‹ ValérieChapitre 9 sur 43 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

pite a rougi. — Pardon , madame , ai-je ajouté , pardonnez à l'intérêt le plus vif. . . — Je me suis arrêté. — N'oserai-je donc plus aauter , lever les bras! — Oai, ai-je dit timidement, maisactaellement... — Elle m'a compris ; elle a rougi eacore, et est sortie. Quand le comte est venu, elle l'a tiré à l'écart et l'a grondé.

Deux jours après, Valérie sortit pour voir une femme de sa connaissaDce i en descendant de voiture, elle a sauté étonrdiment; elle est tombée de manière à se faire beuncoup de mal ; ou a été obligé de la reconduire chez elle surle-champ ; toute la unit la fièvre a été forte ; on l'a saignée , car on craignait une fausse couche. Heureusement que la voilà hors de tout danger !

Nons partons dans peu de jours ; je compte l'écrire de la roule.

Nous avons quitté le Tyrol, nous sommes entrés en Italie : nous nous sommes mis eu route ce matin avant le lever du soleil. Pendant qu'on faisait rafraîchir les chevaux, fatigués d'une marche de trois heures , le comte a pro-

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posé ô sa femme de prendre les devants, et nous avons fait aae des promeDades les plus agréables : HOOB étions ravis de fouler aux pieds le sol de l'Italie; nous attachions nos regards sur ce ciel poétique, sur cette terre d'antiques merveilles, que le printemps venait saluer avec toutes ses couleurs et tous ses parfums. Quand nous eûmes marché quelque temps, nous aperçûmes des maisons groupées çà et là sor un coteau, et l'impétueus Adige se lançant avec fureur au milieu de ces tranquilles campagnes. Un groupe de cyprès et des eolonoes à moitié ruinées usèrent notre attention. Le comte nous dit que c'était sûrement quelque temple ancien. Cette terre , couverte de grands débris , s'embellit de ses ruines , et les siècles viennent expirer tour à tour dans ces monuments , au milieu de la nature toujours vivante. Nous uous écartâmes du grand chemin pour aller visiter ce temple, dont l'architecture corinthienne nous parut encore belle. Apparemment que les hahitants du village aimaient ce lieu solitaire , que len cyprès et le silence semblaient vouer à lu mort. HouB vîmes son enceinte remplie de crois qui iodiquaient un cimetière; quelques arbres fruitiers et des figuiers sauvages se mêlaient au vert noirâtre des cyprès. Une antique cigogne paraissait au sommet d'une des plus hautes colonnes , et le cri solitaire et aigu de cet

oiseau se coufondait avec la bruyante voix de l'Adi^. Ce tableau à la fois religieux et sauvage □ons frappa eiogulièremeut. Valérie , fatiguée ou entrainée par sou imagiuation, uous proposa de nous reposer. Jamais je ne ta vis si charmante : l'air du matin avait animé son teint; son vêtement pur et léger lui donnait quelque chose d'aérien , et l'on eût dit voir un second printnnps plus beau, plus jeune encore que le premier, descendu du ciel sur cet asile du trépas. Elle s'était assise sur un des tombeaus ; il soufflait un vent assez frais, et, dans un instant, elle fut couverte d'une pluie de Qeurs des pruniers voisins, qui, de leur duvet et de leurs douces couleurs, semblaient la Citresser. Elle souriait en les assemblant autour d'elle ; et moi, la voyant si belle , si pure , je sentis que j'eusse voulu mourir comme ses fleurs, pourvu qu'un instant son souffle me touchât. Mais, au milieu du trouble délicieux d'un premier amour, au milieu de celte volupté d'un matin et du printemps d'Italie, un pressentiment funeste vint me saisir; Valérie s'en upcrçut, et me dit que j'avais l'air préoccupé. — Je pense aux feuilles de l'automne qui , flétries et desséchées , tomberont et couvriront ces fleurs. •:— Et nous aussi , dit-elle. — Le comte nous appela alors pour nous montrer une inscription ; mais Valérie vint bientôt reprendre sa place. Un grand et beau

