‹ ValérieChapitre 3 sur 43 · SUB MADAME DE KRUDNEB · texte numérisé non relu

SUB MADAME DE KRUDNEB

Elle y reviot après plusieurs voyages à travers l'Ëorope, en 1801 , à ce in(»neiit de paix et de renaiisance brillante de la société et des lettres. Elle était assez jeune et belle toujours , âélicieute de grâce , petite , blanche , blonde . de cea cbeveux d'un blond cendré qui ne sont qu'à Yalfrie, avec dos yeux d'un bleu sombre ; une voii tendre , un parler plein de douceur et de cbani , comme c'est le charme des femmes livoniennes ; nne valse enivrante, une danse admirée. Ses toilettes n'allaient qu'à elle ; son imagination les composait sans cesse , et il lui en est éobappé quelques secrets. Qu'on se rappelle la danse du chèle, et cette toilette de bal dans laquelle on pose sur les cbcveni blonds de Valérie une douce guirlande bleue de mauves.

Telle je me l'im^ne tonjours, entrant vivement en quelque soirée splendide , au milieu d'un chant de Garât : chacun se retourne au bruit aérien de ses pas ; ou crut voir la Musique elle-même.

C'est h Paris , où venait de paraître René ; c'est à Berlin , oii elle retoorna bientôt , et oiï elle recevait à chaque courrier des caisses de parures uonvéllea ; c'est là, et pendant que madame de Staël de son côté publiait en France

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Delphine, que madame de Krùdner, ra'sBemblant dei souTenirs déjà ancieiis , et peut-être aussi des pages écrites précédemment , se mit à composer Valérie.

Valérie parut en l'an XII ( 1 804 ) , sans nom d'auteur, à Paris. Quand madame de Staël , en pleine célébrité, et hautement accueillie par l'école française do dix-tinitième siècle , commençait à tourner à l'ÂIlemagoe , madame de Krïldner, Âllemaude , et malgré la littérature alors si glorieuse de son pays , n'avait d';eax que vers le ndtre. Dans cette langue préférée , elle nous envoyait uo petit chef-d'œuvre, où les teintes du Nord venaient , sans confosion , enrichir , étendre le genre des La Fayette et des Souza. Apre» St-Preux , après Werther , après René , elle sut être elle-même , à la fois de son pays et du nôtre , et introduire son mélancoliqne scandinaYe dans le vrai style de la France. Gustave, au plus fort de Mon délire amoureux , écrit sur son journal : ° J'ai avec moi quelques auteurs favoris ; j'ai les odes de Elopstock , Gray, Itacine ; je lis pea, mais ils me font rêver au delà de la vie... •• Kemarquez , Gray, et surtout itacine , après Klopstock ; cela se tempère. Dans Valérie, en effet, plus que chez

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madame de Staël , l'inspiratioa germanique , si sentimeQlale qu'elle soit , se corrige en s'exprimant, et, pour ainsi dire, se termine avec an certain goût toujours, et par une certaine forme discrète et française. Ce qai, à l'origine, serait aisément devenu une ode de Elopstock , nous arrive dans quelques sons du langage de Bérénice.

Delphine est certaioement on livre plein de puissance , de passion , de détails éloquents ; mais l'ensemble laisse beaucoup à désirer, et, cbemin faisant , l'impression du lecteur est souvent déconcertée et confuse. Les livres , an contraire , qui sont exécutés fidèlement , selon leur propre pensée , et dont la lecture compose dans l'esprit comme un tableau continu qui s'achève jusqu'au dernier trait, sans que le crajron se brise , ou que les couleurs se brouillent ; ces livres, quelle que soit leur dimension, ont une valeur d'art supérieure , car ils sont en eux-mêmes complets. Je lisais l'antre jour dans un recueil inédit de pensées : ■ La faculté poétique n'est autre cbose que le don et l'art de produire chaque sentimeut vrai, en fleur, selon sa mesnre, depuis le lis royal et le dalhia jusqu'à la pâquerette. . • Ce qui est dit là de ta

