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bataillons de Tarmée des Ardennes^ que plusieurs étaient confondus dans Tavant-garde de l'armée du Nord, qu'on ne pourrait débrouiller le chaos tant que les deux armées seraient réunies comme elles Tétaient.
Tout manquait. Le 25 mars, Valence n'écrivait-il pas que les pertes étaient prodigieuses en tout genre et peut-être irréparables? Battue sur les bords de la Roer, à Aix-la-Cbapelle, à Neerwinden, à Louvain, rejetée sur la frontière, ébranlée par la trahison de son général et de ses états-majors, accoutumée depuis quelques semaines à la retraite et à la fuite, cette armée ne pouvait de longtemps se refaire et se raffermir. Les bataillons qui formaient ses ailes, à Lille, à Gassel, à Maubeuge, n'avaient pas subi de semblables épreuves et se remirent bientôt de leurs alarmes, reprirent rapidement vigueur ; le gros, la grande armée, comme on la nommait sans ironie, fut plusieurs mois dans le môme état de délabrement et de détresse. Les représentants trouvaient encore, à force de soins et de persévérance, des grains, des fourrages, des approvisionnements; ils se hâtaient de proscrire l'agiotage et l'accaparement des denrées; ils ordonnaient de fabriquer dans toutes les villes des habillements et des équipements ; ils jugeaient môme que l'armée prenait un <( air d'opulence». Mais les effets de campement faisaient absolument défaut; le soldat, disait Dampierre, quoique courageux, souffre et se plaint. Il fallait réprimer les « compagnies voraces » ; il fallait châtier les quartiers-maîtres qui profitaient du désastre pour s'enrichir et amasser en un clin d'œil un brillant pécule ; il fallait réformer le corps des commissaires des guerres qui étaient « ignorantissimes » ; 11 fallait détruire des abus si nombreux qu'on ne savait comment s'y prendre ni par lequel commencer ; il fallait enfin ré-
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tablir la discîpUne qui -semblait entièrement perdue ' .
Les troupes épatent lasses et dégoûtées. La cavalerie demeurait eb^grise^ sorarbre. Les commissaires de la Conveution déclaraient qu'on ne pouyait compter .sur elle et qu^elle « partageait le s^'stème perfide deDumouriez 3>. L'agent Defrenne^ passant par Avesnes, au suois de mai, remarquait que les dragons du 40® régiment; ne portaient pas la cocarde nationale ; il leur fil des ramon- Iraoees et ils lui répondirent par des huées. Et quand la cavalerie eût été - républicaine et résolue à lutter a^^ec acharnement pour la cause populaire, ayaii'-elle diteormais assez d'énergie et d'élan pour charger victorieusement Tenvahisseur? Les revers de Belgique Taiaient ruinée et réduite à rien. Longtemps encore molle, Imn* guissante et comme affaissée, elle pliera sous le dioc des escadrons impériaux. Longtemps encore les refrésentants se plaindront de son indolence, de sa. désobéissance et de sa lâcheté. Elle est le point faible ^erËarmée; rarement elle pourra soutenir l'infanterie dans une attaque ou la couvrir dans une retraite. Du. mois, d'avril au mois d'août 4793, généraux et commissaires Sb'omploient qu'un seul mot, toujours le même, pour peiasire son état lamentable : elle est nulk*.
Les vieux régiments d'infanterie valaient mien'S)i}ue la cavalerie^ Mais ils s'indignaient que TadmimsliBfttion de la guerre ne^subvint pasé leurs besoins : i']ËLa}Kflj^nt montra du courage et du s»èle>ils avaient versé lefttrmng pour la patrie, tlsayaient rejoint les drapeaus de WiRé-
1 Dampierre à BavrakoHe, 6 tyril ; Des Brus^s «« préndenl^^e la Convention, 11 avxil ; Yftlejoca à BejarnonyiUe., ,25 maiis ^laémoifp de Custine, 16 juillet (A. G.) ; Rec. Aulard, III, 429, 566.
