‹ ValérieChapitre 4 sur 43 · SUB MADAME DB KBUDNBB · texte numérisé non relu

SUB MADAME DB KBUDNBB

lei événements de 1813 achevèrent d'éclairer, de desBiaer la mission que madame de Krudner le figurait avoir reçue , et ce mouvement de l'Allemagne régénérée qui produisait tant de guerriers eutliousiastes, de poëtes nationaux, de pamphlétaires éloquents, l'amena aussi à son rang , elle , la Velléda évangélique , la propbéteBse du Nord. Outre le caractère religieux qu'elle revêt et qui la distingue , ce qu'a de particulier le rôle de madame de Kriâdoer,. entre tous les enthousiasmes teutoniqnes d'alors, c'est qu'elle s'appuie plutôt sur l'eitrëme Nord ^ sur la Russie , et, comme elle dit, sur les peuples de l'aqnilon ; elle les concilie dans son coeur avec un ardent amour de la France. Son. imagination frappée va chercher la ressource et la renaissance de la civilisation par delà l'antique Germanie môme , dans ce qui était la barbarie glacée et qui est devenu, seloa elle, le

u fiUe fut proDODcé, elle e'éTaDOult : elle avait cru qu'il s'était agi d'elle-même. — An reate, pour Men entendre, selon la mesure qui convient, ce reste de facilité lomanesqn chez H<°' de KrQduer au début de sa conversion, et aussi la décence toujours conservée au milieu de ses inconséquences du monde, Il but ne pas oublier ce mélange particulier en elle de la légèreté et de la pureté lIvonienDea qui eipilque tout.

réservoir de la parelé perdae. Ce qu'elle appelle de ses voeux, ce qu'elle bc peint en vision avec contraste , c'est la revanche et le contre-pied de l'invasion d'Attila, cette fois pour le bien du monde.

£lle passa 1814 à Paris, surtout ea Suisse, à Bade, dans la vallée de Lichtenthal , où affluaient sur ses traces les pauvres nourris et consolés; eu Alsace, à Strasbourg, où elle vit mourir d'une mort tragique et chrétienne le préfet, M. de Lézai-Uarnésia ; dans les Vosges , ail village du Banc-de-la- Roche, fécondé et édifié par Oberlin. Tout ce qu'elle voyait rentrait dans son inspiration et y poussait. Elle ne connaissait encore l'empereur Alexandre qu'indirectement , bien qu'elle l'appel&t déjà le Sauveur universel, VAnge blanc, et qu'elle l'oppos&t sans cesse à VAnge noir, Piapoléon, La seule pensée de celui-ci, son ombre, lui donnait, dès l'instant qu'elle eu parlait , le vertige sacré des prêtresses ; elle prédisait à tous venants sa sortie de l'ile d'iEUhe et les maux qili se déchaineraient avec lui. Son idée fixe était l'année 15, et elle assignait à cette date prochaine la catastrophe et le reiiouvelleuient de la terre.

1815, en justifiant une partie de ses prédic-

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SUR U&DÂHE DE KRUDHEB. 31

tiona , exalta sa foi et rëalisa son influence politiqne. Elle avait tu l'empereur Alexandre en Suiwe,peoav8ntle8cent-jonr8, et a«it trouve en lui une nature toute disposée. Ou avait déjà comparé ce prince à l'autre Alexandre ou à Gyrus; elle rajeunit tout, en le comparant & Jésus-Christ. Elle le croyait sincèrement sans doute; mais on reste d'adressé, d'insinuation flatteuse dn monde i s'y mêlait et n'y nuisait pas. Son ascendant, tout d'abord, fut immense. A Paris , aussitôt l'arrivée d'Alexandre, elle devint son conseil habituel ' . Il sortait de l'Ëlysée- Bourbon par une porte de jardin, pour aller, tout auprès , chez elle , plusieurs fois le jour, et là ils priaient ensemble , invoquant les lumières de ri^prit. Elle a confessé alors à un ami qu'elle avait peine parfois à réprimer ses accès de va-

' Ed 1814, l'einpereut Aleiandte avait été sodé l'infloence de Boa digne préceptear, le général La Harpe , influence purement libérale, i la façon dea hommes de S9 et de l'an III; en 1815, lorequ'll passa soua celle de U"* de Krûdner, il parut bien moins libéral à nos libéraux français, à H. de La Fayette , par exemple , qal relève en ses Mémolree la métamorphose. Hais combien cette seconde influence , mya- Uquement chrétienne et charllable , lui conservait d'amour de la liberté encore, au prix de ce qui s'opéra en lui lorsqu'elle ae fut refroidie à «on tour •.