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papillon qu'on nomme, je crois, ie Sphinx, eochanta Valérie par ses couleurs. Il était sur on des figuiers; le comle voulut le prendre pour l'apporter à sa femme ; mais , comme le Sphinx de la fable , il alla s'asseoir sur le seuil da temple ; je courus pour m'en saisir , mon pied glissa, et je tombai; bientôt relevé, j'eus le temps de saisir encore le papillon, que j'apportai à la comtesse. Tout effrayée de ma chute , elle était pAle , et le comte s'en aperçut. — Je parie, dit-il,queValériea la superstition de sa mère et de beauconp de personnes de sa patrie. — Oui, dit-elle, je suis honteuse de l'avouer. — Et quelle est celte superstition? demandai-je d'une voix émue. — I^e comte me répondit en riant : — C'est quelque grand malheur qui TOUS arrivera ; vons êtes tombé dans no cimetière , et vous verrez que Valérie s'attribuera vos désastres. — Je ne puis te dire , Ernest , ce que j'éprouvai , je tressaillis. Peutêtre , pensais-je , vient-il m'avertir de mon destin, et d'une main amie m'empécher de tomber dans le précipice que me crense une passion insensée. — Asseyez- vous tous deux ici, nous dit Valérie , et ne vous moquez plus de moi. Vous rappelez-vous , mon ami , dit-elle au comte, la belle collection de papillons que possédait mon pÈrc? Oit ! comme on aime ces souvenirs de l'enfonce! Comme elle était jolie ,

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cette maison de campagne! — Ne me parlez pas, répondit le comte , de ces tristes sapins ; j'ai la puRRion des beaui pa;s. — Et moi . dit Tatérie , je voudrais avoir écrit tant de choses , si simples qu'elles ne soat rien par elles-mêmes, et qui me lient pourtant si fortement à ces sapins , à ces lacs , à ces mœurs , au milieu desquels j'ai appris à sentir et à aimer. Je voudrais qu'on pût se communiquer tout ce qu'on a éprouvé ; qu'on n'oubliât rien de ce bonheur de l'enfance, et qu'on pût rameoer ses amis, comme par la main , dans les scènes naïves de cet âge. Il y avait une grange auprès de la maison, oh revenait toDJoucs une hiroodelle avec laquelle je ra'étuis liée d'amitié; il me semblait qu'elle me connaissait. Quand le départ pour la campagne éiuit reiardé, je tremblais de ne plus retrouver mon hirondelle; je défendais son nid, quand mes jeunes compagnes voulaient s'en saisir. — Voilà comment, dit le comte, Valérie prometlait déjà de devenir une bonne petite maman.

— Jeu'étaig pas toujours si raisonnable, poursuivit Valérie ; quelquefois je me plaisais à tourmenter me», sœurs. J'étais la seule qui sût bien conduire une petite barque que nous avions , et qui était très-légère; je l'éloignsis du rivage, Hère de ma hardiesse, et n'écoutant pas leurs menaces; seulement, quand elles me priaient et m'appelaient leur cli^re Valérie, je savais

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bien vite revenir ^idroitcmenl au port. Qu'il était cbarmaut, ce petit lac, où le vent jetait quelquefois les pommea de pin de la forêt, ce lac au bord duquel croissaient des sorbiers avec leurs grappes rouges , que je Tenais cneillir pour mes oiseaux, tandis que sur les branches des sapins se balançaient de jeunes écureuils en se mirant dans les ondes !

