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de la république, que TAutriche ne les dédommagerait aucunement de la ruine de leurs maisons et de leurs propriétés, qu'ils s'exposaient à la vengeance des Français qui viendraient sans nul doute assiéger la ville et la reprendre. On lui répondit à bas Cochon et à bas la République, Indigné, Cochon déclara que, si Ton criait derechef à bas la République^ il mettrait le feu aux quatre coins de la cité avant de la quitter, dût-il être haché en mille morceaux. On le couvrit d'insultes, et il aurait succombé à la fureur populaire, s'il n'avait requis le lieutenant-colonel Carette, du 25*» cavalerie. Caretle vint avec un détachement. Mais l'émeute grondait et grossissait tellement qu'il dut appeler toute la troupe à cheval ; encore ne put-il dissiper la multitude qu'après avoir, comme dit Ferrand, a essuyé beaucoup de propos » et non sans qu'il y eût « des voies de fait sur plusieurs militaires ».
Dans l'après-midi, l'insurrection éclata plus vive et plus ardente. Des bourgeois en armes arrêtèrent sur la place deux bataillons que Ferrand envoyait aux ouvrages du front d'attaque, et les bataillons refusèrent de marcher. Ferrand harangua les mutins et les pria de faire une dernière fois leur devoir. Cochon reparut sur le perron : si la ville, disait-il aux habitants, s'abandonnait elle-même et n'avait pas l'air de se défendre encore, les ennemis y entreraient sans consentir à une capitulation et ils égorgeraient citoyens et soldats. Ces paroles produisirent quelque effet et les bataillons se rendirent à leur poste. Mais les attroupements persistaient. La cavalerie bourgeoise de Valenciennes s'était reformée ; les jeunes gens, montés sur les chevaux qu'ils avaient cachés pendant le siège, caracolaient sur la place et menaçaient les réprésentants. Cochon requit de nouveau les dra-
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gOQS de la République ainsi que le bataillon de la Gharenie. Les dragons arrivèrent armés et équipés en guerre. La cavalerie bourgeoise faisait mine de résister. Heureusement, le bataillon de la Charente descendait de la citadelle, tambour battant et au pas de charge, son commandant Léchelle en avant, ses pièces d'artillerie sur les derrières. Les cavaliers valeûciennois se retirèrent et le rassemblement se dispersa.
Mais Ferrand, toujours un peu faible et mou, ordonna que le bataillon de la Charente rentrerait dans ses quartiers \ Vers le soir se ralluma le soulèvement. Les régiments de ligne, dont les habitants avaient ébranlé la fidélité, parurent sur la place pour appuyer la sédition bourgeoise. <t La majeure partie de la garnison, écrit Ferrand, est corrompue, subjuguée par les malveillants et semble adopter Tintention du peuple, b Les officiers et les soldats avaient quitté la cocarde nationale. Ils criaient vive Dillon — c'était Tancien nom du 87® — et apportez de la paille pour brûler Cochon. Ils répétaient que les représentants étaient la seule cause des misères de Yalenciennes et qu'on devait les pendre, les massacrer. Des officiers du 1^^ disaient qu'il fallait saler Cochon dans. un saloir. L'inspecteur des vivres Barolet se mettait à la tète de la cavalerie civique. Plusieurs employés de l'armée se mêlaient à la foule et lui conseillaient de demander, d'imposer la reddition. « Rien n'étonnera plus, rapportent les commissaires, si Pon considère que quantité de personnes attachées au service de la République sont- demeurées à Yalenciennes avec les Autrichiens et ont refusé d'en sortir avec la garnison, malgré la réquisition et les ordres formels de Ferrand *. »
« Précii, 53.
* Rapport^ 2S. Parmi ces officiers était Joseph Laariston, le soas-
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Pendant que croissait reffervescence, Ferrand recevait une lettre du sous-direcleur de l'Hôpital Général et une supplique des femmes de Yalenciennes. Le sous-directeur Fradel annonçait qu'au matin un boulet, entré par la fenêtre du magasin, avait tué un chirurgien et blessé trois personnes, qu'un autre boulet venait de crever la voûte d'un des bas-côtés, à Tun des plus sûrs emplacements, que les malades épouvantés ne voulaient plus rester en cet endroit et que les officiers de santé refu-* saient de s'y transporter, qu'il y avait « beaucoup de murmure dans le peuple et parmi les soldats ». Les femmes, au nombre de quatre-vingts environ, priaient Ferrand d' « écouter la pitié », d'avoir pour elles « les entrailles d*un père tendre », de songer aux dangers qu'elles couraient dans les souterrains de cet hôpital que Tennemi canonnait avec acharnement depuis seize jours et avait fort ébranlé, de les faire sortir de la ville sous la sauvegarde d'un trompette : « une seconde nuit comme celle-ci nous mettrait dans le plus grand péril : dépouillez-vous de toute crainte ; le blâme tombera sur nous ». Ferrand leur répondit par écrit qu'il gémissait sur leur malheur, mais que son devoir lui ordonnait de résister encore et d'attendre le secours de Tarmée du Nord ; que s'il rendait la place, la République ne manquerait pas de la reprendre; que les femmes qui deman* daientla capitulation, seraient alors traitées sévèrement et se repentiraient de leur lâcheté *.
Mais, après les troupes de ligae, les volontaires, et notamment le bataillon permanent ou bataillon de Yalen-
directeur de Tarsenal, le frère du futur maréchal de l'Empire [Texier, 251).
' Fradel à Ferrand, 26 juillet [A. N.) ; les femmes de Yalenciennes à Ferrand et réponse de Ferrand, 26 juillet (A. G.].
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ciennes, où Ferrand avait mis en subsistance les réfu* giés du camp de Famars, se prouonçaient pour la population. La garnison avait posé les armes pour ne plus les ressaisir. Elle cessait de travailler aux remparts et tranquille, indifférente, elle regardait les assiégeants qui profitaient de son inertie pour établir sans obstacle leurs logements sur le chemin couvert et réparçr les ouvrages conquis. Ferrand avait enjoint de canonner Tennemi; mais les artilleurs ne firent pendant la journée du 26 qu'un feu très faible; ils se disaient harassés, alléguaient que les embrasures des batteries étaient tellement délabrées qu'elles ne pouvaient servir et que les ouvriers manquaient pour les remettre en état. Ferrand avait prescrit de garnir les dehors ; la plupart des détachements les abandonnaient et se rejetaient dans Yalenciennes. Au soir, Dembarrère venait à l'ouvrage à corne de Poterne et faisait tirer sur les pionniers autrichiens une pièce de quatre ; mais, dès six heures, les soldats murmurèrent ; ils se plaignaient de n'être pas relevés ; ils appréhendaient d'être surpris et écharpés ; ils avaient faim; ils voulaient s'en aller ; les uns, et parmi eux les pelotons de Mayenne-et-Loire et du 73®, restèrent à leur poste, non sans peine et sur les vives instances de Dembarrère ; les autres rentrèrent dans la ville. Gambin, qui plaça des troupes de la porte Gardon à la porte de Mons, les entendit proférer les mêmes plaintes : <r Oi veut nous faire tous périr » ; elles aussi, à l'exception d'une compagnie du Loir-et-Gher, déclaraient qu'elles s'en iraient si elles n'étaient relevées à six heures. Sur un autre point de la défense, aux contregardes et à la demi-lune de Cardon, Beaurgard et son adjoint Leconte éprouvaient de semblables désagréments. En vain Beaurgard emploj'a la menace et, du plat de son sabre, distribua des coups
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avec colère ; en vain il taxa les soldats de lâcheté, leur reprocha de ternir leur réputation, leur demanda s'ils ne tenaient pas à honte d*ètre conduits en pays ennemi, les mains liées derrière le dos. Ils s'amoncelaient près des poternes et ne bougeaient pas de là ; pour rien au monde, assuraient-ils, ils ne sortiraient plus; ils craignaient d'être égorgés dans les ouvrages extérieurs. « J'ai la larme à Tœil, écrivait Beaurgard à Ferrand : quelle défense peut-on espérer avec de pareils hommes qui ne vont qu'en tremblant occuper leur poste? » A onze heures de la nuit, Ferrand et Tholosé, faisant leur ronde, virent les troupes couchées pêle-mêle et sommeillant dans les fossés. Ferrand s'irrita ; puis, sa bonté naturelle reprenant le dessus, « laissez-les reposer, dit-il au commandant Delaage, ils n'ont pas toujours dormi'. »
Le lendemain et le surlendemain, une partie de la garnison refusait tout net le service ; Tautre ne marchait qu'à contre-cœur, de fort mauvaise grâce, et, selon le mot de Ferrand, en rechignant. « C'est la première fois de ma vie, disait le général, que les troupes n'obéissent pas à mes ordres. » Le 27 au matin, les détachements qui bivouaquaient aux avant-postes du front d'attaque, rentrèrent dans Valençiennes en jurant qu'ils ne se défendraient plus. Leurs officiers tentèrent inutilement de les retenir. Circonvenus et gagnés par la bourgeoisie, les soldats se rangeaient de son côté, criant avec elle qu'il fallait se soumettre à la volonté de l'assiégeant et ne plus s'opiniâtrer à une résistance qui serait suivie de l'assaut le plus funeste. Les piquets placés à gauche de la poterne de Mons écrivaient à Ferrand qu'ils ne pou-
* Dembarrôre, Gambin, Beaurgard à Ferrand, 26 juillet, 7 h. 1/2 et 8 h. 1/2 du soir (A. N.) ; Précis, 32 et 52 ; Dembirrère, 109 ; Texier, 149 ; Foucart et Finot, I, 564.
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Talent m garder un poste si épineux i et ils le sommaient de les € retirer sur le rempart d*ici à deux heures, pour leur sûreté >. Plusieurs n'allaient môme pas aux remparts et se livraient aux plus grands excès. Le 27 et le S8, dans la matinée, ils envahirent le Munitionnaire et le dépôt d*eau-de-vie et de salaisons de PHÔpital Général. Mieux valait prendre les effets, disaient-ils, que de les laisser à Tennemi, et, après tout, ne manquaient-ils pas des choses les plus nécessaires ? Ils brisèrent les portes, ouvrirent les ballots, défoncèrent les tonneaux. Les uns revenaient par les rues avec des fardeaux énormes de bas, de souliers, de culottes, qu'ils vendaient au plus vil prix. Les autres étaient ivres et offraient aux passants le vin ou la liqueur qui emplissait leurs bidons. Quelques-uns, qui étaient de bonne foi, ne prenaient que les habits et les denrées dont ils avaient besoin. Des bataillons choisis et qui semblaient sûrs, furent chargés d'empêcher le désordre. Des chefs d'un républicanisme incontestable marchaient à la tête de cette troupe. On méconnut leur autorité, on les conspua, on les traîna dans la boue. Ferranddut, le 28, par deux fois, se rendre avec des officiers supérieurs, aux magasins de vivres et d'habillement, et, par deux fois, il parvint à disperser les pillards* Mais les représentants avouent tristement qu'ils ne comptaient plus sur personne, et le 29 juillet, le général se désolait que la garnison ne fût pas « rentrée dans les bornes de la discipline ' ».
Ce fut donc en pleine anarchie que Yalenciennes capî-
* Fromentin et le grenadier Cornu a Ferrand, 27 juillet ; procès- Terbal des gardes-magasins, 27 et 28 juillet ; Journal du siège ; Mim. d'un volontaire de Loir-et-Cher [A. N.) ; Rapport ^ 25 ; Dembarrère» 112; Précis, 54.
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tula. Le 36 juillet, après avoir pris connaissance de la sommation du duc d'York, le Conseil assemblé par Ferrand avait discuté jusqu'à midi, mais, comme disait le général, « sans pouvoir rien asseoir 9. Il fallait pourtant répondre au duc d'York. Ferrand se résolut à renvoyer le trompette qui n'avait pas quitté les avant-postes en le priant de dire au prince que le commandant de Valen. ciennes ferait bientôt sa réponse^ Puis il demanda l'avis des autorités constituées ; elles déclarèrent qu'elles ne se prononceraient que lorsqu'elles sauraient exactement rétat des ouvrages du front d^altaque ainsi que des munitions de guerre et de boucbe.