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poésie , à proprauent parler, peut s'appliquer à toate oeoTTe créée et composée , où l'idée (ta bean se réfléchit. Eugène de RotMin est certes an tablsao de moindre dimension , et, si l'on veut , de moindre portée qac Delphine ; mats c'est DO chef-d'œnvre en son genre et dans sa roesare. Une petite ririère brillante, aai ondes perlées, encaissée à merveille, et courant sur un lit de sable an , sons nne atmosphère transparente, a son prix ; et comme beaaté, à l'ceil du peintre , elle est supérieure au fleuve plus large , mais inégal , hrisé , et tout d'un coup vaseux ou brnmeus. Si nous nous reportons aux maîtres , Jean-Jacques , voulant recommander pour les Gnesses de cceur la quatrième partie de sa Nouvelle Héldîie, n'a pas dédaigoé de la rapprocher de la Princesie de Clives ', et il parait envisager celle-ci comme modèle. Il avait raison de lo croire, et aujourd'hui même , comme charme, sinon comme puissance, plus peat-ètre que la Nouvelle Hélmse^ la Princesse de Clives demeure. C'est ainsi qa'Eugine de Rûlhelin, Valérie et Adolphe sont des pièces d'une qualité et d'un prix fort au-dessus de leur

■ Con/fMion* , partie 11, liv, XI.

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Tolame. Vtûérie , au reste , par l'ordre des pensées et des sentimeate, n'est inférieare à aacan roman de ptos grande composition ; mais 8iirtont elle a gardé , sans y songer , la proportion naturelle, l'unité Téritable ; elle «, comme avait la personne de son aatear, le charme infioi de l'ensemble.

VaUrU a des cèlés durables en même temps que des endroits de mode et déjà passés. Il 7 a . en dans le roman des talents très- remarquables, qui n'ont en que des succès viagers , et dont tes productions , eialtées d'abord, se sont évanouies à quelques années de \h. Mademoiselle de Scndéry et madame Gottin , malgré le grand esprit de l'une et le pathétique d'action de l'autre, sotit tout h fait passées. Pas une œuvre d'elles qu'on puisse relire autrement que par curiosité , pour savoir les modes de la sensibilité de nos mères. Madame de Montolien est encore ainsi : Caroline dt Lkktfield , qui a tant charmé nue première fois à quinze ans, ne peut se relire , pas plus que Ctaire d'Albe. Valérie , au contraire, a nncoin durable et à jamais touchant ; c'est une de ces lectures qu'on pent se donner jusqu'à trois fois dans sa vie , aux différents âges.

La situation de ce romaa est simple, la même que dans Werther : un jeane homme qui devient amoureux de la femme de son ami. Hais on sent ici , à travers le déguisement et l'idéal, une réalité particulière qui donne au récit une vie non empruntée. Werther se tuerait quand même il n'aimerait pas Charlotte; il se tuerait pour l'infini, pour l'absolu, pour la nature; Gustave ne meurt en effet que d'aimer Valérie. La naissance de cet amour , ses progrès , ce * souffle de tous les sentiments purs qni y conspirent, .remplissent à souhait toute la première moitié : des scènes variées , des images gracieuses , expriment et figurent avec bonheur cette situation d'un amour ori^eux et dévorant à côté d'une amitié. innocente et qui ignore. Ainsi , quand à Venise, au bal de la Villa-Pisani , Gustave , qui n'y est pas allé , passant auprès d'un pavillon , entend la musique , et , monté sur na grand vase de fleurs , atteint la fenêtre pour regarder ; quaud il assiste du dehors à la merveilleuse danse du chàle dansée par Valérie, et qu'à la fin , enivré et hors de lui, à l'aspect de Valérie qui s'approche de la fenêtre , il colle sa lèvre sur le carreau que touche eu dedans le bras de celle qu'il aime,

