRNCIBNNRS

Valenciennes, que leurs maisons seraient reconstruites aux dépens de la nation et leurs perles entièrement réparées. Les familles s'entassèrent, les unes dans les casemates de THÔpital-Général, dont les voûtes furent blindées et chargées de fumier, les autres, dans le souterrain situé au flanc droit du bastion Sainte-Catherine. Les bataillons de la Charente et de la Côte-d'Or, qui tenaient la citadelle, vécurent sous la toile et cédèrent leurs emplacements couverts aux femmes et aux enfants. « L'existence des bourgeois, témoigne un soldat, était intolérable et la multitude se serait plutôt jetée sur nos batteries que de vivre encore quelques jours sous la pluie des boulets et des bombes. » Enfin, on usa de moyens d'intimidation. Ferrand jurait dans sa proclamation d'employer la plus grande rigueur contre les auteurs du moindre tumulte. Sur la réquisition de Cochon, les canonniers de la citadelle tournaient leurs pièces contre la ville et promettaient de faire rentrer Tinsurreclion dans la poussière. La garnison lançait une adresse énergique aux habitants. Elle avait, disaitelle, entendu d'insolentes clameurs, mais elle savait que la masse des citoyens souffrirait avec une résignation héroïque des maux inévitables et regarderait Valenciennes comme une redoute, comme un poste avancé, qui pouvait devenir la proie de l'ennemi. On avait dit au maire, ajoutait le rédacteur de Tadresse, que les espérances reposaient sur lui, non sur des étrangers ; mais les étrangers, c'étaient les Autrichiens, c'étaient ceux qui faisaient pleuvoir des bombes sur les maisons , c'étaient ceux qui, de concert avec l'assiégeant, prononçaient le mot de capitulation, c Nous respectons votre infortune, concluait l'orateur de la garnison, et Qos mains vont, s'il le faut, creuser des retraites pro-

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fondes où tous serez à Tabri. Mais si les plaintes des mères éplorées nous déchirent Tâme, la voix du devoir parle plus haut au fond de nos cœurs ; laissez-nous nous livrer à la défense de la ville, ne nous détournez pas de ce soin sacré. Si quelques insensés osaient renouveler une proposition que nous attribuons à Terreur d'un Instant, ils seraient les premiers qui tomberaient sous nos coups. Toute la rigueur du pouvoir militaire sera déployée contre eux, et s'ils trouvent quelque appui dans des autorités faibles ou parjures, nous saurons conserver Valenciennes à la République. Malheur au traître qui ne se souviendrait pas que nous avons tous juré de nous ensevelir sous les ruines de la place plutôt que de la rendre • 1 »

Mais Ferrand, de son aveu, demeurait fort embarrassé. De nouveau, le 24 juin, au malin, des hommes et des femmes Tentourèrent en géoiissant sur rincendie de leurs maisons et le prièrent de cesser toute résistance. Il parvint à les calmer. Néanmoins, il remarquait une « grande fermentation », et son Journal rapporte à cette date que « des malveillants cachés cherchent à soulever des femmes pour l'engager, conjointement avec les autorités constituées, à proposer une capitulation aux ennemis • ».

Le 26 juin, une femme donna de Teau-de-vie et un billet de dix sols à un enfant de douze ans en l'exhortant à dire qu'il revenait de Bouchain, qu'il avait remis au général d'armée une lettre de Ferrand et que Gustine avait répondu : « Le commandant de Valenciennes ne doit espérer aucun secours et il peut faire ce qu'il veut. »

» Précis, 25 ; Rapport, 56 et 59 ; Journal du siège. * Journal du siège.

296 TALBNGIRNNBS

La femme fut arrêtée et envoyée au juge de paix ^ Le même jour, la municipalité, épouvantée par le bombardement et désireuse de bâter la reddition, résolut de s'assembler clandestinement à dix beures du soir. Gocbon et Briez interdirent la réunion et publièrent à leur tour une adresse à la commune de Yalenciennes. Us rappelaient que la République saurait rendre aux citoyens qui souffraient pour elle l'ample équivalent des propriétés sacrifiées à Tutililé générale; ils mettaient la population en garde contre les agitateurs et les traîtres, rassuraient que les secours approcbaient, lui conseillaient le calme et la fermeté : c La reconnaissance nationale vous attend ; efforçons-nous de ne jamais démériter de la patrie et faites que. cbacun puisse dire : J'ai sauvé la France par mon courage *. »

