LETTRE XLVIII
nients; je tressaille d'horreur et d'effroi : je m'avance vers une fontaine placée près d'un monument ; je trouve Gastave plongeant sa tète dans les eaux du bassin et se plaignant douloureusement. À peine l'eus-je pris dans mes bras, qu'il s'évanouit. Moment affreux! je crus qu'il avait expiré. Le drap , qu'il avait entraîné après lui, l'enveloppait comme un linceul ; l'eau froide et presque glacée qui coulait de ses cheveux inondait ma poitrine, sur laquelle sa tête était penchée ; l'horloge frappait lentement minuit ; la lune, froide et silencieuse comme la mort, projetait de longues ombres qui ressemblaient à des fantômes ; et le chien , enchaîné dans sa Ic^, poussait d'affreux hurlements qui augmentaient encore l'effroi dont mon Ame était saisie... Je rapporte ou plutôt je traîne Gustave, pouvant à peine me soutenir moi-même ; nous le mettons sur son lit. Le médecin arrive. Saisi d'nn tremblement universel , ma main sur le cœur de l'infortuné , j'attendais l'espérance , je n'en avais plus ; j'invoquais un seul battement de son cœur, pour en demander au ctel un autre. — Que je puisse, me disais-je, que je puisse le serrer encore une fois dans mes bras, lui dire combien il m'est cher ! Enfin , des moments plus calmes succédèrent à ces moments de terreur , pendant lesquels je me reprochais jusqu'à ce sommeil involonlairo qui avait permis à
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i$4 VALÉBIE.
Gustave de sortir du lit. Le pouls s'établit , ses yeux s'ouvrirent. D'abord il ne me reconnut pas. Il élBit appuyé sur mon sein ; je soutenais sa tète. Il demanda ce qui s'était passé : le médecia lui dit que, dans un accès de délire, il s'était échappé de sa chambre. Il ne se rappelait rien. Il demanda du Uié.
Pendant qu'on lui en préparait , le médecin me dit à l'oreille de m'éloigner. Je voulus poser sa tète sur l'oreiller ; mais , sans rien dire , il me retint pnr la main pour ne pas changer de position : je restai. On avait éloigné les lumières; le plus profond silence régnait autour de nous. Il soupira profondément; je le pressai contre mon ceeur, et soupirai aussi : il ne parut pas s'en apercevoir , et prononça à voix basse le nom de Valérie. — Valérie! répélai-je avec émotion ; et des larmes tombèrent de mes yeux sur son visage. Alors il se tourna vers moi ; et pressant faiblement ma main : — Qui ètes-voas, dit-il, vous qui me plaignez? — mon fils! mon ami!
lui dis-je, ne me reconnaissez-vous pas? Est-il sur la terre quelqu'un qui vous aime davantt^? — A ces mots, aux accents de ma voix que je ne contraignais plus , il me reconnaît , il se dégage de mes bras avec une vivacité incroyable ; et, laissant tomber sa télc sur l'oreiller, il couvre sou visage de ses mains, et dit : — Malheureux Gustave I
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LEITBE XLVIll. 7Sà
Je l'embrasse en l'inondant de mes larmes.
^Vous m'aimez donc encore? dit-il. Ah! ne m'eBt-il rieu échappé? N'ai-je pas eu un long délire? Comment ètes-voug ici, vous, me dit-il d'un accent déchirant , tous, époux de Valérie? — Cher GuHtavel calmez-vous. Je sais tout , je TOUS plains , je vous aime , je donnerais ma vie pour vous. ~7- Alors , s'abandonnant à la tendresse et à la joie même , il mê dit qu'il mourrait content si je l'aimais encore ; il me demanda ce que je vonlais dire en l'assurant que je savais tout. En vain je voulus relarder une explication qui devait trop l'affecter; il fallut céder à ses ÏDStanccs , lui dire que vous m'aviez écrit. Ob ! comme il sut gré h son cher Ernest de cette idée bienheureuse I Je lui cachai que Valérie fût instruite; je lui dis qu'elle le savait malade, et qu'elle m'envoyait. 11 leva les mains au ciel , mais sans parler. — Est-ce un rêve? disait-il, est-ce un rêve? Quoi, vous me pardonnez ! Vous savez mon funeste amour , et vous me pardonnez ! — Alors il voulut continuer el me peindre ses combats , ses souffrances ; je lui prouvai que seslettres mêmes m'avaient tout appris. Il se jeta sur mon sein. — Je meurs content, répétait-il, vous me pardonnez! Cette explication, qui aurait dû alarmer par les émotiong qu'elle produisait, ne lui fit que du bien ; il parut soulagé
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d'no poids terrible. 11 prit avec plaisir le tbé qu'on lui apporta.
