‹ ValenciennesChapitre 2 sur 24 · DAMPIERRE · texte numérisé non relu

DAMPIERRE

I. La débâcle des armées du Nord et des Ardennes apràs la faite de Damouriez. — II. Nomination de Dampierre. — Ses services passés.

— Son caractère. — III. L'armée à Bouchain. — La Marlière à Lille.

— O'Moran à Cassel. — Délabrement et détresse des troupes. — La cavalerie. — L'infanterie. — Les volontaires • — La gendarmerie.

I. Le 5 avril 4793, Dumouriez, délaissé de ses troupes, passait aux Autrichiens avec une poignée de hussards et de dragons. Les deux armées qu'il commandait, i*armée du Nord et celle des Ardennes, abandonnaient Tune le camp de Maulde, Fautre le camp de Bruille, et se jetaient dans les villes de la frontière. Tel était l'ordre des commissaires de la Convention qui, dans cette crise terrible, devenaient le seul point de ralliement, le seul centre d'autorité. « Quittez, disaient Bellegarde, Cochon et Lequinio, quittez le traître si vous ne pouvez le saisir mort ou vif », et, de Douai, Garnot et Lesage-Senault sommaient les généraux de se retirer avec leurs divisions et leurs brigades, leurs munitions et leurs bagages sous le canon des places fortes les plus exposées. Dociles

YALBNGISMNSS. i

à Ta^pe^ des re^iéseri^^îs ^ jcct Isîsiisit ei^tesidre la

T<itE. de ^ pairie, jcs soldats jcrz,st veiLl je cLe.n;în de

Ya^z»râfr.nfs, de D>:2a5, de LUe. Cé^i unt u^rbaniade,

use déLâde. Tî>ale une armée se séparait de son chef el

peu à peu, parûelleiDesL, en dêlaC, s'échappait des mains

de celui qn elle acclamait na^èie comme son idole et

qui n'était plas à ses jeux que Teimemî du pays et de

la liberté, l'aLié des Aulrïchieos et des émigrés^ riastni-

ment des dépotes. Des pelotons, des compagnies, des

bataillons arriTaient les uns après les autres sous les

murs des forteresses et reTenaient à la République. La

grosse artillerie et le trésor se réfugiaient à Valenciennes.

D'innombrables chariots de vivres et les canons de Par-

senal de llalines se rendaient à DouaL Les troupes de

HoUasde, sorties d'Anvers par la capitulation du 26 mars,

entraient à Lille ^

Il fallait donner au plus tôt un général à cési)â&des épar^es et frémissantes. Or, un seul se déclarait contre Dumourlez, et il était tout près des commissaires et à leur portée : Dampierre qui commandait au Quesnqy. Dumouriez l'avait«il relégué dans cette place, selon le mot de Gobert, pour se débarrasser d*un argus, d'un patriote qui s*opposerait sûrement à ses démarches? G*est peu probable, car on Tentendit s*écner que Ddmpierre, homme de qualité et fait pour bien penser, avait trahi sa confiance. Quoi qu'il en soit, le 3 avril, Dam* pierre écrivait au Conseil exécutif qu'a la vue du danger de la France il prenait des mesures extraordinaires, qu*ll ralliait autour de lui tous les bons citoyens pour combattre les entreprises du traître qui s'était démasqué.

« /• Trahiton dt Dumouriet, chap, V; Corresp. de Ctrnot, p. B. Chmvtj, 1893, II, p, 62, 72, 74, 79 ; Fouotrl et Finol, /;« rfe- /imif nationale dnnt li Nord^ 1890, 1, p. 489.

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c J*altends de vous, ajoutait-il, secours et protection; je me prononce parce que je ne vois point de général qui parle; je suivrai les ordres de celui qui voudra sauver la patrie et maintenir la République. » Les commissaires de la Convention le nommèrent aussitôt commandant en chef, et Dampierre, annonçant le 4 avril cette décision à la garnison du Quesnoy, jurait de conduire toujours ses frères d*armes dans le chemin de Thonneur et d'affronter avec eux tous les risques pour repousser les Autrichiens. « Les traîtres passeront, disait*ii, mais la liberté restera entière et la patrie sera sauvée ; les braves garnisons de Lille, de Yalenciennes et de Maubeuge demeurent à leur poste^ et nous, nous demeurerons inébranlables au nôtre. » Le 5 avril, Bellegarde, Cochon et Lequinio faisaient connaître à Tarmée la nomination de Dampierre qui prendrait sur-le«*champ le commandement des troupes de la République de Yalenciennes à Longwy ; tous les militaires et citoyens obéiraient au nouveau général ; quiconque était encore au camp de Maulde et de Saint-Amand se retirerait sous le canon de Yalenciennes.