Ferrand convoqua cbez lui, dans l'après-midi, un Conseil extraordinaire et purement militaire, formé des généraux de division et de brigade, des commandants des régiments et des bataillons, des officiers du génie et de rartlllerie. Il parla le premier, sans exposer son sentiment, parce qu'il attendait la décision des autorités constituées^ et en « détaillant » les circonstances où il se trouvait. Le 24 juillet, disait-il, il croyait que la place pouvait résister encore huit à dix jours ; mais la garnison, après avoir servi pendant tout le siège avec la plus grande distinction, abandonnait ses postes et se contentait de border le rempart; la municipalité penchait pour la reddition immédiate ; les habitants s'attroupaient et menaçaient d'arborer le drapeau blanc, d'ouvrir les portes au duc d'York. Néanmoins, il avait l'intention de défendre Yalenciennes « conformément à l'usage militaire ».
Après lui, Tholosé lut un rapport succinct qu'il avait rédigé sur le bureau. Suivant Tholosé, l'ennemi pouvait établir une batterie sur la crôte du chemin couvert pour canonner la courtine entre le bastion des Capucins et
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celai de Poterae; il emploierait deux jours à la formation de cette batterie; il aurait besoin d*an troisième jour pour achever la brèche qni, en cet endroit, était faite au tiers. Mais trois autres jours lui seraient nécessaires pour le passage du fossé où les assiégés auraient Tersé l'eau des inondations supérieures; il devrait construire une digue ; il derrait creuser une cuvette dans le pourtour du fossé pour refouler Teau dans le bas Escaut; il devrait jeter un pont sur poutrelles. La place, concluait Tholosé, avait donc chance de résister six jours encore. Mais elle serait peu t-ètre réduite dans un délai plus court, si les alliés agrandissaient la brèche déjà praticable au flanc du bastion des Huguenots ; maîtres du pont Rouge, ils avaienjt sur ce point les moyens d'évacuer Teau des fossés et des avant-fossés qui les séparaient du rempart.
Dembarrère prit la parole après Tholosé. Il pensait qu*on pouvait tenir quelques jours encore. Si Ton considérait, ajoutait-il, l'élat matériel des fortifications de la place et les préparatifs d'attaque, la sommation du duc dTork était précoce. Mais « les circonstances morales influent beaucoup dans le prolongement de la défense » ; il ne connaissait pas suffisamment l'esprit de la population et les dispositions des troupes pour établir son opinion ; il ne saurait donc évaluer au juste la durée de la résistance.
Après Dembarrère et Tholosé, et à leur exemple, tous les membres du Conseil donnèrent leur avis par écrit. Les uns s'opposaient à la reddition. Le major de siège, Boussin, déclarait qu'on devait mourir pour la pairie et défendre la place tant qu'elle serait tenable, qu'un seul jour de plus pouvait sauver la République ;
O^KeefTe, colonel du 87^ régiment, qu'il jurait de ne
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jamais prononcer le mot de capitulation et qu'il tiendrait sa parole ;
Tacher et Agis» qu'ils défendraient Yalenciennes jusqu'à la mort et qu'ils tiendraient leur serment tant qu'ils ne seraient pas abandonnés de'leurs camarades ;
Léchelle^ chef du 4«' bataillon de la Charente, qu*il avait juré de s'ensevelir sous les ruines de la ville plutôt que de la rendre aux ennemis et qu'il n'était pas un parjure ;
Richon, chef du l*' bataillon de la Côte-d'Or, qu*il avait juré de mourir à son poste et qu'il ne voulait aucune capitulation ;
Leconte, chef du 4» bataillon des volontaires de Loiret-Cher, qu'il persistait dans son serment de mourir à son poste ;
Lambert, chef du bataillon des grenadiers de la Côted'Or, qu'il n*était pas nécessaire de se rendre présentement et qu'on devait défendre la place « jusqu'à rinstant où il y aurait une impossibilité physique de la conserver à la République » ;
Le Féron et Evrard, chefs du 4*' bataillon des Deux- Sèvres, qu'ils ne consentaient à aucune espèce d'accommodement avec l'ennemi.
Mais les autres acceptaient, avec ou sans réserves, une capitulation immédiate :
Delpuech, colonel du 73^ exposait que Yalenciennes n'espérait aucun secours de l'intérieur, que les ouvrages avancés et même l'escarpe étaient considérablement dégradés, que le nombre des combattants diminuait d« jour en jour, qu'on ne pouvait plus garder la place et qu'une plus longue défense ne ferait qu'augmenter des malheurs de tout genre sans utilité pour la patrie ;
Carette, lieutenant-colonel du 25® régiment de cava-
SIO TALBNCIBMNBS
lerie, quUl aimait mieux mourir que d*ôtre pris, mais qu*il acceptait une capitulation honorable ;
BruDière, capitaine du 1er bataillon de la Nièvre, que les fatigues intolérables de la garnison et son découragement marqué, l'insurrection des habitants, le vœu des autorités constituées, Tincertitude d'un prochain secours, « nécessitaient une mesure prudente pour conserver avec l'honneur de la nation, celui des braves gens qui défendaient la place > ;
Gardaire, capitaine d'artillerie, que, malgré le délabrement et le mauvais état des batteries, la place pouvait tenir huit jours encore, mais que les troupes étaient harassées et que, dans la disposition actuelle des esprits, si l'ennemi faisait la môme entreprise que la veille, il entrerait peut-être dans la place par les portes qu'où lui ouvrirait dans les vingt-quatre heures ;
Ozery, lieutenant-colonel du i9^, qu'on avait déployé toute la bravoure possible, que l'honneur ne serait nullement compromis par la capitulation, et qu'un délai de quelques jours achèverait de détruire la garnison;
Dumény, qu'il convenait d'adopter des mesures de sagesse ;
Dumarais, lieutenant-colonel du 73^ régiment, que les forces n'étaient pas suffisantes et qu'il aimait mieux capituler honorablement que d'assister à regorgement de 22,000 habitants qui appartenaient à la République et d'une garnison qui s'était défendue avec gloire ;
Fieffée, commandant-temporaire en second, qu'il mourrait à son poste avec ses camarades, mais 'que la garnison était fatiguée et que les circonstances exigeaient des mesures de la plus grande sagesse ;
Grobel, lieutenant-colonel du 26« régiment de cavalerie, qu'il ne se départait pas de son serment, mais
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que la ville se soulevait, que la garnison avait deux ennemis à combattre et ne pourrait y tenir, que de sages arrangements conserveraient à la nation de braves défenseurs;
Mougenot, commandant-temporaire, que si la résistance pouvait nuire au bien général, il se soumettait à la capitulation la plus honorable ;
Germain, capitaine-commandant, qu'il jurait de mou* Tir à son poste, mais à condition que la garnison tint ferme et qu*il n'y eût pas d'émeute parmi le peuple ;
Lauriston, lieutenant-colonel et sous-directeur de Tartillerie, qu'il ferait son devoir jusqu'au dernier moment, mais que les fortifications étaient délabrées^ que les fatigues, les veilles, la mort avaient affaibli la garnison, que la ville ne tiendrait pas plus de huit jours, qu'il était instant de sauver les soldats et les bourgeois des suites affreuses d'un assaut ;
Les généraux Boillaud et Beaurgard, qu'ils avaient juré de périr pour la défense de la place, mais Boillaud ajoutait : « si l'on peut et doit compter sur la bravoure de la garnison », et Beaurgard : a si la force de mes camarades d'armes répond à leur courage » ;
Manceaux, commandant du '6^ régiment d'artillerie, qu'il jurait de mourir à la brèche ou de repousser l'ennemi, « sUl pouvait compter toujours sur la bravoure des canonniers 9 ;
Gambin, chef du bataillon des Gravilliers, qu'il tiendrait son serment, mais si ses camarades tenaient aussi leur serment^ et il remarquait que la garnison était bien affaiblie ;
Batln enfin, Batin, colonel du 29® régiment et général de brigade provisoire, Batin qui commandait les troupes du chemin couvert dans la nuit terrible, Batin disait j
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nettement : « Par la disgrâce que j*ai eue le 25 au soir, je perds confiance dans la troupe. >
Les représentants Cochon et Briez refusèrent de rien signer ; ils déclaraient que leur devoir était de mourir à leur poste, qu'ils ne trahiraient pas leur serment, qu'ils aimaient mieux périr que de tomber entre les mains des ennemis et ils proposèrent à Ferrand de se retirer dans la citadelle. Mais on leur répondit que la citadelle, déjà bombardée le jour précédent, ne pourrait tenir; qu'elle avait donné la plupart de ses canons aux batteries du front d'attaque ; qu'elle ne serait occupée que par la partie saine de la garnison ; que la partie gangrenée, ainsi que la population, se joindraient aux Austro-Anglais pour réduire en quelques instants ce dernier refuge de la résistance, et Lauriston affirma derechef qu'il n'avait plus aucun moyen de défense : 70 pièces hors de service, peu de boulets surtout de gros calibre ; peu ou point de mortiers ; plus de bombes de huit et de dix pouces ; plus de globes ^
Muni des vœux que les membres du Conseil extraordinaire avaient émis par écrit, Ferrand se rendit à la maison commune. Il lut le résultat de la délibération et cette fois encore, il n'exprima pas son propre sentiment ; il voulait, disait-il, s'assurer auparavant de la conte* nance de sa garnison et surtout connaître le désir des autorités constituées et de la population. Mais, pendant la séance du Comité militaire, la municipalité, résolue de soustraire la ville au destin dont le duc d'York l'avait menacée, brusquait le dénouement par une démarche décisive. Elle nommait cinq commissaires, le maire Pourtalès, le procureur de la commune Hamoir du
> Rapport^ 57-58.
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Groisier, et trois autres membres du Conseil général, Benoist Tainé, Huart et Lanen-Plichon, pour faire un rapport sur la situation intérieure de la place. Ces cinq personnages s*enfermaient dans la maison de Hamoir, alin d^ôlre plus tranquilles. Dans Taprès-midi, ils revenaient à rHôtel-de-Yille et lisaient leur rapport qu'ils avaient intitulé : Représentations du Conseil général de la commune au général Ferrand,
Ils y retraçaient les souffrances et les sacrifices du peuple valenciennois ; édifices détruits, habitants tués ou écrasés sous les ruines des maisons, les femmes et les enfants respirant l'air fétide des souterrains, un bombardement qui durait presque sans relâche depuis quarante-deux jours. Ils montraient que la place ne pouvait être secourue : Tarmée du Nord avait par trois fois inutilement tenté de débloquer Gondé ; elle avait lâché sans beaucoup d'efforts le camp de Famars, et en se retirant, à la fin de mal, elle comptait 23,000 hommes de moins qu'au commencement du mois ; elle semblait ne pas exister, et peut-être craignait-on de compromettre son sort. Mais les obligations delà République envers Yalenciennes et de Valenciennes envers la République étaient réciproques. Yalenciennes avait fait son devoir ; la République, au contraire, ne venait aucunement êr l'aide de Yalenciennes ; elle abandonnait donc la ville à la première des lois, « celle de la nature qui commande impérieusement le soin de la conservation ». Pourquoi ne pas se rendre? Pourquoi, par une résistance plus longue, entraîner la perte de la garnison et d'une grande cité ? Fallait-il attendre le moment où l'adversaire aurait soldats et citoyens à sa disposition et les tiendrait au colletai Ferrand n'avait-il pas fait une défense sans exemple dans l'histoire? N'avait-il pas mérité
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de la nation un témoignage honorable? Ne poavait-il accepter fièrement la capitulation que le duc d'York lui offrait ?
Telles étaient les Représentations. Tous les membres du Conseil général les signaient. On les lisait à la foule qui les accueillait par des applaudissements et les sanctionnait sur-le-champ en déléguant onze citoyens ou c députés du peuple » pour joindre leurs signatures à celles des municipaux. En outre, le Conseil arrêtait que des commissaires iraient porter sa réponse au duc dTork si Ferrand refusait d'entrer en accommodement. Il décidait même de demander au nom du peuple que la séance du Comité militaire fût publique.
Ferrand avait Tintention de se défendre. Mais, dit-il dans son journal, la population était a montée d'une manière très violente » et les Représentations exprimaient sa volonté non équivoque. Il dut a céder à cette impulsion 9 et reconnaissant qu'il ne pouvait « réaliser la résistance que la place aurait pu faire encore quelques jours «, il consentit à solliciter un armistice.
A six heures du soir, il écrivait au duc dTork que les autorités constituées, la garnison et le commandant de Yalenciennes, c n'ayant pu terminer l'objet important que le prince motivait », désiraient un nouveau délai de vingt-quatre heures ; les troupes garderaient le^ postes qu'elles occupaient, et le feu cesserait de part et d'autre- Le maire Pour talés signa la lettre avec lui.