Lorsque le délire fui entièrement passé , sa tête moins soaffrante, sa poitrine moins oppressée, tout nous ût espérer un mieui considérable ; mais, hélas! cette espérance s'évanouit bientôt : la fièvre reparut avec on affreux redoublement. L'impression de cette eau froide et de Vair delà nuit ne se manifesta que trop ; la toux devint si alarmante, que nous craignions qu'il ne succombât dans les crises.
Voilà le récit de cette affrease nuit d'hier. Il est si accablé aujourd'hui, qu'il ne peut pro- ,férer une parole; mais H me regarde souvent avec tendresse ; il met la nvaiu sur son cœur pour me montrer sa reconnaissance , et essaye de sourire. Ob ! qu'il me fait mal ! que je souffre !
Ce matin, je suis entré chez lui; il avait dormi une heure; il était un peu mieux. Je me suis assis tristement sur son lit ; il a vu des larmes dans mes yeux. Je ne disais rien , je le regardais douloureusement. — Ne pleurez pas sur moi, a-t-il dit, mou digne ami! Pourquoi
cens qai m'aiment s'affligeraicnt-ils? N' ont-ils pas comme moi ces grandes idées qui s'attachent h un aTenic immense? Celte vie est-elle donc tout pour eux comme pour Tincrédule ? Je sens que j'emporte avec moi ce qui Tait vivre, même quand cea yeux eeront fermée. (Et il ouvrit gea grands yeux noirs abattus par la douleur, et regarda le ciel.) Je meurs jeune, je l'ai toujours désiré^ je meurs jeune, et j'ai beaucoup vécu. Hon père! mon cher maître! ajouta-t-il en me regardant avec uo charme 'de mélancolie inexprimable, ne m'avez-vous pas souvent appris à user de la vie , et ne croyezvous pas que, dans cet espace de vingt-deux années, j'ai eu des jours, des heures qui valaient nue longue existence? — Il s'était recouché eomme pour prendre haleine ; je l'eutendau respirer avec peine , mais il cherchait à me cacher son oppression. Ërich avait emporté la bougie qui blessait la vue affaiblie de Gustave; il restait une petite lampe. — Elle va s'éteindre, dit-il vivement , empêchez-le ; il ne faut pas encore qu'elle s'éteigne. — Il soupira. Oh !
comme ce soupir mo déchirai — lie jour est encore loin , me dit-il , pour cacher apparemment ce qu'il avait éprouvé; quelle heure est il? (Je fis sonner ma montre.) Cinq heures? Je voudrais un peu dormir ; mais je sens que je ne le pourrai pas. mon ami ! ajouta-t-U en s'ap-
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payant sur son bras , que de biens dans la \ie dont nous n'apprécions pas la valeur , ou si faiblement!... Combien de fois j'ai dormi neuf heures de eaitel —
— Elle dort à présent, ne le pensez-vous pas? me dit-il. Elle a le sommeil de la sauté et dn bonbeur ; el peut-être rève-t-elle à vous , digne ami. Ob! puisse-t-elie longtemps dormir tranquille, et vous aussi ï (Et il serra ma maiu.) — Nou, répondis-je, elle ne peut être tranquille; ellb sait que l'ami de son bonheur, l'ami de sod cœur pur et sensible, souffre. — Ab ! mon ami, je ne voudrais troubler ni son sommeil ni son cœnr. Non, non, quelques larmes seulement, et un de ces longs souvenirs qui durent toute la vie, mais sans la déchirer , qui honorent ceox qui sont capables de Les avoir. — Il pleura doucement.