Le choix des représentants futratiôé par le Conseil et par la Convention. Dès le 4 avril, les ministres, exécutant le décret qui leur enjoignait de nommer aussitôt le successeur de Dumouriez, conféraient à Dampierre le commandement de Tarmée dite de la Belgique, et le lendemain, après avoir reçu sa profession de foi^ ils> le félicitaient de. son patriotisme. « Le Conseil avait compté sur la vertu de Dampierre. La lettre que. vous lui écrivez respire des sentiments qui feront le salut. de la République. Les bons citoyens mettent leur espoir en vous. Répondez à leur confiance et méritez la plus haute gloire qui puisse être réservée à Thomme, celle de sauver son

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pa^'^s et d^extermiDer les tyrans et les traîtres. » Dampierre fut investi de tous les pouvoirs; il avait la faculté de choisir et de nommer les généraux, officiers et agents militaires qui devaient servir sous ses ordres ; on l'autorisait à grossir le noyau d'armée qu'il avait formé et à organiser les troupes comme il voudrait ^

II. Picot, comte de Dampierre, avait alors trente-sept 43ns. Successivement enseigne et sous-lieutenant aux gardes-françaises, capitaine au régiment de Chartres-infanterie, major aux chasseurs de Normandie, il commandait, lorsqu'éclata la guerre de la Révolution, le 5® dragons. Il était à cette déroute de Quiévrain qui commença si honteusement la campagne le SI9avriU792. A l'approche de la cavalerie autrichienne, ses dragons s'enfuirent au grand trot sur le chemin de Yalenciennes en criant qu'ils étaient trahis. Dampierre les rallia, et il écrivait superbement à son compatriote Danton quil avait sauvé l'armée en reformant son régiment et en manœuvrant le lendemain pour arrêter Tennemi. Aussi réclamait-il un brevet de général ; sa conduite ne lui avait-elle pas mérité quelques louanges et ne savait-on pas sa fidélité à la cause populaire? Le 22 août, Dumouriez le nommait provisoirement maréchal-de-camp, et le 7 septembre Servan le confirmait dans ce grade. Le ministre voulait l'envoyer à Lille. Dumouriez objecta qu'il n'avait ni les talents ni l'âge pour un commandement stable et rappela dans TArgonne. Dampierre conduisit avec Beurnonville les renforts de Flandre qui, dans la journée du 20 septembre, soutinrent Slengel sur le mont Yvron. Lorsque les Prus-

1 Swposé dd la conduite du général de brigade Gobert. 1793, p. 7 ; Fersen, II, 70; Rec. Aulard, 111, 59, 66, 87-89.

DAMPIBRRB

siens commencèrent leur retraite, Dampierre impatient proposait de les charger. « J'attends des ordres, disait-il à Dumouriez, ordonnez et employez-moi, j*ai passé toute la nuit du 30 septembre au 4®' octobre à cinquante pas de Tennemi, avec bonne contenance. » Il eut un rôle très remarquable dans Texpédition de Belgique. Le 4 novembre, il emportait le moulin de Boussu après avoir franchi sous un feu violent le ravin qui le séparait des Impériaux. A Jemappes, il commandait Taile droite sous les ordres de Beurnon ville, et il déploya tant de bravoure que les blessés demandaient après la bataille s'il avait survécu et que les habitaats de Mons lui offrirent une couronne de lauriers. Il a rédigé sur un ton lyrique et dans le style du temps une relation de l'affaire. Il exalte Dumouriez qui, selon lui, joint à la prudence de Turenne Taudace de Condé. Il loue le courage et Tendurauce des volontaires : « Mères républicaines, élevez vos filles pour ces guerriers ; à leur retour, courez au devant d'eux, le myrte à la main; que la joie du triomphe les console des fatigues, et que la plus belle soit destinée au plus brave I » Il ne s'oublie pas lui- môme et assure qu'il marchait à deux cents pas en avant de sa troupe, qu'il doit ses connaissances de tactique à Lloyd, à MôllendorfT et aux grands exemples de Dumouriez. Les apostrophes les plus boursouflées terminent ce dithyrambe : a Je te remercie, Dieu plébéien, de m'avoir accordé ces trois jours pour aider mes braves camarades à humilier les despotes et les grands de la terre. Je te salue, ô patrie triomphante, l'objet de mes plus chères afiections. Je te salue, Belgique, que nous venons de rendre à la liberté. Je te salue, armée victorieuse. Ressouviens-toi sans cesse de Jemappes où tu fis rougir la terre du sang des esclaves des tyrans, et que nos épées soient toujours

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consacrées à faire' respecter les lois et la sainte httmanité ! » Trois semaines après, à Waroux, Temphatique soldat dirigeait plusieurs charges brillantes de cavalerie. Le 2 mars 4793, lorsque commençaient les revers, il engageait dans les rues d*Aix-la-Chapelle une lutte meurtrière contre le duc de Wurtemberg. Il fut un des héros de Neerv^^inden et protégea la retraite de Tarmée. Les troupes, mandait-il à Bouchotte, raccepteraieut volontiers pour général en chef, parce qu'elles avaient l'habitude de le voir au premier rang dans les combats. C'était, a dit justement Dumouriez, un général de main. Intrépide, téméraire, exécutant avec hardiesse et parfois avec bonheur les ordres d'aulrui, il n'avait pas les qualités nécessaires à Thomme qui doit mener et manier une armée. Il manquait de sang-froid, et sa vivacité, sa fougue lui faisaient commettre des imprudences, l'entraînaient à des coups de tête. Tous ceux qui l'ont vu de près, lui trouvent l'esprit dérangé. Dumouriez le nomme un fou ambitieux. Un de ses ofûciers dit nettement qu'il était braque. Un autre l'appelle un «extravagant inepte > et affirme qu'il eût étonné un gardien de maison d'aliénés, que le comte de Brienne, son oncle, l'avait envoyé servir sous le baron d'Allonville pour l'empêcher de faire des sottises, qu'aucunde ceux qui l'ont bien connu ne lui aurait confié le commandement d'un escadron ^

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