Le duc d'York accorda la trêve : elle durerait jusqu'au lendemain 27, à quatre heures de raprès-midj> à condition que toute communication fût interdite entre les deux armées ^.
^ Ferrand et PourUlès au duc d'York, 26 juillet, 6 heures du soir; le duc d'York à Ferrand, 26 juillet, 10 heures du soir ( V. N.).
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Les membres du Conseil militaire profitèrent de l'armistice pour rédiger un projet de capitulation précédé d'un « considérant » de quinze articles. La yille, lit-on dans ce projet, est dans l'état le plus déplorable ; « les malbeurs du peuple sont à leur comble, et c'est au milieu des cris, des douleurs et des gémissements de tous les infortunés que le Conseil général de la commune a présenté le vœu de ses concitoyens pour la capitulation » ; plus de ressources certaines ; pas d'espoir de secours ; pas de uouvelles de Tintérieur ; la brèche déjà pratiquée en trois endroits, au bastion des Huguenots, au bastion Poterne et à la courtine de Mons ; une garnison amoindrie, affaiblie, harassée, incapable de résister à Tennemi qui peut monter à Tassaut de deux côtés ; enfin — et c'était ce qui déierminaii prineipalemefU et uniquement le Conseil militaire — la demande formelle et fortement exprimée de tous les habitants de la commune. Le Conseil proposait donc de rendre la ville. Mais la garnison aurait les honneurs de la guerre ; elle emmènerait son artillerie ainsi que douze chariots couverts qui ne seraient pas visités; elle sortirait avec chevaux, armes et bagages, tambours battants, mèches allumées par les deux bouts et drapeaux déployés ; les représentants du peuple et toutes les personnes attachées à la République, sous quelque dénomination que ce fût, jouiraient des mêmes conditions que le militaire ; les déserteurs ne seraient pas inquiétés.
Ce projet de capitulation fut porté au duc d'York le 27 juillet, à quatre heures de l'après-midi, par l'aide-decamp Lavignette. Le général Ferrand priait le prince de lui répondre article par article et de prolonger la suspension d'armes. 11 espérait encore que l'armée du Nord viendrait à son secours et il tentait de gagner du temps,
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usait, comme il dit, de stratagème, posait des conditions que le duc n'accepterait sûrement pas en totalité. N'était-ce point, suivant son expression, << entraîner à des écritures et à des délais » * T
York refusa les conditions de Ferrand. La garnison, répondit-il, lirrerait ses chevaux, ses canons et ses dra* peaux ; elle serait prisonnière de guerre ; les représentants du peuple ne pourraient être compris dans la capitulation ; les déserteurs devraient être rendus. Le prince ajoutait que si ces clauses n'étaient pas acceptées, les hostilités recommenceraient le 28 juillet, à neuf heures du matin.
Cette réponse n'arriva que le 28, à minuit et demi. Elle parut inacceptable aux membres du Comité. La garnison était donc prisonnière de guerre sans autre explication! Elle livrait aux ennemis tout ce qui lui appar« tenait 1 Elle désirait, par un article particulier du projet de capitulation, conserver ses munitions, ses pièces d'artillerie, « tout ce qui faisait partie de l'armée », et le duc d'York écrivait Refusé en marge de cet article I Elle cédait les caisses militaires et les papiers des administrations ! Ferrand, Tholosé et les officiers généraux frémissaient d'indignation, se récriaient contre des exigences si rigoureuses, si cruelles. Le premier, Ferrand prit la parole. Il déclara qu'il aimait mieux mourir que de souscrire à de pareilles conditions, et il demanda par oui ou non le vœu de chaque membre du Conseil. Tholosé approuva Ferrand. Mais la foule avait envahi la maison commune. Elle gardait les portes, défendait de sortir à qui que ce fût, consignait les représentants, les généraux et les officiers supérieurs. Elle pénétrait dans
^ Ferrand au duc d*York,27 juillet, et Journal du siège (A. N.).
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la salle où délibérait le Conseil et s'entassait en cet étroit espace qu'elle remplissait de ses vociférations. Le nombre des personnes était si grand qu*on étouffait, et le vacarme, si terrible qu'on ne s'entendait pas. Ferrand, outré, monta sur une chaise et d'une voix émue et entrecoupée, mais avec une éloquence poignante, il harangua les séditieux. « Voilà vingt années que je vis avec vous. Je ne vous ai jamais voulu que du bien, j'ai mérité votre reconnaissance, et vous m'empêchez aujourd'hui de faire mon devoir 1 Voyez mes cheveux blancs. J'ai cinquante ans de services sans reproche, et je ne puis capituler sans douleur. Je préfère tomber sur la brèche ou sous le fer d'un lâche assassin. Mais, puisque vous nous violentez, puisque vous entravez nos délibérations et gênez nos suffrages, je ne répondrai pas au duc dTork. Il m'a donné jusqu'à neuf heures, et si je garde le silence, la ville sera prise d'assaut. Je vous le jure, je me tairai si vous ne vous taisez pas. Égorgezmoi, égorgez -nous ; vous serez les premiers punis de votre crime, et nous, nous aurons du moins péri glorieusement pour le salut de la République I » Mais le discours de Ferrand n'apaisa pas les esprits. La foule resta dans la salle. Les clameurs, les injures, les imprécations recommencèrent de plus belle. On demandait la tête de Ferrand et des représentants; on voulait porter sans retard au duc d'York les clefs de Valenciennes; on criait que nul ne s'éloignerait si la capitulation n'était signée, t L'agitation, dit Tholosé, s'accroissait et fut poussée à un excès que l'autorité du général ne put réprimer; tous les liens furent rompus et chacun se livrant à son action naturelle, le gouvernement expira. 9 Ferrand, désespéré, annonça qu'il allait écrire au duc d'York et qu'il enverrait des commissaires munis de pleins pouvoirs pour
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arrêter les clauses d*une capitulation aussi avantageuse que possible.
Sa lettre au prince était énergique et noble. Il déclarait que la capitulation proposée n'avait rien d'honorable et qu*il persistait dans les articles refusés par le duc. La garnison de Valenciennes sortirait avec armes et bagages, enseignes flottantes ; les représentants Cochon et Briez et leurs deux secrétaires accompagneraient les troupes; chaque bataillon emmènerait une pièce de campagne; il y aurait six chariots couverts; les déserteurs ne seraient pas rendus.
Six commissaires, trois militaires, les généraux Boillaud et Tholosé et le capitaine Brunière, trois civils, Hamoir du Croisier, Lanen-Plichon et Perdry cadet, portèrent au duc d'York la lettre de Ferrand et furent chargés de signer la capitulation. Ils partirent au milieu d'un tumulte effroyable et lorsqu'ils traversèrent la place, ils entendirent le peuple et les soldats qui faisaient cause commune avec lui, applaudir aux partisans de la reddition et accabler d'injures les membres du Conseil qui voulaient résister encore. Un détachement de la cavalerie bourgeoise les escorta jusqu'aux portes pour bien s'assurer de leur sortie.
« Diable 1 dit le duc d'York, le général Ferrand me refuse. Et si maintenant je n'acceptais aucune capitulation ! » Le capitaine Brunière répliqua que la conduite valeureuse des troupes et les ressources qui leur restaient pour soutenir le siège, méritaient les honneurs de la guerre. Il ajouta d'un ton ferme que la ville n'était pas réduite, qu'elle offrait des moyens de résistance, qu'elle avait ses ouvrages extérieurs, ses manœuvres d'eau et son escarpe qui n'était ébréchée que dans sa partie supérieure, qu'elle avait sa citadelle entière et in-
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tacte, qu'elle avait un général, des chefs expérimentés, une garnison courageuse. Après un instant de réflexion, le duc dTork répondit que la garnison sortirait de Valenciennes avec les honneurs de la guerre, mais qu'elle serait regardée comme prisonnière, qu'elle livrerait les armes, les canons, les munitions et tout le « mohiliaire », que ses officiers et ses soldats s'engageraient à ne pas servir pendant la durée de la présente guerre contre les armées des alliés sans avoir été échangés conformément aux cartels et sous les peines militaires. Il promit de traiter les représentants comme les bourgeois et de les garantir de toute espèce d'insulte dans leur personne et leurs effets. Les déserteurs resteraient dans la place. Il n'y aurait pas de chariots couverts.
Le 28 juillet, à onze heures du matin, la capitulation était conclue. A quatre heures de Taprès-midi elle fut connue à Yalenciennes. Si les commissaires ne l'avaient pas apportée, a dit l'un d'eux, le peuple les eût égorgés à leur retour ainsi que les membres du Gooseil qu'il tenait captifs à la maison commune. Toutes les formalités s'exécutèrent aussitôt. Trois otages, un colooel, un major, un capitaine, furent envoyés de part et d'autre, Ferrand fit signer le revers aux officiers de la garnison et dresser les listes nominatives des soldats par bataillons et compagnies ^
*■ York à Ferrand, 28 juillet et note de Ferrand; Ferraris à Ferrand, 29 juillet (A. N.) ; Mém. de Tholosé, U août |Â. G.). Cf. pour ce récit de la capitulation Rapport^ 33 ; Précis^ 53, et surtout les papiers de Ferrand (Journal du siège et documents sur la délibératioD du 26 juillet, A. G. et A. N.). Tholosé a, dans un autre mémoire du 26 août [A. G.), très nettement marqué les causes de la capitulation « j'ai succombé, écrit-il, ainsi que le Conseil de guerre, a la force toi— dattsque et populaire qui a déterminé le commandant d'entrer en négociations », et il assure que la ville aurait pu résister encore < si
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Malhearensement, on avait eu Timpradence de sti- ];niler que les troupes françaises ne sortiraient de la Tille que le f août Le générai et les représentants comptaient que pendant ce délai, l'armée du Nord serait suffisamment renforcée pour marcher sur Yalenciennes et repousser les alliés. Mais, si Tennemi n'avait pas connu la faiblesse et l'impuissance de cette armée, aurait-il accordé quatre jours de répit aux assiégés? Et, remarquaient quelques-uns, n'était-il pas évident que les peureux et les malveillants quitteraient leurs abris, dés que cesserait le feu, pour jouer de méchants tours à la garnison * ?
Il y eut des scènes scandaleuses. Le ^T, la populace avait frappé dans la rue tous ceux qui lui déplaisaient et roué de coups un aide-de-camp de Ferrand. Le 28, elle insultait les patriotes et dissuadait les soldats de se rendre à leurs postes. Elle assaillit le général Beaurgard qui passait sur la place, et lui arracha ses épaulettes. Elle attaqua le général Boillaud et le chef de bataillou Fieffée qui rentraient du bivouac, leur porta le pistolet sur la gorge, les somma d'ôter la cocarde; les deux oiûclers parlèrent haut et ferme, réussirent à se frayer un passage et vinrent se plaindre à la municipalité, lui demander justice de cet affront; mais ils ne purent obtenir satisfaction*.
Dans Taprès-midi du 29 juillet, la cavalerie bourgeoise de Yalenciennes voltigea superbement par les rues et sur la place, injuriant, battant les militaires isolés. On jeta ces jeunes gens à bas de leurs chevaux.
York n^ayait corrompu la gamiion et que les habitants fussent restés fidèles à la République française >.
» Précu, B2.
* Dementbon ; Journal du siège, 27 et 28 juillet.