Dite, quand elle songeait qu'elle était aiosi tontepuissante sur le souverain le plus puissant. Dans les premiers joars de septembre de cette année , une grande revue des troupes russes eut lieu , sous les yeux d'Alexandre , dans les plaines de Vertus en Champagne. Madame de Krûdner , avec son monde, sa fllle, son gendre, et le jeune ministre Empestas, qui la dirigeait, était allée loger au château du Mesnil , près de là. Dès ie matin , les voitures de l'empereur la vinrent prendre , et les honneurs que Louis XIV rendit à madame de Maintenon au camp de Compiègne ne surpassent point la vénération avec laquelle le conquérant la traita. Ce n'était pas l'arrière-petite-tiHe du maréchal de Munich , sa sujette favorite, c'était une envoyée du Ciel qu'il recevait et conduisait dans ses armées. Tète nue, ou tout an plus couverte d'un chapeau de paille qu'elle jetait volontiers ; cheveux toujours blonds , séparés et pendants sur les épaules , avec une boucle quelquefois qu'elle ramenait et rattachait au milieu du front ; en robe sombre, à taille longue, élégante encore parla manière dont elle la portait, et nouée d'un simple cordon; telle à cette époque on la voyait, toile dans cette plaine elle arriva dès l'aurore ,

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telle debout, aa moment de 1» prière, elle parut comme on Pierre l'Ermilc, au front des troupes prosternées. Elle a écrit et publié dans le temps , au sujet de cette sfdeDuité , uoe petite brochure sous le titre du Camp de Vertiu; ses seotiments et ses magui&cences de désirs s'; expliquent mieux que nous ne pourrions les interpréter :

• ... Qui ne s'est dit, en aiiisUml ' dans les plaines de Champagne qui out vu la défaite d'Attila : Une autre verge a été brisée... C'est qu'il n'a jamais existé qu'an seul crime, celui de vouloir se passer du Dieu vivatit... Qu'ils ont dû être remplis les immenses vœux de votre cœur, heureux Alexandre, quand , dans cette journée du Ciel , vous avez vu dans ces plaines oil, il 7 a six cents ans , cent mille Français, en présence d'un roi de Navarre*, virent le supplice de

■ Il y a id une iDcorrecUon de langage [tutMtra ne m prenant potnt dans an sens absolu); l'autenr de ytUéri«,m te falunt tmtrument divin et propbétesse, goigaait beaocoup moins son expression. Au temps d'Ausone, saint Paulin, depuis sa conversion, se permit ou même s'Imposa toutes «Drtes d'IneorrecUons daasaes vers.

' Thibaut de Champagne probablement, qui fut méléaui rigueurs contre les Albigeois, contre les Juifs d'Orléans, contre les pastoureaux. On a conserva dans le pays la tradition du supplice des cent quatre-vingts bérëtiques Immtdé» BU HoDt-Almé, qui domine ces plaines , et dont la leur était encore debout 11 y a quelque* années.

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cent quatre-vingts hérétiques à la clarté dee torches funèbres ; tous avez tu , dia-je , cent cinquante mille Busses faire amende honorable h la religion de l'amour. . . Ah * qni n'a pas , en voyant cette journée du Ciel , vécu avec nous de tontes les espérances P Qui n'a pas pensé j en vojanl Alexandre sons ces grands étendards , à tontes les victoires de la foi , à toutes les le^ns de la charité? Qui a osé douter qu'il n'y ait là de hautes inspirations, et qui n'a dit avec l'ApAtre : ■ Les clioses vieilles sont pass(5e8 , voici que tontes choses sont faites nouvelles ! ■

■ Eh ! qui n'a pas eu besoin de quelque chose de nouveau an milien de tant de ruines? Les hommes placés sor le haut de Téclielle par les grandes Inmières ont vu cette époque à la clarté que jetait sur elle la majesté des Ecritures... La nature l'a confiée à ses observateurs; les sciences s'en sont doOtées ; la potiti^iie, couverte de honte, l'a pressentie dans ses chutes...

■ Oui , tous , soit en jouissant de ce grand secret, encore voilé comme Isis, soit en tremblant de crainte que le voile des temps ne se déchirât, tous ont eu l'espoir ou la terreur de cette époque...

> Quel cœur, en voyant tout cela, n'a pas aussi hattu pour vous, 6 France, jadis si

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