Dédicace de Jocelyn : A yiaria-Anna-Elt^a
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trouvait en même temps nous a souvent raconté l'ineffaçable impression que lui avait laissée son apparition. Hélas! le vent du désert lui fut trop rude ; son père apprit que « ce ne sont pas seulement les jeunes filles nées en Israël, qui, parfois passent avant le soir». C'est dans un cercueil qu'elle fut ramenée à Saint-Point.
Tant qu'elle avait vécu, son père n'avait accordé d'attention spéciale à aucune de ses nombreuses nièces. Elle suffisait à remplir sa vie. Elle était << son matin, son jour et sa nuit». Mais maintenant, dans la maison vide et désolée, l'infortuné père voulut rapprocher de lui les jeunes affections qui restaient encore à la portée de son cœur, demanda à sa sœur, Mme de Cessiat, de lui prêter, durant ses séjours à Paris, où il n'avait pas de cercle de famille, l'une ou l'autre de ses filles.
Les deux aînées mariées, Alix à M. de Pierreclos, Célénie à M. de Belleroche.
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étaient déjà retenues chez elles par les devoirs domestiques. Restaient Valentine et ses deux petites sœurs jumelles, Alphonsine et Cécile. Ces dernières, âgées de dix à onze ans, furent d'abord choisies pour accompagner l'oncle et la tante. Gracieuses, jolies, espiègles, elles étaient ravies de vivre dans l'orbite de cet oncle qu'elles aimaient, et qui, au milieu des enivrements de sa gloire, trouvait encore le toisir d'être bon et affectueux. Elles se plaisaient moins sous la tutelle de leur tante. L'excellente Maria- Anna-Eliza sans abandon, sans charme, inspirait dans la famille l'estime et le respect, la gratitude, non l'attrait. Ses manières et ses manies britanniques, son inoffensive préoccupation de ses attraits absents, excitaient les railleries plus ou moins contenues des petites filles. Son nez surtout, volumineux et empourpré, qui faisait son désespoir, faisait leur joie ; elle Toignait sans cesse d'onguents, de liniments qui ne
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réussissaient qu'à le rendre plus gros et plus rouge, et c'était une source inépuisable de gaieté pour l'âge sans pitié. La noble femme, si digne de vénération pour sa haute vertu, ses malheurs et son inépuisable dévouement, ressentait plus qu'il n'aurait fallu ces irrévérences juvéniles et en manifestait son dépit par toutes les petites sévérités que lui permettait l'indulgence facile de l'oncle.
Sans doute aussi, la malheureuse mère, naguère si cruellement frappéee, voyait avec une secrète et douloureuse jalousie la place de l'enfant qui n'était plus, et qu'elle aurait voulu toujours garder vide, occupée par les enfants d'une autre; et ce regret la disposait à de moins tendres complaisaisances. « Elle aimait les enfants de sa famille, a dit un de ses familiers, mais sans leur sourire. //
Quoi qu'il en fût, sa soumission aux désirs de son mari, son zèle à les satisfaire l'empêchèrent de rebuter les filles de Cécile.
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Elle les installa sous son toit, les traita en enfants de la maison, en ne leur ménageant ni les leçons, ni les devoirs, ni les professeurs, ni les réprimandes, et en les astreignant à la discipline de la nursery anglaise. Les petites la redoutaient «comme le feu». Elles menaient sous ce luxe de sollicitude, une vie maussade. Leur distraction était de faire des visites avec leur tante oi; d'accompagner leur oncle et ses chiens dans ses promenades. Tous les jours, après le dîner qui avait lieu à six heures, jusqu'à l'arrivée des visiteurs qui venaient chaque soir, elles faisaient à haute voix quelque lecture très grave, le plus souvent au-dessus de leur entendement, après quoi on les envoyait coucher. Elles prirent part, de cette façon peu mouvementée, à la vie parisienne de ^L et Mme de Lamartine, de 183^ à 1840. Cette dernière année, elles déclarèrent à leur mère qu'elles préféraient leur vie de province et obtinrent de rester à Mâcon.
