LE CONGRÈS D'ANVERS
1. Lt BâgoeUtton de Cobourgavec Dumouies déta{»prouvée par l'empeoeur. — Congrès da 8 et da 9 avril. — Colère des ambassadeurs des puissances alliées. -^ Ooboarg désavoue sa première proclamation. — Seconde proclamation. — Irlées de démembrement. -^ Tristes pressentiments de Cobourg. — II. Lettre de Dampierre et réponse de Cobourg. — KépliqQe des commissaires de la Convention Bries et Du Bois du Baie à la seconde proclamation dn prince. — Réponse de Cobourg. «^ Nouvelle réplique des commissaires. -~ Chérin au quartier-général de Quiévrain» -^ Sa conversation avec Cobourg et Maok. -*-L' Empereur interdit toute négociation et envoie Mercy à l'armée. -> Les commissaires désavoués par la Convention, rappelé^, puis maintenus. — IIX« Tentatives de Le Bran et circulïtira confidentielle du premier Comité de salut public. — Dona et Hérault. — Lettre de Le Brun à GrenviUe et réponse ironique du ministre anglais. -^ Nouveaux efforts du Comité pour négeoisr. — Mission de Forster et de Pétry. — Pro* clamation de Knobelsdorf aux habitants de Lille. — • La force des amtet. «- Point de démembrement.
I. Ck) bourg et M«ck, s^n confident, avaient négocié de leur chef aTec Dumouriez CjOtâme s'ils avaient pleins pouvoirs de Tempereur, et ils croyaient avoir bien agi. Les> Impériaux, lassés et réduits à trente mille hommes, obtenaient, sans coup férir, Tévacuation de la moi lié des Pays-Bas, des forteresses d'Anvers et de Namur, des places de Gortruydenberg et de Breda, et, s*ils renonçaient à toute hostilité pendant que Dumouriez marchait sur Paris et dispersait la Convention, ils se repo-
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seraient de leurs fatigues et attendraient leurs renforts. N'étaient-ce pas des avantages aussi considérables qu'inespérés ?
L'empereur François II désapprouva Gobourg. Pourquoi faire la paix ? Pourquoi traiter avec ce Dumouriez qui n'était pas sincère et qui, Tannée précédente, au camp de Sainle-Menehould, avait indignement abusé de la crédulité de Brunswick? Dumouriez, disait Tempereur, voulait gagner du temps, semer la discorde entre les alliés et ne détruire la République que pour mettre le duc d'Orléaus sur le trône. Il ordonnait donc à Gobourg de ne plus négocier, mais d'aller en avant sans interrompre le cours des opérations militaires. Les Prussiens ne profiteraient-ils pas de la suspension d'armes pour conclure pareillement un armistice qui serait nuisible à TAutriche ? Du moins, ne reprocheraient-ils pas à Tempereur de les exposer seuls au choc des républicains ? A Theure où Gobourg recevrait la lettre impériale, Dumouriez, ajoutait François II, avait peut-être atteint Paris, et sûrement le trouble, la confusion étaient à leur comble dans toute la France. Que Gobourg pousse sa pointe ; qu'il se renforce des troupes hollandaises, anglaises et hanovriennes ; qu'il déclare Tarmisticf rompu; qu'il envahisse le territoire français et s'empare aussitôt d'une forteresse quelle qu'elle soit. « La manière dont la France m'a surpris, concluait François II, ne me permet pas de considérer si Dumouriez a proclamé roi le duc d'Orléans ou Louis XVII ; mon devoir de monarque exige que je tire tout Tavantage possible du désordre où est Tennemi pour-occuper les places qui forment du côté de la France la barrière contre les Pays-Bas *. »
> Wilzleben, Cobourg^ II, 166-170; Ternaux, Terreur, VI, 518- «20.
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Mais avant que le général reçût la lettre de son souverain, les événements tournaient autrement qu'il l'avait cru. Dumouriez s'enfuyait sur le sol belge ; il n'avait plus d'armée et, selon le mot de Fersen, cet homme qui, avec ses soldats, aurait été une puissance, n'était plus rien. Gobourg fut consterné. Vainement il se disait qu'après tout, les Français avaient perdu le plus redoutable de leurs généraux, que leur armée s'était affaiblie par le départ des officiers qui suivaient la fortune de Dumouriez, que la haine entre l'infanterie de ligne et la garde nationale avait grandement augmenté, que les camps de Maulde et de Bruille tombaient en son pouvoir, qu'il bloquerait Condé quand il voudrait. Il avait conçu Tespoir d'une paix prochaine, et cet espoir disparaissait. Tout semblait terminé, et voici que tout recommençait. Gobourg prévoyait de nouvelles luttes, la Convention réduite aux mesures extrêmes, la France désespérée et combattant avec fureur pour son indépendance. Il fallait pénétrer en Flandre; il fallait prendre, non par un coup de main, mais à force de temps et de patience, les places où s'étaient jetées les troupes de Dumouriez ; il fallait dresser un plan d'opérations ^
Déjà Gobourg avait invité les ambassadeurs des puissances alliées à se réunir à Anvers en c une espèce de petit congrès ». Il désirait savoir le nombre d'hommes et de canons qui seraient fournis à la cause commune, fixer l'époque de leur arrivée et leur emploi. Depuis quelques semaines, il sollicitait des renforts de l'Angleterre et de la Hollande, et les diplomates autrichiens appuyaient ses demandes avec vivacité. Starhemberg devinait que l'Angleterre et la Hollande, alléguant les
1 Ternaux, VI, 522 ; Ferten, II, 68.
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frais de leur ariDemeat maritime, laisseraient rAuiriche supporter tout le poids de la guerre. Merey répétait «vec insistance que le moment était yenu de montrer la plus grande activité, de déployer une « éaergie générale »» de mettre en campagne les contingenta liollandais, aoglais, hanovriens. La Hc^lande, disait-il, «e croit à Vabri du danger ; mais son péril se reproduira si le oôtTe m^est pas coDjuré; la peste la gagnera d'un jour à i'autise, et les richesses d'Amsterdam seront longtemps ttn objet de convoitise pour la France. Aidons Cobourg à profiter de ses victoires ; elles le conduiront à sa perte s'il ne reçoit pas de la Hollande et de TAngleterre les secours promis. Eh 1 peut-il à lui seul, « soutenir les efforts de hordes sans cesse renaissaotes » et < résister su. tordent »? Peut-il, sans l'assistance des coalisés, abffttre des ennemis « forcenés, décidés à risquer le tout pour le tout, bien résolus de vaincre ou de périr * » ?