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il lui semble respirer des torrents de feu ; mais Valérie , elle, n'a rieii seoti, rien aperçu. Quel symbole plus parfait de leurs destinées , et de tant de destinées plus on moios pareilles ! Une simple glace entre eux deux : d'un côté le feu brûlant , de l'autre l'affectueuse indifférence ! — Ainsi encoi£, quand, le jour de la fête de Valérie , le Comte étant près de la gronder , Gustave envole un jeune enfant lui souhaiter la fête, et rappelle ainsi au Comte de ne pas l'affliger ce jour-là , Valérie est touchée ; elle embrasse renfanl et le renvoie à Gustave, qui l'embrasse sur la joue au même endroit , et qui ; trouve une larme : ■ Oui , Valérie , s'écriet-il en lui-même , tu ne peux m'euvoyer, me donner que des larmes '. » Cette même idée de

■Gel enrant, Innocent mee&ager d'un baiser et d'une larme, rappelle une petite pièce du miDnesInger allemand Hadloub, traduite par H. JiaTm]et {Jtevue de Parii , 2 avril 1S3T] , et <:« fragment d'André Chéoier, «ane doute d'orlglne grecque : Tétait un jeune enfant , qu'elle était grande et belle, etc., elc. Notons les nnances et les progrès de l'Idée. Dans André Ghénler Imitant quelque épigramme grecque, le seul sentiment eipdmé eit celui de la beauti superbe et des rivaux confus. Dans Hadionb, ceqni ressort, c'est surtout la doulenr de l'amant respectueux et Umtde, dont les lèvres vont chercher les traces adorées; l'amour chevaleresque, que couronnera Pétrarque, vient Aéjk d'éclore. Hais

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sépwation et de denil , cet aDoeas. naptial qu'il sent Qu doigt de Valérie dès qu'il toi tient la

Ile n'ont en ni l'ua ni l'antre l'idée de celte larme sur 1« Joue de l'eufont iiut est dans Valérie. Voici la pièce de Hadloub , traduite en vers , avec c«t(e dernière idée de plus , et dans un style l^remeni rajenni du ivi* sSécte, eu \'«a peat suppoeer que quelque CloUlde âe SiHvllIe, Tolalae de Ronsard et de Bail, ou mieux quelque Marie Stuart la rima :

Elle prit M iMc Uon^e, scm •> baucbFlte ronde , O malheur 1 et l'tmbrasu.

Je prb reniant ■ part

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main , reparait sons nne noDTelle forme A ehaqne Bcèoe toncbante.

Le portrait de Valérie etlc-méme rerîeat , repasse sans cesse à travers cela, dane toatea les situatioDS , dans tontes les poses, soariaDt, attriste , mobile , et comme amonreasement répété par mille glaces fidèles.

La seconde moitié offre quelques défants qui tiennent au romanesqae : je crois sentir qee l'invmtioa j commence, la fin, en rffet, de ces romans intimes, pnisés dans le souvenir, n'est gnère jamais conforme à la réalité. Ils sont ▼rais à moitié, aox trois quarts ; mais il faut les eontimier, les acheTer par l'idëal , ce qui exige nne attention eitréme , pour ne pas cesser de paraître naturel. II fant foire mourir en toute Traisemblaoce son héros , tandis qn'il vit demigoéri quelque part, à Bade on h Genève. H 7 a dans cette seconde moitié un endroit oh Gustave, près de quitter Valérie , et l'entretenaDt avec trooMe , se blesse tont d'un coup au front en 8'appn;aut contre une fenêtre : c'est là une blessure un pen illusoire et de convention ; le plus délicat des amants ne saurait se blesser ainsi. Un peu après, quand Gustave, passant, durant la nuit, près de la chambre de Valérie

