‹ ValérieChapitre 39 sur 43 · LETTRE DU COMTE A EBNEST · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE A EBNEST

Ici finissait le journal , et tous seul pouvez imaginer ee qu'il me fît souffrir par les terribles rapprochements que je faisais. Ces brillantes espérances qui Tenaient se briser contre un cercueil; cette mère si aimable, qui semblait pressentir le malheur que nous avons sous les yeux , et ee caractère si pur, si noble , si sensible, qui a tenu toutes les promesses de l'enfance : il n'est pas d'expression pour tout ce que j'éprouvais. Pour lui, il m'écoutail avec un calme qne j'aurais cru impossible. Vingt fois je voulus m'arrêter , me repentant de n'avoir pas assez prévu tout ce qu'il y avait de trop douloureux dans cet écrit ; il me conjurait , mais avec calme , de continuer.

Quelquefois il semblait qu'il cherchait A se rappeler ces scènes de son jenne Age ; il écartait, en rêvant, de dessus son front ses cheveux qui paraissaient l'embarrasser, et la pAleur de son front alors me faisait si mal '. Quand je lui lus ce passage oii il est parlé d'Homère , II s'est soulevé, il a joint ses mains sans rien dire; une joie encore belle , malgré ses traits flétris , était sur son visage ; il a prononcé longuement votre nom, puis il a ajouté : — Oh! comme je me rappelle bien celai O doux plaisirs de mon enfance! vous venez donc encore vous asseoir sur ma tombe !

Au moment où il est parlé de la botanique.

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que vous aimiez tous deui , il & dit tranquillement et en soupiraat : — Leg goûta charment la vie , et les passions ta détruisent.

Hais quand il en est venu au ^uvenîr de ce jour où sa mère l'embrassa , où il lui promit d'aimer la vertu, il pleura amèrement; il tendait les bras comme s'il pouvait encore l'atteindre; et couvrant son front de ses mains, il dit d'une vois étouffée : — Pardonne-moi , ombre chérie! ombre sacrée! de n'avoir pas assez écouté ta prophétique voix ; j'ai bien souffert!

11 est bien mal , le médecin n'espère rien ; mon âme découragée se livre à une mortelle douleur; Si vous pouviez arriver, s'il pouvait encore voir cet Ernest qu'il aime tant ! Hélas ! vos larmes ne tomberont que sur la terre qui couvrira bientôt le plus vertueux , le plus aimable des hommes.

J'ai trouvé Erich avec lui aujourd'hui. Ce vieillard ne dit rien, il ne pleure pas, il a perdu jusqu'aux larmes : il en a beaucoup répandu ; vous savez comme il aime Gustave , dont la jeunesse s'éleva sous ses yeux. Que la douleur à cet âge-là fait mal ! Les larmes de la jeunesse sont une rosée du printemps qui s'évapore et embellit h fleur qu'elle a visitée î mais les cha-

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