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« Ces mirliflores, qui font les brares, disait un Tolontaire de la Charente, sortent à peine de leurs caves et ils puent le moisi. » Mais Ferrand dut ordonner à Beaurgard de garder les arrêts, pour le dérober aux assassins, et il nota mélancoliquement dans son Journal que la bourgeoisie arait « secoué le joug » et qu'elle t éloignait les soldats de leur devoir 9, que les municipaux et les habitants ne c se contraignaient plus », qu'ils t augmentaient toujours dans leur opinion » et « manifestaient ouvertement le désir de voir les Impériaux dans leur ville ». Le duc d'York humilia le vieux général en lui offrant son appui. Il écrivit à Ferrand qu'il avait appris avec chagrin les désordres de Yalenclennes ; il l'engageait à maintenir la police et rendait la garnison responsable de tous les incidents qui troubleraient la tranquillité publique ; si Ferrand avait besoin de secours, les troupes de l'armée combinée marcheraient sur sa réquisition ^
Le 3O9 les royalistes, s'enhardissant de plus en plus, donnèrent aux patriotes le spectacle de la contre-révolution. Us enlevèrent de la tour du beffroi le drapeau tricolore et le remplacèrent par le drapeau blanc. Ils scièrent Tarbre de la liberté. Ils gardèrent à vue les membres de l'administration du district et menacèrent de les mettre en état d'arrestation. « Ils maltraitaient, dit Ferrand, toutes les personnes qui paraissaient tenir à la République. » Ils foulèrent aux pieds la cocarde nationale et tombèrent à coups de sabre sur les citoyens qui la portaient ; des soldats durent ôter de leur chapeau ce signe que l'Autrichien leur laissait. Le prince
1 York à Ferrand, 30 juillet (A. N.) Journal du siège, 29]uUlet; Dementhon ; Précis , 57.
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de Lambesc ', accompagné de quelques émigrés, entra dans la Tille et se mit à la tète de la ca?alerie dvique qui criait braoo^ vive le roi et à bas la République. La multitude acclama Lambesc. Les femmes l'appelaient le bon prince et leur sauveur. Il semonça les assistants, blâma leurs folies passées et leur jeta une poignée d'écus en leur recommandant d*ôtre plus sages à Tavenir. Des officiers autrichiens inter?inrent, ainsi que des yolontaires de la Charente, et le rassemblement se dispersa. Deux émigrés bousculaient un soldat dans la rue des Anges, et le qualifiaient de brigand. Le capitaine Tezier de la Pommeraye prit sa défense, et un officier anglais tança sévèrement les émigrés, déclara qu*il dénoncerait leur conduite au duc dTork : « Je ne sais, disait-il, qui de vous ou de cet homme mérite le nom de brigand ; lui, du moins, combat pour sa patrie « et, se tournant vers Texier : c Monsieur, excusez Timpolitesse de ces gens qui ne savent pas vivre*. •
La journée du 31 juillet fut marquée par de semblables excès. On vouait à la mort les représentants du peuple et Ton proposait de les immoler sur les ruines des maisons que leur obstination avait réduites en cendres. Déjà, dans la soirée du 26 au 27, des royalistes armés de poignards s*étaient jetés par deux fois sur Cochon qui regagnait sa demeure. Ddux greaadiers de la garde nationale de Valencieanes, Cousin et Danoyer, accoururent aux cris du commissaire et l'arrachèrent des
^ L^auteur de cette < fanfaronnade déplacée • , comme dit Ferrand dans son Journal, était le < massacreur des Tuileries > et le colonel propriétaire du régiment de cavalerie Royal- Allemand, qui tenait garnison a Valenciennes en 1788.
* Rapport^ 36 ; PrécU, 57 ; Texier^ 173 ; Dâmenthon ; Journal da siège.
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mains de ces frénétiques. Cochon se réfugia dans la citadelle et y coucha désormais sous la protection des volontaires de la Charente et de la Côte-d'Or. Briez se cacha chez un de ses intimes amis, membre du Conseil général de la commune. Mais, durant la nuit du 31 juillet au 4«' août, le fils du maire Pourlalès, suivi de quatre estafiers qui s'étaient déguisés en kaiserliks, s'efforça de découvrir la retraite du commissaire et fit des perquisitions dans six maisons. Il saisit les deux secrétaires des représentants, les traîna au corps-degarde et leur demanda où étaient Cochon et Briez. Ils répondirent que Cochon était à la citadelle, et après avoir longtemps balancé, révélèrent le logis de son collègue. On se rendit aussitôt à la maison où était Briez, sur la grande place. Mais Thôle du député, sa femme, ses enfants s'élancèrent au devant des forcenés et les empêchèrent d'entrer. Les alliés, dit-on, auraient désiré que le peuple de Valenciennes eût arrêté les conventionnels et, assure Fersen, c on avait donné pour cela toute sorte de facilités^ ».
Ces quatre jours qui suivirent la capitulation de Valenciennes, achevèrent la décomposition morale de la garnison. Personne ne commandait plus. Les Impériaux se contentaient d'occuper les ouvrages avancés et les postes extérieurs. Les commissaires de la Convention n'avaient plus de pouvoir, l^errand se taisait ; il avait encore la garde de la police de la ville ; il devait interdire aux sentinelles, sous les peines les plus sévères, de laisser entrer dans la place les officiers étrangers et surtout les émigrés ; mais il ne voulait pas démentir dans ces derniers instants sa réputation de douceur et de
1 Fersen, II, 79 ; lettre de Cochon et de Briez, !•' août (A.. Q.) ; Rapport, 30-32 ; Pr€cU^ 60.
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bonté. Les soldats voyaient donc le gouvernement qu'ils étaient chargés de défendre^ impunément outragé ; ceux-ci participaient au désordre ; ceux-là le contemplaient sans le réprimer et semblaient paralysés par le découragement. D*autres, s'indignaient en vain : a Je voudrais, disait l'un d'eux, qu'il prit fantaisie aux bourgeois de nous couper à chacun une oreille pour voir si nous oserions regimber. • Plusieurs craignaient qu'une étourderle, un acte de folie ne Ht rompre la capitulation *• Un volontaire de la Charente, remarquant des factionnaires autrichiens dans le réduit de la citadelle, songeait en frémissant qu'un homme payé pour leur tirer un seul coup de fusil, déchaînerait sur la ville et la garnison les plus terribles représailles *•
Mais, écrit Ferrand dans son Journal à la date du 30 Juillet, c plus on approche du départ, et plus je m'aperçois que les bataillons rentrent dans Pordre ». Le ^•^ août, à huit heures du matin, la garnison, qui formait six demi-brigades et qui ne. comptait plus que cinq mille hommes', se réunit en colonnes serrées sur la place d'armes. Le peuple l'entourait dans un profond recueillement. A la vue de ces soldats qui s'étaient battus pour eux et qui partageaient naguère leurs dangers, les habitants se sentaient émus et saisis de tristesse. Des fenêtres de l'hôtel-de-ville, les municipaux,
* Cf. ce qui faillit arriver à Verdun après la reddition, lorsqu'un ehasseur à cheval tua le comte de Henkel ; Invasion prussienn$f 254.
* Précis, 69.
* Et non comme disent les assiégeants, 451 officiers et 9,260 soldats. Le chef d'état'major de l'armée du Nord évaluait approximativement le nombre des hommes à 7,000. En réalité, la garnison se composait, au début du siège, de 9,582 hommes; 1,144 étaient tués, blessés ou disparus ; 956 étaient morts de maladie et surtout du typhus ; 2,500 étaient malades ; 4,982 défilèrent devant l'ennemi.
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tout prêts à complimenter l'Autrichien, ne pouvaient 8*empôcher de regarder avec mélancolie la France qui s'en allait. A neuf heures, la garnison faisant par le flanc droit, sur deux de hauteur, se dirigeait Ters la porte de Cambrai et de là vers Famars. Une foule bigar« rée que les coalisés qualifièrent de canaille, la précédait. Elle se composait de femmes et d*enfants, de réfugiés brabançons et liégeois, de citoyens de Yalenciennes qui redoutaient la vengeance des royalistes et fuyaient, selon Texpression de Tépoque, une terre désormais souillée parle despotisme. Puis commença le défilé des troupes, n dura jusqu'à une heure et demie. L'artilierie de campagne, mèches allumées aux deux bouts, parut d'abord. Vinrent ensuite le général Ferrand, Tétat-major, la cavalerie, Tinfanterie, tambours battants et enseignes déployées. Des voitures chargées, les unes d'effets et de bagages, les autres de malades et de blessés, d'autres de Françaises dont les alliés remarquèrent la beauté, fermaient la marche ^
Les conventionnels Cochon et Briez avaient traversé la ville dans la voiture de Ferrand pour se garantir de toute nouvelle insulte. Arrivés à la porte de Cambrai, ils voulurent revêtir leur costume : chapeau rond aux trois plumes tricolores, écharpe en ceinture avec une frange jaune, épée suspendue à un baudrier de cuir noir, et se mettre, avec ces insignes de leur dignité, à la tête de la garnison. Le duc dTork, averti, leur fit dire par le colonel Saint-Léger qu'il ne connaissait pas de représentants du peuple français et que les deux com-
> Rapport, 32-35; Précis, 34-35, 61; Texicr, 179-181 ; Fereen, II, 79; Tagbuch, 80; Ueber den Feldzug der Preussen, 226, 357, 360; Thûrheim, Briefe, 119; Dilfuitb, DieHessenin Flandem, 1839. 1, 63- 64 ; Journal du siège, l*** août.
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missaires devaient endosser un uniforme de soldat ou se mêler à la population civile. Ferrand protesta vainement qu'il ne ferait pas sortir les députés de sa voiture^ qu'il avait la parole du prince, que le duc dTork lui avait permis d'emmener tous ceux qu'il voudrait. Les représentants durent obéir et, sur le conseil du général, se placèrent au centre de la compagnie de grenadiers du S9« régiment. Cochon passa sans être inquiété; il avait, rapporte Unterberger, une capote brune et marchait silencieux, hautain, sans regarder personne. Mais son collègue Briez fut arrêté trois fois par les Impériaux. Le fils du maire Pourtalès Tavait signalé. La première fois Ferrand courut le réclamer, et sur le refus de l'officier autrichien, envoya Boillaud 'au duc d'York. Le prince ordonna de relâcher Briez et offrit de punir rau-leur de Tarrestation et de le mettre aux fers. L'officier fit des excuses à Ferrand : c Ce sont pourtant, lui dit-il, vos compatriotes qui nous ont dénoncé le représentant. » Mais une deuxième, une troisième fois, Briez fut appréhendé; chaque fois Ferrand intervint; cha.que fois il exigea que Tofficier autrichien le suivit devant le duc dTork, et chaque fois l'officier céda. Aussi Ferrand crut-il qu'il devait prendre congé du prince et le remercier d'avoir tenu sa promesse envers les députés. Il trouva le duc dTork causant avec Gobourg et Lambesc. Ce dernier s'éloigna sur-le-champ, comme s'il ne pouvait, assurent les commissaires, afi'ronter la vue d'un militaire vertueux et fidèle à sa patrie. York et Gobourg accueillirent Ferrand de la façon la plus aimable : « Gette cérémonie du désarmement, dit Gobourg, est bien longue et n'a rien d'agréable pour vous et votre garnison. » — « Prince, répliqua Ferrand, je n'oublierai de ma vie la journée du 25'juillet ; sans cette circonstance
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honteuse pour ma nation, je serais encore dans la place. »
Les paysans du Hainaut et de la Flandre, mus par la curiosité, s'étaient postés sur les deux côtés de la chau»* sée pour assister au passage des troupes. Un républicain Tit une femme qui tenait un chapelet, a Vous récitez Totre rosaire pour nous », lui dit-il. — « Non, réponditelle, je remercie Dieu de nous avoir rendu notre bonne ville de Valenciennes. » — « Mais vous n*y aurez pas d'abri, d — « Oh I nos beaux messieurs habillés de rouge nous feront bien rebâtir nos maisons. » — « Ftft'en voir s'ils viennent^ Jean », repartit le soldat, et ses camarades répétèrent ce refrain jusqu'à la Briquette.
Presque tous les assiégeants, Autrichiens et Anglo- Hanovriens, étaient là. Ils bordaient la haie sur une longueur de quinze cents mètres, de la porte de Cambrai à la Briquette, et pour mieux blesser la fierté nationale de la garnison, leur musique jouait la Marseillaise et le Ça ira. Sur le plateau, à l'endroit où s'élevait le monument de Dampierre, on avait construit un autel orné de drapeaux des puissances alliées et surmonté d'un étendard blanc aux lys bourbonniens. Les plus superbes bataillons, les grenadiers hessois, la garde anglaise, habillés, parés, sanglés comme s'il s'agissait d'aller à la parade ou de faire le service à l'église, formaient autour de cet autel un vaste carré. Derrière eux se rangeait toute la cavalerie. Au centre du carré, à côté de l'autel se tenaient le duc d'York, les généraux et les états-majors. C'était^ raconte Fersen, une réunion rare, un spectacle unique. Ce fut là que les assiégés livrèrent leurs armes. Les artilleurs abandonnèrent leurs pièces. Les cavaliers laissèrent leurs chevaux. Les fantassins mirent leurs fusils en faisceaux et dirent adieu à leurs
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drapeaux qu'ils pressaient sur leur cœur et couiraient de baisers et de larmes. Plusieurs voulaient en déchirer des morceaux ; les Autrichiens s*y opposèrent; mais des officiers anglais arrachèrent furtivement quelques loques qu'ils jetèrent au milieu des bataillons.