Je passai mes bras aatour de son cou , je l'embrassai; il se coucha sur mon sein : j'étais assis sur son lit. Il resta longtemps sans parler, et je m'aperçus , à on certain mouvement de respiration plus calme et plus égal , qu'il s'était assoupi. J'éprouvai du charme en voyant cet infortuné jouir de quelques moments de repos; je retenais ma respiration. Il sommeilla ainsi pendant une demi-heure.
LETTRE XLVUI.
J'ai passé quelques jours sans tous écrire.
Découragé , abattu et passant de la plus terrible crainte à des moments d'espoir, j'ai besoin de m'y livrer pour ne pas succomber moi-même. Il va mieux ; il tousse moins. Le médecin dit que sa constitution doit être des plus fortes, puisque, après quinze jours de fièvre et de délire , il peut être ainsi.
On voit que sa poitrine seule le détruit; sa jeunesse même est an danger de plus; son sang est si vif t 11 a voulu qu'on le portât aujardin ; nous n'y avons pas consenti ; il faisait trop froid aujourd'hui.
Je continue mon triste récit. Il me semble que c'est un devoir d'arracher à l'oubli chaque instant qui nous parlera seul, hélas ! à l'avenir, de notre ami commun , et je trace scrupuleuitemeat chaque mot, chaque circonstaace de ces tristes scènes.
Qu'il est difficile de manier les douleurs de l'dme! Par combien de chemins on y arrive, lorsqu'on croit être loin de la blesser 1 Quand je
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suis eutré chez Guslave aujourd'hui, on avait ouvert les fenêtres pour renouveler l'air de sa cbambre ; il paraissait assez bien ; je vojaig qu'il prendrait ce moment pour me parler, et je craignais sa toux , qoi revient à la moindre irritation. Voyant des livres sur une table , je Ini proposai de lire quelque chose eu lui demandant s'il ; avait une lecture qu'il aimât de préférence. Il me répondit qu'il voudrait entendre quelque chose en anglais ; et les Saitona de Thomson tombant sous ma main, j'ouvris le livre et commençai sans j songer ces beaux vers:
Un cri étouffé de Gustave me fit frémir. — Qu'avez-vous? m'écriai-je ; et le livre me tomba des mains. — J'ai mal, bien mal là, dit-il en montrant sa poitrine. — Et it ferma les yeux , cacha sa tète dans l'oreiller pour éviter de me parler. Un secret instinct m'avertit que je lui avais fait mal. Je m'approchai de la fenêtre; et cetablean si fidèle d'une heureuse union, que Thomson a peint si délicieusement, revint A ma mémoire et m'affecta vivement.
LETTRK XLVItl.
Il a voulu se faire porter dans le jardin pour voir coucher le soleil et respirer l'air, qui le calme toujours. On l'a placé daas nn fauteuil. Il a paru jouir de ces moments où la iiature semblait jeter mélancoliquement autour de nous les dernières teintes du jour qui allait finir. Ce jour avait été beau comme la jeunesse de Gustave. Mes yeux suivaient les dégradations de la lumière, et se portaient involontairement tantôt sur l'horizon , tantôt sur lui. Il parut me deviner ; il prit ma main : — Que la nature est belle I quel calme elle répand dans tout mon étrel Jamais je ne l'eusse aimée ainsi si je n'avais connu le malheur. (Il me regarda avec une sérénité touchante.) Gomme elle m'a consolé, cette nature si sublime I Semblable à la religion, elle a des secrets qu'elle ne dit qu'aux grandes douleurs. Mon digne ami, continua-tii, voyant que j'étais très-affecté, il est doux de se reposer dans son sein ; ne me plaignez pas. —
Dans ce moment, on me remit un paquet de lettres que le courrier venait d'apporter. Gustave reconnut l'écriture de Valérie; il se leva avec agitation , pais il retomba aussitôt , affaibli par cet effort; il sourît tristement. — Tma-
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ginez ma démence , dit-il ; je croyais que le courrier pouvait m'avoir apporté quelque chose auBsi, et j'allais pour le demaoder. — Sûrement Valérie m'aura parlé de vous; rentrons, lui dÎ8-jc. — Ah ! lisez , lisez. — Hon pas , si vous vous livrez à cette violente émotion. ■ — Il ne me dit rien ; mais , posant la main sur sou cœur, il me montra qu'il eu arrêtait les battements.
