LE COMTE DE M... A ERSEST
Nos cruels pressentiments n'étaient que trop fondés ! le sileuce de Gustare tenait à son funeste état. Depuis quinze jours une fièvre dévorante
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le coDSDOie ; elle est accompagnée d'un délire qui vient tous les soirs à lu même heure , et qui empêche le malade de prendre le moindre repos.
Erich nous a écrit, et malheureusement cette lettre ne nous est pas parvenue.
Je suis arrivé le soir avant-hier , et je suis descendu à une petite auberge de ce bourg :
de là je roc suis rendu chez Gustave , où Erich m'a vu arriver avec bien de la joie. J'ai trouvé ce vieillard si changé, que cela seul me peignait déjà tout ce que notre ami avait souffert. Mon cœur battait avec violence en lui demandant où était Gustave. Il a haussé les épaules, et m'a dit : — Vous n'avez donc pas reçu ma lettre ? — Son, répondis-je d'une voir altérée. I! est donc bien malade ? ajoutai-je en me troublant de plus en plus. — Hélas ! depuis qninze jours il est trèsmal, a-t-îl répondu; et, dans ce moment, le délire est revenu comme tous les soirs. — J'ai craiut qu'il ne me reconnût, et que cette surprise ne l'émût trop; mais le médecin , qui était présent , me dit que je pouvais entrer , et qu'il ne me reconnaîtrait pas. Comment vous rendre ce que j'ai éprouvé en m'avançant vers ce lit de douleur , en voyant cette physionomie si touchante décomposée par la souffrance? L'agitalion la plus violente était dans ses traits ; sa poitrine oppressée était découverte, et je frémis en voyant sa maigreur. Ses mains se plaçaient
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alternativraient sur sa tète, otx il paraissait souffrir, et retombaient sor le Ut. Il me regarda avec des yeux ^rés, mais sans témoigner la moindre surprise. Je m'assis près de son lit , et IDC laissai aller à ma doolenr ; elle fut estréme. Il est inutile de vous dire tout ce que j'éprouvai ; TOUS devez le concevoir.
he médecin m'a demandé lui-même de faire venir un de ses confrères de Bologne , qui n'est pas éloigné d'ici; il m'a indiqué un homme qui a de la réputation et qa'il connaît beaucoup. J'ai expédié sur-le-champ un exprès pour l'engager à se rendre auprès de nous.
Je vous quitte pour prendre un peu de repos.
Je vous ai écrit de la chambre de Gustave. Je me suis entretenu longtemps avec Erich de sou genre de vie ici; il m'a dit qu'il vous écrivait tous les jours.
Plaiguez-moi , je souffre plus que jamais d'nn accident qui augmente encore les reproches qne je me fais et la douleur que j'éprouve. Je n'avais pas vu Gustave de toute la journée qui suivit la soirée de mon arrivée , et où sou délire l'empêchait de me reconnaîLre. Le médecin , craignant qu'il ne ressentit une émotion trop vive, m'avait
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conseillé de laisser pnsser cette journée, où il était plus accablé qu'à l'ordinaire. Je passais tristement les heures à parcourir les cuvirons de la demeure de Gustave ; je me disais : — Ici il H souffert , tandis que je m'occupais si faiblement de lui , que je ne le croyais pas en danger, que je l'accusais de s'abandonner à une hnmeur sauvage et bizarre. triste vérité, qu'on ne saurait assez redire 1 noas ne savons nous inquiéter que pour ce qui ne mérite pas nos soucis. £t moi , qui quelqnefois osais me croire plus sage, n'ai-je pas cent fois songé à l'avancement de Gustave , à lai faire avoir une place plus importante? Je pensais h son avenir, et je né^igeais le moment d'oîi dépendait peut-être toute M destinée !
Voilà les tristes réflexions que je faisais en parcourant ces lieux solitaires, témoins des doaleurs de Gustave. Je savais qu'il les avait souvent visités ; je m'arrêtais aux lieux dont les sites me frappaient le plus , et je me disais : — Ici il se sera arrêté aussi *, ici peut-être cette âme si sensible aux beautés de la nature aura~t-elle éprouvé un moment l'oabli de sa fatigaule dooieur.
Je rentrai vers le soir , et je proStai des moments qui me restaient ù passer loin de Gustave pour écrire à Valérie, avec tous les ménagements possibles, pour ne pas trop l'effrayer sur la
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situation du malade, et la préparer pourtaot au danger dans lequel il se trouve.
Le délire ne viut point comme à l'ordinaire ; à sa place il y eut un assoupissement qili procura un repos qu'on pouvait croire favomblc au malade. Il était dii heures du soir. Je m'assis derrière un paravent d'où je pouvais l'observer sans en être vu. Le médecin dit qu'il reviendrait à miuuit pour le veiller le reste de la nuit. Le pauvre Erich étant très-fatigué, je l'engageai à aller se reposer un moment : pour moi, je restai abîmé dans mes tristes pensées. Le malade paraissait dormir profondément. Fatigué de l'air vif des montagnes et de ma course, je m'assoupis on moment. Je fus tiré de ce léger sommeil par nn bruit qui me réveilla ; c'était une des portes de la chambre qu'où avait fermée avec violence. Je me lève : jugez de mon étonnemeot en voyant que Gustave n'était pas dans sou lit. Épouvanté et convaincu que c'était lui qui avait jeté ainsi cette porte , et qui , dans son délire , s'était échappé, je cours aussitôt comme ub insensé, le cherchant dans le corridor voisin. Kricb , réveillé comme moi par le bruit , me - Ruit. Notre frayeur augmente en ne le trouvaitt pas. Enfin je vois nue petite porte entr' ouverte qui donnait sur le jardin ; je m'élance, appelant Gustave n grands cris. La lune éclairait faiblement le jardin. J'entends quelques gémisse-
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