CHARLES, VALENTINE
CHARLES
Enfin, ma chère cousine, après une si longue absence, je vous revois.
Oui! mon ami, mais maintenant que je vous ai bien grondé, je me rappèle que vous m’avez promis de me dire les raisons qui vous empêchèrent de nous
donner plutôt de vos nouvelles.
CHARLES
Vous savez que je partis avec la flotte destinée à
attaquer l'Amérique: sous les-ordres de Sir Robert Otway. La frégate, sur laquelle j'étais aspirant, fut éloignée du reste de l’escadre, et nous errâmes à l'aventure ; les flots nous poussèrent dans la mer du Sud : après deux mois de souffrances extraordinaires, nous fimes naufrage sur les côtes du Nord- Ouest. Tout périt! et j'aurais dû éprouver le
même sort, lorsque, par un miracle de la Divine Providence, je rouvris les yeux, et me trouvai sur un rocher ; une terre était auprès ; je m’y rendis ; mais, j'étais exténué de fatigues ! Je fus bientôt entourré d’une tribu de Sauvages, qui me donnèrent les soins les plusempressés ; je passai un temps infini parmi eux, ne pouvant trouver aucune communication ; ces braves gens ne voulaient point me laisser partir. J’échappai cependant, et après avoir erré de désert en désert, je parvins au fort William, où je trouvai les agents de la compagnie, qui m’associèrent à leurs voyageurs, avec lesquels je revins
en ces lieux.
VA LENTINE.
Combien de tourments n’avez-vous pas dû endurer ?
CHARLES
Mon plus grand était de penser aux obstacles qui nous séparaient.
La nouvelle de votre mort était une certitude pour tout autre que pour moi, qui ne voulais pas y croire. CHARLES.
L’inquiétude où je vous savais, augmentait encore l'horreur de ma position.
Pauvre Charles!
CHARLES
Six ans loin de vous !... mais, votre main presse la mienne, tout est oublié !.... ne songeons qu’au plaisir d’être réunis.
VALENTINE (soupirant.) Ah! mon ami!
CHARLES
Qu’avez-vous !.. vous soupirez encore.
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CHARLES
Vous m’effrayez !... Expliquez vous 7...
Mon oncle, croyant ne plus te revoir, a disposé de ma main.
Se peut-il ?
Ce n’est que trop vrai!
CHARLES
Tout conspire contre mon bonheur.
Ah! n’ajoute pas à mes tourments.
CHARLES
Mais, quel est le téméraire, qui veut me ravir ta
main ?
Un ami de mon oncle.
CHARLES
Ce bon parent ne peut vouloir ma mort une se-
conde fois ?
Je ne sais; mais, je crains tout de sa rigidité. CHARLES.
Je me jeterai à ses pieds, il ne sera pas sourd à mes supplications.
Ciel! le voilà! je te laisse avec lui.