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cbastement Bommeîllante , ne peut rëBister au désir de la regarder encore une fois , et qu'il l'entend murmurer en songe les mots de Gustave et de mort ; c'est là un songe officiel de roman , c'est de la fable sentimentale toute pure, couleur de 1803. Heureusement, le vrai de la situation de Gustave se retrouve bientôt. Un des endroits les mieui touchés est celui où Valérie en gondole, l^rement effrayée, et qui vient de mettre familièrement sur son cœur la main de Gustave, au moindre effroi sérieui se précipite sur le sein du Comte : -Oh ! que je sentis bien alors tout mon néant , et tout ce qui nous séparait ! ■ Lorsque Gustave s'en est allé seul avec sa blessure dans les montagnes ; quand , durant \ea mois d'automne qui précèdent 88 mort , il s'enivre éperdument de sa rêverie et des brises sauvages; quand il devient presque Bené , comme il s'en distingue aussitôt, et reste lui-même encore , par cette image gracieuse de l'amandier auquel il se compare , de l'amandier exilé au milieu d'une nature trop forte , et qui pourtant a donné des fleurs que le vent disperse au précipice ! Comme on retrouve là cette frêle et tendre adolescence jetée an bord de l'abîme, cette nature d'âme aimable ,

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mystique , ossiancsque , parente de Swedenborg, amante du sacrifice , ce jenne homme qui, comme Bené, a dépassé son Age, qni n'en a su avoir ni l'esprit, ai lebonbour, ui les défauts, mais qne le Comte , d'une voix moins austère que le père Âubry pour Gbactas, conviait seulement àces douces affections qni sont les grâces de la vie, et qui fondent ensemble notre senûbilité et nos vertus!... Gustave, qui, à certains moments de sa solitude enlbousiaste, se rapproche aussi de Werther ; qui égale même cette voix éloquente et poétique, en cette espèce d'hymne où il s'écrie : t Je me promène dans ceimontaynesparfamieipar la lavande, ■ etc., etc. ; Gustave s'en distingue encore & temps et demeure lui-même, rejelaut l'idée de se frapper, pieux , innocent et pur jusque dans son égarement, rendantgràces jusque dans son désespoir. £d un mot, Gustave réussit véritablement à laisser dans l'âme du lecteur, comme dans celle de Valérie, ce qu'il ambitionne le plus, quelques larmes seulement , et un de ces souvenirs qui durent toute la vie, et qui honorent ceux qui sont capables de les avoir.

M. Marmier, qui a écrit sur madame de

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Er&dner un morceau seati ' , a très-bien remarqué daos Valérie nombre de pensées déjà |wofoades et religieuses, qui font entrevoir la femme d'avenir sous le vodle des premières étégances. J'en veux citer auBsi quelques traits qui sont des présages :

- Son corps délicat est une fieur que le plus léger souffle fait iiicUuer, et son àme forte ^ courageuse braverait la mort pou la vertu et pour l'amour. >

> .... Slon, poursHivis-je , la beauté n'est vraiment irrésistible qu'en nous eipUqutiot qadqoe 'Chose 4e atoiiis passager qu'elle, qu'en nous faisant rêver à ce qui fait le <diarme4e la vie au delà du moment fugitif oii noas sommes sédaits par elle ; il faut que l'âme la retrouve quand les sens l'ont assez aperçue. «

• Tu le sais, mon ami , ^rit -Gustave, j'ai besoin d'aimer les bommes; je les crois en général estimables, et, si cela n'était pas, la soci^é depois longtemps ne serait-elle pas détruite? L'ordre subsiste dans l'univers, la vertu est donc la plus forte. Hais le grand monde, cette classe que l'ambition, les grandeurs et la ri-

* A««u« germanique, Juillet 1833.