Nous rentrâmes. Il ne voulut pas se coucher; il s'assit sur son lit, s'appuya contre uu des piliers, et joiguit les mains pour me prier de lire. Valérie me parlait en effet de notre ami infortuné; elle disait qu'elle languissait dans une douleur qu'elle ne pouvait confier à personne , qui agitait ses jours par de noirs pressentimeata ; elle se plaignait d'être séparée de moi ; elle demandait mille détails sur Gustave , et s'attendrissait sur cette malheureuse victime d'un amonr si funeste.
Je n'osais lire cette lettre à notre ami ; je craignais de lui montrer que Valérie connaissait son triste secret. — Qne fait-elle ? me demanda-t-il avec anxiété. — Elle souffre et fait des vœux pour vous. — Elle souffre! répéta-t-il. Oh! si elle savait tout! — Il s'arrêta, leva timidement ses yeux sur moi ; je baissai les miens. — Mon père! dit-il avec un accent déchirant , en étendant vers moi ses mains suppliantes , mon pèrel
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promettez-moi qu'un joor elle saura que je meurs pour elle! — Sa voix m'émut tellement, me rappela tellement celle de mon ami, qu'entrainé par la plus tendre pitié, je lui dis : — Elle soit tout. — Elle sait tout! répéta-t-il avec ivresse; — et il se précipita à mes pieds. En vaiu je voulus le relever; il serrait mes genoux, il répétait : — Elle sait tout ! je meurs conlent. Elle pleurera ma mort. mon digne ami 1 permettez-lui ces larmes religieuses... Ami de mon pèrel mon bienfaiteur! encore, encore une prière ! Valérie vous donnera des fils ; le ciel TOUS rendra encore père , pour vous payer de tout, ce que vous fîtes pour moi : qu'un de ses fils s'appelle Gustave ; qu'il porte mon nom ; que Valérie prononce souvent ce nom ; que le doux sentiment de la maternité se mêle à mon souvenir, et qu'ainsi se confondent le bonlicur et les regrets. — Calmez-vous, cher Gustave, dis-je en le relevant et l'embrassant avec tendresse ; tout ce que je pourrai faire pour mon fils d'adoption, pour le fils de mon meilleur ami , je le ferai. — Il s'était rejeté à mes genoux ; soQ exaltation lui donnait une force extraordinaire; ses joues si paies s'étaient colorées ; ses yeux éteints brillaient encore uue fojs, comme aux jours de la santé, et la passion luttait avec la mort sar ce visage encbanteur que la nature dona de ses plus célestes exprès»
siooB. — Je suis lieareux , me dit-il eii ôtant de deBSDS mes yeux mes mains qui cachaieot les larmes donloureuses que je cherchais à retenir; je suis heureux, ne pleurez pas. Bepassez avec moi tous les biens que j'ai connus , et tous ceux qai me restcat encore. La nature jette quelquefois sur la terre ces Ames qu'elle se plaît à rendre plus ardentes et plus tendres; elle leur associe l'imagination, et leur fait engloutir, dans un court espace de temps , toutes les félicités, tous les bienfaits de l'existence. N'est-ce donc pas un bonheur de mourir jeune , doué de toutes les passions dn cœur, de rapporter tout à l'éteniité avant que tout se soit flétri? Sont-ils plus heureux, ces hommes devant lesquels la vie se relire comme un débiteur insolvable qui n'a rien acquitté? Elle m'a tout donné. J'entends encore la voix de cette mère biea-aimée , de ma sœur , de mon Ernest ; ces magiques accents qui me reçurent à l'entrée de la vie résonnent encore à mes oreilles; aucun ne m'a déçu dans ces premiers et derniers jours. Ainsi la nature et l'amitié se chargèrent du bonheur de ma jeunesse ; ainsi j'arrivai... Pardonnez, mon père, dit-il avec uq long soupir ; puisque je vous ouvre mo» cœur, il faut bien que vous l'y trouviez, elle... Ainsi j'arrivai à ce sentiment, contiuua-t-il d'une voii plus basse, dont les douleurs valent
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LETTBE IILVIII. 295