Le congrès d'Anvers se réunit le 8 avril. L*Autrîcbe était représentée par le comte Metternich et le comte Starbemberg ; TAngleterre par le duc dTork et lord Auckland; la Hollande, par le prince d*Orange et son fils, le prince héréditaire ; la Prusse, par le comte Relier, ambassadeur à La Haye^ et par le général Enobelsdorf. Le prince de Cobourg se rendit au congrès avec Mack et rattaché militaire prussien, le colonel Tanentzien. Il amenait avec lui le général Valence, qui devait défendre les intérêts de Dumouriez et des officiers récemment émigrés.
Mack exposa d'abord ses négociations avec le vaincu de Neerwinden. Puis Cobourg lut sa proclamation; il
^ Thûrheim, Briefe des Grafen Mercy an Starbemberg, 1884, p. 68- 69, 72.
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d*ei3gageait à joindre sestrouf^es à celles de Damoailez, A ne faire en France aucua^e eonquôte, à ne -considérer les places qui lui seraient resiâses que comme un éépâê 9Ucré ^ Cette pi^etomation souleva la icolère des alliés. Elle fut, rapporte Starhemljerg, t un coup de foudre pour moi et un tocsin d*indigBatk>n générale pour les ttutres ». A^ucklaûd disait à Starhemberg qu'il partttait 'sur-le-champ, que rAogteHerre trompée renonçait à tout pacte avec TAutriclie. Le duc d'York, fort échauffé, s'écriait que CoboUTg fBfvaît joué. Les deux Orange approuvaient le énc d'York et « suivaient pesamment Son impulsion* ». Kélkr déclarait que le roi de Prusse se sentirait offensé dans sa loyauté. Mettemich et Starhemberg ne cachaient pas leur étonnement et leurs craintes. Aiûsi^ Ciolïourg avait osé, sans aucun pouvoir officiel, prendre les engargements les plus étendus I II avait fait de semblables avances à Dumourîezl H ne s'était pas avisé que cet ambitieux aventurier » aspirait toujours à la première place et ne se jetait dans les bras de l'Autriche que parce qull se voyait menacé de la guillotine et perdu dà tous côtés ! Croyait-il retirer de cette alliance quelques avantages? Non, puisque Dumouriez s'opposait au démembrement de son pays. Espérait-il des dédommagements pécuniaires? Non, puisque la Trance n'avait plus que des assignats ; il est vrai, ajoutait ironiquement Starhemberg, que c'était pour elle un moyen de s'en débarrasser. Cette démarche flétrissait donc les laurierj du prince. Quoi I il mettait l'armée de Pempereiir à la suite de l'armée d'un Dumouriez et presque sous les ordres de cet intrigant l 11 se liait
1 Traknowde Dmmtmriw^ 221«
* An illustrious rascal, écrivait alors Auckland [Journal and eor^ rapondenee, 1861, 11, IK)5).
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contre un ennemi dangereux avec un autre ennemi beaucoup plus redoutable, et cela pour établir le système dont la destruction était le but de la guerre 1 Le mot de eonsiitution avait été le signal des hostilités et Gobourg en faisait c Tolivier de la paix » I II ravalait une grande cour comme celle de Vienne à un pareil rôle 1 II signait une déclaration qui rompait la coalition, « paralysait > les puissances, les liguait peut-être contre l'Autriche I
Gobourg, décontenancé, protestait qu'il avait agi pour le mieux. Starhemberg réussit à calmer Torage. Il apaisa lord Auckland et le duc dTork en leur assurant que le cabinet autrichien n'avait pris aucune part à la démarche précipitée de Gobourg. Il consola Keller en lui jurant que TEmpereur désavouerait hautement son général. Enfin, il proposa de remédier au mal sans retard. Pourquoi, dit-il, se piquer à contre-temps? Quel sera le résultat de nos dissentiments, sinon la stagnation totale des opérations militaires ? Faut-il attendre une réponse de Yienne et laisser à l'ennemi battu le loisir de se renforcer, de nous assaillir avec plus de vigueur que jamais? Et n'est-il pas cruel de compromettre par un fâcheux éclat le renom du prince de Gobourg, du vainqueur d'Aldenhoven, de Neerwinden et de Louvain ?
Les membres de la conférence exigèrent de Gobourg une rétractation formelle. Gobourg hésitait et, remarque Starhemberg, cette rétractation était, en effet, « difficile dans la circonstance et presque impossible à obtenir d'un homme d'honneur sans un ordre supérieur ». On se sépara sans avoir rien fait. Toutefois Starhemberg et Metternich prièrent Gobourg d'exclure du congrès le général Valence : la présence d'un agent de Dumouriez n'eût servi qu'à exaspérer les esprits.
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Mais le lendemain on apprenait que Dumouriez était définitivement abandonné de son armée. Gobourg pouvait dès lors publier sa rétractation. Starbemberg la rédigea et sut ménager Tamour-propre du prince. Gobourg disait qu'il n*avait fait dans sa déclaration du 5 avril qu'exprimer francbement, ouvertement son vœu particulier pour la paix de TEurope et le bonbeur de la France \ mais on avait méconnu ses sentiments personnels, et il se voyait obligé de rompre Tarmislice et de rétablir Tétat de guerre ; il révoquait donc et annulait formellement, dans toute son étendue, sa première déclaration et n*en laissait subsister que rengagement inviolable de maintenir sur le territoire français la discipline la plus sévère parmi ses troupes.