Nous fûmes inlerrompus par le brnit des voitures qui vinrent nous enlever à ces doux souvenirs de Icnfance de Valérie , où je la voyais plus jeune, plus délicate encore, courir sous les sapins , attacher ses yeux d'un bleu sombre , avec leurs regards si tendres, sur la petite famille qu'elle protégeait ; il me semblait que je ne l'aimais plus que comme une sœur. Ainsi les scènes de l'innocence ramenèrent un moment dans mon cœur le sentimeut qu'il m'est permis d'avoir pour elle. Nous remontâmes dans la berline qui s'avançait lentement le long de l'Adige; les femmes de la comlesse nous suivaient dans l'autre voiture. C'est ainsi que j'ai fiiit ce voyage , m'habituant peu à peu à la douce présence de Valérie et vivant toujours sous son regard.

Il est bien tard; je repreudrai ma lettre au premier endroit où nous nous arrêterons.

J.ETTBE XV.

C'est de Padoue que je t'écris ( tu vois que BOUS avaaçoDS à grands pas vers Veoise). Celle antique ville , qui est habitée par plusieurs savanis , aous parut d'une tristesse affreuse ; mais Valérie avait besoiodcae reposer. Ce soir, apprcuaiil que David et la Banti devaient chauler, la comlcsseeut envie d'aller à l'Opéra. Le comte, ayant des lettres à écrire, ne put nous J accompaguer. Valérie ne voulut point faire de toilette, et nous prîmes une loge grillée.

Ernest! de tous les dangers, aucun ne pouvait èlre aussi terrible pour tou ami ! figure-toi ce que je devais éprouver ; il me semblait que toutes les voluptés habitaient cette funeste salle: le contraste des lumières , des parures de ces femmes éblouissantes , avec celte loge faiblement éclairée, où il me semblait que Valérie ne vivait que pour moi ; la voix enchanteresse de David, qui nous envoyait des accents passionnés; cet amour clianlé par des voix qu'on ne peut imaginer, qu'il faut avoir entendues , et qui , mille fois plus ardent encore , brfilait dans mon cœur; Valérie transportée de cette musique, et moi si près d'elle, si près que je touchais

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presque ses cbeveui de mes lèvres ; alors lu rose même qui parfumait ses clievenx actievail de me troubler, Ernest 1 quels tumultes ! quels combats pour ne pas me Inihir ! Et actuellement encore que j'ai quitté depuis trois heures ce spectacle , je ne puis dormir; je t'écris d'une terrasse où Valérie est venue avec le comte , et d'où elle est sortie depuis une heure. L'air est si doux , que ma lumière ne s'éteint pas , et je passerai )a nnit snr la terrasse. Comme le ciel est pur ! Un rossignol soupire dans le lointaÎD ses ptaîntÎTes amours ! Tout est-il donc amour dans la nature ? et les accents de David , et la complainte de l'oiseau du printemps, et l'air que je respire, empreint encore du soufQe de Valérie, et mon âme défaillante de volupté ? Je suis perdu, Ernest I je n'avais pas besoin de celte Italie , si dangereuse pour moi. Ici les hommes énervés nomment amour tout ce qui émeut leurs sens, et languissent dans des plaisirs toujours renouvelés , mais que Thabitude émousse ; ils ne reçoivent pas de l'âme cette impulsion qui fait dn plaisir on délire , et de chaque pensée une émotion ; mais moi , moi destiné aux fortes passions , et ne pouvant pas plus leur échapper que je ne puis échapper à la mort , que deviendraije dans ce pays P Ah ! puisque ceux qui n'ont besoin que de plaisirs , par cela seul ne sentent rien fortement ; moi qui apporte une Ame neuve

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et ardente , sorlant d'un elimat âpre , moi , je Bais d'autant plus sensible aux beautés de ce ciel encbaDtenr, aux délices des parfums et de la musisjue , que j'avais créé ces délices avec mon imsglDation , sans qu'elles fussent affaiblies par l'habitade. Ernest , que faisais-tu quand tu me laissas partir?,ll fallait me précipiter dans les flots de la Baltique, comme Healor précipita Tétémaqoe.

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