‹ ValérieChapitre 29 sur 43 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

Aujoard'hai , pour la première fois , je suis sorti de ma chambre ; j'ai été dans le cabinet du comte : il était h écrire ; il ne m'a pas remarqué. Le portrait de mon père, qui est dans cette chambre , s'est présenté à moi ; je l'ai regardé loQgtemps; j'étais très-attendri : il me semblait que ses traits étalent vivimts d'amitié; qne le sentiment qu'il avait pour le comte, quand il se fit peindre, y respirait; qu'il me disait à moi-même ce que je devais à cet ami géuéreui, qui venait encore de me témoigner tant de tendresse. Je me rappelai les heures qu'il avait passées auprès de mon lit, ses regards inquiets, sa sollicitude , son envie de connaître le fond de mon àrae , et la crainte délicate qui ne lui permettait pas de me demander mon secret ; enfin ses longues et constantes bontés, qui ne s'étaient jamais fatignées ; et je pensai que j'allais encore l'affliger en lui disant que j'étaiâ résolu de partir. Mes yeux se tournèrent encore vers le portrait : ■• Omon père! mon père! que votre fils est malheureux ! • Ces mots, qui m'échappèrent, que je croyais avoir dits à voix basse , avaient été entendus par le comte ; il

ta,i,.=db, Cookie

s'était levé précipitamment, et me pressait daus ses bras : — mon fils 1 m'a-t-il dit , je n'aurai donc jamais votre conâance ! Vous souffrez, et me cachez vos maui 1 Votre père n'était pas ainsi; il m'aimait assez pour être sûr de ma t«idressG. Mon cher Gustave ! n'avez-vous point hérité de la faculté de croire à mon amitié?

C'est au nom de ce père qui tous aima tant , que je vous conjure de me parler. — Je pris ses mains avec impétuosité , je les pressai sur mon sein ; et ma voii , enchaînée comme ma langue, ne put produire un seul son, et mes sombres regards étaient fiiés à terre, — Vous déplaisez-vous dans celte carrière? — Je secouai la tête pour dire non. — Est-ce une faute de jeunesse, dout le souvenir vous poursuit , qui TOUS donne du remords? — Je frissonnai, et je laissai aller ses mains, que j'avais toujours tenues. It me fixa avec inquiétude : — Est-ce donc une faute irréparable? Non, dit-il en se rassurant, non, Gustave s'exagère un tort qui peut-être ne serait pas aperçu par an autre- Non, ajoula-t-il en posant sa main sur mon sein, ce cœur-là est incapable de ce qui dégrade. Votre tète est vive , votre âme est passionnée ; TOUS avez quelque chose de mélancolique qui vient de votre père, qui est plus dans votre saug que dans votre caractère. Gustave, Gustave, ouvrez-moi votre Âme! J'en atteste t'ami-

ta,i,.=db,Cooglt'

Page 1