‹ ValérieChapitre 32 sur 43 · JOURNAL DE GUSTAVE. 25Ï · texte numérisé non relu

JOURNAL DE GUSTAVE. 25Ï

Mon séjour ici contient à mon funeste étal ; ce lieu mélancolique et sauvage est fdit pour l'amour malheureux. Je reste des heures entières au bord de ce torrent ; je gravis péniblement une montagne , d'où la vue se porte sur la Lombardte; et quand je crois avoir aperçu dans le lointain cet horizon qui convre Venise, il me semble alors que j'ai obtenu une faveur du ciel.

J'ai avec moi quelques auteurs favoris ; j'ai )es odes de Klopstock, Gray, Bacine ; je lis peu , mais ils me font rêver au delà de la vie , et ils m'enlèvent ainsi à cette terre où il me manque Valérie.

Il j a ici un jeune homme , parent de mon hôte, qaijone bien du piano. Aujourd'hui j'ai entendu cet air que sa voix a gravé dans mou cœur, cet air qui la fit pleurer sur le malheureux Gustave. Ne me plains pas, Ernest ; la douleur sans remords porte en soi une mélancolie qui a pour elle des larmes qui ne sont pas sans volupté.

J'ai passé le bourg, et j'ai été me promener

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Hur le grand cbemin. J'ai reDContré un pauvre matelot en habit de pèlerin. Cet homme, pour apaiser sa conscience , avait fait vœu d'aller à Lorette. Il avait en , dans sa jeunesse , la passion de la mer, et, comme Bobinson, il avait quitté ses parents malgré lear défense. IL me fit on tableau touchant de ses chagrine , et cela avec une vérité qu'on ne pouvait méconnaître. Il me dit comment, après avoir obtenu une place sur un vaisseau qui allait aux Indes, au milieu des délices que lui faisait éprouver sou voyage, il s'était réveillé la nuit, croyant voir sa mère en rêve qui lui reprochait son départ; qu'alors il avait couru sur le Itllac, .et qu'il lui avait semblé que tes vagues se plaignaient , comme si la voix de sa mère arrivait à lui ; et, quand il s'élevait une tempête , il ne pouvait travailler, tremblant de toutes ses forces, et pensant qu'il périrait peut-être chargé de la malédiction de ses parents. C'est alors qu'il avait promis au ciel que, s'il pouvait revoir sa mère, obtenir son pardon , il ferait un pèlerinage à Lôrette. Puis il poursuivit, et me dit que pendant dix ans il n'avait pu revenir dans sa patrie ; qu'enfin il avait vu la rade de Gènes , qu'il avait cru mourir de joie en revoyant cette terre qu'il avait brûlé de quitter. — Ernest, comme voilà bien tout l'homme! ses désirs, ses inquiétudes ; SCS fautes , et puis cette inévitable dou-

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