* Defrenne à Bouchotte, 16 mai (A. O.); Hec. Aulard/in^'245, 5S4 ; IV, 104, U36.
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publique après la défécticm de Dumouriez ; et Ton n'écoutait pas leurs justes doléances! On ne faisait pas mention honorable de leurs actions 1 Ils se battaient bien,* et ils n'avaient ni habits ni souliers! Et on envoyait dans les camps de nouveaux bataillons de voionlaires taut équipés, tout galonnés, qui se débandaient et jetaient leurs armes au premier coup de canon! Aussi gardaientils l'esprit de corps; aussi voulaient-ils conserver kur uniforme blanc, ou comme disait l'agent Gadolle en Bon langage affecté, l'ancien mode vestimenlal. Croit-on, écrivait Gadolle, qu'ils prendraient de bon gré Thebit bleu, l'habit de ces volontaires « dont les trois quaTtà ont fui devant l'ennemi et ont partout laissé des preuves de leur indiscipline et de leur malpropreté? Non, 'ils n'en feront rien, et Ton risquera tout en les y forçant ». Un jour, à Dunkerque, les bataillons de la garnison, ligne et garde nationale, fraternisèrent ensemble, troquèrent d'habits les uns avec les autres et parcoururent la ville bras dessus bras dessous en chantant la Marseillaise. Mais le représentant Deville voyait une déplorable rivalité s'établir entre les troupes de ligne et les bataillons nationaux; il avouait qu'un soldat des anciens irégiments rougirait bientôt de devenir l'égal d'un volontaire, et il proposait de faire prendre Thabitbleu à tous les hommes, de former aussitôt que possible des demibrigades de deux bataillons de volontaires et d'un bataillon de ligne ^
Les volontaires ne s^étaient pas corrigés de leurs défauts. Ils sont les créateurs de leurs chefs, mandait Gadolle, et ne font aucun cas de leurs créatures ; ils 'ont
1 Gadolle à Le Brun, 10 avril ; Deville au Comité, 3 mai [À. G.) ; Ghartvay, Carnot, II, 240 ; Rec. Aulard, III, 246, 270, etc.
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choisi « dans leurs analogies, sans égard aux talents militaires, ni à la supériorité de la région morale ». Rebelles à toute idée de discipline et d'assujettissement, n'écoutant que leur caprice, ils passaient le temps à boire dans les tavernes, à battre le pavé des villes en insultant les bourgeois, à courir le plat pays pour marauder, a Us sont, disait Garnot, le fléau de leurs botes et désolent nos campagnes, d Ils vendaient le lendemain ce qu'ils avaient reçu la veille. A peine leur livrait-on une paire de souliers qu'ils allaient s'en défaire. D'aucuns offraient au juif leur babit et leur fusil. Ils traînaient à leur suite un immense troupeau de femmes, et Ton peut dire qu'il y avait presque autant de filles que de volontaires. « La quantité de femmes, marquait l'agent Defrenne à Boucbotte, est effrayante ; ce sont autant de bouches infiniment coûteuses à la République, et nos soldats finiront par n'être plus propres à rien. » Gadolle assurait que des bataillons menaient avec eux vingt à vingt-deux chariots et que ces véhicules étaient tellement remplis de femmes et d'enfants quil ne restait plus de place pour les blessés et les infirmes. Carnet se plaignait de l'extrême dérèglement des mœurs : « Les cantonnements et les casernes sont engorgés de femmes; elles énervent les troupes et détruisent par les maladies qu'elles y apportent dix fois plus de monde que le feu des ennemis. » Mais inutilement les commissaires remontraient aux volontaires que leur conduite élail indigne de républicains et qu'elle affaiblissait leur courage. Tous répondaient qu'ils étaient mariés et que la loi prescrivait de loger les femmes des soldats mariés. Aussi trouvait-on près de trois mille femmes dans les casernes de Douai. « Il est instant, écrivait Garnot au Comité» que vous fassiez sur ce point une loi très forte
