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Valentine de Lamartine

A vous, mes enfants chéris, celte histoire d'un ami de votre père et d'une amie de votre mère. Vous y verrei que la vraie grandeur sait allier aux vastes facultés de r esprit la bonté et la douce science d^ aimer.

Marie-Thérèse OLLIVIER.

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Ses dernières années furent amères.

Rappellerai-je, à Tàge du repos, le labeur incessant pour le pain et non pour la gloire, les amis plus rares, le seuil franchi moins souvent, la demeure autrefois si animée devenue froide ? Je préfère donner un souvenir reconnaissant à la fille d'adoption qui, lueur bénie, a veillé, jusqu'à la fin, auprès du grand homme malheureux. « Sans le dévouement d'une nièce chérie, a-t-il écrit, je serais seuil »

(Emile Ollivier, Eloge de Lamartine.)

La femme d'élite que nous avons connue et aimée sous ce nom n'était que la nièce du poète. Eût-elle été sa fille, elle ne lui eût pas inspiré une tendresse paternelle plus passionnée que celle qu'il lui témoigna presque de tout temps : « Je nomme et institue pour ma légataire universelle et unique héritière de tous mes biens meubles c^ I -^

et immeubles, Mlle Marie-Gabrielle-Valentine de Glans de Cessiat, ma nièce, chérie par nous comme notre propre fille », disaitil dans un testament daté du 30 novembre 1833. Et encore : « J'institue pour ma légataire universelle ma nièce chérie, qui a eu pour moi les sentiments de ma propre fille, Mlle Marie-Gabrielle-Valentine de Glans de Cessiat, qui réside chez moi » (testament du i^' février 1858). Dans les dernières années de sa vie, après lui avoir obtenu de Bavière un titre de chanoinesse, il l'adopta formellement et lui donna devant tous le droit de continuer le nom qu'elle avait, pendant de si nombreuses années, entouré d'un culte filial.

Valentine-Marie-Gabrielle de Glans de Cessiat était la troisième enfant de cette sœur de Lamartine dont le poète a dit :

« L'aînée des filles de ma mère s'appelait Cécile. Sa taille splendide eut été au niveau de celle de ma mère si l'extrême modestie ^ 2 -^

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de sa nature, qui lui faisait redouter l'admiration comme un autre redoute la honte, n'avait un peu penché sa tête en avant et abaissé ses yeux pour échapper aux regards. Ses traits, qui rappelaient ceux de la famille de mon père, étaient plus ébauchés que finis, plus faits pour le premier coup d'œil que pour le second. C'était l'ensemble qui saisissait, c'étaient les grandes lignes qui éblouissaient. Je ne sais dans quel rayonnement de splendeur douce cette physionomie nageait, mais on n'en discernait que le charme. Les imperfections de détail disparaissaient entièrement, surtout à distance . Elle avait la grandeur, l'unité, la grâce, ces trois beautés capitales de la femme, pour la foule qui n'analyse pas son impression. >y

Ce portrait pouvait peindre en tous ses traits la fille de Cécile. Grande aussi, presque trop grande, mais d'une grandeur rendue très féminine et très légère, par l'élégance exquise de la taille, les proportions ^ 3 -$

harmonieuses du buste, la souplesse du cou, la noblesse de la tête et la svelte majesté de la démarche, elle inspira à son oncle ces vers connus :

Un éblouissement déjeunasse et de grâce Fascine le regard où son charme est resté ; Quand elle fait un pas, on dirait que l'espace S'éclaire et s'agrandit pour tant de majesté.

En elle aussi les incorrections de détail ne manquaient pas à l'ensemble éblouissant. Les yeux allongés, d'un velours noir, pleins de langueur et d'étincelles, se découpaient, surmontés de magnifiques sourcils, dans un teint délicat et pur, mais le nez busqué, aux narines d'un cheval de race, se rattachait au front par une ligne peu classique ; la bouche était trop grande. Valentine prétendait en riant que quand elle faisait la lecture à son oncle, elle sentait dans ses oreilles le vent de ses paroles. Cette bouche qui, cependant, n'était point fendue jusqu'aux

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oreilles, était en réalité loin d'être disgracieuse : d'un beau dessin, avec des dents éclatantes, un sourire tin, une expression parfois un peu hautaine et railleuse, elle n'ôtait rien à cette physionomie piquante, fière et charmante de son « rayonnement de splendeur douce ».

Elégante, spirituelle, grande dame, elle n'était pas humble comme sa mère. Avec une satisfaction pour ainsi dire impersonnelle, elle s'offrait, sans vanité comme sans fausse modestie, aux hommages que lui attiraient sa beauté et son nom, surtout quand sa beauté devint la lumière de la retraite assombrie du génie, et que son nom, associé aux vicissitudes plus qu'aux gloires, fut celui de Lamartine.

Élevé dans une vie de familJe patriarcale, Lamartine en a gardé toute sa vie l'amour et le respect. Chaque année, il passait Tété, tantôt à Saint-Point, tantôt à Montceau, tantôt à Mâcon, entouré d'un essaim de sœurs, de beaux-frères, de nièces, de neveux, qui, avec les visiteurs amis, animaient ses demeures d'une population joyeuse. Ses jours les plus heureux ont été ceux qu'il passa ainsi, près de sa femme et de sa fille, sous l'égide de sa mère.

Cette mère, aussi grande par la vertu que son fils l'est par le génie lui inspirait une véritable adoration. Enfant il ne pouvait l'embrasser sans pâlir de bonheur. Elle

l'avait enveloppé d'une plénitude de tendresse sous laquelle, comme sous une rosée divine, avaient fleuri les plus beaux dons de son âme; elle avait couvert de son indulgence miséricordieuse, soutenue par une divination supérieure, les effervescences dune âme impatiente d'embrasser le monde; elle Tavait protégé contre les sévérités étroites des grands-parents, aidé par des sacrifices pécuniaires, immenses pour les pauvres ressources du foyer, à franchir les barrières matérielles qui emprisonnaient sa jeunesse. Pour payer ses dettes, pour faciliter ses beaux voyages, elle avait vendu un à un ses plus précieux bijoux. Enfin, avec une sollicitude ingénieuse, elle couvrait les erreurs, même très innocentes, qui échappaient à l'exubérance d'une imagination de poète et trahissaient parfois la réalité. On sait l'histoire du lierre et des arbres qu'elle fit planter aussitôt qu elle les eut vus décrits par lui là où ils n'existaient pas. « J'ai planté <^ 8 ^

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ces arbres, dit-elle dans son journaP, j'ai semé moi-même ces lierres au nord de la maison pour que mon fils ne mentît pas, même dans ses vers, quand il décrit Milly dans ses Harmonies. »

Sa beauté d'autrefois refleurissait jeune et brillante dans les traits de Julia, la fille de son fils. Ses luxuriantes boucles blondes, son regard d'azur lumineux, son intrépidité souriante, sa grâce en faisaient bien la fille d'un poète. « C'est véritablement moi à son âge. Que je m'aime en cette belle enfant-! » écrivait la grand'mère attendrie. Et Lamartine a chanté :

Son image de l'œil ne pouvait s'effacer Partout à son rayon sa trace était suivie, Et, sans se retourner pour me porter envie Nul père ne la vit passer.

C'était plus : de ma mère, hélas ! c'était l'image. Son regard par ses yeux semblait me revenir, Par elle mon passé renaissait avenir...

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