Valentine ne devait pas encore les remplacer. Ses dix-neuf ans la retenaient près de sa mère qui voulait la marier dans son voisinage. Avec quelle joie pourtant elle eût échangé toutes les fêtes de Màcon pour l'existence même la plus monotone auprès de son oncle 1
Née Tannée où parurent les A/^'J/V(7//o;^5, il semblait qu'un rayon mystérieux de la poésie céleste eût pénétré à son éveil cette jeune àme où frémissaient les nobles aspirations, les hauts enthousiasmes. Dès qu'elle avait su penser, elle avait ressenti pour le frère de sa mère une ferveur d'admiration et devant lui sa beauté, animée par Ten-
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thousiasme, prenait un attrait plus pénétrant. Vite elle devint sa préférée. Il revoyait en elle, plus encore peut-être qu'en Julia, puisque Valentine était brune comme sa grand'mère, cette ressemblance avec des traits vénérés qui lui était si chère. Il retrouvait surtout cette compréhension parfaite de son génie, cet élan simultané du cœur et de l'intelligence, qui font l'affection si complète et si féconde, et que, deux fois déjà, il avait eu la rare félicité de rencontrer, en sa mère d'abord, puis en la belle mourante du Crucifix.
Pendant les villégiatures de Saint-Point, de Milly, de Montceau, dans les années où Lamartine traversa des douleurs intimes dans les années triomphantes où ses succès littéraires et ses ovations politiques le portèrent d'apothéoses en apothéoses jusqu'au faite qu'il devait atteindre une heure, le culte de la jeune fille grandit à mesure qu'elle grandissait elle-même, ému par les épreuves, ^ i6 ^
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exalté par les triomphes, ébloui aussi par cette existence fastueuse, où, simple et rustique pour lui-même, le poète offrait son hospitalité à tant d'amis et recevait des hommages de tant de pays.
On ne peut se figurer, m'ont dit ceux qui ont eu la fortune d'en pouvoir juger, de quel prestige incomparable rayonnait, dans l'abandon de la vie des champs, de cet homme plus semblable à un dieu qu'à un mortel. Sa noble cordialité, aussi magnifique que familière, sa verve sublime ou gaie, toujours prête à jaillir, sa poésie qui embellissait tout, et sortait de son âme comme le souffle sortait de ses lèvres, sa bonté inépuisable, que n'altérait jamais un mouvement de colère, de malveillance ou de malignité, faisaient de son commerce quotidien un enchantement. D'une grâce aussi exquise envers les humbles et les pauvres qu'envers les illustres et les puissants, il se faisait adorer des plus rudes paysans qui ne
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l'appelaient que « Monsieur Alphonse » et à qui il ne disait que « mon ami ». Les bêtes elles-mêmes, objet de son attention amicale, l'aimaient, et l'on respirait autour de lui une atmosphère de lumière et d'affection telle que peu d'hommes en ont été enveloppés.
« Ce monde, a-t-il écrit, est un océan de sympathies dont nous ne buvons qu'une goutte quand nous pourrions en absorber des torrents. Depuis le cheval et le chien jusqu'à Toiseau, et depuis l'oiseau jusqu'à l'insecte, nous négligeons des milliers d'amis. Vous savez que moi je ne néglige pas ces amitiés. J'ai des relations et des sentiments partout. Honni soit qui mal y pense 1 je suis comme le vicaire de Goldsmith : j'aime à aimer! » Comment cet aimant, qui savait si bien répandre ses tendresses sur toutes les créatures de Dieu, n'aurait-il pas été lui-même aimé avec adoration?
Avec des transports de reconnaissance ^ i8 ^
Valentine acueillait les marques toujours croissantes de tendresse et de confiance qu'il lui prodiguait, tandis quelle habitait sous son toit à Saint-Point, ou qu'elle était sa voisine à Collonges, près Montceau, chez Mme de Cessiat. Fière de le distraire ou de lui être utile, elle l'accompagnait dans ses promenades, dans son cabinet de travail, lui servant de copiste, lui faisant la lecture, s'associant à toutes les pensées, à tous les soucis, à toutes les émotions, à toutes les joies, dont il lui faisait la confidence comme à une amie, comme à une fille.