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el très menaçante : débarrassez- nous des catins qui suivent Tarmée^ et tout ira bien * I »
Enfin, il y avait dans les camps une foule de compagnies franches, belges, bataves, françaises, qui mettaient le comble à la confusion, et quotidiennement de nouvelles se créaient. Trois corps de cavalerie belge tenaient garnison à Saint-Omer, deux n*avaient pas un seul cheval d*escadroa, le troisième ne possédait que dix-sept chevaux, et tous les officiers étaient présents, presque aussi nombreux que les soldats. Les légions de Boyer et de Saint-Germain se composaient de bandits recrutés dans les tripots et les mauvais lieux, et ces sacripants, qui ne faisaient que piller, avaient chacun leur monture, tandis que trois cents hussards languissaient au dépôt de Cambrai et réclamaient vainement des chevaux au ministre. Les dragons du Calvados, commandés par un sous-lieutenant, parce que tous leurs officiers étaient partis sans permission, se livraient dans leurs cantonnements aux plus affreux excès, saccageaient le village d'Artres, désertaient les grand'gardes, laissaient massacrer par Tennemi les piquets d'infanterie qui étaient de service avec eux et qu'ils auraient dû secourir; le général Murnan^ désespéré, proposait de les incorporer sans retard dans la cavalerie de ligne. « Gardezvous, disait Carnot à ses collègues, de fournir des chevaux à nos hussards de la Liberté ; tous ces corps de nouvelle levée sont abominables *. »
* Charavay, Carnot^ II, 135, 172-173; Defrenne à BouchoUe, 27 avril (A. G.), et Gadolle à Le Brun, 29 avril (A. E.); cf. Trahison de Dumouriez^ 54 et Ueber den FeUzug der Preussen, 225 « parmi les troupes françaises de Hollande, il y avait plusieurs femmes ; quelquesunes, véritables amazones, étaient armées, sous leurs écharpes, de poigoards et de pistolets de poche » .
* Huguenin à Bouchotte, 30 avril ; Murnan aux représentants,
Mais la gendarmerie nationale qa*iui décret du 26 août 4792 avait envoyée atix frontières, ne donnait*elle paai Tesemple tle Tlndiseipline et du pillage ? Ce corps, rapporte Oadolle, « est ie plus.discolu qui. existe en Eu* ropes k plussale, le moins soigneux »| et il accuse les geBéarmesde dormir ou de ae cacher pendant la bataille, detS^eoivrer tout, le jour, de scandaliser la population et racmée. Ne voyait-on pas un sergent souffleter son capitaine et le rapaiser en lui payant à boire? Et récemsméat, à Anvers, à Ostende^ au mois de-mars, les gendarmes n'avaient^ils pas les premiers quitté leur poste ? N'avaient-ils pas arraché les épaulettesà des officiers de volontaires en criant qu'ils ne connaissaient pas de supérieurs? N*avaleDt-ils pas menacé et poursuivi, sabre et pistolet au poing, ceux qui venaient les arrêter ^ ?
TeUe était la situation de Tarmée française. Ses défaites et la fuite de son général l'avaient réduite, lisons-nous dans une relation de Delbrel, à un état de dissolution totale. Les représentants s'étonnaient de l'inaction des alliés. « Nous ne savons pourquoi, écrivaient-ils, l'ennemi fait la sottise de ne pas nous attaquer. » Dumouriex. disait. à Fersen que les Autrichiens agissaient trop lentement et semblaient ménager l'adversaire : «c II faut plus d'activité contre ces ÇMS-là^ et l'on en viendra faeilement à bout \ 9
10 mai ; Defrenne au miuistre, 16 mai (A. G,) ; Charatay, Camot, II, 146, 240.
* Mon,, 30 mars 1793 ; Charavay, Camot, II, 319; cf. sur la gendarmerie tvationale à l'armée du Rhin L^eap^, de Custine, 233. Les gendarmes de la deuxième division avaient, Tannée précédente, à Cambrai, coupé des tôtes [Rec. Aulard, I, 131].
* Rapport de Delbrel, 23 sept. [A. G.] ; Fersen, II, 70.