L'ennemi admira surtout les canonniers. C'étaient de beaux hommes qui se faisaient un point d'honneur de montrer à Tadversaire un habit propre et des armes reluisantes ; ils avaient l'air sombre mais fier, et un grand nombre portaient encore les traces de leurs récentes blessures. Le reste des troupes était déguenillé et paraissait affiaibli par les privations et les fatigues. Leur uniforme usé, sale et tombant en lambeaux, exhalait une odeur si repoussante que des spectateurs qui se trouvaient sous le vent se sentirent défaillir. Les soldats de ligne, Dauphin, Dillon et Royal-Comtois, ressemblaient à des miliciens. Les volontaires étaient coiffés, qui d'un casque> qui d'un chapeau, qui d'un bonnet de grenadier, et leurs officiers ne se distinguaient que par les épaulettes. Seul, fe bataillon de la Charente avait voulu soigner ses fusils jusqu'au dernier moment et les nettoyer comme pour un jour de revue. Les assiégeants à la haute stature et à la carrure massive se comparaient tacitement à ces assiégés malingres et chétifs. Ils observaient que la plupart des Français étaient petits et de la taille d'un Allemand de douze ans. D'aucuns s'écriaient, non sans amertume : c C'est avec un pareil monde qu'il faut se battre I » Mais, si les républicains s'avançaient négligemment et en désordre, s'ils ne gardaient pas leurs rangs, s'ils comptaient beaucoup de gens fort âgéset de tout jeunes hommes, ils avaient, malgré leur extérieur maladif et leurs haillons, je ne sais quoi d'alerte, de léger et d'aisé, un laisser-aller et une désinvolture gra-
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cieuse qui tenait de la danse plutôt que de la marche, et durant le défilé, ils eurent une attitude simple, déeente, et ne donnèrent pas la moindre marque d'insolence et de découragement. On se souvenait de leur bravoure. On se répétait que ces soldats qui payaient si peu de mine s'étaient battus comme des lions et avaient défendu Valenciennes avec héroïsme. On se demandait comment Tamour de la liberté pouvait enflammer ainsi tous les figes^ l'enfant, l'homme, le vieillard^ et produire des prodiges de résistance. On considérait avec respect ce digne Ferrand aux cheveux gris, à la figure pâle et grave, empreinte à la fois de douleur et de noblesse. « Les patriotes, dit un émigré à un officier autrichien, sont de vraies mauviettes. » — « Ces mauviettes, répondit l'officier, nous ont donné du fil à retordre. » — « Bah 1 Interrompit l'émigré, vous pourriez les mettre dans les fourreaux de vos sabres. » — « Monsieur, répliqua l'Autrichien, si nous avions de tels hommes, nous serions le premier peuple de la terre. »
A deux heures de l'après-midi, le duc d'York, Gobourg, l'archiduc Charles et les officiers supérieurs de l'armée combinée faisaient leur entrée dans Valenciennes. La foule s'était amassée sur les ponts et sous les portes. La municipalité remit les clefs au duc d'York et lui adressa, rapporte Unterberger, une touchante allocution. Un homme à cheval tenait un drapeau aux couleurs de l'Autriche. De toutes parts retentissaient les cris : Vive le roi! Vive V empereur! Vivent les Anglais! Lambesc était dans l'état-major des généraux alliés. On le reconnut et le fêta. Les républicains qui n'avaient pas suivi la garnison se cachaient. Les royalistes étalaient leur joie et disaient qu'ils sentaient enfin le bonheur de
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TiTre, d*ètre déliTrés d'une horde de soldats indisciplinés.
Yalenciennes offrait respect le plus lamentable, le plus horrible. Les assiégeants qui contemplaient, suivant leut mot, ce grand drame d*nne cité bombardée à outrance, calculaient qu'ils ayaient tiré près de cent soixante mille coups, jeté quarante-six mille bombes et que chaque bombe leur coûtait trente florins de transport. Ils comparaient la Tille à un tas de pierres et affirmaient qu'elle se ressentirait toujours du mal quUls lui avaient fait. € C'était sûrement, disait un Prussien, Tune des plus belles villes de France ; elle n'est plus qu'un misérable amas de décombres, et elle ne se relèvera pas avant longtemps. * La citadelle et la place du marché avaient peu souffert, mais des quartiers étaient entièrement détruits et des rues inabordables. La porte de Mons n*exis« tait plus. Pas un bâtiment qui ne fût endommagé ; pas un carreau de vitre qui ne fût cassé. Plus de la moitié des maisons étaient, non pas incendiées, mais démolies par le canon, fendues et crevées, pour ainsi dire, par le choc et Texplosion des bombes. On ne voyait que débris amoncelés, murailles et cheminées écroulées, poutres fracassées, chevrons brisés, meubles et ustensiles écra«sés et broyés. Partout des femmes et des enfants désespérés, joignant les mains, levant les yeux au ciel comme pour accuser les auteurs de leurs maux. Partout des hommes ou des créatures à face humaine, livides, bouffis par leur séjour dans l'atmosphère lourde et viciée des caves, amaigris par la faim, exténués par les veilles, tremblant encore des longues angoisses qu'ils avaient endurées, marchant d'un pas incertain au milieu des ruines de leurs demeures, mendiant une aumône ou
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quêtant un morceau de pain près de ceux que la guerre avait moins cruellement éprouvés ^
Le lendemain de leur entrée dans Yalenciennes, les coalisés chantèrent le Te Deum, L*armée, commandée par Glerfayt, forma sur les hauteurs devant Denain deux lignes de bataille, la première coupant la chaussée de Cambrai, la seconde appuyant sa gauche à la route. La première ligne, composée de douze bataillons et d*une magnifique cavalerie, excita l'admiration. Les troupes autrichiennes, même celles qui venaient d'assiéger Valenciennes, avaient très belle mine et Ton aurait dit qu'elles sortaient à peine de leurs garnisons. Les Anglais et les Hanovriens n'avaient pas la même prestance et la même apparence de fraîcheur. Le Te Deum fut chanté sous une tente, en avant des deux lignes, et se termina d'une façon imposante par trois salves d'artillerie et par un feu roulant qui ressemblait au tonnerre. Le soir, à Hérin, dans l'église, le prince de Gobourg réunit à sa table tous les généraux de Tarmée des alliés ; le dîner, dit un des convives, était très militaire, mais très bon, et ce rassemblement d'officiers de difierentes nations pré* sentait un assez rare spectacle*.
Cependant la garnison française, escortée par des dra-
^ Bleibtreu, Neuioied, 194; Ueher den Feldzug der Preussen^ 363- 365. En réalité, les assiégés avaient tiré 157,372 coups (84,088 boulets, 20,795 obuS; 47,762 bombes et 4,625 pierres et pavés). Ils ayaient 47 officiers et 1,708 soldats morts, blessés ou disparus — et non 9ingt-cinq mille bommes, comme prétend Ferrand. Ils trouvèrent dans la ville, outre de grands dépôts de poudre, une caisse militaire de plus d'un million [121,083 livres 10 sous en numéraire et 1,412,986 livres 10 sous en assignats) et 180 canons. Cf. Geteh, der Kriege, II, 51; Ditfurtb, I, 65; Witzleben, II, 220; Taghuch d'Unlerbergar, 81-82.
> Fersen, II, 80-81 ; Taghuch, 81.
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gODS de Latour et des hussards de Blankenstein, avait pris la route d'Avesnes-le-Sec. Sa joie fut extrême lorsqu'elle découvrit les postes avancés de Tarmée du Nord et plus d*un soldat versa des larmes à la vue de la première vedette. Mais ce que la capitulation avait eu de solennel et de saisissant, était passé, oublié. Plusieurs avaient déjà dit, en déposant leurs armes : € Tant mieux^ voilà qui est fini! i» Après le défilé, quelques-uns foulèrent aux pieds la cocarde tricolore et acclamèrent le duc d'York, Gobourg et l'empereur. Cochon disait tristement que de pareilles troupes propageraient le royalisme dans l'intérieur et que les Autrichiens aimaient mieux les renvoyer en France que de les retenir prisonnières. La garnison conserva longtemps encore ce mauvais esprit. Elle murmura lorsqu'elle apprit que le Comité de salut public projetait de l'employer soit en Vendée soit devant Lyon. Des soldats s'esquivèrent sans permission. « Les misérables, écrivait le général Boillaud, osent me tenir le langage de la plus grande licence, i» Ils criaient à Bapaume : € Vive le roi! Nous voulons la Constitution de €789! T» Ils dirent aux habitants de Soissons qu'ils se moquaient de la République ; qu'ils aimaient le duc d'York et que ce prince leur paraissait digne du trône et capable de faire le bonheur de la France * ; qu'ils avaient prêté
* Précis, 62. Le public croyait volontiers que les Anglais avaient pluB de douceur et de clémence que les Autrichiens, c Le farouche Autrichien, écrivait-on de Laodrecies, le 7 août, voulait, la brèche faite, monter à l'assaut de Valenciennes et jouir du beau droit d'égorger nos frères. Mais l'Anglais, toujours grand quand il est victorieux, ne ^e voulut pas et accepta la capitulation avec une légère restriction. La garnison sortit avec les honneurs ; les Autrichiens firent un peu la xnine; les Anglais serrèrent les mains à nos soldats avec intérêt. » [Mon,y 15 août.) Desmarest, Tauteur du Précis^ parle, p. 43, des attentions des Anglais pour ieâ Français, de ■ leur naïve amitié qui ne pouvait s'exprimer le plus souvent que par des caresses >, de leur
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depuis quatre ans bien des serments et les avaient rom« pus; mais qu'ils tiendraient leur serment au duc d'York; qu'ils ne se battraient plus pour une cause injuste; qu'ils se retireraient dans leurs foyers et que, s*ils allaient en Vendée, ils se rangeraient du côté des insurgés contre cette Convention composée d'égoïstes et de scélérats qui ruinaient la France et s'enrichissaient à ses dépens. Ils étaient à Soissons pendant la fête républicaine du 10 août ; ils refusèrent d'assister à la cérémonie et la regardèrent de loin en formant des groupes d'où partaient d'ironiques sarcasmes. € Beaucoup de ces hommes, assuraient les représentants Lejeune et Lequinio, sont indignes de la liberté, indignes du nom de Français » et Kilmaine mandait au ministre qu'on ferait bien de ne pas envoyer dans la Vendée des troupes qui montraient de pareilles dispositions ; cette garnison, ajoutait le général, f se conduit on ne peut plus mal et nous embarrasse beaucoup par ses sentiments lâches et inciviques ^ »
Telle fut la défense de Yalenciennes. Jusqu'au 25 juiU let, la garnison se montra patiente, valeureuse, et fit son service sans trop murmurer. Les vieux régiments d'in-
mépris et de leur aversion pour les Impériaux ; ■ ils ont été jusqu'à nous donner de leurs cartouches pour tirer sur les Autrichiens, en nous sTertissant du lieu par où s^aTançait un peloton de ces derniers. • Ferrand dit, dans son Journal, a la date du 13 et du 19 juillet : • Il n*7 a que les Anglais qui témoignent du regret de faire la guerre ; ils cherchent toujours à parler à nos soldats et leur portent des légumes. » Le quartier-maître Fouqueteau remarque pareillement, après la prise de Condé, que les émigrés se moquèrent des assiégés, mais que les Anglais « les traitèrent fort bien et essayèrent de les consoler ».
s fioillaud à Ferrand, 11 août (A. N.); Kilmaine à Bouchotte, A et 10 août ; la Société républicaine de Soissons à Lequinio et a Lejeune, 11 août [A. G.); lettre de Lequinio et de Lejeune (Mon. du l«»iept.).
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fanterie se distinguèrent, notamment le 29«, qui combattit avec une intrépidité remarquable et perdit beaucoup de monde. Mais ce furent ces troupes de ligne, entraînées par leurs officiers, qui donnèrent le signal de l'insurrection. Les bataillons de volontaires, presque tous de Tancienne formation et de la levée de 4794, restèrent, malgré quelques défaillances, fidèles à leurs serments. Plusieurs se signalèrent. Le 20 juin, à Tincendie de Tar-^ senal, le 4®' bataillon deMayenne-el-Loire courut arrêter tes progrès du feu, et Ferrand rendit justice à son empressement. Le 4<^' bataillon de la Charente gardait la citadelle qui demeurait intacte. Son commandant Léchelle pria Ferrand, en plein conseil de guerre, de l'envoyer au poste de Thonneur et du péril. Le général refusa d'abord : il craignait que la citadelle ne fût l'objet d'une surprise, et ne voulait pas déplacer un bataillon qui connaissait par un assez long usage les ouvrages très compliqués de cette partie de la forteresse. Mais le 5 juillet il céda : une compagnie de la Charente et une compagnie de la Côte-d'Or allèrent tous les deux jours aux remparts; le danger s'égalisa, et les bataillons de la ville furent un peu soulagés ^
C'est à l'artillerie que revient la palme. Elle eut tort de canonner les batteries de Tadversaire au lieu d'empêcher ses travaux de sape. Mais elle répondit à Tartille rie autrichienne, surtout durant le mois de juillet, avec courage et habileté. Unterberger déclare qu'il faut lui
• Journal du siège, 5 juillet; ordre du 21-22 juin (A. N.); Précis, 36-37, 63 ; Rapport^ 25-26. Lecbelle, qui commandait le bataillon de la Charente et qui devait être nommé, le 29 septembre suivant par le Conseil exécutif général en chef de l'armée révolutionnaire des côtes de l'Ouest, avait sauvé la vie a Cochon et lui dut, sans doute, son prodigieux avancement; cf. P. Boissonnade, HUtoire des volùfi' taires de la Charente pendant la Mévolution^ 1890, p. 32-34.