Jamais, sauf à de courts moments où il employa quelques amis intimes, Lamartine n'eut d'autres secrétaires que sa femme et sa nièce. La première manquait cependant de la qualité essentielle du copiste, elle avait une mauvaise écriture, rappelant, de loin, en laid, celle de son mari, tandis que Valentine, au contraire, imitait, à s'y mé- "iT 19 ^
prendre, récriture de son oncle. Elle avait si parfaitement saisi cette calligraphie élégante, féminine, ailée, rythmée, qu'aujourd'hui, entre les manuscrits du poète et les copies de la nièce, il est à peu près impossible de marquer une différence. Les habitués eux-mêmes s'y trompaient. « Je suis troublée, écrit-elle un jour à l'un d'eux, en pensant que vous avez, en ouvrant cette lettre, une désagréable déception. Pardonnez à mon écriture sa ressemblance... >y
Ce n'était pas seulement par là que Valentine, non sans un secret orgueil, sentait plus de communion d'esprit entre elle et son oncle qu'entre celui-ci et sa femme. Mme de Lamartine, qui sut si noblement se dévouer à l'homme, comprit beaucoup moins le génie. D'un esprit élevé et droit, mais médiocre et encombré de préjugés exotiques, sa pruderie littéraire blâmait les hardiesses de pensée ou de forme. « Elle voulait, a dit un de ses amis, à tout prix
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vêtir Eve en dépit de la Bible. Le nu lui portait sur les nerfs. ^ » Contenues d'abord
I. Une page des Souvenirs de Charles Alexandre, un des amis de la maison nous édifiera tout à fait : « ...Mme de Lamartine veille à l'édition, corrige, revoit les épreuves de ces quarante volumes il'édition de i8bi-i8b2, in-8°). Elle me convie au labeur. Un livre surtout la tourmente et la trouble, la. Chute d'un Ange, ce terrible poème, comme elle l'appelle. Les orgies des géants la révoltent, toute cette peinture d'un monde antédiluvien, ces bacchanales colossales si confirmées par la Bible et l'histoire, qui légitiment le châtiment du déluge la révoltent. Poussée par un mystérieux critique, qu'elle appelle le Grammairien, ardent à supprimer tout le poème, elle m'écrit presque chaque jour ses scrupules, ses critiques : elle me supplie de corriger des rimes trop nues , d'effacer les mots nudité et volupté qui choquent sa pudeur anglaise ; de voiler Daidha ; j'ai beau défendre ces mots si en situation : elle me force à trouver des rimes chastes. Elle fait plus : dans son zèle destructeur, elle veut supprimer des passages entiers, les descriptions sensuelles des Dou:;ième, Trei:;ième et Quatori;ièm.e Visions. Nous faisons un massacre ; nous abattons des centainesde vers dans cette forêt vierge de la Chute d'un Ange. « Lamartine ignore le crime; elle m'a supplié de garder le secret. Je suis son complice d'épuration, en protestant, en défendant le droit de cette poésie antédiluvienne. Elle tient à saigner, à purifier ce poème sensuel; elle m'écrit qu il fait croire à un blasé dans le poète, lui qui est si plein de jeunesse et de fraîcheur! Sa religion lui commande la conversion du poème ; elle travaille au salut du génie. Lamartine
dans les limites d'une critique timide mais obstinée, ses objections devinrent avec Tâge plus impérieuses. On a vu jusqu'où elles pouvaient aller lorsque, en corrigeant une des dernières éditions des œuvres du poète, où elle supprima tant qu'elle put tous les passages scliocking, elle remplaça ce vers passionné du Lac :
Tout dise : Ils ont aimé!
parce vers innocent :
Tout dise : Ils ont passé!
Lamartine, quand il s'apercevait de ces exécutions, en prenait son parti avec une indulgence patiente. Son respect pour la fidèle compagne dont il reconnaissait avec gratitude, même dans les maladresses, l'intention dévouée, était infini. « C'était su-
ne se doute de rien ; il laisse faire, ne s'aperçoit pas des vides : ce Samson de la poésie laisse sa pieuse Dalila lui couper sa chevelure ». (Cité par M. Ascoli dans la Revue Litine du 25 novembre 1907.)
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perbe hier au soir, écrit-il à M. Dargaud en lui envoyant un de ses articles, je le gâte ce matin pour obéir à ma femme. >/
Valentine cependant frémissait. Quelles profanations pour elle, qui admirait jusqu'à la moindre virgule, et qui, par affinité de race et parenté d'âme, devinait et s'assimilait, dès les premières syllabes, l'inspiration sacrée '. Mais elle se gardait d'en rien témoigner. Elle ne voulait pas se voir fermer la porte du sanctuaire où elle savourait les plus hautes joies. Au contraire, elle redoublait de complaisances et d'empressements envers sa tante, et réussissait à lui devenir indispensable. C'était elle qui accompagnait Mme de Lamartine dans ses visites, elle qui la secondait dans son atelier de peinture où toutes deux peignaient à force pendant des heures, la tante d'une main pesante, la nièce avec un goût et un art ravissants.