Gette seconde proclamation radoucit les envoyés des puissances. Ils adoptèrent toutes les propositions de Gobourg. On convint que les Prussiens, au nombre de 8,000, arriveraient à Tournay vers le 40 avril, et les Anglais, au nombre de 13,000, vers la fin du mois. Les Hollandais» qui comptaient 15,000 liommes, seraient chargés soit d'occuper la ligne d'Ostende à Menin, soit de faire des démonstrations et diversions, soit de secourir les côtes; on avait, suivant le mot d'un émigré, déterminé judicieusement leur mission, puisque ces troupes, d'ailleurs entretenues avec parcimonie, s'étaient rouillées dans l'oisiveté d'une longue paix. 12,000 Hanovriens et 8,000 Hessois s'efforceraient de paraître avant deux mois sur le théâtre des opérations. L'armée de Sa Majesté Britannique, composée des troupes anglaises, banovriennes et hessoises, serait commandée par le duc dTork ; le corps prussien par le lieutenant-général de Enobelsdorf ; l'armée hollandaise par le prince héréditaire d'Orange. Toutes ces armées, comme l'armée principale ou autri-
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chi^uM». étaient sous la direetioii sttpréai«.du priacada Gobourg. Les AogUis ayaiant Leufs magasims à Osienda; les ProssieAs» à Bruxelks.et à.Mooa;lea Hollamlaia,. à Bruges*.
Ifaul^ rhoanftte Goboorg étaU. pMu d*aogoisses. IL cro^aU à la bonne foi des alliés» à leur désinLécessa? mewt, à leurs vues géoéreuses etdé^auillées daosiibiticuu Il s-'imaginait que les coalisés n'eJKvabiasaieni la Frao^a. qua pour terminer Tanarcbia et reslaucer la royauté«* qu'ils, n'avaient d'autre but que de rétablir la paix eot. Europe^ dattacber les peuples à leurs souTeralns eL'da préaeFver le monde du fléau dea révoUUiûns. La secret dea eabinets lui était soudainemeuit révélé,, et il découvrait avec borreur les mystères de la polilique.. Cbacun ne ,]j^nsait. qu'à sot ; ebacun mettait son intérêt partlcur^ lier am-dessus de l'intérôt générale Lis pciace béréditaLra d'Orange déclarait qua la Hollande ne voulait pas se. retirer les mains vides. Lord Auckland,, sortant de sa. , réserve babituelle, avouait sans ambages.qne l'Angleterre ne se souciait pas du retour de Tondre et qu'elle profitait des. circonstances pour abaisser la France et la réduira à un véritable néant poliUqne ; les alliés auraient cbaeion leur part de butin, et Auckland disait crùmeiU à Cobourg : « Noua ferons des conquêtes et nous lea gasderons; vous, prenez tontes les. places du Nord et doniMZ.uae solide barrière à vos Pays-Bas ^ »
Cobourg ne dissimula pas. sa tristesse à Tempereur. Les* coalisés n'envisageaient donc qua leur propre avan^t
>€;r. Auckland, Joumai^ III, 1^862, p.. 9 (à Gren^llfi), Dèft le. 4 avril il est. d'avis que les armées alliées d&vceieiu pousser leur avantage et prendre possession des principales villes de la frontière, « the rights- aad means of indemnisation must* not- be lost in the confii*sion.. »
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tage et ne cherchûient qu'à s'agrandir, qu'à s'enrichir aux dépens de la France I L'empereur ne comprendrait- Il pas qu*il était leur dupe ? Les alliés vantaient ses succès; ils prodiguaient à son armée les encouragements et les éloges : ils n'épargnaient ni les promesses ni les assurances pour entraîner son général à de nouvelles opésations- hardies et décisives^ Mais eilx-^mémes n'avalent pas envie d« faire un sérieux effort, et peu leur importait que les troupes^ itnpérial^s qu'ils poussaient en avant, eussent à soutenir tout le fardeau. L'Angleterre, la Hollande, la Prusse visaient à ^affaiblissement de la France ; elles redoutaient la restauration d'une monarchie qui serait, naturellement, comme celle de Louis XY et de Louis XYI, l'alliée et l'auxiliaire de l'Autriche ; elles s'unissaient à l'empereur ,v mais en craignant d'augmenter sa. puissaoee.
Le: prince suppliait donc l'empereur de lui dire nettement quel système 11 fallait adoptei:. Youlait-on s'ouvrir le chemin de Paris et remettre un roi Sur le trône ? Ou voulait-on faire des conquêtes, comiâe' demandait lord Auckland, se saisir des forteresses de Flandre et s'arrêter ensuile, sans piu^ s'inquiétetf de la situation et de ^'organisation politique de la France? En tout cas, il reconnaissait qu'il ne saurait mêler la diplomatie à la guerre, et il priait son souverain de nommer un ministre plénipotentiaire qui résiderait aa quartier-général ou dans le voisinage de l'armée»
Le 9 avril, Cobourg quittait Anvers et rentrait à Mons. De tristes pressentiments assombrissaient son âme, et Mack les partageait. « Si l'on veut démembrer la France, s'écriait le colanel, il faut en avoir les moyens, et que de sièges encore, et que de campagnes ^ 1 »
' Monit,^ 25 avril [proclamation datée du 9) ; ternaux, \I: 524-
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II. Mais la période des négociations n'était pas close. Dampierre voyait que ses troupes n'étaient pas encore organisées ni mises en ordre ; il comproDait qu'elles ne sauraient repousser une vigoureuse attaque, et les représentants lui recommandaient à cet instant d'user avec une extrême circonspection des moyens fragiles qu'il avait dans les mains, c Notre armée a besoin de prendre de l'ensemble, de la consistance et de la confiance en ses propres forces ; Fabius et Washington ont 4sauvé la liberté de leur pays en temporisant ; c'est le moment d'imiter ces grands capitaines. » Dampierre aimait donc mieux parlementer que combattre.