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rendre hommage, la louer, Vadmirer; qu'elle seule mérite d'être mise en évidence ; qu'elle seule, à proprement parler, a brillé dans la défense de Valenciennes au milieu de risques incroyables, par son adresse^ par son zèle assidu, par son extraordinaire activité, par sa bravoure inouïe; qu'elle seule a su soutenir si longtemps un feu supérieur ; qu'elle a donné un glorieux exemple de vertu guerrière; que les Impériaux ont éprouvé dans d'autres sièges combien les canonniers de YalencienDOS remportaient sur leurs camarades par la constance et la ténacité ^
Mais la garnison ne fut pas secondée par la population. Dès les premiers jours de l'investissement, il y eut, comme dit un des assiégés, conflit et lutte entre deux esprits, Tesprit bourgeois et mercantile, appuyé par les autorités constituées et ne considérant que le danger présent, l'esprit patriotique et militaire, dirigé par des vues plus élevées d'intérêt national et ne connaissant que la loi.. Les municipaux sacrifièrent leur devoir à la peur ; ils ne montrèrent ni énergie ni bonne volonté ; ils étaient, suivant le mot d'un soldat, plus attachés à leur terroir qu'à la République, et, dans leur « froide et locale prudence », n'envisageaient que le malheur particulier de leur ville. * Dès qu'il y avait un moment de relâche, écrit un lieutenant des grenadiers de Paris, les habitants sortaient de leurs souterrains, criaient à haute voix qu'il fallait se rendre, et pas un d'eux n'était puni*. »
^ Taghuch d'Uoterberger, préface, 39, 51, 62-64; cf. Jomini, IIJ, 181, qui écrit, sans doule d'après Uuterberger, que c l'artillerie française surpassa, pour aiasi dire, son ancienne réputation > .
a Dementhon ; Précis^ 2, 67-68 ; NoSeè histor,^ de Delbrel, 40 : « L'exemple du siège de Valenciennes prouve combien peu on doit
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Toutefois» il y avait à Yalenciennes de fidèles Français qui^ selon l'expression de Dembarrère, gémissaient d'un fotal égarement. Beaucoup firent preuve de vaillance el aidèrent de leurs mains à la défense de la place, c Des pères de famille, a dit Ferrand, des commerçants aisés formèrent des compagnies de canonniers et n'ont cessé d'être à leur poste, sans avoir rien perdu de leur sangfroid inaltérable, malgré le danger continuel ^ »
Les représentants Cochon et Briez attestent que les bons citoyens montrèrent courage et endurance; que la masse du peuple, surtout la classe indigente, se dévouait au service de la patrie ; qu'eux-mêmes ont assisté aux spectacles les plus attendrissants et aux scènes les plus touchantes. Des grenadiers valenciennois portèrent à l'hôpital, au milieu d'une pluie de bombes,' des blessés que les brancardiers épouvantés abandonnaient sur la grande place. Un boulanger de la rue de Mons avait sa maison écrasée et son four seul fut épargné;
compter sur les placée dont la population est trop nombreuse. Il en est, J'en conviens, où, comme à Lille, les habitants ont montré du courage et du dévouement. Mais, en général, dans une ville populeuse, une garnison est compromise parce qu^elle est exposée à tous les genres do séductions, quelquefois mdme à des séductions qui paralysent ses efforts. > Delbrel a très bien connu la situation et il indique nettement les causes de la reddition : Tattaque du 25 juillet qui jeta le désordre dans U garnison et le soulèvement des habitants : « les rassemble-^ ments séditieux qui s'étaient formés plusieurs fois parmi les habitants, depuis les premiers jours du siège, prirent alors un caractère plus menaQsnt encore ; ils obstruèrent toutes les avenues de la municipalité et du Conseil de guerre ; le général et les représentants furent ooniignés jusqu'à ce que la capitulation fut signée. • Aussi, dans son rapport du 23 septembre, Delbrel proposait-il de chasser sans ménagements tous les habitants des villes de première ligne qui sertisnt menacées par l'ennemi; selon lui, toute place assiégée serait Uyrée.
1 Dembarrère, 111 ; Rapport , 16 ; réponse de Ferrand au mémoire de Dumouries [A. O.].
YALBNCIBNNBS ET CONDÉ 337
« Dieu est patriote, dit-il, puisqu*il me laisse les moyens de cuire du pain pour mes concitoyens », et il resta dans les ruines de sa boutique, près du four où, jour et nuit, il cuisait le pain. On annonçait à un bourgeois du nom de Pouque que sa maison s'était écroulée; il demanda si quelqu'un était blessé, et sur la réponse négative, • tant mieux, s*écriait-il, les hommes font des maisons et les maisons ne font pas des hommes». Gomme à Lille, la gaieté française anima les assiégés. Un citoyen s'avisa de coiffer du bonnet rouge un gros éclat de bombe qu'il exposait, en guise de trophée, sur sa fenêtre. Au premier projectile qui tomba chez un autre citoyen, ses amis coururent au corps-de-garde lui porter la nouvelle . . . avec un bouquet de fleurs. Une petite maison du quartier du Béguinage reçut trois boulets à la fois ; le propriétaire se tenait à la porte en criant « qui veut loger à renseigne des Trois-Boulets »? et il ajoutait : « en voilà quatre, en voilà cinq, six, sept », et ainsi jusqu'au vingt-septième qui détruisit entièrement sa demeure *.
Dembarrère a comparé le siège de Yalenciennesà celui de Lille. Le siège de Lille, dit-il avec raison, était uno folle tentative de quelques jours; le siège de Valenciennes, une entreprise considérable, mûrement méditée, conduite avec les plus grands moyens. Le duc de Saxe- Teschen ne bloquait Lille que d*un seul côté, et la forteresse conservait ses communicatioos avec le reste de la Flandre ; Yalenciennes fut complètement cerné et nullement secouru, Lille a été bombardé durant une semaine et n'a pas essuyé d'attaque ; Yalenciennes subit un bombardement de quarante-trois jours et, dans la
* Rapport, 30, 54-55 eXPréàis, 63.
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nuit du 25 juillet^ un assaut qui donna le chemin couvert aux ennemis et faillit leur donner la place. Une partie de Lille était exposée aux boulets rouges et Tautre partie, que Tadversaire n'inquiétait pas, offrait un abri sûr aux habitants et aux soldats; Yalenciennes, dominé de toutes parts, fut foudroyé de toutes parts, et les assiégeants ne ménagèrent pas un seul de ses quartiers. A Lille, l'ardeur patriotique des citoyens seconda la garnison; à Yalenciennes, un parti nombreux exigea, hâta la reddition K
Gomme la capitulation de Mayence, la capitulation de Yalenciennes excita dans toute la France la surprise et l'indignation. Garnot croyait que les ennemis ne prendraient pas Yalenciennes et qu'ils s'épuiseraient devant la ville en impuissants efforts. Il fut c abasourdi » lorsqu'il sut qu'elle ouvrait ses portes au duc d'York; Il refusait créance à cette affreuse nouvelle : a quels sont, disait-il, les lâches qui ont défendu cette place, et à quels hommes, grand Dieu , sommes-nous livrés I Je m'y perds. G'est le comble de la trahison. » On lui objectait que Yalenciennes avait fait une glorieuse résistance ; f je n'en crois pas un mot », répondait-il avec colère *.
De môme que Garnot, Barère déclara que la capitulation de Yalenciennes était le résultat d'un vaste complot -ourdi par l'Angleterre, et Guyomard, qu'une traîtrise manifeste avait donné passage aux alliés. Gochon et Briez rétablirent la vérité ; ils montrèrent que la ville avait dû se rendre après l'attaque du 25 juillet et sous la pression des « ennemis intérieurs >.
> Fin da rapport de Dembarrère ; cf. sur le siège de Lille, E$trait$ de Brunswick»
* Gharavay, Carnot, II, 42S et 437.
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Mais les deux conventionnels qui s'étaient acquittés vaillamment de leur mission et y avaient dépensé tant de souplesse et de vigueur, furent en butte aux soupçons et aux calomnies. Briez eut Timprudence d'irriter Robespierre qui le foudroya dans une de ses harangues les plus vives et les plus habiles. Le 25 septembre, Briez lisait à la Convention un mémoire sur la situation de la frontière ; il blâmait le Comité de garder le silence, de ne prendre aucune des mesures nécessaires, et il le sommait de faire, séance tenante, un rapport sur Tarmée du Nord. La Convention décréta que le mémoire serait imprimé et son auteur adjoint au Comité de salut public. Mais Robespierre plaida pour le Comité, dont il était membre. Quoi, disait-il, ce serait à des hommes comme Briez que Topinion donnerait sa confiance et remettrait les rênes du gouvernement, à cet artisan de discorde qui n*avait que le masque du patriotisme, et qui s'était couvert de honte en rendant aux Autrichiens une place que la nation avait commise à sa défense 1 Briez répondit qull était incapable de perfides intentions, qu'il avait été malade depuis son retour et ne pouvait intriguer, qu'il avait prolongé la résistance de Valenciennes et conservé la garnison de cette ville à la République. Mais, entraînée par Robespierre, la Convention révoqua le décret qui adjoignait Briez au Comité de salut public et ordonnait Timpression de son mémoire. Elle acclama Robespierre lorsqu'il revint à la charge et accabla Briez dans un nouveau discours. Vainement Briez demanda que l'Assemblée fit un rapport sur la reddition du ^8 juillet; vainement il rappela qu'il avait couru les plus grands dangers, que des émeutiers menaçaient de le pendre, qu'il était toujours entre les bombes ennemies et le fer des assassins, qu'il avait quitté Valen-
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eiennes ponr se pas tomber ao pouvoir des Antrichiens qui rayaient séanmoina arrêté trois fois. Robespierre lui reprocha d^avoir dénoncé le Comité de salut public. Ce rôle d'accusateur seyaiuil à Briez ? Où était ce représentant, lorsque les Impériaux entraient à Yalenciennes ? Il était encore dans la yille I Briez, ajoutait Robespierre, aux applaudissements réitérés de la Gon- Tention, t Briez ne répondra jamais à cette question : iUS'Vaus mortf Mais moi, si j'avais été à Yalenciennes dans cette circonstance, je n'aurais jamais été dans le cas de faire un rapport sur les événements du siège ; j'aurais voulu partager le sort des braves défenseurs qui ont préféré une mort honorable à une capitulation houleuse. Et, puisqu'il faut être républicain, puisqu'il faut avoir de l'énergie, je vous le déclare, je ne serai point d'un Comité dont un tel homme fera partie ! »
Moins heureux que Briez, les généraux Ferrand et Tholosé, les deux principaux chefs de la défense, furent emprisonnés. Ferrand avait fait ce qu'il avait pu et il disait justement à Bouchotle que si l'on était instruit de toutes les contrariétés qu'il avait éprouvées, on lui saurait gré de ses efforts, a Malgré mon âge, écrivait-il pendant le siège, je montrerai Texemple à mes troupes et leur transmettrai des conDaissances que cinquante ans de services m'ont procurées i», et lorsqu'il traça les dernières lignes de son Journal^ non sans Incorrections ni fautes d'orthographe, il s'écriait de la plus naïve et touchante façon : « C'est ici où mon journal de siège se termine ; en le closant, je le baigne de mes larmes, et chaque fois que je le lirai ou que je m'en rappellerai, mes anciennes paupières s'humecteront ^ 1 » Mais les commis-
A Ferrand à Bouchotte, 2 août (A. N.) ; Journal^ 16 juin et !•' août ; •r. anoora ce curieux passage du Journal à la date du 22 juillet : une
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saires du pouToir exécutif Gelliez et Varia assuraient qu'il man(iuait de fermeté et qu'il ii*avait pas osé faire un c exemple effrayant i». On raccusait,non sans raison, d'avoir eu dans la matinée du 2 avril, lorsque le grandprévôt Lescuyer voulait se saisir de Valenciennes et des conventionnels, une attitude équivoque. Le 46 août, après avoir été la veille longuement interrogé par un membre du (Comité de salut public, il fut, dit le Moni^ ieur^ mené dans la prison de TAbbaye sur une déclaration de Lescuyer. Il y resta jusqu'au 30, puis fut mis en arrestation dans son propre logement sous la garde de deux gendarmes qu'il entretenait à ses frais. Il ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor ^
Tholosé subit un sort encore plus rigoureux. Ferrand même le dénonçait. Il reconnaissait que Tbolosé s'était bien conduit. Mais pourquoi Tbolosé avait-il jugé le 26 juillet que la place ne pourrait tenir que six jours? Pourquoi, lorsque Ferrand le députait au duc d'York, les officiers municipaux accueillaient-ils ee choix avec empressement? Enfin^ pourquoi Tholosé avait-il commis la € faute grave » de livrer aux Impériaux tous les papiers de la direction du génie, sans informer Ferrand ? Le ministre de la guerre et son adjoint, le chef de bataillon Dupin, avaient les mômes griefs que Ferrand, et Dupin se plaignit très vivement au Comité que Tholosé
dame de Valenciennes, très bonne patriote, disait qu'elle cultivait deux lauriers pour les offrir à Ferrand après le siège ; le général les acceptait d^ayance; j'aurai, disait-il, une distribution considérable à faire, mais Cocbon et Briez ont droit a la plus belle branche; pour moi, je n'aurai que la branche la plus petite, « et même, je ne l'accepterai qu'autant que mes chers compagnons d'armes auront jugé que je l'ai méritée. •
1 Celliez et Varin à Bouchotte, 3 août (À. G.) ; Mon. du 18 août ; Ferrand, p. 7 et 44-45 de sa relation*
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eût laissé dans les maius des Autrichiens des documents de la plus haute importance sur la défense des forteresses du Nord, Tholosé ne pouyait-il soustraire à Tennemi les plans et les projets les plus précieux en les jetant au feu? Vainement le général protesta qu*il n'avait pas eu le temps de prendre connaissance de ces pièces, qu'il en ignorait la valeur, et qu'il ne pouvait les brûler « dans une ville révoltée en faveur de l'empereur », que l'article 44 delà capitulation Tobligeail de donner tous les papiers du gouvernement, qu'il n'avait pas eu l'idée de c faire une infidélité » lorsque les dépôts nationaux étaient remis au vainqueur dans leur intégrité, qu'on attribuait d'ailleurs une trop grande portée à ces mémoires, que la coalition menait avec elle des officiers émigrés qui lui indiquaient toutes les dispositions d'attaque, et qu'il fallait craindre surtout ces atlas virants. Il fut incarcéré et ne sortit de prison que le 18 thermidor*.
