‹ Valentines et autres versChapitre 46 sur 64 · CRU · texte numérisé non relu

CRU

C'est vrai, je suis épileptique, Je peux tomber trois fois par jour D'une fenêtre, d'un portique, Et d'une cloche de l'Amour.

Mais... quel est cet air de reproche?

Cane fait que trois? j'ai péché Et d'un joli quartier de roche, Où j'étais doucement niché.

Je tombe, tombe, tombe, tombe, Ça fait bien quatre cette fois, Si j'étais un mort dans sa tombe, J'en tomberais... sur tous les toits.

C'est du moins ce que j'entends dire, Et qu'un pelit bruit, dans un coin, A jadis tenté d'introduire En ton délicieux Bourgoin*

1 76 VÀLENTISES

La chose, hélas ! n'est pas nouvelle, Et tous, des facteurs aux abbés, Ont des potins dans leur cervelle; Les bras ne m'en sont pas tombés.

Ils sont là, non loin de ma bouche, Je vous le dis sans embarras ; Je souffre un peu si l'on y touche, Surtout avec des doigts trop gras.

Ça n'a pas troublé ma pensée.

LES BAISERS

Sonnez, sonnez haut sur la joue, Baisers de la franche amitié, Comme un fils de neuf ans qui joue, Petit tapageur sans pitié.

Baiser du respect qui s'imprime A la porte du cœur humain, Comme avec l'aile d'une rime, Effleurez à peine la main ;

Baiser d'affection armée, De la mère au cœur noble et fier Sur le iront de la tête aimée, Vibrez mieux que le bruit du fer.

Baiser d'affection aînée, Ou de mère, le jour des prix, Sur chaque tête couronnée Laissez-vous tomber, sans mépris.

Baisers d'affections voisines, Voltigez du rire joyeux Des sœurs ou des jeunes cousines Sur le nez, la bouche ou les yeux;

Baiser plus doux que des paroles, Baiser des communes douleurs, Ferme en soupirant les corolles Des yeux d'où s'échappent les pleurs

Baiser de la passion folle, Baise la trace de ses pas, Réellement, sans hyperbole, Pour montrer que tu ne mens pas.

Baise un bas ourlet de sa robe, L'éventail quitté par ses doigts, Et si tout objet se dérobe, Feins dans l'air de baiser sa voix ;

Et si l'on garde le silence, Tu dois t'en aller, c'est plus sûr; Mais avant ton aile s'élance Et tu t'appliques sur son mur.

Reviens plus joyeux que la veille, .Mouille son ongle musical, Les bords riants de son oreille.

Que le monde te soit égal 1

VALINTINES 179

Baiser du désir qui veut mordre, Pose-toi derrière le cou, Dans la nuque où l'on voit se tordre Une mèche qui te rend fou.

Sur sa bouche et sur sa promesse, Profond et pur comme le jour, Plus long qu'un prêtre à la grand'messe, Oubliez-vous, Baiser d'amour.

LE BAISER

N'êtes-vous pas toute petite Dans votre vaste appartement, Où comme un oiseau qui palpite Voltige votre pied normand ?

N'est-elle pas toute mignonne, Blanche dans l'ombre où tu souris, Votre taille qui s'abandonne, Parisienne de Paris?

N'est-il pas à Vous, pleine d'âme, Franc comme on doit l'être, à l'excès, Votre cœur d'adorable femme, Nu, comme votre corps français ?

Ne sont-ils pas à Vous si fière, Les neiges sous la nuit qui dort Dans leur silence et leur lumière, Vos magnifiques seins du nord ?

N'est-il pas doux, à Vous sans haine, Frémissante aux bruits de l'airain, Votre ventre d'Européenne, Oui votre ventre européen ;

N'est-elle pas semblable au Monde, Pareille au globe entouré d'air, Ta croupe terrestre aussi ronde Que la montagne et que la mer?

N'est-il pas infini le râle De bonheur pur comme le sel, Dans ta matrice interastrale Sons ton baiser universel.

Et par la foi qui me fait vivre Dans ton parfum et dans ton jour, N'entre-t-elle pas mon âme ivre En plein, au plein de ton amour?

LE BAISER

Comme une ville qui s'allume Et que le vent achève d'embraser, Tout mon cœur brûle et se consume, J'ai soif, oh ! j'ai soif d'un baiser.

Baiser de la bouche et des lèvres Où notre amour vient se poser, Plein de délices et de fièvres, Ah ! j'ai soif, j'ai soif d'un baiser !

Baiser multiplié que l'homme Ne pourra jamais épuiser, O toi, que tout mon être nomme, J'ai soif, oui, j'ai soif d'un baiser.

Fruit doux où la lèvre s'amuse, Beau fruit qui rit de s'écraser, Qu'il se donne ou qu'il se refuse, Je veux vivre pour ce baiser.

Baiser d'amour qui règne et sonne Au cœur battant à se briser, Qu'il se refuse ou qu'il se donne, Je veux mourir de ce baiser,

LE BAISER

« Tout fait l'amour » Et moi, j'ajoute, Lorsque tu dis « tout fait l'amour » : Même le pas avec la route, La baguette avec le tambour.

Même le doigt avec la bague, Même la rime et la raison, Même le vent avec la vague, Le regard avec l'horizon.

Même le rire avec la bouche, Même l'osier et le couteau, Même le corps avec la couche, Et l'enclume sous le marteau.

Même le fil avec la toile, Même la terre avec le ver, Le bâtiment avec l'étoile, Et le soleil avec la mer.

VÀLENTLNES 185

Comme la fleur et comme l'arbre, Même la cédille et le ç, Même l'épitaphe et le marbre, La mémoire avec le passé.

La molécule avec l'atome, La chaleur et le mouvement, L'un des deux avec l'autre tome, Fut-il détruit complètement.

Un anneau même avec sa chaîne, Quand il en serait détaché, Tout enfin, excepté la Haine, Et le cœur qu'Elle a débauché.

Oui, tout fait l'amour sous les ailes De l'Amour, comme en son Palais, Même les tours des citadelles Avec la grêle des boulets.

Même les cordes de la harpe Avec la phalange du doigt, Même le bras avec l'écharpe, Et la colonne avec le toit.

Le coup d'ongle ou le coup de griffe, Tout enfin tout dans l'univers, Excepté la joue et la gifle Car... dans ce cas l'est à l'envers.

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