Malgré cette proclamation, les municipaux et ceux qu'on nommait les aristocrates continuèrent leurs menées, et, comme dit un volontaire, leur travail sournois. On voulut attenter à la vie de Gocbon et on promit dix mille livres à celui qui assassinerait ou empoisonnerait Briez ; on espérait, si l'un des représentants disparaissait, annuler les pouvoirs de Tautre en invoquant le décret aux termes duquel les représentants devaient être au moins deux pour délibérer. On insinuait aux gens du peuple et surtout aux femmes que Tennemi donnerait aisément Tassant et qu'il passerait les habitants au fil de répée. On distribuait de Targent à des soldats en les excitant à enclouer les pièces du rempart et à ne tirer qu'à poudre sur l'assiégeant •.

» Journal du sîège ; Précis, 31 ; Foucart et Finot, I, 528 (interrogatoire du jeune Baudrj, attaché au bataillon des Deux<Sèvres]. « Rapport, 13; Précis, 31.

s Précis^ 33 ; Rapport, 32 et 56. Le 29 juillet, dit Ferrand dans son

VALENCIENNBS ET CONDÉ 297

Le 30 juin, plusieurs femmes qui se prétendaient déléguées par la plupart des citoyennes, écrivaient à Ferrand pour lui proposer de capituler, et le général, voyant les troubles qui se développaient dans la ville, poussait cette douloureuse exclamation : « Comment est-il possible que je puisse conserver cette place à la République * I •

Le \^ juillet, dans une note qu'ils rédigeaient de concert, quelques membres du Conseil de la commune assuraient que la peste était dans V^alenciennes, qu'il n'y avait pas de médicaments et presque pas d'officiers de santé, que le rempart offrait une brôcbe praticable. Ils allaient envoyer la note à l'impression. Mais Briez eu eut avis et, pour rompre ce coup, il effraya les municipaux, leur fit croire que -son collègue Cocbon connaissait leur démarche et les laissait s^enferrer afin d'avoir une arme contre eux. Ils n'osèrent publier leur déclaration. € Je viens, s'écriait Ferrand avec satisfaction, de calmer la fermentation qui existait parmi le peuple, c'est-à-dire la partie la plus riche de la ville ; c'est encore une victoire de gagnée! » Le lendemain, le Conseil de guerre faisait afficher une proclamation dont Briez était l'auteur. Les citoyens, disait le représentant, devaient rejeter loin d'eux les craintes qu'on cherchait à leur inspirer; l'ennemi ne pourrait pénétrer dans Valenciennes ni par surprise, ni par escalade, ni par une attaque de vive force, et tant qu'il n'aurait pas emporté les chemins couverts et les ouvrages avancés, il n'approche-

Journal^ un sergent-major d^Eure-et-Loir, fusillé pour cause de vol, dit, avant de mourir, au curé de Curgies — « homme de mérite qui faisait le service de canonnier à une batterie du rempart >, quUl avait reçu de l'argent pour enclouer des canons et tirer plusieurs coups de fusil a poudre.

^ Journal du siège, 30 juin (Â. N.).

rait pas des remparls : les forlifications étaient ÎDlactcs; la garnison occupait tout le terrain jusqu'aux palissades ; d'ailleurs, en aucun cas, le Conseil de guerre n'exposerait la vie des soldats et des citoyens, si la place n'était plus tenable. Briez ajoutait que tous ceux, hommes ou femmes, qui parleraient de capitulation, seraient sur-lechamp chassés de la ville, et leurs biens, abandonnés aux pauvres'.

Le bombardement arrêta les attroupements dans les premières semaines de juillet. Mais de jour en jour croissait le mécontentement des habitants. La bière, leur boisson favorite, commençait à manquer. Ils ne vivaient plus que de pain et d'eau, se plaignaient de n'avoir pas l'ordinaire du soldat, se lamentaient sur le défaut de laitage, de beurre, de fromage, de viande fraîche. Lorsqu'une famille obtenait par hasard deux livres de bœuf, elle croyait faire un repas de noce. La nourriture malsaine et le mauvais air des souterrains avaient produit une épidémie. Il fallait enterrer les morts dans les jardins et les remparts, augmenter le nombre et le salaire des fossoyeurs *.