mieux que les encbantements de ce que les liommes appelleot amour. Éclair d'un antre monde, il m'a consumé, mais il ne m'a pas flétri. — Ici il s'arrêta, cacha son visage dans mon sein , puis il dit : — J'ai tu le rêve de ma jeunesse passer devant moi , revêtu d'une forme angélique ; il m'a souri j j'ai étendu les bras : la vertu s'est mise entre Valérie et moi , et m'a montré le ciel oti il n'y a point d'orage. — Ici il est tombé dans la rêverie , puis il a ajouté avec transport: — Mais les regreU de Valérie perceront ma tombe; la voix de l'amitié m'appellera dans de mélancoliques nuits , et son génie portera jusqu'àmoi ses touchants accents. Ne suis-je donc pas heureux, moi qui emporte un cœur par, des larmes qui me bénissent? Ah! mon père, le» hommes appellent romanesques ces âmes plus richement douées, qui ne veulent vivre que de ce qui honore la vie , et l'exaliation ne leur parait qu'une fièvre dangereuse , tandis qu'elle n'est qn'une révélation faite aux Âmes pins distinguées, une étincelle divine qui éclaire ce qni est obscur et caché pour le vulgaire, un sentiment exquis de plus hautes beautés, qui rend l'âuie plus heureuse en la rendant meilleure. C'est moi, c'est moi qui emponle tout qu'il y a de grand et de consolant : ce ne sont pas eux , qni passent devant les félicités de ta vie comme devant une éuigmc
qu'ils lie comprennent pas , qui s'arrêtent avee leur égo'isme et leurs petilei idées devant les petites passions. Insensés! ils n'osent demander au ciel du bonheur, ils demandent à la terre des plaisirs , et le ciel et la terre les déshéritent tous deux. —
Effrayé de la véhémence avec laquelle Gustave m'avait parlé , craignant qu'il n'eût épuisé entièrement le peu de force qui lui restait ^ j'avais vainement tenté de l'arrêter. Entraîné moi-même par son enlbousiasme, par ce sublime développement d'une de ces âmes si rares , si distinguées , je m'étais laissé aller à cette admiration si touchaole qui nous ravit et noufl élève t je le sentais sur mon cœur ; sa poitrine s'agitait, sa respiration devenait péniUe, ses joues étaient brûlantes , sa tète tomba sur mon sein. Je crus qu'ilchercbait à se reposer, il s'était évanoui, et ce long évanouissement me jeta dans la plus affreuse terreur; ce moment fut un des plus déchirants de ma vie. Mon effroi s'augmenta d'une circonstance qui devait le rendre terrible. Pendant que je cherchais à faire revenir Gustave à lui-même, ta cloche des agonisants se fît entendre dans un couvent voisin; c'était apparemment un des religieux qui luttait aussi avec la mort. Ce triste et lugubre tintement enfonçait l'agonie de la douleur dans mon âme , et mou front était inondé d'une sueur froide. EnGa,
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Gustave revint à la vie. On avait été chercher le médecin : le pouls s'effaçait sous sa main, la pâleur la plus sinistre couvrait ses traits i il ne put rien prendre. Comhien je me reprochais de l'avoir laissé parler! Mais, dans ces terribles maladies, la vie se mêle tellement à la mort, qu'on a constamment les illusions de l'espérauce. Je l'avais cru hien plus fort qu'il ne pouvait l'être. Je ne le quittai pas; il s'endormit en&a à cinq heures du matin , et je le laissai alors. Je vous écris ces détails après avoir pris quelques heures de repos.
Cette nuit , voyant qu'il ne pouvait dormir , et voulant l'arracher à ses profondes rêveries, je lui ai proposé de lui lire un journal de sa mère que j'ai trouvé dans ses papiers, espérant ramener ses sombres pensées vers on temps plus doux. Un morceau que j'en avais lu m'avait montré une bonne action de Gustave ; c'était un souvenir doublement consolant dans cette triste époque. Il m'a dit qu'il voulait que ce journal vous fût remis ; je le joins donc ici. Combien il aime celte mère si aimable ! combien son idée a adouci ses souffrances ! Je voyais qu'il s'élançait vers elle dansxes régions du repos où il aspire à aller.