La récompense à ces abnégations méritoires lui était donnée avec largesse par son oncle.
Comme autrefois Julia, elle lui inspira, gloire délicieuse ! des pièces de vers. Le Yolume des RecneUle?}tejits en donne une, la Fleur des eaux, qui lui est dédiée, et plusieurs autres, antidatées par erreur ou sans date, qui ne lui appartiennent pas moins. Elle, cependant, lui racontait ses peines, les mélancolies de son horizon de province, ses aspirations non satisfaites d'artiste, le vide de son cœur qu'aucune occupation à son goût ne pouvait remplir, le trouble vague, enfin, d'une âme en quête
De ce bien inconnu que toute âme désire Et qui n"a pas de nom au terrestre séjour.
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Monotone et pathétique histoire de la femme qui doit s'astreindre aux labeurs de Marthe, tandis qu'elle préfère la part de Marie et voudrait passer sa vie à écouter le Seigneur.
Ce qu'elle lui disait, ce qu'elle lui répétait surtout, c'est son désir de l'entendre, de le voir, d'entrer dans sa vie plus complètement, en l'accompagnant à Paris, sur ce théâtre de ses succès et surtout de ses combats. Mais sa mère ne lui permettait pas encore ce rêve, et la Providence lui réservait la faveur de ne l'accomplir qu'aux heures douloureuses.
Une fois cependant, en 1843, ^^^^ de Lamartine persuada à sa belle-sœur de l'accompagner avec Valentine pour quelques semaines dans la capitale, où elle allait régler certaines affaires avec des éditeurs. Mais Lamartine, cloué sur son lit de misère par une de ces crises rhumatismales dont il a si constamment souffert, ne quitta point '^ 26 ^
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Montceau, et le plaisir de sa nièce fut bien incomplet, bien différent de celui qu'elle souhaitait.
Elle l'eut tout entier, intense, supérieur même à son rêve, deux ans après, quand son oncle bien-aimé, dont l'escarcelle regorgeait momentanément d'or par la vente anticipée de V Histoire des Girondins, organisa avec elle, ses sœurs et sa mère, un séjour à Ischia et une excursion dans la péninsule italienne.
De quels enivrements fut rempli pour la jeune enthousiaste ce voyage où, en débarquant sur le rivage de Graziella, la première musique qu'entendirent les voyageurs fut une strophe de Lamartine chantée par une signora inconnue ^ La beauté grandiose du paysage, l'immensité de la mer que les jeunes filles contemplaient pour la première fois, les souvenirs roma-
La belle Mme Capecelatro.
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nesques de la jeunesse du poète, ressuscites, revécus par lui avec ce renouveau d'imagination qu'il connut jusqu'à ses derniers jours, les harmonies d'une nature radieuse qu'il savait traduire et noter comme s'il eût été une de ses voix, Téclosion des pages exquises du récit des Confidences et des pages éloquentes des derniers volumes des Girondins, autant de fêtes inoubliables pour les yeux et l'esprit.
Après un grand mois à Ischia, on s'arrêta quelques jours à Xaples, et, de là, en poste, avec deux voitures et un courrier, on remonta, en longeant l'Adriatique, jusqu'à Venise et les villes de la Lombardie, puis on gagna Genève par le Simplon et on ne rentra à Montceau que dans les derniers joursdoctobre.
L'année suivante, la même troupe, composée de l'oncle, de la tante, des trois nièces et de trois domestiques, se rendait à <^ 28 <=^
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Xéris. Une vieille dame de mes amies, qui se trouvait dans le même temps à ces Eaux, m'a raconté qu'un jour, Lamartine se promenant dans le jardin, une belle personne très élégante se précipita à ses pieds dans la poussière, lui prit la main et la baisa. Ce n'était point démence, ce n'était point passion, c'était simplement amour des beaux vers. La colonie bourgeoise des Bains en fut violemment scandalisée, d'autant plus que le poète et sa famille, accoutumés à ces témoignages de l'admiration féminine, ne s'en montrèrent que peu surpris. Que n'avaient-ils pas vti en ce genre? Que ne voyaient-ils pas encore? Sainte-Beuve a raconté à M. Emile Ollivier que, vers cette même époque, dans un diner, une jeune femme apprenant qu'elle était à côté de l'auteur de Jocelyn, s'évanouit de bonheur. M. Laisné ^ en cite une autre qui. en état