Le 3 juillet, un volontaire, dangereusement blessé à l'avancée de Tournay, appelait Ferrand qui passait par là : « Général, lui disait-il, on ne compte plus que sur vous ; je vous conseille de vous méfier, de surveiller par vous-même, de mettre plus de sentinelles, car vous êtes trompé. » Trois jours plus tard, Ferrand écrivait dans son Journal que a des malveillants de toute espèce subornaient la garnison et la désunissaient par leurs insinuations perfides ». Le 47, des gens de la ville l'accablaient de reproches et le pressaient de rendre la place ;

* Rapport, 14 ; Précis ^ 34 ; Journal^ !•' juillet.

* Foucart et Finot, I, 542 ; Rapport, 53 ; Précis, 38.

YALBNCIBNNBS ET GONDÉ 299

il réussit à les apaiser. Le ^8, il remarquait de nouveau que le peuple se lassait du bombardement et s'agitait; le 22, qu'un fort parti travaillait contre lui. Il perdit patience et ordonna d'arrêter et d'employer au déblaiement des remparts tout particulier qui se serait permis « la moindre équivoque * ».

Mais, le 24, Mortier, le secrétaire-greffier de la muni- j

cipalité, recevait une lettre écrite « au nom d'un grand ,

nombre de citoyens de Valenciennes » et signée du i

pseudonyme de Louis Noté. La lettre déclarait Ferrand, '

Briez, Cochon et une centaine de c scélérats 3> du môme acabit responsables du sang versé, responsables de la disette, responsables des infirmités et des maladies que les habitants contractaient dans leurs cloaques empestés ; « si les auteurs de nos maux, disait-on, ne capitulent tout de suite avec nos ennemis, tu verras de quoi est capable un peuple outragé et trompé ; nos bras se lèveront pour te punir, toi et tes semblables* ».

Vint la nuit du 25 juillet, cette nuit que Briez et Cochon nomment la nuit fatale. Le 26, à huit heures du matin, un trompette, envoyé par le duc d'York, se présentait aux avant-postes le drapeau blanc à la main. Il apportait deux lettres, Tune pour Ferrand, l'autre pour la municipalité.

Le prince sommait une dernière fois le général de rendre la ville. Ferrand ne signerait-il pas une capitulation qui sauverait son honneur et ce qui restait de i propriétés aux malheureuses victimes de son obstina- ! tion? Ne craignait-il pas les terribles suites de son opiniâtreté? Sa réponse déciderait irrévocablement du sort

> Journal du siège, 3, 6, 18, 22 juillet.

* Jtapport^iO'li.

300 YALENCIBNNKS

de Valencicnnes ; passé ce jour, le duc n'écouterait plus aucune proposition, et la ville serait prise d'assaut.

La lettre du prince à la municipalité exprimait les mômes idées. Il priait les gens qui pouvaient et voulaient le bien de faire cesser par une délibération sage une infructueuse résistance que la dévastation et le carnage suivraient inévitablement ; il déclarait que, si Fcrraud refusait de capituler aussitôt, la ville serait pillée et la population massacrée, qu'en de pareilles circonstances le chef le plus humain ne peut soustraire les bourgeois à la vengeance du soldat irrité. Et le duc dTork disait vrai. Hohenlohe-Kirchberg assurait que les assiégeants attendaient avec une extrême impaticDco le signal de Tassaut, qu'ils étaient exaspérés, que les Anglais juraient de tuer tout, même les femmes, et de n'épargner que les enfants au-dessous de douze ans ^

Ferrand convoqua sur-le-champ un Conseil auquel assistèrent les autorités constituées, les députés de la Convention et les officiers généraux. Mais pendant la conférence la municipalité fît imprimer les deux lettres du duc dTork*. Ce placard fut répandu partout. La foule s'assembla devant la maison commune avec des clameurs de désespoir et de rage. Des hommes armés de sabres et de poignards, de fusils et de pistolets, demandaient que Ferrand rendit la place dans l'instant. Cochon osa se présenter sur le perron et dire que les habitants entendaient bien mal leurs intérêts, qu'ils perdaient en capitulant tout le fruit de leur résistance, qu'ils perdaient également les indemnités qu'ils auraient reçues

« Witzlebcn, II, 217.

* Placard sur deux pages : Copie d$ la sommation faite par Frilé^ riek à la municipalité de Valeneiennet et Copie de la sommation faite par Fr€d&iek au commandant de Valencicnnes,

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