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cbesse séparent t«it du reste de l'famnauité, le grand monde me {wait tme arène hérissée de lanees, où, à chaque pas, on eraint d'être blessé; la défiance , l'égoïsme et l'amour-propre , co enn^iis-Dés de tout ce qui est grand et beau , vemeot sans cesse à l'entrée de cette arène, et ;<IoDBeDt des lois qui étouffent ces mouvements généreux et aimable* |tar lesquels l'&me s'élèTe, deTicnt meilleure, et par conséquent plus heureuse. J'ai souvent réfléchi aux causes qui font que tous ceux qui Tirent dans le grand monde finissent par se 'détester les uns les autres, et meurent {>re6que tous ea calonmiant la vie. Il existe f>eu de méchants; ceux qui ne miA pas retenos par la cooëcience le sont par la société ; l'iionneur , celte fiëre et délicate production de la vertu , l'hoDueur garde les avenues du cœur et repousse les actions viles et basses, comme l'inatiBi^ naturel repousse W actions atroces. Chacun de ces hommes séparément u'a-t-il pas preeque toujours quelques qualités, quelques vertus? Qu'est-ce qui produit donc cette foule de vices qui nous blessent sans cesse P C'est que l'iodifféreuce poiyr Je bien est la plus dangereuse des immoralités!... .

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On le voit , madame de Kriidner, en Bnbstitaant ici son eipérience à celle de Gostaye , s'exprime déjà dans cette pi^e avec le sérieni de ses prédicalîoas fntures. Elle y dénonce la plaie qni n'est pas seulement celle dn grand inonde, mais du monde entier, cette vieille plaie de Pilate , que Dante punissait piar Xmfer des tièdes, et que, de nos jours, tant de novateurs généreox, à commencer par elle, se sont fatigués à insulter.

Le stjle de Talirù a , comme les scènes mêmes qu'il retrace, quelques fausses couleurs de la mode sentimentale du temps. Je ne saurais aimer que le Comte envoie , pour le tombeau de son. fils, une belle table de marbre de Carrare, rose (dit-il) comme fa jeunette, et veinée de noir comme îa vie. Hais ces défauts de goût y sont rares, aussi bien qne quelques locutions vicieuses {en imposer pour impoter), qu'un trait de plume corrigerait. Le %ty\e de ce charmant livre est au total eicellent, eo égard au genre pen sévère ; il a le nombre , le rhjtbme, la vivacité du tour, un perpétuel et parfait sentiment de la phrase française.

Le succès de Valérie fut prodigieux , en France et eu Allemagne, dans la haute société.

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On trooTe , dans l'interminable fatras intitulé Mélangée militaires, liuirairei et sentimentaires dn prince de Ligne , une suite de Valérie , qui n'est qu'une plaisanterie de cet homme d'esprit , par trop écrivain de qualité. La charmante princesse Sei^ Galitzin , dit-ii , n'ayant po souper chez loi, tant la lecture de ValérieVttvail mise en larmes, il vonlnt lever cet obstacle pour le lendemain , en lui envoyant une fin rassurante, où Gustave ressuscite. C'est ane parodie dont le sel fort léger s'est dès longtemps évaporé. On sut d'ailleurs un gré médiocre à madame de Erâdner , dans le monde allemand poétique , d'avoir déserté sa langue pour la ni^tre, et Goethe a Ini-mème exprimé quelque part le regret qu'une femme de ce talent eût passé & la France.

Pourtant le mooTemeot tentonique de réaction contre la France, ou du moins contre l'homme qui la tenait en sa main , allait hientdt gagner madame de Kradner, et la pousser par degrés jusqu'au rôle oi) on l'a voe finalement. Déjà , dans Valérie, il y a trace de quelque opposition au Consul , h l'endroit des réflexions dn Comte sur les tableaux et les statues des grands maîtres qu'il faut voir en Italie même , sous leur