^ Les papiers de la direction de Valenciennes revinrent dans nos archives en 1809; mais les plans des forteresses, dit Unterberger {Tagbuehy 79), furent, dans la suite, très utiles aux Autrichiens. Cf. sur cette affaire Ferrand au Comité, 12 août (Â. N.) ; Dupin au Comité, 7 août; Mémoire de Tholosé, 14 août, et lettre à Dupin, 10 août (A. G.}. Voir aussi une lettre de Defrenne, du 28 avril, qui dénonce Tholosé comme un « patriote de nouvelle date >. Mais Gay de Vernon fils a tort de dire (p. 302) que Tholosé ne recouvra son grade de général de brigade, gagné sur les remparts de Valenciennes, qu^en acceptant, à Tâge de soixante- sept ans, le commandement du génie dans Tarmée expéditionnaire de Saint-Domingue — comme si Tholosé eût été victime de ressentiments qui dataient de la capitulation de Valenciennes. Tout d'abord, 1 holosé a été confirmé par le Comité de salut public, général de brigade, le 17 octobre 1794 [cf. plus haut, p. 245). Ce fut cruel de Tenvoyer, en 1802, à Saint-Domingue ; mais il était alors de tous les généraux de brigade celui qui comptait le moins de services aux armées; < il y va, lui mandait-on, de la conservation de Totre emploi, et le ministre est inébranlable dans sa résolution. • — Tholosé s'était, au sortir du siège de Valenciennes,
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Yalenciennes capitulait cinq jours après Mayence. Mais Cochon et Briez se contentèrent d'envoyer à leurs collègues une relation des événements qu'un secrétaire lut à la tribune. Merlin de Thionville et Reubell surent frapper les esprits, saisir les imaginations par une réapparition théâtrale. Tandis que Reubell se présentait avec les membres du Comité de salut public et sous leur patronage, Merlin de Thionville se montrait à la Convention en habit de canonnier et comme un héros du siège, retraçait ses souffrances, vantait ses exploits, et TAssemblée séduite décrétait que les défenseurs de Mayence avaient bien mérité de la patrie. La garnison de Yalenciennes n*eut pas cet honneur, et sans doute elle en était moins digne que la petite armée dont les chefs se nommaient Aubert-Dubayet et Kléber. La ville
retiré a Douai, avec la permission de Ferrandj pour rétablir sa santé, et il espérait conserver son titre de général de brigade ; il demandait môme à Boucbotte — le 3 août — et il pensait obtenir aisément la place dHnspecteur des fortifications vacante par le décès du général de brigade Chermont (qui était mort de la dysenterie à Yalenciennes, le 18 juillet). Et loin d'ayoir la confirmation de son grade, il était jeté dans une prison et y demeurait un an I Ce qui le navra surtout, ce fut de voir Dembarrère, simple capitaine au siège de Yalenciennes, devenir, un mois après la capitulation, général de brigade et, six mois plus tard, général de division (cf. plus haut, p. 245, la note sur Dembarrère). 11 se plaignait amèrement au Comité de Salut public des c effets inverses > que le siège de Yalenciennes avait eus sur sa carrière et sur celle de Dembarrère : « 1* Les citoyens Dembarrère et Tbolosé étaient tous deux, dans l'ancien gouvernement, de race plébéienne ; le premier de ces officiers est célibataire et le second est père de six enfants et pauvre. 2* Dembarrère était capitaine ingénieur en chef à Yalenciennes ; Tholosé était chef de brigade et directeur des fortifications dans cette place. 3* Dembarrère était à son poste à Yalenciennes ; Tholosé l'a choisi comme le plus périlleux, il s'y est renfermé volontairement, il avait Tordre d'en partir pour aller à Saint- Quen^n. 4* Tholosé a fait pendant le siège de cette place le service de général de brigade ; Dembarrère a été adjoint au général Beaurgard et ce n'est qu'à la fin du siège, qu'à la demande de Tholosé, il fit les fonc-
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de Yalenciennes l'obtint à force de solUci talions. Dès qu'elle redevint française, sa municipalité entreprit de réduire à néant les accusations que renfermait le rapport de Cochon et de Briez. Elle publia la Réfutation de ce rapport et tenta de prouver que ni la garnison ni la population ne s'étaient mises en insurrection ; on avait, disait-elle, calomnié les habitants qui n'avaient cessé de peiner et de pâtir pour la cause commune ; on ne pouvait leur reprocher une capitulation inévitable, et la Convention, qui décrétait que Lille et Landrecies avaient bien mérité de la patrie, devait rendre la môme justice et accorder la môme réparation, la môme consolation à Yalenciennes. Le 49 vendémiaire an IV, la Convention déclarait que la place avait fait une résistance longue et courageuse, qu'elle n'avait capitulé qu'à la dernière
tiooB d'officier supériear. 5* Dembarrère a rempli son service à ce siège; Tholosé a commandé en chef le service des fortifications. 6* Dembarrère, après la reddition, reçut Perdre de Tholosé de venir à Douai, pour faire de concert le Journal du siège; cet ordre ne fut pas exécuté ; il accourut à Paris où, pendant le temps que Tholosé écrivait au ministre de la guerre sur un objet particulier, il rendait seul compte du siège de Yalenciennes. Qu'est-il résulté de cet empressement ? Dembarrère fut fait général de brigade, et Tholosé, alors malade, fut mis en état d'arrestation. 7* En partant de ce point, aussi flatteur pour Dembarrère que cruel pour Tholosé, ils ont parcouru, Tun et l'autre, les extrêmes opposés ; Dembarrère, dans sa brillante ascension, est devenu général de division et inspecteur des fortifications en activité ; Tholosé, dans sa chute rapide, a été incarcéré à Paris, persécuté, tyrannisé . Tholosé ne réclame pas contre Tavancemeut de Dembarrère, puisque la République a le droit de choisir ses braves pour les placer dans les rangs les plus utiles pour elle ; mais si le citoyen Tholosé, pendant un combat de 43 jours et de 43 nuits, au siège de Yalenciennes, a su garder son poste dans le rang de la ligne de bataille, où le général Ferrand et les représentants du peuple Tavaient placé, peut-il rétrograder maintenant, 8*il n'a pas alors reculé au feu meurtrier de l'ennemi ? Non, sans doute, Tholosé attend de la justice du Comité qu'il sera confirmé dans le grade de général de brigade. • (Lettre du 7 vendémiaire an II.)
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extrémité et conformément à la loi^ que les fautes de quelques-uns, d'ailleurs pour la plupart étrangers à la ville, ne devaient pas rejaillir sur tous, et que Yalenciennes avait bien mérité de la patrie ^
V. L'Autriche n*avait pas dissimulé, depuis le Congrès d'Anvers, qu'elle prendrait sa portion de dédommagement jusqu'à la rivière delà Somme. Elle voulait une barrière sûre et solide, un rempart, un boulevard qui couvrit la Belgique et la mit à l'abri des insultes de la France, la ligne de forteresses que Lloyd nommait une frontière de fer. Ce rempart s'étendrait de Sedan aux sources de la Somme. La Ghiers, la Meuse, la Lys deviendraient la limite des Pays-Bas, cette « partie si précaire du domaine autrichien ». Mézières, Givet, Lille, Douai, Valenciennes, Gondé, Maubeuge, Le Quesnoy, Philippeville, Gravelines, Aire, Saint-Omer, Saint- Venant appartiendraient dorénavant à la maison de Habsbourg. Dès le mois de mai, le comte de Metternich rédigeait un mémoire sur le gouvernement des provinces conquises ainsi que sur la façon de se concilier la population, et Mercy proposait de déclarer aux habitants qu'on les regardait comme des Belges qui revenaient sous la domination de leurs souverains légitimes et avaient le droit de revendiquer et de reprendre les privilèges dont ils jouissaient au temps des ducs de Bourgogne*.
La petite ville de Saint-Amand fut la première à subir les lois autrichiennes. Le 9 avril, Glerfayt l'occupait au nom de l'Empereur. Le curé tint de nouveau les registres de l'état-civil. Les moines se réinstallèrent dans Tab-
1 Foncartet Finot, II, 665-672 ; cf. Mayence, 300. * Zeissberg, Quelleny I, 82-83, 109, 111, 147, 178-179 ; D'AlIonviUe, Métn. $wnts, III, 286.
\Ajt. 1j<» iisîirjîxu»! ft:i/iziti p«T le [^> de pafx fépafc ..**^a frif es.t f^li^^ et rati^rlen. ^i^^znU se félicitant #îe <^ f^**.r*T f<.i«ï T' î>^ *»A!U5e de rinri**-* maison d'Autriche >, i^.^.l't.ta la foreur de ne faire q'::'aiic senle et mfme adnt::^L»tra*l'.n ar^e îe Toim^fs *,
pi.3 ee f'-.t le tour de Coa>é. Le n :>i.:iel, une prodam^rion qiî f^t r^fpandie aT« prof^is.cn «ar la frontière dm N'/rd, aonon^it que Cobotirg prenait ptyssession de la r.ile, forteresae ei dL*in'zt de Condé, an nom de Sa Manette impériale et rojrale. Le représentant Da Bofs da Itol5i ré;>oridit que les habitants de Condé garderaient lenr âme libre fons le poids des ebaines et que Gobonrg rendrait uo jonr à la ralenr nne plaee qa^il ne derait qa'è la trahison. Mais, en dépit de Du Bots da Bais et de sa réplique qni fut insérée au Moniteur^ Confié devint eité autrichienne* « Le despotisme et la sottise, écrivait no gazetier parisien^ y sont rentrés. » Le Chapitre, de rtUmtf célébra sa première messe arec solennité. Le Magistrat fit à ses concitoyens une adresse qui respirait la haine de la Révolution. François II, lisait-on dans cette adresse, régnait désormais sur les habitants de Condé ; le temps n'était plus où ils devaient c attendre Vtttti d'une machine désorganisée pour en applaudir ou blâmer les perfides inventeurs » ; ils retrouvaient une patrie, une patrie d'adoption, et ils vivraient sous les lois d^un souverain Juste et bienfaisant, de TEmpereur et Roi, restaurateur de la religion et protecteur des opprimés ; ils rmionceraient sans regret à la France, leur ancienne patrie, devenue la proie d'une faction impie et atroce, d'une faction qui détruisait les autels de Dieu et forgeait un < fantôme de culte dont les ministres scandaleux
' PeM, IFiêtotre de SainhAmnd^ 1889, p. 217-229.