Le 7 avril, Clerfayt, qui commandait les Impériaux en l'absence de Cobourg^ avait dénoncé les hostilités. Les deux partis, écrivait-il, étaient convenus de s'avertir réciproquement vingt-quatre heures à l'avance lorsque cesserait la trêve ; les circonstances l'empêchaient de la prolonger davantage, et il ne laissait plus à Tadversaire qu'un jour de répit *.
Dampierre résolut de gagner du temps et de continuer 4a suspension d'armes. « Il serait peut-être utile, mandait-il le lendemain à Gobourg, que la trêve subsiste encore, et il serait alors possible de relâcher les personnes que le pouvoir exécutif a dû faire arrêter. J'enverrais à Paris entamer une négociation et proposer l'échange des quatre députés de la Convention nationale et du ministre Beurnonville avec ces mêmes personnes
525 ; Crosôard, Mém. milit, et hist., 1829, I, 35-36 ; Witzleben, II, 161 ; Doboa, Der Feldzug der Preussen gegen die Franzosen t« den Niederlanden, 1798, I, 157-161; Auckland, Journal, III, 10-12; Zeissberg, QuelUn^ I, 5 ; Sorel, L'Europe et la Révolution française^ 111,366-369.
* Clerfayt au général commandant à ^aubeuge, lettre datée de Mons, 7 avril (A. G.)
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détenues présentement à Paris. Je serais charmé de reprendre des négociations qui assurassent la gloire des deux armées, le repos et la tranquillité de TËmpire et de la République française. »
Cobourg, revenu d'Anvers, répondit le 40 avril à Dampierre que lorsqu'il avait conclu l'armistice, il ne commandait que les troupes impériales ; mais les armées des puissances coalisées se mettaient en marche pour le rejoindre ; un plan d'opérations était dressé; il devait, pour se conformer à ce plan, rompre aussitôt la trêve. Il promettait toutefois d'avoir grand soin des prisonniers et ajoutait qu* « en un seul cas — qu'il n'avait pas besoin de nommer — les commissaires détenus devraient trembler pour leurs jours ». Il faisait allusion à la famille royale *.
Le prince avait joint à sa lettre sa seconde proclamation du 9 avril et une adresse de Dumouriez aux Français. Les commissaires de la Convention, Du Bois du Bais et Briez, répondirent sur-le-champ à la proclamation de Cobourg. Comme Cobourg, disaient-ils, la France désirait un gouvernement solide et stable ; mais à elle seule, et non à Cobourg, appartenait le droit d'adopter un gouvernement, et ce droit, aussi fort que la raison, aussi durable que la justice, aussi ancien que la nature, aucune puissance de la terre ne pouvait le contester à la France. Elle n'était pas abattue par les revers, et ses défaites mêmes relevaient son courage, donnaient à son activité plus d'énergie. Ne possédaitelle pas d'immenses ressources? Les armées qu'elle avait sur ses frontières n'étaient-elles pas l'avant-garde de la
t Dampierre à Cobourg et à Bouchotte, 8 avril ; Cobourg à Dampierre, 10 avril (A. G.) ; Ternaux, VII, 71-73.
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nation ? Paris ne contenait-il pas dans son sein 80^000 citoyens disposés à vaincre ou à mourir? Et clique ville de la République n'était-elle pas, comme Paris, résolue à s'ensevelir sous ses ruines plutôt que de cesser d'être libre ? Oui, partout les coalisés retrouveraient les plaines de la Champagne. Ils étaient victorieux, mais demain ce serait le tour de la France. Elle aussi voulait le calme et la tranquillité de l'Europe ; mais elle voulait que la paix . fût bonorable et digne d'elle ; elle voulait que les puis^ sauces alliées reconnussent sa souveraineté et son gouvernement républicain. Les représentants terminaient leur lettre en faisant appel à la loyauté de Gobourg.. La plus noire des trahisons avait mis en son. pouvoir le ministre Beuruonville et quatre députés du peuple français. Profiterait-il de cette perfidie? Ne devait-il pas désavouer avec horreur cet infâme attentat? Ne se souvenait-il pas du vertueux Camille renvoyant aux Falisques, pieds et mains liés, le traître qui lui livrait leurs enfants ? a II serait digne de vous d'être cité d'une manière semblable dans rhlstoire de la guerre actuelle, en j-endant à leur pays les citoyens que nous réclamons.. »
Cohourg répliqua qu'il ne regardait pas Dumouriez comme un traître : Dumouriez. n'avait pas le dessein de livrer sa patrie; il ne parlait que du bonheur de la France; il désirait rétablir la Constitution de 1791, et « dès qu'on s'était rapproché »,. il avait solennellement posé cette première condition, que les. alliés n'entame* raient pas l'intégrité du territoire et n'interviendraient en aucune façon dans l'organisation intérieure du gouvernement. (( Quant aux quatre commissaires de la Convention, ajoutait Cohourg, leur sort est entre vos mains ; j*en appelle sur tous ees objets des résolutions
vioIeQtfiSy tyranniques et passionnées de quelques-uns des.Hienibres de votre as6eniblée> à ceux qui parmi vous aim^iat Téritablement leur patrie. »
Du Beis du Bais et Briez répondirent que Dumourlez s^étaôt à jamais couvert d'opprobre en essayant de perdre son pays. Il avait désiré rétablir une constitution quî ne pouvait durer et dont la nation s'était dégoûtée poudT toujours ; il avait prétendu substituer sa volonté à ceUe du peuple ; il avait fait ce que foni les plus cruels eaoAoïîiSi: séduire les troupes et lea diriger contre la pa^ie«. proclamer un nouveau tyran,, s'unir à Tétranger. Coliourg disait qu'il en appelait d£SL résolutions de quelques membres de la Convention;, mais cette assem* blée éts^t une, indivisible ; si ses séances avaient été pacfoè^ orageuses et troublées par lar violence, personne n'amA le droit de s'en mêler ; tou& les membres, mus par Tamour de la patrie, s'accordaient sur les objets d'iniérèt commun et voulaient vivre et mourir eu répu« bliaaîDS K
Lbadjudant-géiiéral Gbérin porta la lettre des reprèseiâants à Quiévrarn où. Gobourg avait établi son quartier Il vit le géaéralissime des alliés et son chef d'étatr» maioc, la colonel Mack. Le prince se plaignit de certaines exp^^eimcias des commissaires qu'il jugeait insultantes^ Brkz.et son collègue le défiaient de prendre Paris; maifiV' disait-il, il n avait nullement l'intention de pousser jusqu'à Paris, et les 80,000 citoyens dont les députés le menaçaient, ne pourraient rien contre une armée auœî bien, diseiplinée que l'armée autricbienne. Un par^i lajïgage^ ajoutait-il,, n'était guère propre à une négtHâation. Ghéirin protesta qu'il nlavait aucun poavoir
' FoQKait et Fiuot,.!,. 408-441; Reo. Âulnd, III, 223.