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ciel , et qu'il serait dà-aisconable de déplacer. Le meurtre 4u duc d'Ilaghicu ajoata l'iodiguatioQ à ce prï^er Bentimeot indisposé. Le séjour à Berlin , l'intiioité avec ta reine de Prusse et les éTéœiBAats de 1S06 ; mirent le comble ; c'est vers ce jteo^s , et eu Suède , je <»vis , au milieu d'une vie enoctre toute brillante, mais k l'âge où l'irréitarable jeunesse s'enfuit, qu'une révolution s'opéra daag l'esprit de madame de Kriidoer; qu'un rayoa de la Grâce, dùaît-elle, la toucha , et qu'elle se tourna vers la religion , bien que pourtant d'aJbord avec des oiianees légèrement bnmaines, et «ans le caractère absolu «t jtrophétique qui jie se dédda que plus tard. Ou {>ent voir au tome second des Uémoirea dejuademoiseUcCocbeiet, et se détachant dans des pages fort plates, une admirable lettre d'elle, datée de Biga, décembre 1S09', qui marque parfaitement Je point où se trouvait portée alors cette &me merveilleuse. Si elle ne prophétisait pas encore , el)e prêchait déjà ses amis avec tout le zèle et l'oh^ssion d'une sainte tendresse. Son inftuettce chrétienne sur la reine de Prusse , sou dévoûment sans bornes à cette héroïque et tou-

■ Celle leltre est Imprimée à In Un du voinnip.

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chante infortone, et lea bienfaits de eonsolatioD, d'espoir céleste dont elle l'environna, sont snffiBamntent attesta. Il parait qa'à cette époijtie die avait composé d'antres ouvrages qai n'ont jaimais élé publiés; elle cite, dans sa lettre à mademoiselle Gocbelet, nne Otkilde, par laquelle elle aorait voata retracer le dévoùment ehevaleresqoe du moyen-àge : » Oh! que vons aimeriez cet onvrage ! écrit-«lle naïvement ; îl a été fait avec le ciel; voilà pourqnoi j'ose dire qu'il ; a des beautés. > Eu se replaçant ainsi an moyen-ftge, ani horizons de la croisade tentoniqne et chrétienne, il semblait que madame de Krfidner revenait par iastinet à ses origines naturelles.

Un grand poète , le Tasse , sujet & Villnston comme madame de Erûdner et idéalement touchant comme elle , dut , ce me semble , offrir à sa pensée, dans le tableau qu'Hic essaya, quelques tons de la même harmonie , et je me figure que cette Olhilde pouvait être écrite et conçue dans la couleur de Glorinde baptisée.

Madame de Krâduer passa ces années de transition h parcourir l'Allemagne , tantôt à Bade , avec des retours de monde , tantôt visitant des frères moraves, tantôt écoutant, h

Carlsrahe, l'illuminé Joug SUIIiDg et prèchaot avec lui les pauvres '. Elle traTaîllait à s'élever, à se détacher de plus en plus, suivant son nouveau langage, des pensées des hommes du torrent; mais elle changea moins qu'elle ne le crut. Si l'on a pa dire de la conversion de quelques âmes tendres à Dieu : C'est de l'amour encore, il semble que le mot aurait dû être trouvé tout exprès pour elle. Elle portait dans ses nouvelles voies et dans cette royale route de l'àme , comme elle disait d'après Ptatou , toute la sensibilité et l'imagination affectueuse de sa première habitude, et comme la séduction de sa première manière. L'inépuisable besoin de plaire s'était rbangé en un immense besoin d'aimer, ou même s'y continuait toujours ^.

■ On peut lire quelques détails sur le séjour de H"* de Krûdner dans le grand-duché de Bade , pages V et suivantes de l'Éclaireintment qal précède le tome X de l'Histoire de France sous Napoléon, par H. Bignon.

■ Ou rapp4}rt« ( et c'était déjà dans les années do conversion) qu'un bomme distingué qui venait souvent chez elle, épris des charmes de sa fille qui lui ressemblait avec Jeunesse , s'ouvrit et parla à la mère, un Jour, de l'émotion qu'il découvrait en lui depuis quelque temps , des eepéraucee qu'il n'osait former; et U"' de Krûdner, à ce discours as«u long etassez embarrassé, avait tan tAt répondu oui et UntAt gardé le silence; mais tont d'an coup, i la fln, quand le nom de

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