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faisaient rougir leurs sectateurs mj&mes », d^une faction qui voulait renverser les trônes dont les possesseurs étaient l'Image de Dieu sur la terre, une faction qui sacrifiait tant d'innocentes victimes et n*épargnait pas Tauguste tôte d'un roi ^ I
Un commissaire-général civil, le baron de Bartenstein, intendant de l'armée, était déjà nommé. Une Junte ou Jointe fut chargée de gouverner provisoirement les pays et districts conquis sur la France. Elle comprenait cinq membres, le conseiller d'étal Leclerc, président du grand conseil de Malines, les rapporteurs Mandos, Coutume et Perrin^ l'actuaire de Hesdin. Elle siégea d'abord à Gondé, puis à Valenciennes. Dès le 20 juillet, elle proclamait, de par V Empereur et Roi, le rétablissement de toutes les lois et la restauration de toutes les magistratures telles qu'elles existaient avant la Révolution*. Elle installait à Condé un bailliage seigneurial et un Magistrat, composé du mayeur, de dix échevins, d'un greffier et d'un trésorier massard ; à Valenciennes, un prévôt, Alexandre de Pujol, un lieutenant-prévôt, deux lieutenants prévôt-le-comle, des échevins et un Conseil particulier. Les assignats furent supprimés ; mais le numéraire était si rare que la Jointe permit d'acquitter les impositions en nature. Les fonctionnaires prêtèrent serment à l'Autriche et jurèrent d'être fidèles à Sa Majesté PEmpereur et Roi. La cocarde noire, Vhirondelle, comme disait le peuple, était le signe distinctif de quiconque appartenait à l'armée autrichienne, et les militaires la portaient au chapeau ; les mayeurs, gens
*■ Mon.^ 30 et 31 juillet, 18 août; adresse du Magistrat de Condé (A. G. 12 juillet).
> Le Magistrat de Valenciennes proposa même à la Jointe de rétablir les maitrises et jurandes.
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de loi et autres magistrats portèrent au bras droit un ruban noir.
De toutes parts le clergé rentrait dans ses biens et ses privilèges. Les capucins et les sœurs grises revenaient i Gondé. Les Prémontrés de Yicoigne regagnaient leur abbaye et reprenaient possession de l'église de Raismes. Les moines d'Hasnon, de retour dans leur couvent, se hâtaient de réclamer les dîmes arriérées. Toutes les communautés religieuses et séculières de Yalenciennes étaient rétablies '. Le curé assermenté de Bettignies essaya de rester en disant qu'il n'était plus Français et qu'il se regardait comme curé autrichien ; il fut arrêté et son prédécesseur qui so qualifiait de légitime et véritable, réintégré dans ses fonctions. Le curé [de Bavay n'était pas intrus, mais il avait prêté le serment avec restriction; il dut faire pénitence et s'agenouiller à l'entrée du chœur pendant que son vicaire célébrait l'office «.
On prit des mesures sévères contre les partisans de la Révolution. Tous ceux qui haranguaient le peuple dans les rues et tenaient des propos séditieux ou menaçants, de< valent être appréhendés sur-le-champ. Quiconque entendait des ff histoires fabuleuses » qui pourraient troubler la tranquillité,, devait les déclarer au grefi'e criminel. Il y
' A l'exception des Auguslins qui n'étaient plus que quatre et des Capucins qui se réunirent à ceux do Condé.
' Après la prise d'Anzin, les Autrichiens avaient déshabillé le curé constitutionnel du village, en ne lui laissant que sa chemise ; puis ils Pavaient coiffé du bonnet rouge et promené tout autour de leur oamp [Solignj à un ami, 26 mai, A. G.). La plupart des curés assermentés se Jetèrent dans Yalenciennes et coopérèrent à la défense [cf. p. 297, note, la belle conduite du curé de Gurgies) ; après la reddition, dit Ferrand dans son Journal^ t ils endossèrent Thabit de volontaire et sortirent avec nous i .
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avait encore à Yalenciennes des anarchistes qui, suivant les expressions du Magistrat, entretenaient avec ceux du dehors une correspondance coupable, agitaient la population par des chansons et des fausses nouvelles, vantaient le gouvernement et les actes de la République française dans les cafés, les cabarets et autres lieux ; le Magistrat défendit aux personnes qui avaient commerce de lettres avec la France, de parler des événements actuels ; il somma les cafetiers et cabaretiers de dénoncer ceux qui feraient Téloge des factieux ou chanteraient des chansons « impies », et il les obligea d'apposer un exemplaire de cette ordonnance dans leur Arehe-Noé ou chambre commune. Une compagnie de maréchaussée fut formée. La juridiction prévôtale se réorganisa.
Mais la Jointe ne voulait pas restaurer tout à fait Tancien régime. De cette Révolution qu'elle avait charge de réprimer, elle gardait plusieurs institutions bonnes et utiles. Elle maintenait, pour augmenter les ressources fiscales, les droits de timbre et d'enregistrement. Elle déclarait qu'il n'y aurait plus aucune exemption des contributions publiques et que tous les biens, tous les habitants seraient indistinctement, de quelque condition qu'ils fussent, soumis aux impositions.
Elle levait le séquestre et rendait leurs propriétés aux exilés. Mais elle n'autorisait à demeurer sur le territoire conquis que les émigrés possessionnés et ceux qui y étaient établis avant 4789 ; encore devaient-ils lui demander par écrit la permission de rester dans le pays.
Le chevalier de Verteuil, accrédité par les princes français auprès des ministres des alliés, proposait d'installer à Saint-Amand un hôpital militaire destiné aux
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émigrés. Bartenstein et la Jointe répondirent que les émigrés français étaient assujettis à la même discipline que les soldats des armées coalisées, qu'ils recevraient en cas de blessures ou de maladies les mêmes secours, qu'on ne pouvait faire en leur faveur un établissement particulier. On connaissait, ajoutait la Jointe dans une note intime, les c prétentions absurdes » des émigrés sur rindivisibilité de la monarchie française^ leurs idées sur la façon de conduire la guerre, les espérances qu'ils nourrissaient et leur c inconcevable illusion ». N'avaientils pas l'intention secrète de « s'attribuer dans le pa^'S conquis une portion dlnfluence et d'autorité »? Ne disaient-ils pas, pour justifier la création de leur hôpital de Saint- Amand, qu'il y avait dans la ville un médecin du Roi et t[ue les habitants témoignaient aux émigrés les plus grands égards ? Le chevalier de Verteuil ne prenaitil pas dans sa réquisition au Magistrat de Saint- Amand un langage impérieux, comme si les princes français dont il s'intitulait l'envoyé, avaient licence de parler et d'agir en maîtres dans les Flandres ?
La Jointe traita de même l'archevêque de Cambrai et le Magistrat de Yalenciennes. Le prélat demandait, non sans aigreur, que les ministres des autels ne fussent pas réduits à Tindigence et il se plaignait que la Jointe leur eût conseillé de s'arranger avec les acquéreurs des biens du clergé, comme si Ton pouvait prendre des arrangements avec des propriétaires illégitimes. Le Magistrat de Yalenciennes priait la Jointe dans des Représentations qu'il avait fait imprimer, de rendre à leurs anciens possesseurs des domaines ravis par la force. Pourquoi hésiterait-on à dépouiller des a usurpateurs » ? N'avaientils pas acheté les biens ecclésiastiques à vil prix? N'étaient-ce pas des gens qui « cherchent la fortune »
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et t spéculent sur les malheurs publics », des révolutionnaires, des régicides, comme Treilhard, comme Briez qui avait acquis Tabbaye du Château, comme Merlin de Douai qui avait acquis les fermes de Tabbaye d'Anchin ? On proposait de leur payer une indemnité ; mais les indemniser, c'était transiger avec la faction, augmenter ses ressources, rehausser la valeur de ses assignats. La Jointe refusa de se prononcer. Elle blâma la lettre altière de Tarchevôque qui renfermait, à son avis, des termes violents et des menaces. Elle tança sévèrement le Magistrat de Valenciennes, lui reprocha d' « alimenter rinquiète curiosité du peuple d et lui commanda de ne rien faire imprimer sans une permission expresse. L'Empereur, ajoutait-elle, ne sanctionnerait pas la vente des biens du clergé. Mais ne fallait-il pas distinguer entre les acquéreurs? Plusieurs ne méritaient-ils pas une indemnité? Quelques-uns n'avaient-ils pas acheté de bonne foi ce qui se vendait selon les formes usitées et avec l'agrément des autorités? D'autres n'avaient-ils pas, en acquérant les biens ecclésiastiques, l'intention de les conserver intacts et de les soustraire à des mains scélérates qui les auraient dégradés ' ?
C'est ainsi que l'Autriche trompait les espérances de ceux des habitants de Valenciennes qui pendant les mois de juin et de juillet 4793 avaient désiré et hâté la reddition de leur ville : a Les municipaux qui se sont montrés si faibles, disait un soldat, ont été sacrifiés à l'ancien Magistrat. Valenciennes est aujourd'hui sous la domination autrichienne; tout s'y fait ainsi qu'à Condé, au nom de l'Empereur, et les émigrés n'ont été
* Cf. Zeissberg, Belgien unter Sn^hertog Karl, 1893, p. 24-25, Si surtout Foucart et Fioot, La défense nationale dans le Nord, 1893, 11, chap. XVI, p. 417-510.
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que les instrumeots de l'Autriche. L'étranger seul triomphe et jouit, tandis que tout ce qui est français, de quelque parti que ce soit, souffre également. Rallions-nous tous autour de la Constitution, si nous ne voulons pas tous être yictimes, et n'imitons pas les fanatiques de ce siècle-ci^ molinistes et jansénistes, qui se déchiraient pour des frivolités, tandis que leur ennemi commun, le génie philosophique, se fortifiait en silence et s'avançait pour les accabler tous * 1 >
Il n'était pas besoin de ce généreux appel qui partait de la plume d'un volontaire républicain, pour soulever chez les émigrés douleur et colère. Fersen, passant par Condé, ne pouvait se défendre d'un sentiment de tristesse en voyant la ville occupée par les Autrichiens, et il écrivait dans son Journal : « le démembrement de la France m*affecla, je ne pus m'y faire ». Les princes et la haute noblesse prièrent Gobourg de s'expliquer franchement ; mais Gobourg répondit que sa proclamation était suffisamment claire et qu'un mot de plus serait inutile. Les Français de toute opinion et de tout parti qui séjournaient en Belgique, protestèrent avec éclat contre la réunion de Yalenciennes et de Condé aux Pays- Bas autrichiens. « Ces braves émigrés que nous supportons si patiemment, disait Mercy avec ironie, annoncent leur désaveu et leur formidable opposition à toutes nos conquêtes sur le territoire français qu'ils prennent sous leur protection immédiate. 9 Des placards affichés sur les murs de Bruxelles engagèrent les émigrés à courir aux armes pour empêcher les alliés de partager la France comme ils avaient partagé la Pologne. La police autrichienne attribua ces placards, non sans
• Précis historique du siège de Valenciennes^ 70.
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raison, à Dumouriez et à ses amis. Les généraux Harassé et Berneron, le colonel Thouvenot, La Sonde furent arrêtés. Dumouriez s'enfuit, c Les émigrés, lil-on dans le MimUeur^ ont été joués de tout temps par les puissances coalisées, et ces insensés ne commencent qu'aujourd'hui à s'apercevoir de leur aveuglement ^ I »
* Fenen, II, 77; Ternauz, YI, 597 ; Zeiasberg, I, 161 ; ThOrheim, Bm/1, 112 ; Jfo»., 2 août, 24 août et 2 aeptombre.