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pour négocier. Mais le colonel Mack prit la parole ; il déclara que la paix élait nécessaire à la France ; TAngleterre et la Hollande se joignaient à l'Autriche et pré> tendaient s'indemniser de leurs frais par des conquêtes ;
le duc d'York venait de débarquer et 11 était à la tôte d*une forte colonne. « Il est fâcheux, dit Gobourg, que l'ancienne alliance qui liait l'Autriche et la France, ne puisse pas se renouer. L'intérêt commun devrait nous unir. Adoptez une forme de gouvernement stable^ avec un chef qui ait le titre de roi ou tout autre semblable. On aura confiance en vous, et l'on traitera. » Mack appuya Gobourg : « Les temps sont changés ; reprenez la Gonslilution de 4791, et la paix est bientôt faite. » Ghérin répondit que la France voulait la République, et la voulait sérieusement. « Mais pourquoi, repartit Gobourg, laissez-vous vivre au milieu de vous des Marat et autres hommes de cette espèce qui ne parlent que de poignards et entretiennent voire gouvernement dans des convulsions continuelles ?» — « S'il existe des hommes pervers en France, répliqua Ghérin, la loi est là pour les punir. La Gonventiou ne peut être influencée ; elle est libre, et ses décrets sont le résultat du vœu national. » Marck demanda pourquoi la Gonvention ne siégeait pas ailleurs qu'à Paris. « Il lui a plu, dit Ghérin, d'établir à Paris le siège de ses séances ; elle peut, si elle veut, le fixer ailleurs ; mais personne n'a le droit de lui indiquer un autre lieu. » Gobourg et Mack revinrent sur le chapitre de la paix. Mack assura que le prince désirait au fond du cœur la fin de la guerre, mais qu'il n'osait prendre aucune initiative depuis le congrès d'Anvers; si la France avait l'intention de négocier, elle devait s'adresser au roi de Prusse ; a renoncez à vos conquêtes, évacuez Mayence et le territoire de l'Empire, on con-
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viendra d^une suspension d*armes, et un congrès fera la paix. » Cobourg approuva le colonel. « Frédéric-Guillaume, disaiUil, a le cœur bon, très accessible, et doué d'une grande probité; c'est lui qu'il faut sonder d'abord. » Chérin se retira. Il mettait le pied à Tétrier lorsqu'un major autricbien s'approcba : « Eh bien, la paix est-elle faite? Voulez-vous un roi? » — a Jamais, s'écria Chérin à voix haute et pour être entendu, la République ou une guerre éternelle 1 » — « Tant pis, répondit le major, Français et Autrichiens devraient être amis *. o
Ces pourparlers de Cobourg avec les républicains s'ébruitèrent dans les Pays-Bas. De sourdes rumeurs coururent à Bruxelles. On croyait que des négociations s'étaient engagées, qu'il y avait une suspension d'armes, que la famille royale serait menée à la frontière pour être échangée contre les quatre commissaires prisonniers, et Metternich disait au consul de Russie qu'il espérait voir sous peu Marie-Antoinette et ses enfants. Mais Cobourg et Mack n'avalent exprimé cette fois encore que leurs propres sentiments, et tous deux avouaient que la négociation n'avait ni base ni apparence de succès; ils n'avaient répondu qu'en termes généraux à de vagues propos; ils savaient bien que Dampierre et les représentants agissaient de leur chef, sans l'autorisation de rassemblée des « brigands régicides ».
De nouvelles instructions de leur souverain leur interdirent bientôt tout parlementage. Le 24 avril, François II écrivait que Cobourg avait eu tort de « préjuger » différentes questions que les coalisés seuls
i Aulard, la Révol. franc,, 14 avril 1890, p. 336-340 ; Sorel. III, 370-371.
