LETTRE XXXV
Comment parler de celte terre aimée de la nature , de cette terre toujours jeune , toujours parée , au milieu des antiques débris qui la couvrent? Vous le savez , deux fois mère des arts , la superbe Italie ne reçut pas seulemeut toutes les magnifiques dépouilles du monde; magnifique à son tour , elle donna aussi de nouvelles merveilles et de nouveaux chefs-d'œuvre à l'univers. Ses monnments ont vu passer les siècles, disparaître les nations , s'éteindre les races , et leur muette grandeur parlera encore longtemps anx races futures.
■ Le temps a dévoré ces générations qui nous étonnèrent; les fortes pensées, les mâles vertus de l'antique Bome, et sa barbare grandeur, tout a disparu ; la mémoire seule plane silencieusemeut sur ces campagnes : tantàt elle appelle de grands noms , tantôt elle cite des cendres coupables , dessine ces scènes gigantesques où se mêlent le triomphe et la mort , les fêtes et les douleurs , le pouvoir et l'esclavage ; ces scènes où Bome donna des lois , régna sur l'univers , et périt par ses victoires mêmes.
• Le voyageur alors aime à rêver sur les ruines du monde ; mais, fatigué d'interroger la poussière des conquérants , sur laquelle il croit ' voir encore peser tant de calamités , il cherche dans des bosquets tranquilles, ou près d'un monomeiit consolateur élevé par la religion , il
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cherche les restes de ces hommes qui , dans le siècle des Médicis, dounèrent à l'Italie une nouvelle spleudeur, qui parlèreutà leurs frères un laugage simple et célcete. Kous croyons les voir consacrer les arts à élever l'àmc, à la rapprocher d'un bonheur plus pur, et essayer en tremhlaut de rendre les saintes beautés qui les transportent.
» La peinture, la poésie et la musique, se tenant par la main comme les Grâces , vinrent une seconde fois charmer les mortels ; mais ce ne fut plus, comme dans la fable, en s'associaut à de folles absurdités. Ces pudiques et charmantes sœurs avaient apporté des traits célestes , et , en souriant à la terre , elles regardaient le ciel ; et les arts alors se vouèrent à une religion épurée , austère , mais consolante , et qui donna aux hommes les vertus qui font leur bonheur.
> Ici s'élevèrent aussi le Dante et Uichel-
• Ange, comme des prophètes qui annoncèrent » toute la splendeur de la religion catholique.
• Le premier chanta ses vers pompeux et mys- ■ tiques qui nous remplissent de terreur ;
• l'autre, avec une grâce sauvage qui ne reconu natt de loi que celle qu'elle créa elle-même, » conçut ces formes grandes et hardies qu'il » revêtit d'une beauté sévère ; il s'abtme dans " les secrets de la religion , il épuise l'effroi ,
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