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avaient le droit de trancher ; le prince éviterait davénavant toute négociation et, sll fallait absolument eotrer en quelque pourparler ou conférence, il ae ferait rien que de concert avec les alliés, Anglais et Prussiens ; iHiiiiq[ue but vers lequel il devait tendre, c^était de pousser la guerre avec la plus grande vigueur, de profiter du désarroi des ennemis, de s'emparer des p-aces, de &*éMl)lir et de se fixer sur le sol français, de porter ses «msies aussi loin que possible sans s*arrèter ni prêter romille aux propositions des patriotes, à moins qu'elles n^eussent pour objet la possession immédiate d'une forteresse ou le progrès de ses opérations. Quelques jours plus tard, l'empereur mandait à Gobourg de ne c 'donner aucune suite » à la négociation que Dampierre voulait entamer. La seconde proclamation du généralissime et la reprise des hostilités avaient a replacé les choses dans rétat d'où elles n'auraient jamais dû sortir ». Poiir(|uoi accueillir des ouvertures qui n'offraient pas un « résultat solide » et que les Français ne faisaient évidemment que pour amuser Cobourg, pour le leurrer et l'espionner? Quand leurs démarches seraient sincères et loyales; ne prouvaient-elles pas leur embarras, et au lieu de s'aboucher avec eux, ne valait-il pas mieux tirer parti de leur détresse? Si Dampierre risquait de nouvelle ^oposi lions de paix, Gobourg répondrait donc qu'il n'était nullement autorisé à négocier. Si le général français tcmettait sur le tapis l'échange de la reine et de la famille royale contre Beurnonville et les quatre commissaires de la Gonventîon, Gobourg laisserait entrevoir que cette ouverture « serait peut-être goûtée, si elle était faite dans une forme valable et par des gens qui ont en main le pouvoir de l'exécuter 9. Du reste, François II envoyait aux Pays-Bas le comte de Mercy, son ancien
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ambassadeur en difïérenles cours, et qui par son expérience, par ses lumières, par sa profonde coonaissance de la France, méritait la confiance impériale. Meorcy avait carte blanche; il débarraisserait du fardeau des al&kes dipl<HSiatiques le prince de Cobourg qui pourrait amsl se consacrer à son commaadea&ent et Touer toute son attention auxoperatlons.de la guerre; seul, lifercy serait chargé des négoda tiens et conférences «Tec les républicains; il assisterait môme aux entrevues où Ton ne traiterait que de questions purement militaires, puisque les nationaux saisissaient avidenient cette occasion pour parler politique et que les officiers autrichiens pouvaient , avec les meilleures Intentions du monde, tomber dans les pièges de Y astuce française *.
Cependant Ghérin, de retour au quartier-général de Yalenciennes, avait annoncé que l'Autriche était disposée à faire la paix et à reconnaître la République française. Les commissaires de la Convention, Du Bois du Bais et Briez se félicitaient de leurs pourparlers et s'imaginaient que Cobourg avait envie de négocier, de mettre répée au fourreau. « Nous sommes maintenant en correspondance avec le général Cobourg, maudaient-ils à Paris, il nous a écrit une lettre adressée à Messieurs les commissaires de la Convention nationale ; ainsi, il reconnaît notre caractère et notre mission; nous vous
1 Zeissberg, I, a4-35, 39-41 ; Witzleben, II, 162-163. < Je ne prétois, disait Mercy, aucune circonstance où la politique puisse intervenir autrement que pour surveiller quelques fourberies, quelques pièges auxquels il faudrait Ôlre bien maladroit pour se laisser prendre. » (Thûrheim, Briefe, 78 et Ternaux, VU, 72). Mais il n'oubliait pas ses propres intérêts et le 13 avril il priait Cobourg de stipuler dans la négociation qui s'engageait le lever des scellés apposés sur sa maison de Paris.
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faisons passer sa lettre et notre réponse dans laquelle vous trouverez le ton et l'énergie dignes des francs républicains. »
Mais le 43 avril» sur la motion de Robespierre, la Convention avait décrété la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier ou de traiter avec les puissances ennemies qui n*auraient pas reconnu préalablement Tindépendance et la souveraineté de la nation française ainsi que l'indivisibilité de la République. Deux jours plus tard, la lettre de Briez et de Du Bois du Bais était lue à rassemblée. Elle fut accueillie par des murmures. Dès le premier mot, Mallarmé demanda leur rappel. Ducos s'écria qu'ils s'engageaient dans une scandaleuse controverse et « ne semblaient attendre que le moment d'être convaincus par les raisonnements de Gobourg », qu'ils avaient failli compromettre la dignité de la nation. Bréard, plus violent encore, déclara qu'il fallait donner un éclatant exemple et manifester la ferme résolution de ne jamais transiger avec l'adversaire : la Convention devait punir ses commissaires, les rappeler sur-lecbamp, les remplacer par des bommes plus imbus des principes républicains. Delacroix se joignit à Bréard. L'assemblée désavoua la réponse que Du Bois du Bais et Briez avaient faite à Cobourg et décida qu'ils seraient rappelés. La presse les blâma, les accusa de déroger à la majesté d'un peuple libre qui ne répond à ses ennemis que par le mépris. Prudbomme les traita de débonnaires, leur reprocha de « cacheter leurs lettres avec un grain d'encens », de montrer une « bassesse révoltante ».
Du Bois du Bais et Briez se plaignirent au Comité. Ce décret d'improbation, écrivaient-ils, était une injustice et a difficile à digérer pour des bommes purs qui se livraient journellement au salut de la patrie ». On n'a-
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vait lu, ajoutaient-ils, que leur lettre à Gobourg, et Ton n^avait pas lu leur réponse à sa proclamation, celte réponse mâle et fière où se déployait l'esprit le plus républicain et où se prononçait avec une extrême vigueur l'inflexible détermination de ne jamais composer avec la tyrannie. Ne prédisaient-ils pas au général autrichien que la République sortirait triomphante de la lutte? Ne lui rappelaient-ils pas que Rome avait vu Annibal à ses portes et que Rome était restée libre? Pouvait-on s'exprimer sur un ton plus chaud, plus fort, plus énergique? N'avaient-ils pas, dès leur arrivée, regardé les ennemis victorieux comme des pygmées méprisables? N'avaientils pas dans leurs actes et leurs discours conservé le caractère qui sied aux représentants d'un grand peuple? Le Gopiité, tout en louant le patriotisme des deux commissaires, avait décidé qu'ils ne continueraient pas leurs fonctions, parce qu'il importait à la réputation de la Convention nationale de ne pas varier dans ses mesures. Mais, le 4 mal, sur la proposition de Merlin de Douai, l'assemblée décrétait que Du Bois du Bais et Briez resteraient à leur poste : leur zèle, leur civisme, les services qu'ils rendaient à l'administration des vivres faisaient oublier l'erreur qu'ils avaient commise et que la Convention avait censurée ; Du Bois du Bais marquait des talents militaires; Briez jouissait de la confiance du département du Nord *.
III. Tout espoir de paix semblait évanoui. Bouchotte écrivait à Dampierre que le Conseil exécutif était mé-
' Du Bois du Bais et Briez à Dampierre, 13 avril [Â. G.) ; Mon, 18 et 24 avril, 6 mai (séances des 15 et 22 avril, du 4 mai) ; R^vol. de Paris, !!• 197, p. 153-155 ; Rec. Aulard. III, 222-225, 313, 332, 361, 384-388, 602.
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oontent, qu'un général d'armée n'avait d^autre tâche que de protéger la frontière et de repousser l'assaillant : f Vous êtes, lui disait-il, tombé dans une erreur grave en montrant une envie de négocier, et vous ne pouvez faire un visage trop sévère aux généraux ennemis. » Barère rédigeait le Î6 avril une proclamation aux armées : c Les Autrichiens cherchent ô vous tromper ; la paix est dans leur bouche et la guerre dans leur cœur. C'est avec des paroles de paix qu'ils tendent à énerver votre courage, à éteindre voire ardeur; c'est avec des propositions astucieuses qu'ils veulent détruire llBsprit public de l'armée. Les représentants sauront bien saisir le moment d'une paix honorable et digne de la République ; mais c'est votre constance, c'est votre indignalion contre les traîtres, ce sont vos triomphes qui vous donneront la paix. Le cri des ennemis est : La paix ou la royauté \ le vôtre doit être : La République ou la mort! » Gomme le Conseil exécutif et le Comité, les journaux s*élevaient contre la paix et qualifiaient de pièges et de ruses politiques les propositions des puissances étrangères, a Dolus an vîrius guis in hoste recuirai f disait leBatave. La paix est impossible tant que nous n'avons pas de constitution et un gouvernement respecté. Non, non, guerre à outrance contre les rois, paix et fraternité avec les peuples, voilà toute notre diplomatie; point de communication entre nous et les cabinets. A un manifeste de Cobourg, à une sommation de Georges ou de Guillaume répondons à coups de canon, écrivons nos traités à la pointe de nos sabres et a^ec leur sang M »
Pourtant, le Comité de salut public où siégeait Danton,
• Bouchotle à Dampierre, 14 avril (A. G.) ; Mon, du 27 avril ; Le Batave, 6 et 10 mai.
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ne renonçait pas entièrement au dessein de nouer une négociation, et dans une circulaire conûdentielle il engageait les représentants à combattre la politique des ennemis : deux commissaires avaient ouvert avec Gobourg une correspondance trop étendue et la Convention les avait désapprouvés ; elle avait impatiemment entendu réloge du général autrichien et entrevu de la faiblesse dans les efforts que faisaient les deux députés pour le convertir ; mais, sans entrer dans des discussions qui ne conviennent qu'à des agents politiques, sans compromettre leur propre caractère et la dignité nationale, les représentants pouvaient pénétrer les intentions des belligérants, leur « arracher leur secret » et profiter des occasions précieuses qu'offriraient les circonstances et que ne prévoyait pas la prudence humaine ^
Mais toutes les tentatives échouèrent contre Tobstination des alliés et leur résolution irrévocable de prendre à la France une partie de son territoire. Vers le milieu de juin, le ministre des affaires étrangères, Le Brun, s'imagina que TAutriche, fatiguée de la guerre, lui faisait quelques ouvertures. Il proposa d'envoyer à Bruxelles un de ses agents occultes , le marquis de Laffitte- Pelleport, qui se cachait à Ghimay sous le nom de Dona. Un autre émissaire, Hérault, chargé des pouvoirs du ministre et du Comité, vint à Rocroy pour donner à Dona des instructions précises. Mais le \\ août, des dragons de Cobourg arrêtaient Dona et saisissaient ses papiers *.
Les essais de négociation avec TAngleterre échouèrent
« Ternaux, VIT, 76-77 ; Rec. AuUrd, III, 357. * Hérault aux commissaires, 12 août; Calèa et Massieu au Comité, ^ 13 août (A. G.)
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pareillement. Le 2 avril, Le Brun informait ses collègues du Conseil exécutif qu'il espérait encore s'aboucher avec le cabinet de Saint-James. Le Conseil l'approuva ; fallait -il négliger aucun moyen d'éviter les calamités que la guerre menaçait d'entraîner? Le môme jour, Le Brun écrivait à lord Grenville que la République française désirait terminer ses différends avec la Grande- Bretagne et mettre fin à une lutte qui ne manquerait pas d'être acharnée et de répandre sur l'humanité des maux affreux ; une personne munie de pleins pouvoirs ~ ce devait être Maret — allait donc se rendre à Londres, et Le Brun demandait pour elle passeport et saufconduit. Grenville reçut la lettre de Le Brun le 27 avril. « On renverra, s'écriait-il moqueusement, on renverra ce négociateur au prince de Cobourg et au duc d'York, qu'on aura soin de prévenir en conséquence! » Le 48 mai, il répondait à Le Brun que le roi George ne pouvait accorder de passeport à un agent de la France ni reconnaître dans les circonstances actuelles le nouveau gouvernement : si l'on était réellement disposé à terminer une guerre injustement déclarée au roi et à ses alliés et à leur donner une juste satisfaction, sûreté et indemnisation, on n'avait qu'à transmettre des propositions aux généraux qui commandaient les armées sur la frontière *.
Le ton hautain et ironique de cette réponse ne découragea pas Le Brun ni le Comité de salut public. Le 6 juin, Le Brun écrivit à Grenville que la République française était au-dessus des formes de l'étiquette et qu'elle acceptait le mode de communication proposé par le ministère anglais. Le surlendemain, le Comité arrô-
* Dohnt, Der Feldsug der Preussen, II, 103-104 ; Zeissberg, I, 79 ; cf. Aulard, La Bévol, franc., numéro du 14 féyricr 1890.
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tait que la République ne sacrifierait pas à de vaines formalités le sort de plusieurs objets Importants et que deux commissaires se rendraient sur-le-champ à Tarmée du Nord pour traiter avec le chef d'état-major du duc d'York, le général Murray, de réchange des prisonniers ; ces commissaires ne seraient pas connus dans le monde de la diplomatie, mais ils réuniraient aux lumières politiques l'adresse et la circonspection ; ils jetteraient habilement ou recevraient des ouvertures de paix ; ils négocieraient soit une paix séparée avec l'Angleterre et la Hollande, soit une paix générale avec toutes les puissances. Les deux commissaires furent le célèbre Forster et Petry. Mais le Comité de salut public fut renouvelé, Danton n'y siégea plus, et le parti de la guerre remporta. On ne reculait plus devant aucune extrémité. On modifia les instructions de Forster et de Pelry. Ils devaient faire, non plus des propositions sérieuses, mais des vœux personnels pour la cessation des hostilités; ils diraient que la morgue diplomatique des cabinets n'imposait nullement à un grand peuple, et que les dédains, les prétentions exagérées du ministère britannique révolteraient toujours la nation française qui ne voulait traiter qu'en souveraine ; ils n'écouteraient pas les agents qui parleraient de la reconnaissance de la République, puisque la République existait de droit par la nature et de fait par la volonté ; si Ton avait la présomption de les entreteoir de réparation et d'indemnité, ils répondraient que la République était la première à revendiquer une satisfaction, et, si Ton insistait, qu'elle n'avait pour payer de semblables dettes, d'autre monnaie que le fer *.
* Aulard, art. cilé ; Sorel, L'Europe et la Bivolution française, III, p. 419-423.
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La négociation devait sûrement avorter. Les Anglais firent la sourde oreille. Forster passa son temps à correspondre avec sa femme, à ébaucher un récit des événements de Mayence, à rêver aux moyens de se rendre en Suisse ou ailleurs pour y vivre inconnu, loin de Forage révolutionnaire, à faire de mélancoliques promenades aux environs de Cambrai et d'Arras, à pester contre le caractère des Flamands qu'il jugeait lourd, lent, flegmatique, dénué de goût, d^intelligence et de toute ressource. « La chose, écrivait-il à la fin de septembre, est au môme point qu*à notre départ de Paris, et nous restons entièrement inutiles dans notre auberge *. »
Tels étaient les résultats du Congrès d*Anvers. Le 48 mal, le prussien Euobelsdorf envoyait à Cobourgune proclamation qu*il désirait adresser aux habitants de Lille. Il exposait la situation de la France qui devenait la proie des anarchistes ; il mettait les Lillois en garde contre une assemblée dont chaque séance offrait le « révoltant spectacle d'une arène de gladiateurs », leur assurait que les coalisés se présentaient en pacificateurs et n'ayaient d'autre but que de rétablir la tranquillité, de protéger les personnes et les propriétés, de chasser les factieux. « Les places qui se rendront, ajoutait Enobelsdorf, seront dans nos mains des dépôts sacrés que nous restituerons au gouvernement légitime aussitôt qu*il nous les redemandera ; nous en faisons le serment solennel à la face de TEurope. » Cobourg désapprouva la proclamation prussienne qui, de môme que sa propre proclamation du 5 avril, ferait sans aucun doute une « sensation désagréable ». Toutes ces promesses, disait le prince, sont contraires à Tintention des puissances
* Foreter, Sehriftw, IX, 77-78, 107.
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alliées et aux ordres les plus exprès ; on doit n*agir que par la force des armes, Gewalt der Waffen *.
Mais la France répondit à la force par la force. On répéta partout à Paris et dans les départements que les despotes n'avaient resserré leur union que pour partager la France et lui infliger le même sort qu*à la Pologne. Ils veulent, écrivait un journaliste, a nous affaiblir en nous divisant, puis tomber sur nous et se lotir de nos dépouilles ». Getle pensée .d'un démembrement exaspéra les Français, les exalta, les enflamma d'un couragedésespéré. Les étrangers, rapporte Soult, avaient trop tôt dévoilé leurs vues, et ils « développèrent ce grand mouvement qui anima les armées, les soutint dans leurs revers et les prépara aux succès ». Les émigrés môme accueillirent avec un frémissement de colère les prétcfntions des coalisés. Nul ne témoigna plus bautemeul son indignation que Dumouriez. c Vous avez rendu, disaiC-il à^Starbemberg, un très mauvais service à vatre souverain ; le seul moyen de ramener la paix était de parler constitution ; vous battrez les Français, mais vous ne tes abattrez pas. » Et, à la fin du mois de mai, dans une proclamation qu'il publia sous forme de brochure, il déclara qu'il n!«mploierait jamais ses talents pour démembrer, la Pranceu Le comte de Metternicb fit saisir aussiJtûi la^brochure chez les libraires et entre les mains des cal* porteurs; si les français^ mandait-il à Trauttmansdocfi^ croyaient au démembrement de leur pays, ne dépVsieraient-ils pas une plus vive résistanceetoia plua g^and acharnement*?
1 Dohna, Dtr Feîiaug der Preussen, II, 54-63. «>Z« Satatê, 10 mai: SouU, Mm,, I, 39; Ternauz, VT,' SSS'; Ztiksterg^ QiM^^a^ I, 6 eiMtlgim,mtUêr£»^kno§ Kttrl^ 1893^ p. 71.